Chapitre 46
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre comme guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 46 : La forêt frontalière (3)
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« Ah… !! »
À ces mots, Gerik parut surpris, reprit sa place et se mit à lancer des Entailles menaçantes sur les ennemis qui approchaient.
« Nubis foetor… diffunde ! »
Bien que les sortilèges d’entrave eussent affaibli l’assaut incessant de l’ennemi, Minos ne cessa pas de lancer des sorts.
Peu après qu’il eut achevé son incantation, une sphère vert sombre jaillit de l’extrémité de son bâton. À l’endroit où elle frappa, un nuage pestilentiel commença à se répandre dans toutes les directions.
Minos continua de bombarder le passage étroit de toutes sortes de sorts d’affaiblissement. Il lançait des sorts qui provoquaient une somnolence accablante et répandait du brouillard pour désorienter l’ennemi, le harcelant sans relâche.
Son approche n’a rien à voir avec celle de ce mage cinglé qui lançait de temps à autre des sorts offensifs.
Gerik trancha la tête d’un hobgobelin, trop désorienté par l’odeur infecte pour réfléchir clairement, tout en songeant à cela.
L’assaut et la pression ennemis diminuant, Gerik put enfin prendre le temps de regarder autour de lui.
C’est alors qu’il remarqua que Minos vérifiait de temps à autre les zones où lancer ses sorts, conformément aux instructions d’Ilvern.
Ilvern a dû lui conseiller de se concentrer sur les sorts d’affaiblissement.
Tandis que Gerik évaluait la situation en maniant son épée, Ilvern le regarda et cria :
« Gerik ! Avance ! »
Sommeil, toiles d’araignée, peur, confusion, difficultés respiratoires.
Voyant que les sorts d’affaiblissement à large portée avaient neutralisé la plupart des ennemis, hobgobelins compris, Ilvern dut estimer que le moment était enfin venu. Pour la première fois, il leur ordonna d’avancer.
À son cri, les trois combattants au corps à corps, Minos excepté, levèrent leurs armes et se ruèrent sur les hobgobelins qui se tordaient de douleur.
« Khek… Khek… Humain… !! Je vais te tuer !! »
L’un des hobgobelins les fusilla du regard et cracha une malédiction furieuse, mais les toiles qui lui collaient aux jambes et les difficultés respiratoires provoquées par le gaz l’empêchaient de riposter correctement.
Charge ! Entaille !
Repérant le hobgobelin qui avait attiré son attention, Gerik enchaîna Charge et Entaille comme s’il n’attendait que ça, et lui fit voler la tête.
Le groupe élimina rapidement et avec précision les hobgobelins neutralisés, un par un. En peu de temps, ils avaient exterminé le groupe de gobelins.
Une fois le combat terminé, tout le monde poussa un soupir de soulagement.
« Hum… »
Selon les règles, ils auraient dû rester sur leurs gardes, au cas où des ennemis survivants leur tendraient une embuscade. Pourtant, Ilvern observa le groupe et marqua une pause en voyant l’épuisement se lire sur tous les visages.
« Huf… Huf… »
Gerik et Katrin, qui reprenaient leur souffle avec difficulté après cette bataille acharnée, n’étaient pas les seuls à être à bout : même Minos, qui n’avait fait que lancer des sorts depuis l’arrière, semblait hyperventiler sous l’effet de l’extrême tension.
« Tout le monde, repliez-vous. »
Estimant qu’il leur était impossible de suivre les procédures tactiques habituelles dans leur état, Ilvern resta seul en première ligne, guettant une éventuelle embuscade tandis qu’il conduisait lentement ses compagnons vers la sortie.
« Reposons-nous ici un moment. »
Après avoir jugé l’endroit suffisamment sûr, Ilvern adressa ces quelques mots au groupe. Puis il se posta à l’entrée du passage et monta la garde, calme, pour laisser à ses compagnons le temps de reprendre leur souffle.
On aurait eu du mal à croire qu’il venait de livrer un combat aussi acharné.
Comme on pouvait s’y attendre, un ancien chevalier, c’est vraiment autre chose.
Gerik l’admira en son for intérieur en constatant qu’Ilvern n’avait pas repris son souffle une seule fois.
De son côté, Gerik s’adossa à la paroi de la grotte, tira l’outre accrochée à sa taille et but une gorgée.
Pour Katrin, cela ne suffisait pas : elle sortit aussi des rations sèches et les mâcha afin de récupérer rapidement les forces qu’elle avait perdues.
Impressionné par le vétéran qui se tenait devant lui, Gerik posa son sac et s’apprêta à en sortir ses propres rations sèches.
Ce faisant, son regard se posa tout naturellement sur Minos.
Il médite… ?
Après avoir avalé plusieurs gorgées d’eau, Minos se redressa, ferma les yeux et s’assit en méditation, pareil à un éminent moine absorbé par son entraînement.
Bien qu’il demeurât immobile, l’atmosphère autour de lui commença à changer subtilement.
C’est comme ça qu’il recharge sa magie ?
Gerik l’observa avec intérêt.
Tandis que Gerik observait Minos et reprenait des forces, Katrin, qui s’était assise en silence pour récupérer, se leva.
… Hein ?
Gerik savait que Katrin se tenait juste devant lui, pourtant, pour une raison ou une autre, il avait du mal à vraiment la percevoir.
C’était comme si son cerveau rejetait jusqu’à son existence.
Ce serait la Grâce sauvage… ?
Face à cette situation irréelle, Gerik comprit instinctivement que Katrin avait utilisé sa compétence Grâce sauvage.
Contrairement au camouflage, elle rend juste sa présence imperceptible ?
La plupart des techniques de dissimulation qu’il avait vues dans les jeux de sa vie précédente masquaient quelqu’un à la vue, mais la compétence de Katrin fonctionnait selon un principe différent.
Elle était visible, pourtant le regard de Gerik glissait sur elle. C’était plutôt comme si elle troublait la perception elle-même, brouillant la conscience de son existence.
Impressionnant…
Katrin utilisait toujours cette compétence hors de son champ de vision lorsqu’elle partait en éclaireuse. C’était donc la première fois que Gerik voyait directement la Grâce sauvage.
Tandis que Gerik la regardait, fasciné, Katrin prit brièvement la parole.
« Je vais vérifier qu’il ne reste pas de traînards. »
Comme si l’avis des autres lui importait peu, elle n’attendit pas de réponse. Dès qu’elle eut fini de parler, elle s’enfonça dans le passage et disparut.
Après le départ de Katrin, Gerik fut pratiquement le seul à pouvoir se reposer. Un peu gêné, il mâcha ses rations sèches en silence et se concentra sur la récupération de ses forces.
J’ai enfin l’impression de pouvoir respirer à nouveau…
Une fois qu’il eut repris un peu d’énergie, il rassembla ses affaires, se leva et rejoignit Ilvern, qui gardait l’entrée du passage.
« J’ai assez récupéré. Je vais monter la garde, alors repose-toi. »
« Non. Je ne suis pas particulièrement fatigué. Mais surtout… »
Ilvern secoua la tête, puis désigna Minos du menton.
« Prends position en face de moi et protège le jeune maître. »
« … Compris. »
Gerik acquiesça docilement à la demande d’Ilvern, puis se posta en face de Minos, toujours plongé dans sa méditation.
Tous deux gardèrent leur position en silence et attendirent que Minos termine sa méditation.
Après un moment de silence, Ilvern prit la parole.
« … Aujourd’hui, tu ne maîtrisais pas très bien tes compétences. »
Comme pour briser le silence oppressant, Ilvern poursuivit d’un ton égal, sans quitter des yeux le passage qui s’ouvrait devant eux.
« Tu n’as jamais reçu de véritable entraînement dans ce domaine ? »
Au lieu de répondre tout de suite, Gerik garda le silence et réfléchit un instant.
Qu’est-ce que je devrais dire… ?
Gerik craignait de répondre à la légère et de laisser échapper des indices sur son identité.
Pourtant, Ilvern n’avait pas l’air malveillant. Et surtout, Gerik avait le sentiment qu’il pourrait apprendre auprès de lui ce qui lui manquait ; il hésita donc.
Je ne pense pas qu’une simple explication poserait problème…
Finalement incapable de résister à la tentation, Gerik baissa sa garde et se mit à expliquer honnêtement sa situation.
« … Oui. Je n’ai jamais reçu de véritable entraînement au combat. Et encore moins pour les compétences. »
« Hum. »
Ilvern répondit brièvement et sembla réfléchir un instant. Puis, d’un ton prudent, mais franc, il reprit :
« C’est un peu… étrange. »
La réponse d’Ilvern fit chavirer le cœur de Gerik.
Heureusement, il dut réussir à maîtriser son expression. Ilvern ne sembla rien remarquer d’anormal et poursuivit calmement :
« Tu dis n’avoir jamais reçu d’entraînement au combat, et pourtant, un aventurier qui débute à peine avance des idées tactiques plutôt pertinentes lors des réunions du groupe. Ce n’est pas normal. »
Ilvern jeta un coup d’œil à Gerik et continua :
« Tes idées tactiques, passe encore. Mais insister sur l’importance du ravitaillement, ça n’a encore moins de sens. Quelle expérience un fermier autoproclamé de dix-sept ans et aventurier novice peut-il avoir pour comprendre l’importance du ravitaillement ? »
« … »
« Il n’y a donc qu’une seule conclusion possible : tu as déjà reçu au moins les rudiments d’une formation militaire. »
Gerik sentit une sueur froide lui couler dans le dos en voyant à quelle vitesse Ilvern avait repéré quelque chose d’étrange chez lui, à partir du bref échange d’opinions qu’ils avaient eu peu auparavant.
Comme pour se justifier, il prétendit avoir pu apprendre tout cela auprès de mercenaires. Mais Ilvern parut encore plus amusé et réfuta son explication.
« Vraiment ? Mais sais-tu ce qui est encore plus intéressant ? La logistique et le commandement ne s’enseignent pas au premier venu. Des mercenaires ? Tu veux dire que des hommes qui auraient déjà de la chance de servir comme simples soldats auraient appris tout ça ? »
À court de mots, Gerik referma la bouche, et un lourd silence s’installa un instant. Finalement, incapable de réprimer sa curiosité, Ilvern le regarda et lui demanda de nouveau :
« Qui… es-tu, au juste ? »
Il n’a pas tort, alors c’est difficile de contester.
Gerik comprit qu’il raisonnait encore selon les critères de la pensée moderne.
Comme l’avait dit Ilvern, enseigner la tactique aux soldats ordinaires n’était possible que dans le monde moderne, où l’instruction obligatoire permettait de le faire. Dans ce monde, où les niveaux d’instruction variaient énormément, c’était vraiment absurde.
Il avait aussi pu lire sans difficulté de célèbres traités militaires à la bibliothèque, par simple curiosité, mais cela n’avait été possible que dans le monde moderne, où les livres et l’information abondaient.
Dans ce monde, il était difficile d’accéder à ce genre de connaissances sans venir d’un milieu privilégié.
À la Guilde aussi… Il me faut une identité crédible pour dissimuler les aspects suspects de mon passé.
Comme Gerik gardait le silence, plongé dans ses pensées, Ilvern sembla prendre ce silence pour un refus de répondre.
Il ne le questionna pas davantage sur ses origines et changea tout naturellement de sujet.
« Tu as eu de la chance, aujourd’hui. »
Ilvern jeta un coup d’œil à Gerik.
« Sans cette armure, tu aurais subi plusieurs blessures graves aujourd’hui. Où l’as-tu trouvée ? »
En entendant Ilvern complimenter son armure, Gerik eut l’impression qu’on le félicitait lui-même et lui répondit avec joie :
« Il n’y a pas longtemps, j’ai eu la chance de gagner une belle somme, trente pièces d’or, grâce à une mission dans les égouts. J’ai tout dépensé en armure et en armes. »
À cette explication, l’expression d’Ilvern redevint étrange.
« … Encore. »
« Pardon ? »
« Tu dis encore quelque chose d’étrange. »
Ilvern poussa un bref soupir et poursuivit :
« Avec trente pièces d’or, la plupart des aventuriers prendraient simplement leur retraite. Au minimum, ils dépenseraient tout en plaisirs. C’est une somme suffisante pour ça. »
Il regarda Gerik et ajouta :
« Mais un aventurier de Plaque de bois, qui a peu d’expérience, dépense chaque pièce en équipement ? Même si c’est nécessaire, être capable de dépenser autant sans hésiter, ce n’est pas le comportement d’une personne ordinaire. Sais-tu quelle est l’une des choses importantes qu’on enseigne aux nobles ? »
« … Laquelle ? »
« Savoir dépenser librement son argent aux bons endroits. »
Après cela, Ilvern ne questionna plus Gerik sur son identité. Comme s’il en avait déjà compris suffisamment à son sujet, il lui posa plutôt une question d’un tout autre genre.
« Quel est ton objectif, à partir de maintenant ? »
Gerik ne s’était jamais attendu à cette question d’Ilvern. Comme elle touchait au cœur même de sa vie, il se perdit un moment dans ses pensées.
« … Je veux devenir un aventurier de rang Plaque d’argent, ou plus, et parcourir le monde librement. »
« … Pourquoi ? »
« C’est… »
Dans sa vie précédente, il avait suivi les normes et les attentes des autres, persuadé que c’était ainsi qu’il fallait vivre.
Mais Gerik avait tout perdu en mourant, impuissant face au fléau inéluctable du cancer, et il ne voulait plus vivre comme avant.
Il voulait se consacrer à ce qui lui donnait le sentiment d’être vivant.
Mais expliquer cela aurait révélé son secret ; Gerik répondit donc vaguement :
« Parce que je veux vivre exactement comme je l’entends, sans me plier aux normes ni aux attentes des autres. »
« … »
Ilvern ne dit rien. Il se contenta de fixer Gerik avec attention.
Notes :
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