Chapitre 44
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Alyo
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Survivre en guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 44 : Forêt Frontalière (1)
──────
Deux jours plus tard, Gerik retrouva le groupe à l’entrée de la Forêt Sauvage du Démon. Comme si elle l’avait attendu, Katrin lui tendit le matériel qu’elle avait préparé la veille et se mit à lui en expliquer l’usage.
« Voici une torche à hampe. C’est l’objet indispensable pour s’aventurer dans la Forêt Sauvage du Démon. »
Contrairement à une torche ordinaire, elle ressemblait à un long bâton de bois. Gerik lui demanda pourquoi elle était si importante.
« Jusqu’à présent, tu n’as exploré que les abords de la Forêt Sauvage du Démon, pas vrai ? »
« Oui. »
« Dans ce cas, c’est normal que tu ne le saches pas. Plus on s’enfonce dans la Forêt Sauvage du Démon, moins la lumière du soleil y pénètre. »
Katrin expliqua que les abords recevaient un peu de lumière grâce aux travaux d’aménagement, comme l’abattage des arbres et le drainage. Mais dès qu’ils pénétreraient dans la Forêt Frontalière, le soleil se ferait extrêmement rare. Il leur fallait donc une source de lumière capable de rester allumée longtemps.
« Les torches à hampe sont fabriquées en mélangeant du soufre à la sève de l’arbre à huile, qui ne pousse que dans la Forêt Sauvage du Démon. Elles éclairent bien plus que les torches ordinaires et s’éteignent très rarement. »
« Je vois. Mais pourquoi les faire si longues ? Puisqu’on les porte et qu’on s’en sert pendant longtemps, c’est pour pouvoir les utiliser comme des bâtons ? »
Gerik réfléchit à la raison qui pouvait expliquer la longueur des torches. Katrin ricana, comme s’il venait de dire une absurdité.
« À partir de la Forêt Frontalière, le sol est surtout constitué de terreau formé par la décomposition des feuilles. Il est donc généralement très meuble. Quand tu repères un monstre, tu peux planter la torche dans le sol et te battre aussitôt. Voilà pourquoi elles sont aussi longues. »
Katrin poursuivit ses explications sur les torches fabriquées avec la sève de l’arbre à huile.
Même mouillées, elles s’éteignaient difficilement. Elles éclairaient plusieurs fois mieux que les torches ordinaires, chauffaient moins et duraient dix fois plus longtemps.
Leurs performances semblaient incroyables. Une question vint alors à l’esprit de Gerik.
« Si elles sont si efficaces, pourquoi n’ai-je jamais vu de torches fabriquées avec la sève de l’arbre à huile dans les villages voisins ? D’après le prix que j’ai payé aujourd’hui, elles ne sont même pas si chères… »
« Ah, la sève de l’arbre à huile est très volatile. On ne peut pas la conserver longtemps, quoi qu’on fasse. Elle s’évapore au bout de deux semaines tout au plus et devient inutilisable. »
« Ah… »
Gerik hocha la tête, comprenant enfin pourquoi cette huile, capable de révolutionner la civilisation, ne s’était jamais répandue.
Quand Katrin eut terminé de lui expliquer le matériel, elle conduisit le groupe dans la Forêt Sauvage du Démon.
Comme prévu, la traversée des abords se déroula sans encombre.
Ils n’étaient des aventuriers de Plaque de bois que de nom : les gobelins et les loups qui bondissaient parfois des fourrés ne représentaient guère une menace pour le groupe de Minos, qui se situait dans le haut du rang de Plaque de cuivre.
Katrin ne songea même pas à bander son arc, comme si ses flèches étaient trop précieuses pour être gaspillées. Minos ne voyait pas davantage de raison d’employer sa précieuse magie contre quelques monstres faibles. Appuyé nonchalamment sur son bâton, il se contentait de regarder les guerriers les massacrer.
Au début, Ilvern et Gerik s’occupèrent d’eux côte à côte, mais bientôt, Ilvern n’eut même plus besoin de s’avancer.
Dès que quelques gobelins apparaissaient, Gerik fonçait sur eux avec Charge et les massacrait seul, avant même qu’Ilvern ait eu le temps de sortir sa masse.
« Pour eux, les abords ne sont qu’une petite promenade. »
Gerik sourit amèrement en se rappelant la fierté qu’il avait éprouvée en chassant des gobelins tout seul dans les environs.
Un groupe ordinaire d’aventuriers de bas rang aurait avancé prudemment, sur ses gardes face aux embuscades, et aurait mis plusieurs fois plus de temps à parcourir la même distance. Mais le groupe de Minos n’étant composé que d’aventuriers d’élite, il traversa les abords de la Forêt Sauvage du Démon en trois heures seulement.
Et encore, ils avaient ralenti pour Minos, qui peinait à suivre avec l’endurance naturellement faible des mages. Sans lui, ils auraient pu aller encore plus vite.
« Après tout, c’est un travail de bureau… »
Tout en songeant à Minos, Gerik leva les yeux.
La forêt qui s’étendait devant eux baignait dans une obscurité profonde, bien différente de celle des abords. Dès qu’il suivit Katrin, qui s’y était engagée la première, dans la Forêt Frontalière, une pénombre d’un tout autre degré l’enveloppa.
« À côté, les abords sont vraiment lumineux. »
On était en plein milieu de la journée, pourtant la Forêt Frontalière était aussi sombre qu’au crépuscule. Les grands arbres, serrés les uns contre les autres, masquaient le ciel et laissaient passer si peu de lumière qu’il distinguait à peine ce qui se trouvait devant lui.
« Pour une forêt aussi dense, il n’y a pas tant d’obstacles. »
Fait intéressant, la Forêt Frontalière ne ressemblait pas à la forêt amazonienne de sa vie précédente, où les petits arbres poussaient en masse et entravaient les déplacements.
Les arbres immenses devaient bloquer complètement le soleil, empêchant les arbres plus petits de pousser.
« C’est… du terreau de feuilles ? Ce n’est pas comme celui que je connais… »
Le sol sous les pieds de Gerik lui semblait étrange. Il avait la consistance de la sciure et donnait l’impression que son pied s’y enfoncerait s’il appuyait trop fort. Cette sensation lui était totalement inconnue.
« Je comprends maintenant pourquoi Katrin a dit qu’on pouvait planter les torches à hampe dans le sol et se battre. »
Contrairement à Katrin, dont la vision nocturne était excellente grâce à Grâce sauvage, le reste du groupe avait besoin de lumière pour surveiller les alentours.
Au signal de Katrin, Ilvern et Gerik prirent les places prévues à l’avant et à l’arrière du groupe, leurs torches à hampe à la main pour éclairer les environs.
Comme il était mage et portait une armure relativement légère, Minos se plaça entre les deux guerriers plutôt que de prendre une torche, se dissimulant pour éviter de devenir une cible.
Un silence inquiétant régnait dans la Forêt Frontalière ; on n’entendait même pas le moindre insecte. Tandis que le groupe avançait en surveillant les alentours, Katrin, qui était partie en reconnaissance, revint sans bruit.
« Il y a un repaire de gobelins devant nous. C’est notre cible. »
Le groupe la suivit et, peu après, Katrin s’arrêta devant un endroit qui semblait tout à fait ordinaire.
Sur un geste de Katrin, Ilvern se dirigea vers un point précis, comme s’il connaissait déjà ses consignes. Gerik, lui, avait l’air perdu. Ilvern et Katrin se mirent à déblayer des tas de terre et de feuilles.
À leur grande surprise, un trou habilement dissimulé apparut sous la terre.
« …Comment ont-ils seulement trouvé ça ? »
Avant que Gerik ait fini de s’émerveiller, le groupe commença à s’engouffrer dans le trou, un membre après l’autre. Il était juste assez grand pour qu’un adulte puisse s’y faufiler.
Après avoir parcouru un moment le tunnel de terre rudimentaire qui partait du trou, ils découvrirent qu’il débouchait sur une grotte naturelle.
« Tu savais que la Forêt Sauvage du Démon comptait un nombre inhabituellement élevé de grottes souterraines ? »
Gerik longeait la paroi de la grotte d’une main et l’examinait quand Minos remarqua son geste et lui parla à voix basse.
« Vraiment… ? »
« Oui. Ces grottes expliquent en partie pourquoi tant de monstres vivent dans la Forêt Sauvage du Démon. Les gobelins, surtout. »
Minos lui expliqua que, selon la légende, les gobelins avaient autrefois été les plus prospères des esprits de la terre. Mais, pour une raison inconnue, toute leur race avait été frappée d’une terrible malédiction et transformée en ces créatures laides qu’ils étaient devenus.
« On raconte qu’ils ont gardé les habitudes qu’ils avaient quand ils étaient des esprits de la terre. C’est pour ça qu’ils aiment tant creuser des terriers. »
Minos désigna la paroi et poursuivit :
« Pourquoi ne pas toucher le mur ? »
« …Le mur ? »
Surpris par la demande inattendue de Minos, Gerik hocha la tête et posa la main contre la paroi de la grotte. Il la caressa légèrement de la paume, en examinant sa texture.
« …Hein ? »
Se fiant au bon sens de sa vie précédente, Gerik s’était attendu à une humidité et à une texture tendre, typiques du calcaire qu’il croyait devoir trouver dans une grotte.
« …Ce n’est pas du calcaire ? »
Pour une raison ou une autre, la paroi devant lui était dure comme du granit et presque sèche, ce qui le mettait mal à l’aise.
« Cette grotte… est étrange. La roche ne ressemble pas à celle d’une grotte ordinaire. »
Minos, qui observait silencieusement sa réaction, eut les yeux qui brillèrent.
« Intéressant, n’est-ce pas ? »
En s’appuyant sur d’anciens documents qu’il avait étudiés à l’Académie royale, Minos lui raconta une légende transmise dans la Forêt Sauvage du Démon.
« D’après la légende rapportée dans les textes anciens, une civilisation puissante existait ici, il y a bien longtemps. Mais, pour une raison inconnue, elle a commis un grand péché en concluant un pacte avec un être maléfique auquel elle n’aurait jamais dû s’associer. »
Selon la légende, tous les dieux du Plan matériel, furieux d’avoir été témoins de ce péché, rassemblèrent leurs armées et détruisirent la civilisation. Puis, comme cela ne leur suffisait pas, ils ensevelirent les lieux sous une immense masse de terre et de sable.
C’était ainsi que tant de grottes s’étaient formées sous la forêt.
Après avoir raconté la légende, Minos passa un instant la main sur la paroi de la grotte, puis reprit :
« Au début, je pensais que ce n’était qu’une vieille légende transmise de génération en génération… »
Bien qu’il ne fût aventurier que depuis peu, Minos avait récemment découvert plusieurs grottes semblables.
Il semblait penser que cette légende reposait peut-être sur une part de vérité.
« Kyak ! Kyak !! »
Alors qu’ils avançaient en discutant à voix basse, les cris familiers des monstres retentirent.
Sans un mot, ils échangèrent un regard et prirent rapidement la formation de combat qu’ils avaient répétée la veille.
Contrairement à leur formation de marche, Ilvern et Gerik prirent la tête, Katrin les soutint depuis l’arrière et Minos se plaça tout au fond, à quelque distance d’eux.
Le groupe progressa prudemment en formation et ne tarda pas à tomber sur une bande de gobelins.
« …Ce sont des hobgobelins ? »
Gerik repéra plusieurs individus qui se distinguaient des autres.
Les gobelins ordinaires avaient à peu près la taille d’écoliers, tandis que ces créatures dépassaient de robustes hommes adultes. Elles étaient même musclées.
« Kyaak !! Kya !! »
Les hobgobelins criaient leurs ordres aux gobelins plus petits.
Absorbé par sa tâche, l’un d’eux aperçut la lumière des torches du groupe et releva brusquement la tête.
Fiiiiou… !!
À peine eut-il repéré les humains et ouvert la bouche pour rugir de rage qu’une flèche jaillit de l’arc long de Katrin.
Floc !!
La flèche se ficha en plein dans sa tête.
Lorsqu’un hobgobelin fut abattu par cette attaque surprise, les autres levèrent aussitôt leurs boucliers de bois et poussèrent un rugissement qui tenait lieu de signal.
À leurs cris, les gobelins interrompirent leur tâche et se saisirent précipitamment de leurs armes. Fait remarquable, sur les ordres des hobgobelins, ils commencèrent à former une ligne de défense rudimentaire.
« Des tactiques… ? »
Gerik observait les hobgobelins avec stupeur. Leur regard trahissait une intelligence indéniable.
Mais, contrairement aux autres créatures intelligentes, leurs yeux ne reflétaient qu’une haine absolue envers tout être vivant.
« Kyareuk !! Kya !! »
Craignant peut-être le talent de Katrin à l’arc, les hobgobelins restèrent derrière les gobelins, leurs boucliers levés. En poussant des cris stridents, ils les firent avancer lentement.
Fouit !! Fouit !!
Un son étrange résonna dans la caverne. Surpris par ce signal sophistiqué, Gerik en chercha la source et vit un hobgobelin souffler dans un sifflet taillé dans un os d’animal.
Encore plus de hobgobelins et de gobelins se mirent alors à surgir de terriers dans toutes les directions.
Pour la première fois confronté à une telle multitude d’ennemis, Gerik en eut le souffle coupé.
« Mais combien de gobelins vivent donc dans cette grotte… ?! »
Alors que ces renforts soudains le décontenançaient, les hobgobelins dirigeaient leurs troupes avec intelligence. Ils semblaient conscients du risque d’embouteillage que provoquerait une avancée désordonnée des gobelins. Lentement, mais méthodiquement, ils pressaient le groupe.
Fouit !! Fouit !!
Tandis que les gobelins de tête avançaient lentement, leurs armes levées, ceux qui se trouvaient derrière obéissaient aux ordres des hobgobelins et lançaient des pierres, faisant pleuvoir sur le groupe une salve d’attaques à distance.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>