Chapitre 3
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 3 : Prêtre et aventuriers (2)
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Le chef était bien plus grand qu’un homme ordinaire, mais le guerrier nommé Lugos le dépassait encore d’une bonne tête et imposait une présence écrasante.
Il semblait avoir été grièvement blessé à la poitrine. Des bandages lui entouraient étroitement le torse en diagonale, de l’épaule jusqu’à l’abdomen.
À première vue, la blessure paraissait grave. Le milieu des bandages était taché de rouge, sans doute par le sang. Même Gerik, qui ne connaissait rien à la médecine, eut un mouvement de recul en voyant ça.
« Mon compagnon est dans un état critique. Nous vous paierons autant que possible. Pourriez-vous nous aider ? »
« … Mais qu’est-ce qui vous est arrivé ? »
Contrairement aux villages frontaliers où rôdaient des monstres mortels, la plaine de Gray-Est, où vivait Gerik, était habitée depuis un bon moment. La région était plutôt sûre.
Tout au plus, on croisait des gobelins et des bêtes sauvages dans les environs. Que des aventuriers aussi chevronnés aient subi des blessures si graves n’avait aucun sens. Le prêtre fronça les sourcils, pressentant qu’il y avait anguille sous roche.
« Euh… Eh bien… »
Au lieu de répondre, le chef du groupe d’aventuriers jeta un regard prudent au chef du village, qui se tenait à côté de lui. L’homme, qui avait de l’expérience, comprit qu’il devait partir et commença à s’incliner servilement, comme s’il s’apprêtait à s’en aller.
« Hé hé… »
Pourtant, comme le chef du village s’attardait, observant leurs réactions au lieu de partir, le meneur, qui avait d’abord froncé les sourcils, sembla se souvenir de quelque chose et sortit de ses vêtements un objet brillant.
Ding… !
« Merci de nous avoir guidés jusque-là. »
Le chef lui lança une pièce d’argent. Le chef du village la rattrapa comme s’il venait de recevoir un immense honneur, puis le remercia à plusieurs reprises. Il tourna ensuite les talons et s’en alla prestement.
« Hmm… »
En sortant, le chef du village jeta à Gerik un regard qui semblait lui demander : « Qu’est-ce que tu fais là ? »
Mais cela ne dura qu’un instant. Ne voulant pas contrarier les aventuriers qui lui avaient offert une précieuse pièce d’argent, il afficha un sourire obséquieux et se hâta de quitter le monastère.
« Entrez. Votre compagnon a l’air mal en point, il faut soigner ses blessures au plus vite. »
Osrik avait beaucoup de questions, mais soigner le blessé grave passait avant tout. Il réprima sa curiosité et les conduisit rapidement à l’intérieur du monastère.
Je vais enfin voir un vrai sort ?!
Un peu plus d’un mois après sa réincarnation dans un autre monde, Gerik allait peut-être enfin assister à un pouvoir transcendant, tel qu’un sort. L’excitation commença à monter en lui.
Il les suivit avec précaution, tâchant de se faire aussi discret que possible pour ne contrarier ni le prêtre ni les aventuriers.
« Il nous faut de l’eau chaude et des serviettes. Pourriez-vous attendre un instant ? »
« Prêtre, je vais m’en charger ! »
« Hein ? Tu es encore là… ? »
Gerik, qu’Osrik avait brièvement oublié, s’avança soudain pour proposer son aide. Le prêtre parut un peu surpris.
En entendant leur échange, les aventuriers comprirent que le garçon devant eux n’était pas un prêtre du monastère, mais un simple villageois. Ils froncèrent les sourcils.
« Toi… Enfin, peu importe. Va nous préparer ça. »
Après avoir passé près d’un mois avec Gerik, Osrik avait compris à quel point il était curieux. Il se rendit compte que son comportement venait de l’intérêt innocent qu’il portait aux aventuriers.
Beaucoup de jeunes de l’âge de Gerik admiraient les aventuriers. Au lieu de le réprimander, Osrik décida donc d’accepter son aide comme s’il n’avait pas le choix.
« Oui ! Je reviens tout de suite. »
« … Prêtre, qui est ce garçon ? »
« Il m’aide souvent à m’occuper des tâches du monastère. N’y prêtez pas attention. »
« Ah… Je vois. Il doit être un fidèle de Num. »
En entendant Osrik parler, le chef prit naturellement Gerik pour un fidèle de Num.
Osrik songea à le détromper, mais se dit qu’il pourrait un jour parler à cet enfant plein de vie de la grâce de Num et le guider vers la foi. Il ne confirma ni ne démentit donc ses paroles, se contentant d’esquisser un sourire.
« Mais surtout, comment avez-vous reçu des blessures aussi graves ? Ce n’est pas un endroit si dangereux… »
Tandis que Gerik faisait chauffer de l’eau sur le foyer, le prêtre finit par exprimer la curiosité qu’il avait réprimée jusque-là.
Le chef chercha silencieusement l’approbation de son groupe. Quand ses compagnons eurent acquiescé, il prit enfin la parole.
« … Nous avons été attaqués par un groupe non identifié pendant une mission. »
Le chef du groupe d’aventuriers, qui s’était présenté sous le nom d’Aron, commença à leur raconter brièvement leur périple.
« Nous formons un groupe qui accomplit depuis longtemps des missions de la guilde des aventuriers dans la Forêt Sauvage du Démon. Nous avons été assez réguliers pour pouvoir prétendre cette fois au rang de Plaque d’argent. »
« … Vous voulez dire que vous êtes des aventuriers Plaque d’argent ? »
Osrik avait compris que le groupe n’était pas composé d’aventuriers ordinaires, mais il fut stupéfait d’apprendre qu’ils étaient, en pratique, des aventuriers Plaque d’argent.
Quel que soit leur talent, les Plaques de cuivre étaient encore considérées comme des êtres humains ordinaires, plus ou moins. À partir du rang de Plaque d’argent, en revanche, les aventuriers commençaient à manier des pouvoirs surnaturels, même si ce n’était qu’un peu. Osrik comprit aussitôt à quel point leurs agresseurs avaient dû être terrifiants.
« Pas encore, à proprement parler… »
« Si vous pouvez prétendre à une promotion, vous n’êtes pas différents des Plaques d’argent. Contrairement au rang de Plaque de cuivre, qui exige de réussir une mission de promotion pour obtenir le titre, le rang de Plaque d’argent ne comporte pour ainsi dire aucune épreuve. »
Osrik était un prêtre qui avait beaucoup d’expérience : il avait parcouru le monde pendant des années pour mener une vie d’ascète.
Il savait que devenir un aventurier Plaque d’argent exigeait non seulement du talent, mais aussi un long historique de missions menées à bien. Il comprit donc que pouvoir prétendre à une promotion revenait presque à être déjà un aventurier Plaque d’argent.
« Ha ha… »
Les aventuriers se détendirent un peu. Ils semblaient de meilleure humeur, manifestement flattés par les compliments du prêtre, qui avait l’air de s’y connaître.
Sur ces entrefaites, Gerik revint avec de l’eau bouillante et un linge propre qu’il avait fait bouillir, puis les posa devant le prêtre.
« Tu as bien travaillé… Hein ? »
Personne ne lui avait demandé de le faire, mais Gerik avait stérilisé le linge dans de l’eau bouillante pour le blessé. Les yeux d’Osrik brillèrent de surprise.
En voyant ce garçon malin s’occuper de deux ou trois choses de son propre chef après qu’on ne lui en avait demandé qu’une, Osrik renonça à le renvoyer et lui demanda plutôt :
« Gerik. Je vais retirer les bandages de ce patient. Pourrais-tu m’aider ? »
« Oui ! Bien sûr, prêtre. »
Gerik voulait rester encore un peu pour observer les aventuriers et voir le sort du prêtre. Aux paroles d’Osrik, son visage s’illumina.
« Doucement… Voilà… Pas trop vite. »
Le prêtre découpa lentement au couteau les bandages raides de sang, tandis que Gerik commençait à les retirer avec précaution, comme on le lui avait indiqué.
« Urgh… ! »
Même en retirant les bandages aussi lentement que possible, les croûtes frottaient inévitablement contre la plaie.
Un gémissement de douleur échappa au guerrier chevronné, qui avait manifestement enduré toutes sortes d’épreuves.
Ça va mal…
Même Gerik, qui n’y connaissait rien en médecine, voyait que le guerrier était dans un état grave.
Le milieu de sa poitrine était déchiré et les muscles à vif retenaient à peine ses entrailles. La vue de la blessure fit frissonner Gerik.
« Gerik, maintiens-la fermement pour empêcher la plaie de s’ouvrir davantage. »
« Oui ! »
Il détestait devoir regarder une blessure aussi horrible, mais savoir qu’il allait assister à un miracle dans un monde fantastique rendait cette vision répugnante supportable.
« La grande protection de Num est sans fin… »
Osrik ne cessait de prier Num. Après avoir murmuré un moment, une lumière sacrée aux reflets verdâtres jaillit de ses mains.
« Ouah… »
La lumière verte enveloppa la plaie. De la chair se mit à pousser dans la zone ensanglantée et à combler l’ouverture.
« Ouf… »
La blessure était si grave qu’elle ne guérit pas complètement, même après que le prêtre eut lancé son sort de guérison pendant un bon moment.
Osrik poussa un léger soupir, puis trempa un linge sec dans l’eau chaude préparée par Gerik et se mit à nettoyer la plaie.
« Ghn… ! »
« Encore un petit effort. Une fois la plaie nettoyée, je lancerai de nouveau un sort de guérison. »
La scène était douloureuse à regarder, mais l’aventurier serra les dents et supporta la douleur.
« Gerik. Encore une fois. »
« Oui ! »
À la brève demande d’Osrik, Gerik appuya de nouveau fermement sur la poitrine du guerrier, maintenant les bords de la plaie aussi serrés que possible.
Osrik récita alors une nouvelle bénédiction sacrée et lança un sort pour guérir la plaie.
Crac ! Crac !
Fait étonnant, les croûtes commencèrent à tomber à mesure que la plaie se refermait. En même temps, l’infection diminua peu à peu et la blessure se stabilisa.
« Hmm… Je pense qu’on devrait en rester là pour aujourd’hui. »
L’aventurier n’était pas complètement guéri. Il lui restait de fines plaies sur la poitrine, ainsi que des zones où l’infection n’avait pas entièrement disparu.
Pourtant, quand le prêtre annonça qu’il ne lancerait pas d’autres sorts de guérison, le chef parut perplexe.
« Ah… On ne peut pas tout terminer aujourd’hui ? »
« Lancer trop de sorts de guérison à la suite peut provoquer des effets secondaires. Si on a le temps, mieux vaut espacer les soins. »
« Ah… »
« De plus, je suis un prêtre de guerre, alors je ne peux pas lancer beaucoup de sorts de guérison. Nous avons écarté le danger immédiat pour ce blessé. Pour soigner aussi les autres, mieux vaut s’arrêter là pour aujourd’hui. »
Après avoir répondu, Osrik s’approcha du chef et lui saisit le bras droit.
« Ghn… ! »
Le chef serra les dents de douleur quand le prêtre lui agrippa soudain le bras.
À cette réaction, Gerik comprit que le chef avait délibérément caché sa propre blessure pour ne pas inquiéter son groupe.
« M-mais soignez Lugos d’abord, je vous prie… »
« Votre blessure n’est pas bénigne non plus. Pour l’instant, un seul sort de guérison devrait suffire, mais si on attend davantage, la blessure à votre bras deviendra aussi grave que celle de ce patient. »
« … »
Osrik le persuada d’un air grave. Ses compagnons, qui avaient constaté la gravité de la blessure dissimulée, insistèrent eux aussi. Le chef ôta docilement son armure et dévoila sa blessure.
« Au suivant. »
Après avoir soigné leurs blessures une à une, le prêtre s’installa dans un vieux fauteuil, dans un coin du monastère. Il avait l’air épuisé, comme vidé par tous ces sorts lancés en si peu de temps.
« À part Lugos, aucun de vous n’a besoin d’autres sorts de guérison. Vous aurez peut-être des courbatures ou des douleurs musculaires, mais ce ne sont que de légers effets secondaires des sorts. Supportez-les un jour ou deux, et ils disparaîtront. »
« Merci, prêtre. »
Grâce à Osrik, les aventuriers avaient échappé au danger immédiat. Ils s’inclinèrent à plusieurs reprises, sincèrement reconnaissants.
« Tenez… »
Une fois les remerciements terminés, le chef sortit prestement de ses vêtements une lourde bourse et la tendit au prêtre.
Osrik prit la bourse sans changer d’expression, se leva et la déposa sous le symbole sacré représentant Num.
« Ô Num, votre humble serviteur vous offre ce tribut. »
Hummm… !
Qu’est-ce que c’est encore que ça… ?!
À la stupéfaction de Gerik, la bourse s’ouvrit et révéla les pièces d’argent qu’elle contenait.
Une lumière jaillit des pièces découvertes, qui disparurent peu à peu comme si elles s’évaporaient. À la fin, il n’en resta qu’environ trois.
En assistant à ce miracle — une divinité qui recueillait une offrande —, Gerik sentit qu’un dieu existait bel et bien tout près, dans ce monde.
« Ouf… Reprenons notre discussion. Quelle était donc la nature de cette attaque ? »
« Ah, eh bien… »
À la question du prêtre, le chef commença à raconter brièvement leur périple.
Depuis de nombreuses années, ils avaient effectué des missions pour la guilde des aventuriers près des terres sauvages infestées de démons. Ils s’étaient ainsi constitué un bon dossier et avaient enfin obtenu la reconnaissance d’aventuriers Plaque d’argent.
« Comme le prêtre l’a dit tout à l’heure, il ne nous reste plus qu’à nous présenter à la branche de la grande ville de Norton et à recevoir son approbation. »
Comme la tâche ne présentait presque aucune difficulté, le groupe d’aventuriers avait également accepté une mission de transport de marchandises pour la guilde des aventuriers. Ils devaient les livrer à Norton pendant qu’ils s’y rendaient pour leur promotion au rang de Plaque d’argent.
« Ces gens-là semblaient vouloir voler ces marchandises. »
Sur ces mots, Aron sortit précautionneusement de son sac plusieurs boîtes de la taille d’un poing et les montra au prêtre.
« Qu’est-ce que c’est… ? »
« Nous non plus, nous ne savons pas ce qu’elles contiennent. Le secret absolu est la règle d’or… »
« Je comprends. »
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