Chapitre 43
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 43 : Un nouveau compagnon (4)
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Ne comprenant pas ce que voulait dire Gerik, Minos le regarda d’un air perplexe et lui demanda de quoi il parlait.
Gerik lui expliqua que, vu les exigences du plan, il voulait connaître précisément les capacités des membres du groupe, afin d’en évaluer la sûreté et les chances de réussite.
Il s’intéressait surtout à la magie. Il avait affronté un mage peu de temps auparavant et constaté de ses propres yeux à quel point la magie pouvait être terrifiante.
Comme il se trouvait justement dans le groupe d’un mage, Gerik voulait en apprendre davantage sur la magie auprès de Minos.
En un sens, il s’était servi de cette excuse pour en savoir plus sur la magie. Pourtant, quand Gerik eut fini de parler, ce ne fut pas Minos, mais Katrin qui prit soudain un air sévère.
« … Tu ne trouves pas ça incroyablement impoli ? »
« Hein… ? »
Pris au dépourvu par cette remarque inattendue, Gerik la dévisagea, interdit.
« Demander quelles sont les compétences d’un aventurier ou chercher à les lui soutirer, c’est l’un des plus grands tabous. Tu ne le savais même pas ? »
« !! »
Il n’y avait jamais songé. Gerik se crispa, mortifié, mais seulement un instant. Qu’il l’ait su ou non, il avait enfreint un tabou ; il s’excusa donc aussitôt.
« … Fais attention, à l’avenir. »
Contre toute attente, Katrin ne resta pas fâchée contre Gerik.
D’abord perplexe devant ce brusque changement d’attitude, Gerik comprit en voyant sire Ilvern tapoter doucement la Plaque de bois de Gerik pour la lui montrer.
Ah… Il lui rappelle que je suis encore un aventurier de Plaque de bois, qui ne peut même pas apprendre de compétences.
C’était logique. Le tabou dont parlait Katrin ne concernait que les véritables aventuriers. Gerik était encore un novice, qui n’avait même pas obtenu le droit de se heurter à ce genre de tabou.
C’était sans doute pour cela que la colère de Katrin était retombée si vite.
Un silence gêné s’installa. Minos leva alors la main et intervint.
« Ah, ça ne me dérange pas, alors je vais t’expliquer la magie ! Je n’ai rien à cacher… et je pense que t’en parler nous aidera à mieux travailler ensemble par la suite. »
Minos se racla légèrement la gorge, se redressa et poursuivit.
« Savais-tu que seuls ceux qui naissent avec une âme puissante peuvent étudier la magie ? »
Gerik lui ayant répondu que non, Minos lui expliqua pourquoi seuls quelques élus pouvaient apprendre la magie.
Pour pratiquer la magie, il fallait créer par la méditation un grimoire magique unique au sein de son âme. Pour y parvenir, il fallait explorer régulièrement son moi intérieur grâce à la méditation dès l’enfance, tant que l’esprit était encore clair et vif.
« … Donc, même avec du talent, ce serait difficile d’apprendre si on s’y mettait trop tard ? »
« C’est certainement vrai en partie. Passé quinze ans, l’âme se trouve souillée par le monde matériel et notre univers intérieur se fige peu à peu. »
Minos expliqua qu’une fois cela arrivé, bâtir un monde virtuel pour la magie devenait des dizaines de fois plus difficile.
Donc, il faut un esprit malléable ? Aucune chance pour moi…
Gerik avait déjà vécu près de trente ans, en comptant sa vie précédente ; sa vision du monde était depuis longtemps figée.
Il était certain que même avec la fenêtre de statut comme code de triche, apprendre la magie serait presque impossible.
Minos poursuivit : après avoir gravé avec peine un grimoire magique dans son âme et appris à le lire par la méditation, on était enfin prêt à étudier la magie.
Inscrire des sorts dans ce grimoire s’appelait une inscription, et la cultivation permettait d’en augmenter le nombre.
« Combien d’inscriptions peut-on avoir ? Et comment fonctionnent exactement les cercles ? »
« Le nombre d’inscriptions est forcément limité. Mais le talent varie tellement d’une personne à l’autre qu’il est difficile de donner une réponse précise. Quant aux cercles… »
Minos expliqua qu’un cercle correspondait au nombre d’étapes de traitement que subissait un sort. Un sort du premier cercle ne traitait le mana du monde qu’une fois, tandis qu’un sort du deuxième cercle le traitait deux fois.
C’était pourquoi lancer des sorts de cercles supérieurs exigeait non seulement une compréhension plus profonde, mais aussi de renforcer son âme par l’entraînement, afin qu’elle puisse contenir des sorts toujours plus précis et puissants.
Il ajouta toutefois que même l’âme mortelle la plus douée avait ses limites, tout comme la magie qu’elle pouvait apprendre.
« En pratique, le neuvième cercle est le plus haut qu’un mortel puisse atteindre. Ah ! Je veux dire qu’il est théoriquement possible d’y parvenir… Sur tout le continent, seuls quelques mages savent l’utiliser. Oublie les sorts du neuvième cercle : quiconque maîtrise la magie du septième cercle est déjà appelé archimage. »
Minos précisa que seules des races à l’intelligence et au corps transcendants, dotées d’une longévité extraordinaire — comme les dragons — pourraient peut-être parvenir, tout juste, à apprendre la magie du neuvième cercle.
« Je vois… Et comment recharge-t-on un sort après l’avoir lancé ? »
Après avoir saisi les bases théoriques, Gerik s’enquit des aspects pratiques dont il aurait besoin.
Minos lui expliqua la chose ainsi : pour inscrire un sort, il fallait d’abord en comprendre parfaitement la théorie. Ensuite, après l’avoir inscrit dans son grimoire magique par la méditation, il fallait le remplir de mana pour le compléter.
Une fois lancé, le sort vidait son inscription ; il fallait donc la remplir de nouveau avec du mana en méditant avant de pouvoir s’en servir à nouveau. Si l’on avait besoin d’un nouveau sort, il fallait effacer l’inscription et la remplacer par une autre.
« C’est pour ça qu’il est très important, pour un mage, de prévoir ses sorts et de les répartir judicieusement. »
« C’est plus compliqué que je ne le pensais… »
« Oui. C’est pourquoi les mages de bas cercle comme moi doivent particulièrement bien s’organiser. Si tu remplis toutes tes inscriptions de sorts de feu sans réfléchir, puis que tu tombes sur un ennemi très résistant au feu, tu ne sers plus à rien. »
À l’inverse, cela signifiait qu’un mage bien préparé pouvait vaincre un ennemi qui dépassait ses capacités habituelles. Malgré la plainte pleine d’autodérision de Minos, Gerik ne sous-estimait pas les mages.
« Ah ! Cela dit, quand on devient un mage de haut rang, le problème disparaît presque. On peut lancer tellement de sorts qu’il suffit de préparer toutes sortes d’inscriptions pour chaque situation. »
Gerik trouva cela glaçant. D’après les explications de Minos, un mage de haut rang pouvait adapter sa riposte aux caractéristiques de n’importe quel ennemi.
Il se promit que s’il devait un jour affronter un mage, il lui faudrait l’éliminer en premier.
Bien sûr, le mieux, c’est encore de ne pas se faire un mage comme ennemi.
Après avoir réfléchi un instant, Gerik évoqua Owen, le mage fou des égouts, puis demanda comment se battre contre un mage rencontré en ennemi.
« Hmm… Tu ne comptes pas t’en servir contre moi, j’espère ? »
Après cette plaisanterie légère, Minos lui expliqua les astuces pour combattre un mage.
Le mieux était de le blesser d’une manière ou d’une autre, même légèrement. Les sorts étaient délicats ; si l’on perturbait un mage, son incantation était souvent interrompue, ce qui faisait échouer le sort et disparaître l’inscription.
Une autre méthode consistait à se cacher du regard du mage. En particulier, les sorts lancés en désignant une cible échouaient toujours si celle-ci sortait du champ de vision du lanceur.
En écoutant Minos, un mage en activité, détailler avec autant de précision les faiblesses d’un autre mage, Gerik sentit sa peur des mages diminuer, ne serait-ce qu’un peu.
Ses questions ayant trouvé réponse, il décida de révéler honnêtement ses propres capacités, à la fois pour s’excuser d’avoir enfreint le tabou et pour se racheter.
« Puisque j’ai déjà enfreint le tabou… autant être honnête. Pour l’instant, je possède deux compétences : Entaille et Charge. C’est tout. »
Gerik ajouta, en faisant référence à la démonstration précédente :
« Vous les avez vus vous-mêmes, vous devez donc avoir une idée de ce que je sais faire. J’aimerais que vous me trouviez une place en fonction de ces compétences. »
Un bref silence suivit ses paroles. Katrin, qui ne s’attendait sans doute pas à cette franchise, eut un mouvement de recul et prit un air partagé.
Elle pinça les lèvres et réfléchit un instant avant de prendre enfin la parole avec prudence.
« … Moi aussi, j’en ai une. Elle s’appelle Grâce sauvage. »
Après un court silence, elle révéla son secret. Katrin expliqua brièvement que, dans un environnement couvert de broussailles ou d’arbres, cette compétence réduisait considérablement sa présence, ce qui la rendait utile pour l’éclaireur, les attaques surprises et les embuscades.
Quand Katrin révéla sa compétence, sire Ilvern, qui écoutait en silence, haussa légèrement un sourcil. Il ne s’était apparemment pas attendu à ce qu’elle la dévoile d’elle-même.
Mais cela ne dura qu’un instant. Sire Ilvern sembla rassembler ses pensées, puis prit la parole d’une voix calme.
« J’en ai deux. Frappe lourde, qui assène un coup puissant avec une arme contondante. Et Onde de choc, qui canalise la force dans un bouclier et le frappe contre le sol pour provoquer des vibrations, ou qui percute directement un ennemi. »
Après avoir entendu les capacités de chacun, Gerik hocha la tête et donna son avis.
« Dans ce cas, sire Ilvern et moi devrions former la ligne de front, Katrin se placer au milieu et Minos, qui doit éviter autant que possible d’être pris à partie par les ennemis, rester à l’arrière ? »
Pour une raison inconnue, sire Ilvern prit un air sévère en entendant la formation proposée par Gerik.
« Certainement pas. »
Gerik le regarda, perplexe devant cette réponse catégorique.
« Pourquoi pas ? »
« De par leur métier, les mages portent un équipement très léger. Si on le place tout à l’arrière et qu’on se fait prendre en embuscade par-derrière, on risque de perdre notre ressource la plus précieuse pour rien. »
« Ah… »
Son expérience étant encore limitée, Gerik n’avait imaginé que des ennemis attaquant de face.
L’objection de sire Ilvern était parfaitement fondée. Gerik en convint et lui demanda si Katrin devait alors prendre la toute dernière place.
« Ce ne serait pas bon non plus. Gerik, c’est toi qui devrais fermer la marche. »
Sire Ilvern poursuivit d’un ton calme, mais assuré.
Katrin devait prendre la tête et empêcher les embuscades venant de l’avant. Lui-même se placerait en deuxième ligne, pour bloquer les menaces frontales et protéger Minos.
« Si on nous attaque par-derrière, Gerik, en tant que deuxième membre le mieux armé du groupe, pourra former une première ligne de défense en cas d’urgence. Et s’il se passe quelque chose à l’avant, tu pourras rapidement rejoindre la ligne de front grâce à Charge. Avec notre composition actuelle, te placer tout à l’arrière est donc la formation la plus logique. »
À mesure qu’il l’écoutait, Gerik comprit que le raisonnement de sire Ilvern ne présentait aucune faille. Il hocha la tête, tout en reconnaissant intérieurement que sa propre proposition était simpliste.
« … Tu as raison sur toute la ligne. Faisons comme ça. »
Minos, qui les observait, sourit et intervint à son tour.
« Ne le prends pas mal, Gerik. Sire Ilvern a le plus d’expérience du combat ; il vaut donc mieux suivre son avis en matière de tactique chaque fois que possible. »
Gerik connaissait la véritable identité de sire Ilvern : un chevalier aguerri par d’innombrables batailles. Il ne lui serait même pas venu à l’idée de contester sa décision.
Une fois qu’ils se furent mis d’accord et eurent attribué les rôles, sire Ilvern, qui s’occupait de la tactique, leur proposa de s’exercer à leur formation avant l’expédition. Le groupe passa un moment sur le terrain d’entraînement à apprendre à travailler ensemble.
« Nous partons dans deux jours pour nous attaquer à la Forêt Frontalière. As-tu tout ce qu’il te faut ? »
Après l’entraînement, alors que Gerik s’apprêtait à prendre congé et à partir, Katrin lui posa la question. Il répondit d’un air un peu embarrassé.
« À vrai dire… C’est la première fois que je pars, alors je ne sais pas vraiment quoi emporter. Tu pourrais m’aider ? »
Gerik l’ayant reconnu sans détour, Katrin hocha légèrement la tête, comme si elle s’y était attendue.
Il ne leur restait qu’un jour pour se préparer. Elle lui proposa donc de s’occuper de tout pour cette fois, à condition qu’il en règle les frais. En chemin, elle lui expliquerait l’utilité de chaque objet et la façon de s’en servir.
Elle ajouta qu’au lieu de perdre du temps à rassembler des provisions, ils feraient mieux de consacrer davantage de temps à s’entraîner à leur formation.
Sa proposition était sensée et n’avait pas un mot de trop. Gerik acquiesça. Après deux jours passés à s’entraîner et à préparer leurs provisions, le groupe partit enfin pour sa première mission.
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