Chapitre 38
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre comme guerrier dans un univers de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 38 : Deuxième compétence (2)
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« Peu d’aventuriers cherchent à compenser leurs lacunes en se faisant instruire… ou en lisant des livres. Autant dire qu’il n’y en a aucun. »
Après ces mots, Ruben ouvrit la porte et sortit. Peu après, il revint avec plusieurs livres qu’il tendit à Gerik.
« Un cadeau d’adieu. Lis-les attentivement, puis rends-les à mon successeur d’ici cinq jours. »
« Hein ?! Où est-ce que tu vas ?! »
Ruben parlait comme s’il s’apprêtait à quitter la guilde des aventuriers. Gerik lui posa donc la question, stupéfait.
« Oui. J’ai demandé à être muté dans une autre région. Si je veux une promotion, je n’ai pas le choix. »
« C’est dommage… »
« Qu’est-ce que tu racontes ? C’est comme ça que ça se passe dans ce métier. Si le destin nous réunit, on se reverra. »
Ruben espéra que Gerik resterait en vie jusque-là, qu’il grandirait bien et deviendrait un aventurier prometteur, reconnu par la Guilde.
Après l’avoir remercié une nouvelle fois, Gerik prit les livres et se dirigea vers la forge.
« Oh ! Tu arrives juste au bon moment ! »
À son arrivée, Grimdal l’accueillit chaleureusement, un marteau à la main, tandis qu’il forgeait une épée. Il interrompit son travail et demanda à ses apprentis d’apporter l’armure.
Peu après leur départ, les apprentis revinrent avec une grande boîte qu’ils déposèrent entre Grimdal et Gerik.
« Allez, regarde. Elle va te plaire. »
Grimdal ouvrit la boîte et en sortit une armure.
Elle était faite de cuir gris-brun. Sans les petites pièces de métal, éparpillées dessus et de la taille d’une pièce, elle aurait pu passer pour une veste en cuir de grande qualité plutôt que pour une armure.
Tandis que Gerik l’examinait avec intérêt, Grimdal défit les lacets et les boucles sur les côtés, afin qu’il puisse en regarder l’intérieur.
Au lieu de plaques de métal, Gerik découvrit une doublure de cuir recouverte d’une épaisse fourrure blanche.
« Hein ? Tu n’avais pas dit qu’une brigandine avait des plaques de métal à l’intérieur ? »
« Bien sûr que si ! C’est la doublure ! »
En désignant la doublure, Grimdal lui expliqua que c’était l’une des raisons pour lesquelles cette armure était sacrément bonne.
Il entreprit de défaire, une à une, les parties boutonnées à l’intérieur de l’armure ouverte. Bientôt, un vêtement intérieur de cuir blanc se détacha.
« Il suffit de l’enlever pour retrouver une brigandine ordinaire ! »
Comme Grimdal l’avait expliqué, une fois l’armure intérieure retirée, de grandes plaques de métal brun rougeâtre apparurent, serrées les unes contre les autres. Les rivets de la couche extérieure semblaient les maintenir en place.
« Tu veux toucher la doublure ? »
Grimdal lui tendit l’armure de cuir blanc. Gerik la prit et se mit à la palper. Fait étonnant, le cuir était très souple et élastique, presque comme du latex.
La fourrure blanche à l’extérieur semblait aussi retenir la chaleur à merveille. Bien qu’on fût en plein hiver, Gerik sentit presque aussitôt qu’il avait chaud dès qu’il l’enfila.
Et si j’essayais la fenêtre de statut ?
[Brigandine sur mesure de Grimdal]
『Type : Armure (haut du corps)』
『Rareté : Rare』
『Effet : poids -50 %, défense contre les contondants et les entailles +20 %』
『Description : Une brigandine exceptionnelle fabriquée par Grimdal, le forgeron de l’Enclume de Barbe-d’Acier. Faite de peau de Chouette grizzly et de Fer rouge, elle est légère mais solide.』
『Note : Connaissez-vous la terreur qui approche sans un bruit ? Révérez la forêt après le coucher du soleil. Elle est la souveraine de la nuit et la reine de la forêt. — Herman, vieux chasseur —』
Oh… ?! Ce ne sont donc pas que les objets magiques qu’on peut identifier ! La fenêtre de statut peut évaluer tout ce qui possède des propriétés particulières ?!
Gerik fut ravi de voir apparaître dans la fenêtre de statut des informations sur la brigandine, alors qu’il ne s’agissait pas d’un objet magique.
« Ces peaux viennent de deux bêtes magiques différentes ? »
Le cuir gris-brun était dur et solide, tandis que le cuir blanc était très élastique et retenait bien la chaleur. Gerik en conclut naturellement qu’ils provenaient de deux bêtes magiques différentes.
Mais Grimdal eut un sourire en coin.
« Les deux viennent de la même bête magique. »
« Quoi ?! C’est possible, ça ?! »
La question était légitime. Les deux peaux avaient des propriétés complètement opposées.
Le cuir blanc était spécialisé dans l’élasticité et la chaleur, tandis que le gris-brun était surtout résistant. À première vue, rien ne laissait penser qu’ils provenaient de la même créature.
« Je te l’ai déjà expliqué ! La Chouette grizzly est une créature magique née de la fusion de deux animaux en un seul. On peut donc obtenir des peaux différentes d’un même corps ! »
Ce n’est qu’après avoir entendu l’explication de Grimdal que Gerik se rappela ce qu’on lui avait dit sur les Chouettes grizzly quinze jours plus tôt.
« La doublure s’enlève et se remet facilement. Tu pourras la retirer quand il fera chaud. »
Grimdal expliqua aussi que l’armure intérieure en cuir blanc protégeait mieux que la plupart des armures de cuir. Au besoin, Gerik pouvait la porter seule.
« Essaie-la. »
Sur le conseil de Grimdal, Gerik enfila la brigandine sans discuter. Malgré son volume imposant, elle était étonnamment légère.
« Waouh… Tu ne plaisantais pas à propos de l’acier et du cuir spéciaux. »
« Pas vrai ? Elle est deux fois plus solide qu’une brigandine ordinaire, pour moitié moins lourde. Elle ne pèse que cinq kilos. »
C’est donc pour ça que la fenêtre de statut indiquait un poids réduit de 50 % parmi les effets ?
Tout en écoutant les explications de Grimdal, Gerik bougea dans son armure.
Façonnée dans les règles de l’art par un forgeron nain, elle suivait ses mouvements avec une fluidité remarquable. Gerik ne pouvait pas en être plus satisfait.
« Essaie aussi les chausses. »
Les chausses étaient faites de cuir gris-brun de Chouette grizzly à l’extérieur et de cuir blanc à l’intérieur. Comme Gerik devait aussi les porter en été, on avait retiré presque toute la fourrure blanche, qui tenait chaud.
« Comme on ne peut pas mettre de métal sur le bas du corps… la protection laisse un peu à désirer. »
Grimdal expliqua que la protection plus faible du bas du corps était une limite inévitable des armures de type brigandine.
« En revanche, prends ça. Ce n’est pas grand-chose, mais ça t’aidera. »
Grimdal sortit une paire de grèves rougeâtres et la tendit à Gerik. Elles ne protégeaient pas l’arrière des mollets, mais c’était toujours mieux que rien.
« Et voici le casque. »
Pour finir, Grimdal tendit à Gerik un casque de type cervelière, qui protégeait sa tête et ses joues.
La protection du visage était un peu insuffisante, mais il n’y pouvait rien, expliqua-t-il. Les aventuriers devaient toujours garder une bonne visibilité.
« Ça va. Il me plaît. »
Gerik reconnaissait l’importance de la vision. Il ne protesta donc pas, même si le casque ne semblait pas offrir une protection suffisante.
Voyant que Gerik l’acceptait, Grimdal se détendit et sortit deux épées longues.
« Elles ne sont pas très différentes de l’ancienne… ? »
L’épée longue de Lugos ayant été forgée à l’Enclume de Barbe-d’Acier, celles que Grimdal avait fabriquées sur mesure ne semblaient guère différentes de l’ancienne.
« Prends-en une. Tu sentiras la différence. »
Gerik saisit l’une des épées longues et la souleva. À sa grande surprise, elle lui parut deux fois moins lourde qu’avant.
« Elle est plus légère, mais bien plus solide et tranchante ! Elle ira à merveille avec ta compétence Entaille. »
Gerik comptait de toute façon compenser la perte de puissance due à son poids réduit avec Entaille et Charge. Ce n’était donc pas du tout un désavantage.
Satisfait, Gerik remercia Grimdal et s’apprêtait à partir lorsque celui-ci l’interpella.
« … ? »
Gerik se retourna, perplexe, et vit Grimdal disposer d’autres objets.
Une épée courte, des gantelets, des brassards et des bottes de cuir. Devant Gerik s’étalait tout un équipement finement ouvragé, fait de peau de Chouette grizzly.
« Il me restait du cuir et de l’acier, alors j’ai fabriqué ça. Prends-les aussi. »
Visiblement gêné de faire preuve de gentillesse, Grimdal adopta délibérément un ton détaché en lui offrant ces objets. Surpris, Gerik les examina soigneusement un par un.
Ça m’allait parfaitement… !
Dès qu’il enfila les gantelets en peau de Chouette grizzly, le cuir épousa parfaitement ses mains. Les bottes lui allaient tout aussi bien.
On avait même renforcé les semelles et le dessus du pied avec de l’acier spécial pour protéger les zones vulnérables.
« Merci infiniment… !! »
« Si tu m’en es reconnaissant, ne meurs pas. Reste en vie et viens me voir souvent, histoire de me rapporter un paquet d’argent. »
Grimdal prétendait les avoir fabriqués avec des restes, mais Gerik savait parfaitement que le Nain avait fait preuve d’une immense générosité.
Après l’avoir encore remercié pour sa gentillesse, Gerik quitta la forge et se dirigea vers la guilde des aventuriers, où il n’était pas retourné depuis un bon moment.
La file est particulièrement longue, aujourd’hui.
Gerik fit la queue, vêtu de l’équipement de grande qualité qu’il venait d’acheter.
Peut-être à cause de cela, les aventuriers de bas rang rassemblés au premier étage de la guilde des aventuriers tournèrent les yeux vers lui, contrairement à leur habitude.
« Ouf ! D’où sort ce jeune maître plein aux as ? Son équipement est incroyable. »
Un aventurier de bas rang que Gerik n’avait jamais vu s’approcha et l’examina de haut en bas, jaugeant son équipement. Son attitude était clairement empreinte de moquerie et d’hostilité.
« … »
Gerik avait toutes les raisons de s’agacer, mais l’odeur âcre de l’alcool et les paroles pâteuses de l’homme lui apprirent qu’il était complètement ivre.
Ne voulant pas se battre sans raison avec un ivrogne, Gerik ignora ses provocations.
Mais l’indifférence de Gerik sembla agacer davantage l’aventurier, qui reprit d’un ton encore plus provocateur.
« Ceux qui n’y connaissent rien pensent toujours qu’il suffit de porter du matériel coûteux pour devenir les meilleurs… pas vrai ? »
Toc ! Toc… !!
Pensant peut-être que Gerik serait une proie facile puisqu’il restait silencieux dans la file malgré les provocations, l’homme se mit à tapoter son casque.
Puis sa main descendit et lui toucha la joue, une fois, puis encore une fois.
« Espèce de salaud… »
Gerik finit par craquer. Il saisit l’épée à sa ceinture, bondit en arrière et lança aussitôt Entaille.
Fchraaaak !!
Son épée fendit l’air à une vitesse terrifiante, et le bruit de la lame déchirant l’air résonna dans la salle. Des cheveux bruns volèrent partout.
« La prochaine fois, ce sera ton cou. »
Gerik posa le dos de sa lame contre le cou de l’aventurier, dont la moitié de la tête avait été rasée par le coup, et le menaça.
L’attaque féroce de Gerik sembla dessaouler l’aventurier. Il déglutit avec difficulté et se mit à trembler, le visage tendu.
Puis, l’air effrayé, il recula lentement.
… J’ai joué les gros durs et j’ai surréagi ?
Gerik regretta d’avoir agi aussi impulsivement sous le coup de la colère. Il dissimula néanmoins ses vrais sentiments du mieux qu’il put et garda un air indifférent.
Enfin… vu l’âge de ce corps réincarné, c’est pile l’âge où on traverse sa période rebelle.
Murmures…
En voyant ce jeune aventurier manier son épée avec une telle maîtrise, les aventuriers du premier étage se mirent à chuchoter entre eux à son sujet.
Malgré tout, Gerik conserva son air détaché et attendit tranquillement son tour dans la file.
« Gerik, ça faisait longtemps que tu n’avais pas fait la queue. »
« Oui. Je pense m’être assez reposé, alors je compte reprendre le travail. »
En temps normal, la réceptionniste aurait réprimandé les deux hommes pour avoir semé le désordre dans la guilde des aventuriers, ou appelé les gardes pour les faire expulser. Mais elle avait peut-être vu Gerik tous les jours et discuté avec lui pendant quinze jours : elle semblait avoir une bonne opinion de lui et ne fit pas d’histoire à propos de l’incident.
« Vous souhaitez accepter la mission d’extermination des gobelins aux abords de la Forêt Sauvage du Démon. C’est noté. »
Sur son ton habituellement professionnel, la réceptionniste accepta la mission demandée par Gerik et lui en expliqua les détails. Après avoir tout entendu, Gerik prit congé brièvement et quitta la Guilde.
J’ai enfin atteint la Forêt Sauvage du Démon.
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