Chapitre 4
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 4 : Prêtre et aventurier (3)
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« Avez-vous identifié les assaillants ? »
Ils étaient revenus vivants malgré leurs pertes, ce qui signifiait qu’ils avaient remporté la bataille. Osrik supposa que le groupe d’aventuriers chevronnés avait fouillé les corps ennemis et découvert des indices.
« Nous n’avons rien trouvé. Ces salauds… avaient bien fait les choses. »
Aron expliqua que l’équipement des assaillants était d’une qualité remarquable, à la hauteur de leur talent, mais que leurs armes ne présentaient aucun signe distinctif qui aurait permis de les identifier.
« En plus, quand la défaite leur a paru de plus en plus inévitable, ils se sont mis à siffler comme des forcenés, comme s’ils appelaient leurs compagnons. C’était peut-être du bluff, mais… vu notre état… »
Si des renforts ennemis arrivaient, le groupe risquait de se retrouver en grand danger, tant de ses membres étaient grièvement blessés. Le chef raconta qu’ils avaient pris quelques pièces d’équipement remarquables sur leurs ennemis en guise de preuves, puis s’étaient enfuis sans perdre de temps.
« Heureusement, l’un de nos compagnons compte devenir rôdeur. Grâce à ses compétences liées à la discrétion, nous avons pu nous échapper en effaçant nos traces. »
Ils ne pouvaient pas savoir s’ils le devaient aux talents de leur compagnon ou à l’absence de renforts ennemis, mais ils avaient réussi à quitter les lieux sans subir une nouvelle attaque.
Malgré tout, le groupe fit preuve de prudence et prit volontairement un détour en chemin, afin de mieux se préparer à une autre embuscade.
« Pendant tout ce temps, l’état de ce gaillard n’a fait qu’empirer et nos provisions commençaient à manquer. C’est pour ça qu’on est venus dans ce village relativement isolé. »
« Je vois… »
Osrik hocha la tête, comprenant les raisons tout à fait légitimes des aventuriers.
« Vous avez tous beaucoup souffert. Comptez-vous vous rendre dans un territoire important des environs pour demander de l’aide ? »
« Nous n’y songeons pas. »
Aron soupçonnait que ceux qui les avaient attaqués étaient probablement des gens puissants.
Il estimait que s’en remettre aveuglément à une personne influente des environs avant d’avoir découvert l’identité de leurs ennemis risquait de les mettre dans une situation encore plus dangereuse.
« C’est possible… »
Seule une personne puissante pouvait apporter secrètement son soutien à des assassins assez doués pour menacer des aventuriers de la Plaque d’argent, et leur fournir un équipement d’une telle qualité. Le prêtre partageait le raisonnement d’Aron.
« Je suis désolé de ne pas pouvoir vous aider davantage. »
« Le fait que vous nous ayez soignés est déjà largement suffisant. »
Les aventuriers répondirent calmement au prêtre navré que cela faisait tout simplement partie de leur métier.
Après avoir payé un supplément au prêtre et reçu une carte, de l’eau bénite et quelques autres provisions, ils se préparèrent à quitter le village au plus vite.
« Vous êtes sûrs de ne pas devoir vous reposer encore un peu ? »
« Si nous restons ici, nous risquons aussi de mettre en danger les villageois et vous-même. »
« Hum… »
Contrairement aux aventuriers ordinaires, emportés par le désir et la cupidité, le chef qui se tenait devant lui et ses compagnons faisaient preuve d’une grande intégrité. Osrik en fut d’autant plus impressionné.
« Argh… !! »
Alors que les aventuriers s’apprêtaient à quitter le monastère, un puissant gémissement s’échappa du guerrier grièvement blessé, Lugos.
« Ne bouge pas ! »
Le prêtre expérimenté vit les muscles autour de la plaie que Lugos venait de faire soigner trembler. Comprenant qu’il s’agissait d’un effet secondaire du sort de guérison, Osrik le soutint aussitôt pour l’empêcher de bouger.
« Ce guerrier ne peut pas partir. Sinon, non seulement le traitement n’aura servi à rien, mais son état pourrait empirer par rapport à avant les soins. »
« … Il n’y a vraiment pas moyen de faire autrement ? »
Lugos montra clairement qu’il voulait rester auprès de ses compagnons de longue date autant que possible, maintenant qu’ils couraient un danger.
Le prêtre secoua la tête et se montra encore plus catégorique.
« Absolument pas. Pour l’instant, le sort maintient de force les muscles déchirés en place et l’infection a temporairement diminué, alors tu as peut-être l’air d’aller bien. Mais à moins de recevoir des sorts de guérison pendant encore quelques jours et de te reposer une quinzaine de jours, tes organes internes risquent de se rompre. »
Insistant sur la gravité de l’état de Lugos et les effets secondaires du sort, le prêtre répéta qu’il devait rester au repos dans les environs pendant quelque temps.
« Mais… »
« Si tu pars avec eux maintenant, tu ne leur seras d’aucune aide. Tu ne feras que les ralentir. »
Comme Lugos s’apprêtait à insister, le prêtre l’arrêta d’un ton ferme.
Ses compagnons semblaient eux aussi penser que le prêtre avait raison. Ils réconfortèrent Lugos et le pressèrent de rester se reposer ici.
« On n’y peut rien… »
Il pouvait supporter la douleur, mais s’entendre dire qu’il risquait de devenir un fardeau pour ses compagnons suffit à convaincre le guerrier Lugos, pourtant obstiné.
« Une fois que nous serons arrivés sains et saufs à Norton et que nous aurons livré la marchandise, ils ne nous attaqueront plus. Repose-toi. Nous reviendrons te chercher. »
« Mm. »
Après avoir réconforté son compagnon qui se sentait coupable, Aron lui fit brièvement ses adieux.
Il ne semblait pas habitué à être séparé de force de compagnons avec lesquels il avait voyagé si longtemps. Contre toute attente, les larges épaules de ce guerrier à l’allure d’ours s’affaissèrent légèrement.
« Le guerrier va-t-il rester au monastère, désormais ? »
« … Ah ! »
Après avoir raccompagné le groupe d’aventuriers, Osrik se rendit compte qu’il n’avait guère réfléchi à l’endroit où Lugos dormirait et eut l’air embarrassé.
On appelait l’endroit un monastère, mais le bâtiment délabré ne servait que de logement provisoire à Osrik. Délibérément réduit au minimum, il était plutôt destiné à l’ascèse et beaucoup trop exigu pour qu’un guerrier aussi imposant que Lugos puisse y vivre.
« Ce n’est pas grave. Je suis aventurier, j’ai l’habitude de dormir à la belle étoile. »
« … Ça ne va pas. »
Le prêtre arrêta Lugos, qui avait parlé avec tant de calme. Vu la gravité de ses blessures, il lui fallait au moins un endroit chaud pour dormir, même s’il n’était pas confortable.
« Pourquoi ne resteriez-vous pas chez nous quelque temps ? »
« Hum… ? »
Tandis qu’Osrik cherchait une solution pour Lugos, Gerik s’avança prestement et l’invita chez lui.
Il était très curieux au sujet des aventuriers, et Osrik lui avait dit que celui-ci pouvait manier le pouvoir de la Transcendance, même s’il n’en était qu’aux premiers rudiments. Gerik voulait apprendre auprès de lui.
« Votre père l’acceptera-t-il ? Vu son tempérament… »
Baron ne lui avait jamais manqué de respect en raison de leur différence de statut, mais Osrik vivait ici depuis longtemps et savait que Baron avait le sang chaud.
Comme les villages ruraux isolés avaient tendance à se méfier des étrangers, le prêtre craignait que Gerik ne se fasse sévèrement réprimander par son père.
« Ça ira… Tant que vous lui montrez un peu de “bonne volonté”, Père ne se mettra pas en colère. Le seigneur a augmenté les impôts cette fois-ci, alors l’argent manque à la maison… »
« Vraiment ? Je peux payer suffisamment. »
À vrai dire, Lugos aurait préféré loger chez le chef du village plutôt que chez le jeune garçon qui se tenait devant lui.
Malgré tout, il appréciait l’intelligence du garçon, qu’il avait remarquée lors de leur brève rencontre. Contrairement au chef du village, qui ignorait sa situation particulière, le garçon était déjà au courant ; Lugos estima donc qu’il lui serait plus facile d’obtenir son aide.
« Vous savez où est la maison, alors passez comme d’habitude. »
« Oui, père Osrik. »
Après avoir passé plus d’un mois ensemble, Gerik et Osrik comprenaient leurs intentions en quelques mots seulement.
Après avoir brièvement pris congé d’Osrik, Gerik rentra chez lui avec Lugos en songeant :
« Si je me rapproche de Lugos et que j’apprends ne serait-ce qu’un peu de choses sur le pouvoir de la Transcendance dont disposent les aventuriers de la Plaque d’argent, ce sera énorme. »
Même s’il ne parvenait pas à obtenir d’informations approfondies sur la Transcendance, il ne perdrait rien à en apprendre davantage sur les aventuriers. Gerik résolut de convaincre Baron aujourd’hui, coûte que coûte, et de faire loger Lugos chez eux.
« Toi… !! »
Son troisième fils était rentré plus tard que d’habitude, accompagné d’un invité indésirable, et formulait une demande absurde. Le visage de Baron s’empourpra de colère.
Pourtant, l’homme à l’allure d’ours qui se tenait devant lui dégageait sans conteste une aura intimidante de guerrier. D’un naturel colérique, Baron ne put que ravaler sa rage, serrer les dents, foudroyer son fils du regard et marmonner à voix basse :
« … Tu connais notre situation ! Comment veux-tu qu’on ait les moyens de loger un invité, surtout un blessé ?! »
Craignant d’offenser l’aventurier et de déclencher une bagarre sanglante, Baron s’efforça de contenir sa colère en parlant à son fils.
« … »
Au lieu de répondre, Gerik tourna la tête vers Lugos, qui se tenait derrière lui.
Comprenant ce regard, Lugos hocha légèrement la tête, sortit de ses vêtements une petite bourse de cuir bien lourde et la lança à Baron.
« Ça devrait suffire à couvrir le prix de mon séjour. »
« … ? »
Au lieu de le menacer, le guerrier lui tendit quelque chose contre toute attente. Baron cessa de parler et ouvrit discrètement la bourse de cuir.
« … !! »
Quand dix pièces d’argent étincelantes roulèrent hors de la petite bourse, les yeux de Baron s’écarquillèrent comme des soucoupes.
Pour un pauvre fermier de campagne, c’était une fortune inimaginable. En un instant, sa colère contre son fils et l’étranger s’évanouit.
« Ah… Entrez donc. Chérie ! »
Une seule pièce d’argent suffisait à nourrir une famille de pauvres paysans pendant un mois, à condition de la dépenser avec prudence. Ayant reçu une telle somme, Baron changea aussitôt d’attitude et fit entrer Lugos comme un invité de marque.
« Chéri… Nous n’avons pas grand-chose à manger à la maison en ce moment… »
« Chut ! Silence !! »
Comme elle pensait que son mari avait finalement laissé entrer le visiteur effrayant, Anna tenta de le raisonner à nouveau, inquiète.
Baron lui plaqua la main sur la bouche, puis lui montra la bourse remplie de pièces d’argent qu’il venait de recevoir.
« … !! »
Anna aussi ouvrit de grands yeux devant une somme dépassant tout ce qu’une villageoise aurait pu imaginer. Voyant sa réaction, Baron lui glissa fièrement une pièce d’argent dans la main.
« C’est un invité de marque ! Va vite demander des provisions au chef du village ! »
« D’accord ! »
Ravie de tenir pour la première fois une somme aussi importante, Anna sortit de la maison, le visage rayonnant, la pièce d’argent serrée dans la main.
« Pour la chambre… »
« Ça ira. Gerik m’a expliqué. Je peux dormir dans le grenier. Ça vous mettrait mal à l’aise, à vous aussi, qu’un étranger que vous n’avez jamais rencontré dorme au milieu de votre famille. »
« J’apprécierais, mais… »
Après avoir accepté autant d’argent, Baron semblait blessé dans sa fierté à l’idée de ne lui proposer que le grenier, surtout en plein hiver.
Pourtant, Lugos secoua la tête, comme si cela ne le dérangeait pas du tout.
« Assurez-vous seulement que je mange à ma faim. »
« À cette époque de l’année… Il fera froid… »
« Je suis aventurier. J’ai dormi dans des endroits bien plus froids que ça. »
« Si vous le dites… »
Comme Lugos semblait vraiment se moquer de l’endroit où il dormirait, Baron parut soulagé.
Il avait reçu beaucoup d’argent ; il décida donc de faire au moins de son mieux pour les repas.
« Petit, tu peux m’aider à me relever ? »
« Oui ! Bien sûr ! »
Gerik cherchait justement comment passer davantage de temps avec Lugos. Lorsque celui-ci, gêné par ses blessures, lui demanda de l’aider à monter au grenier, Gerik s’empressa de le soutenir.
« Je pourrais aussi entretenir votre équipement ? »
« … Hum ? Tu sais entretenir des armes et des armures ? »
« Vous pourrez me montrer à partir de maintenant ! »
L’impudence remarquable de Gerik pour un garçon si jeune fit rire Lugos malgré la douleur de ses blessures.
Ravi du comportement de Gerik, il acquiesça.
« D’accord. Je t’apprendrai une chose facile à la fois. Je compte sur toi. »
« Oui ! »
Dans le grenier, Lugos commença à déballer l’équipement qu’il portait sur le dos.
Il posa d’abord au sol l’épée longue et l’épée courte accrochées à sa hanche gauche. Puis il retira son sac de cuir et décrocha l’épée longue fixée dans son dos, qu’il déposa elle aussi par terre.
« Vous utilisez trois épées ?? Comme dans le style des trois épées ? »
Se souvenant d’un personnage de bande dessinée de sa vie précédente, Gerik posa la question à moitié pour plaisanter.
« Le style… des trois épées ? Pwahaha ! Où diable as-tu entendu parler d’un truc pareil ? »
« Je l’ai imaginé, c’est tout. Mais pourquoi portez-vous trois épées ? »
À la question candide de quelqu’un qui ne semblait rien connaître aux aventuriers, Lugos eut un rire amusé.
Il sortit une pierre à aiguiser de son sac, la posa par terre et commença par aiguiser l’épée la plus courte en répondant :
« Petit, tu veux devenir aventurier ? »
« Oui. Ce serait mentir de dire que ça ne m’intéresse pas. »
« Alors retiens bien ceci : tant que ça ne gêne pas tes mouvements, avoir des armes de rechange est toujours une bonne idée. »
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