Chapitre 40
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 40 : Un nouveau compagnon (1)
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« Du point de vue du royaume comme de la Guilde, les aventuriers de Plaque de cuivre sont indispensables. Si un aventurier capable de progresser continue de repousser sa promotion dans une situation pareille, la Guilde ne peut pas vraiment s’en réjouir. »
Gerik demanda s’il risquait une sanction à force de repousser sa promotion.
« Pas exactement… Mais il y a de fortes chances que la Guilde ne vous considère plus comme un “espoir prometteur”, monsieur Gerik. »
La réceptionniste lui expliqua que, s’il était reconnu comme un espoir prometteur, Gerik bénéficierait d’un soutien aussi bien matériel qu’immatériel.
Il y aurait des avantages concrets, comme le partage d’informations et la priorité dans l’attribution des bonnes missions, mais aussi des bénéfices moins visibles, tels que des relations et une bonne réputation au sein de la Guilde.
Ha… Je n’aurais jamais cru qu’on ferait tout un plat du report d’une promotion…
Il avait voulu gravir les échelons pas à pas et se renforcer sans prendre de risques, mais un obstacle inattendu venait de se dresser sur son chemin. Gerik se sentit déstabilisé.
Qu’est-ce que je devrais faire… ?
La réceptionniste avait présenté cela comme un conseil bienveillant, mais Gerik comprit que la Guilde lui mettait en réalité une pression polie par son intermédiaire.
En même temps, cela signifiait que la Guilde fondait de grands espoirs sur lui et qu’elle lui offrirait des avantages s’il se pliait à ses souhaits.
Avec mon équipement et mes capacités actuels, j’en suis tout à fait capable…
Gerik savait qu’à présent, il pouvait viser non seulement les abords de la Forêt Sauvage du Démon, mais aussi sa périphérie, la Forêt Frontalière.
Grâce à deux compétences qui le rendaient clairement plus fort qu’un aventurier de Plaque de bois et à l’équipement que Grimdal lui avait fabriqué, il avait la force nécessaire pour accomplir des missions dans la Forêt Frontalière.
À condition de ne pas présumer de ses forces et de réussir à former un groupe convenable.
Le problème, c’est que trouver un groupe digne de confiance n’est pas aussi facile qu’il y paraît…
Certains aventuriers cherchaient querelle aux gens simplement parce qu’ils portaient une armure de bonne qualité. Et s’il rejoignait des individus en qui il n’avait pas confiance, pour se faire poignarder en pleine nuit par un « allié » convoitant son équipement ?
Ce serait le pire scénario possible. Son bon équipement lui avait créé un problème pour le moins ironique.
Si je rejoins un groupe que je ne connais pas, je risque fort d’être maltraité comme dans celui de Bruno, ou trahi et tué par ses membres. Est-ce que je devrais postuler pour rejoindre un groupe au hasard ? Ou me lancer seul, quitte à prendre des risques ?
Gerik se plongea dans ses réflexions. Devait-il parcourir seul la Forêt Frontalière, en affrontant des dangers plus grands, ou rejoindre un groupe en acceptant le risque d’être trahi ?
Il y réfléchit jusqu’à tard dans la nuit, à l’auberge, mais se coucha sans avoir trouvé de réponse.
Le lendemain.
Gerik comptait demander à la réceptionniste quelle était la mission la moins dangereuse. Mais avant même qu’il ait pu ouvrir la bouche, elle prit la parole.
« Monsieur Gerik, vous avez reçu une demande nominative ainsi qu’une invitation à rejoindre un groupe. »
« … Quoi ? »
Gerik fixa la réceptionniste, hébété par cette annonce soudaine.
Son expression déconcertée l’amusa peut-être, car la réceptionniste esquissa un petit sourire, inhabituel chez elle.
Elle lui expliqua qu’un groupe d’aventuriers recrutant des membres pour une mission de haut niveau réservée aux Plaques de bois avait demandé expressément à l’avoir.
« Si c’est une invitation à rejoindre un groupe, c’est une invitation à rejoindre un groupe. Mais qu’est-ce que cette demande, alors ? »
« Deux personnes du groupe sont à l’origine de la demande. L’une d’elles a une très bonne opinion de vous, monsieur Gerik, et vous a proposé de les rejoindre. Par ailleurs, le groupe a une autre demande confidentielle à vous soumettre. »
« Une demande confidentielle ? De quoi s’agit-il ? »
« Je pense qu’il faudra d’abord accepter, rencontrer cette personne et l’entendre de sa bouche. Elle a demandé que cela reste secret, alors on ne m’a pas non plus révélé les détails. »
Gerik avait été trahi pour une histoire de butin peu de temps auparavant ; le mot « confidentielle » le fit donc froncer les sourcils. La proposition, qui semblait comporter deux demandes distinctes, lui inspirait un profond malaise.
Voyant sa réaction négative, la réceptionniste l’encouragea prudemment à les rencontrer au moins une fois, comme pour l’apaiser.
Elle semblait hésiter à lui expliquer en détail pourquoi, car le client avait exigé que son identité reste strictement confidentielle. Elle lui assura néanmoins à voix basse que, d’après son expérience, ces gens étaient « dignes de confiance ».
Au vu de tout ce qu’il avait constaté jusqu’ici, Gerik savait que la réceptionniste ne disait pas cela à la légère. Il accepta donc, à contrecœur, le rendez-vous.
En suivant ses indications, Gerik entra dans un salon de réception au rez-de-chaussée et aperçut un homme d’âge mûr aux cheveux d’un blanc saisissant.
L’homme paraissait âgé, mais son corps était manifestement bien entretenu et puissamment bâti. La cuirasse de grande qualité qu’il portait fit forte impression sur Gerik.
« Bonjour. Je m’appelle Gerik. On m’a dit que vous souhaitiez me rencontrer… ? »
« Salutations. Je suis Ilvern, chevalier à la retraite de la famille Ashburn. »
« Un chevalier à la retraite… ? »
Gerik ne put dissimuler sa surprise devant l’apparition inattendue du chevalier.
« Pourquoi un chevalier voudrait-il me voir… ? »
« Vous souvenez-vous avoir dégainé votre épée contre cet ivrogne qui vous avait cherché querelle à la Guilde, la semaine dernière ? »
« … Oui. Je m’en souviens. »
« Le jeune seigneur de la famille que je sers a assisté à la scène et vous a trouvé fort à son goût. »
Sire Ilvern marqua une pause, puis se mit à lui parler du jeune seigneur qu’il servait : Minos Ashburn.
Son seigneur était Minos, le troisième fils de la famille Ashburn, qui étudiait actuellement la magie à l’Académie royale.
En étudiant la magie, Minos s’était passionné pour un domaine appelé archéologie magique. Le problème, c’était que, par nature, l’archéologie avait ses limites lorsqu’on l’étudiait depuis un bureau.
Minos avait compris qu’il devait travailler sur le terrain pour obtenir des résultats. Il avait donc demandé à sa famille de le laisser acquérir de l’expérience pratique et combler ses lacunes.
« Il a même insisté pour acquérir cette expérience en devenant aventurier dans la dangereuse frontière orientale. »
« … Pourquoi ? Pourquoi devenir aventurier, entre toutes les possibilités ? Quel rapport avec l’archéologie ? »
Quand Gerik lui fit part de ses doutes, sire Ilvern lui exposa les caractéristiques des ruines dont Minos avait besoin pour ses recherches, en reprenant les arguments du troisième fils.
Les ruines situées dans des lieux sûrs avaient généralement déjà été étudiées. Pour mener de nouvelles recherches, il devait se rendre dans des ruines situées dans des endroits dangereux ou inhabités.
Dans ces conditions, un chercheur en archéologie devait agir à peu près comme un aventurier. Telle était la logique de Minos.
« … Et ils l’ont laissé faire ? »
« À votre avis ? »
Sire Ilvern soupira avant de raconter le bras de fer entre Minos et les anciens de la famille Ashburn.
Naturellement, la famille avait tenté d’empêcher son précieux enfant de se livrer à un travail aussi peu reluisant dans des endroits dangereux.
Mais Minos avait protesté : ils entravaient son parcours universitaire sans raison valable. Il avait même déclaré que, s’ils persistaient, il préférait renoncer entièrement à la magie.
Ses arguments étaient solides, et il avait adopté une position si ferme qu’il était prêt à abandonner la magie s’ils refusaient. La famille se retrouvait donc dans une situation délicate.
Une autre famille l’aurait peut-être enfermé ou aurait fait pression sur lui en le privant de ses droits d’héritage. Mais les anciens de la famille Ashburn furent complètement défaits par la logique de Minos, et l’affection qu’ils portaient à ce fils tardif n’arrangea rien. Ils finirent par céder.
Minos avait tout juste obtenu, à force de négociations, la permission de devenir aventurier. Mais ses ennuis ne s’arrêtèrent pas là.
Quand le chef de famille voulut lui assigner quatre chevaliers de la famille, officiellement pour l’accompagner et assurer sa sécurité, Minos refusa de nouveau catégoriquement.
Il fit valoir qu’il pouvait recevoir de l’aide en tant que descendant direct, mais que sa famille ne pourrait guère lui assigner des chevaliers une fois qu’il serait devenu archéologue indépendant.
« Le chef de famille, décontenancé, tenta alors de lui assigner un seul commandant de chevaliers pour accompagner le jeune seigneur. Il lui dit qu’une personne, ce serait acceptable. »
Mais Minos protesta de nouveau avec véhémence : quelqu’un d’aussi puissamment fort qu’un commandant de chevaliers valait plusieurs chevaliers. Il n’apprendrait rien en partant à l’aventure sous la protection d’un tel homme.
Finalement, le chef de famille tenta un compromis en désignant Ilvern, qui avait quitté le service actif et menait une vie paisible, comme unique accompagnateur de Minos.
« … Après toutes ces négociations houleuses, c’est moi qui ai été choisi. »
Un autre aurait peut-être protesté, mais Ilvern connaissait Minos depuis son enfance et était proche de lui.
De plus, puisqu’il s’agissait de la première aventure de Minos, même celui-ci ne pouvait nier que partir sans compagnons compétents ni discernement pour les choisir risquait de lui attirer des ennuis.
La suggestion du chef de famille, qui consistait à lui adjoindre un chevalier à la retraite comme conseiller, lui parut donc raisonnable. Il finit par céder et accepta.
« Malgré tout, le chef de famille devait rester inquiet avec moi pour seul garde. Il a secrètement déguisé un aventurier expérimenté de Plaque de cuivre en aventurier de Plaque de bois, puis l’a intégré au groupe sous prétexte d’une rencontre fortuite. En pratique, deux membres de la famille accompagnent le jeune seigneur. »
Gerik ricana intérieurement. C’était peut-être le meilleur compromis du point de vue de la famille, mais si Minos le découvrait, il serait probablement furieux.
« Jusqu’aux missions de niveau intermédiaire pour les Plaques de bois, nous étions trois et cela suffisait. Les problèmes ont commencé avec les missions de haut niveau. »
Sire Ilvern poursuivit. L’aventurier déguisé était assez doué et, même si Ilvern avait pris sa retraite, il n’avait rien perdu de son expérience de chevalier. Jusqu’aux missions de niveau intermédiaire, tous trois avaient suffi.
Mais quelles que fussent leurs capacités, les missions de haut niveau qu’il fallait accomplir avant de passer à la Plaque de cuivre nécessitaient souvent au moins quatre personnes. C’était là que le problème se posait.
Il leur arrivait aussi de devoir pénétrer dans la Forêt Frontalière, voire dans des zones plus profondes encore. Pour protéger Minos, il leur fallait donc d’urgence un guerrier de niveau Plaque de cuivre.
« Hmm… »
« Mais le jeune seigneur insistait : inviter quelqu’un d’un rang supérieur au sien ne revenait pas à autre chose qu’inviter un chevalier de la famille. Il n’accepterait qu’un aventurier de Plaque de bois comme lui. »
En théorie, ce n’était pas faux. Le problème était de trouver, parmi tous ces aventuriers de Plaque de bois sans valeur, quelqu’un de compétent et qui ait fait ses preuves, capable de protéger le jeune seigneur.
Minos était peut-être prêt à courir des risques, mais Ilvern, chargé de le protéger, ne pouvait pas lui adjoindre un incapable. Si quelque chose tournait mal, c’est finalement sa tête à lui qui tomberait.
« J’avais donc l’intention de recruter un aventurier “digne de confiance” en employant la même méthode que pour le premier, mais… »
Le problème, c’était que Minos s’était peu à peu habitué à partir à l’aventure et avait commencé à soupçonner que les candidats recommandés par Ilvern étaient des gens que la famille avait placés là à l’avance. Il s’en était mêlé et, maintenant qu’ils ne pouvaient plus recourir à cette astuce, il était devenu difficile de trouver quelqu’un.
« Puis le jeune seigneur a vu par hasard l’incident de l’autre jour et vous a trouvé à son goût. Il se trouve que, ce jour-là, je vous avais moi aussi remarqué. »
Gerik comprenait qu’un jeune seigneur irréfléchi puisse être impressionné en voyant un aventurier de Plaque de bois de son âge prendre une pose spectaculaire et brandir son épée. Mais il ne comprenait pas pourquoi sire Ilvern, pourtant expérimenté, avait lui aussi une si bonne opinion de lui. Il lui demanda donc pourquoi.
« Ce n’est pas évident ? J’ai vu un simple aventurier de Plaque de bois de niveau intermédiaire utiliser la compétence Entaille. Même les enfants de familles de chevaliers réputées, malgré un entraînement assidu depuis leur enfance, ont parfois tout juste appris une compétence à votre âge. »
Après avoir passé de longues années sur le champ de bataille en tant que chevalier, sire Ilvern avait apparemment reconnu d’un seul coup d’œil que le coup d’épée de Gerik, ce jour-là, était une compétence et non un simple mouvement du bras.
« J’étais si méfiant qu’au début, j’ai même cru que quelqu’un vous avait payé pour approcher le jeune seigneur. »
Gerik resta bouche bée en entendant Ilvern affirmer que l’utilisation d’une seule compétence lui avait fait soupçonner qu’il était un espion.
Il se demanda tout de même pourquoi Ilvern avait fini par lui faire confiance et le lui demanda. Sire Ilvern répondit qu’il avait demandé à la Guilde de mener une enquête approfondie sur Gerik au cours de la semaine écoulée.
Gerik était arrivé à Stonecreek un mois plus tôt, vêtu de guenilles, et ne connaissait rien à la ville. Pourtant, ses exploits dans les égouts avaient suffisamment impressionné la Guilde pour attirer son attention très tôt.
Son intelligence était bien trop élevée pour quelqu’un qui se disait « fermier », et le fait qu’il ait appris Entaille laissait soupçonner qu’il cachait son identité. Mais après enquête, Ilvern avait conclu qu’il n’y avait rien d’assez grave pour en faire toute une histoire.
« Quoi qu’il en soit, le jeune seigneur souhaite vous inviter dans son groupe. Après vous avoir moi-même étudié, je suis arrivé à la même conclusion. C’est pourquoi je suis venu vous trouver. »
Notes de bas de page :
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