Chapitre 36
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en tant que guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 36 : Butin (5)
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Gerik savait toutefois parfaitement à quel point les armures de Grimdal étaient exceptionnelles au combat. Il le rassura donc en lui décrivant comment Bruno avait tenu bon, tel un mur de fer.
« Tué par le sort d’un mage… ? »
Après avoir entendu le récit de Gerik, Grimdal examina de nouveau l’équipement de Bruno, à la recherche de traces de magie.
Les hommes-rats étaient à l’origine de la majeure partie des dégâts. La seule trace de magie était celle d’un Projectile magique, le sort offensif le plus faible, sur le bouclier de tour.
« Ah, à vrai dire, il n’a pas été touché directement par un sort offensif. »
Gerik expliqua que Bruno avait été pris dans le sort Graisse en gravissant les marches, qu’il avait dévalé l’escalier et qu’il était mort. Il assura une nouvelle fois à Grimdal que l’équipement n’y était pour rien.
« Ouf… Je vois. »
Soulagé, peut-être, que le propriétaire de son équipement ne soit pas mort à cause de ses propres lacunes, Grimdal acquiesça et sembla se libérer de sa culpabilité.
Voyant cela, Gerik s’enquit prudemment du prix qu’il lui offrirait pour le butin qu’il avait apporté.
« Alors… combien est-ce que tu m’en donnerais ? »
Gerik avait déjà amassé une jolie somme, mais il ne disait jamais non à un peu plus d’argent. Il n’avait pas l’intention de laisser passer la moindre occasion d’en gagner.
« Hum… La cotte de mailles est trop abîmée pour servir de nouveau… »
Comme Gerik s’y attendait, la cotte de mailles de Bruno était si détériorée qu’elle ne valait guère plus que de la ferraille.
Grimdal baissa également le prix de l’épée courte, de l’arc long et de la lance, arguant que les matières premières ne valaient pas grand-chose et que les objets eux-mêmes étaient de qualité ordinaire.
« Quoi ? Dix-sept pièces d’argent pour le tout ?! C’est beaucoup trop peu ! »
L’équipement du groupe de Bruno n’avait jamais été bon marché. Gerik s’était donc rendu à la forge en espérant en tirer au moins soixante-dix ou quatre-vingts pièces d’argent.
La somme proposée était ridiculement inférieure à ce qu’il avait imaginé, et il en resta décontenancé.
« C’est comme ça, les objets d’occasion. Les armes et les boucliers finissent toujours par s’user. On ne sait jamais quand une arme déjà bien utilisée va casser, alors on les vend à peine plus cher que le prix des matières premières. »
« Quand même… »
« Pour être honnête, seuls le bouclier de tour et l’épée bâtarde que j’ai fabriqués valent la peine d’être revendus. Le reste, je vais le fondre pour en faire de la ferraille. Ma conscience ne me laisserait pas gagner quelques pièces en revendant des objets défectueux. »
Grimdal suggéra à Gerik que s’il voulait vraiment en tirer davantage, il ferait mieux de traiter avec une caravane marchande de passage à Stonecreek plutôt qu’avec lui.
« … Je vais quand même te les vendre. »
Entre le billet à ordre et l’argent liquide qu’il avait reçu de l’atelier, Gerik avait quarante pièces d’or en poche. Il n’avait pas envie de se donner du mal pour quelques pièces de plus et accepta donc l’offre de Grimdal.
« Mes exigences ont augmenté depuis que j’ai touché une grosse somme. Dix-sept pièces d’argent, ce n’est pas rien. Je devrais m’en contenter. »
Avant cette aubaine, Gerik possédait un peu plus de vingt pièces d’argent. Dans ces conditions, gagner dix-sept pièces d’argent n’avait rien de négligeable.
Il retint donc Grimdal avant que celui-ci ne lui remette le paiement de l’équipement, puis aborda l’autre raison de sa visite.
« Grimdal. Oublions l’argent pour l’instant… Tu pourrais me fabriquer un équipement sur mesure ? »
« Hum ? Ah, tu comptes acheter du nouvel équipement avec l’argent de la vente de ton matériel d’occasion ? »
En voyant le jeune âge et l’apparence négligée de Gerik, Grimdal avait dû le prendre pour quelqu’un qui souhaitait s’acheter du nouvel équipement avec le produit de la vente de son ancien matériel.
Gerik corrigea son malentendu et précisa qu’il voulait un équipement d’une qualité bien supérieure.
« … Combien peux-tu dépenser de plus ? »
Grimdal affichait toujours un air qui semblait dire : « Combien peut-il bien avoir les moyens de dépenser ? »
Gerik renonça à essayer de le convaincre avec des mots et lui montra le billet à ordre que Ruben lui avait remis ce jour-là.
« Quoi… C’est un billet à ordre officiellement garanti par la guilde des aventuriers ?! »
« Ouf… J’ai fait fortune grâce à cette mission d’extermination. »
Grimdal n’avait visiblement jamais imaginé qu’un aventurier débutant puisse sortir un billet à ordre d’une valeur de trente pièces d’or. La surprise se peignit sur son visage.
« Mais qu’est-ce que tu as fait, au juste ?! »
« C’est compliqué. »
Si Gerik avait apporté de l’argent liquide, Grimdal aurait pu le soupçonner de l’avoir volé. Mais il s’agissait d’un billet à ordre portant le sceau de garantie officiel de la guilde des aventuriers.
Comme Gerik éluda la question sans montrer le moindre signe qu’il comptait en dire davantage, Grimdal ne lui demanda plus d’où venait l’argent.
« … Alors, combien comptes-tu investir et quel genre d’équipement voudrais-tu que je te fabrique ? »
Son attitude changea sur-le-champ. Lui qui avait presque pris Gerik de haut quelques instants plus tôt s’adressait maintenant à lui avec politesse, après avoir vu la somme considérable qu’il proposait pour la commande.
Ce changement soudain laissa Gerik un peu abasourdi, mais ce n’était pas le plus important. Il lui expliqua ce qu’il voulait.
« Je veux un équipement que je puisse garder longtemps. Et je veux la meilleure qualité possible pour la somme que je t’ai montrée. »
« Oh… ?! »
Les yeux de Grimdal s’écarquillèrent quand Gerik déclara qu’il investirait les trente pièces d’or dans son équipement.
La plupart des aventuriers qui obtenaient une telle somme prenaient leur retraite et vivaient confortablement. Le projet de Gerik, qui voulait investir cet argent dans son équipement, l’impressionna réellement.
« Si possible, je veux investir tout l’argent dans une armure qui protège le corps entier. »
Son travail aux côtés de Bruno avait fait comprendre à Gerik à quel point une armure pouvait se révéler redoutable sur le champ de bataille.
Il pensait pouvoir compenser dans une certaine mesure son manque de puissance offensive grâce à Entaille. Il décida donc d’investir hardiment ses trente pièces d’or dans une armure.
« Excellente idée ! Mais… qu’entends-tu par un équipement que tu puisses garder longtemps ? Tu veux dire qu’il soit facile à réparer ? Ou à entretenir ? »
Grimdal avait déjà entendu parler d’armures de qualité, mais jamais d’une armure décrite ainsi. Il avait l’air perplexe.
Gerik lui expliqua qu’il avait passé seize ans et qu’il allait bientôt en avoir dix-sept.
« Ah, tu t’inquiètes de grandir encore, puisque tu n’as pas fini ta croissance ? »
« Oui. Et j’ai bien l’intention de devenir plus grand aussi. »
Ce serait un gâchis plus grand que tout autre si une armure aussi coûteuse devenait inutilisable à cause de sa croissance. Grimdal comprit son inquiétude.
« C’est tout à fait logique. J’en tiendrai compte autant que possible au moment de la fabriquer. »
Grimdal lui demanda ensuite quel était son style de combat habituel et à quelle position il préférait se tenir.
« Je me tiens généralement en deuxième ligne et je privilégie les attaques au corps à corps. Je me débrouille plutôt bien à l’épée, si je puis me permettre. »
« Hum… Vraiment ? Ton corps n’a pas encore fini de se développer. Tu en es capable ? »
En forgeron expérimenté, Grimdal avait compris quelles étaient les limites de Gerik dès qu’il l’avait vu. Même après l’avoir entendu, il restait sceptique.
« Ah oui ? Alors je vais te montrer. »
Plutôt que de discuter sans fin, Gerik recula, dégaina son épée longue et la leva dans les airs. Sous les yeux médusés de Grimdal, il enchaîna plusieurs Entailles.
« … Une compétence ? »
À la surprise de Gerik, Grimdal sembla comprendre d’un seul regard ce qu’il venait de faire. Impressionné par son œil avisé, Gerik acquiesça.
« Oui. J’ai appris une compétence qui dépasse mon niveau. C’est pour ça que je peux tenir le rôle de combattant infligeant des dégâts en deuxième ligne. »
« C’est surprenant… Les compétences, on peut à peine espérer en apprendre une quand on arrive tout au bout du rang Plaque de cuivre. Tu ne serais pas issu d’une famille de chevaliers, par hasard ? »
« Ha ha… Ce n’est pas important, alors n’en parlons plus. Ah, et vu mon style de combat et ma carrure, il me serait difficile de porter une armure trop lourde. »
Être aventurier avait un avantage : Gerik n’avait ni besoin ni obligation de corriger les suppositions des autres.
Grimdal, qui côtoyait constamment des aventuriers, connaissait naturellement cette règle tacite et n’insista pas.
« Hum… En tenant compte de tout ce que tu m’as dit… Une armure de plates serait sans doute encore trop lourde pour toi. »
Après avoir pris en considération les souhaits de Gerik, Grimdal lui proposa deux possibilités.
S’il voulait une mobilité maximale, il lui conseillait une armure de cuir clouté spécialement traitée. S’il préférait une protection solide sans trop perdre en mobilité, il lui recommandait une brigandine.
« … Qu’est-ce qu’une brigandine ? »
La veille, Gerik avait vu Kagosh, le guerrier demi-orque en armure de cuir clouté, mourir de façon atroce. Il doutait donc de l’efficacité protectrice de ce type d’armure.
Il entendait maintenant parler d’une armure dont il n’avait jamais entendu le nom, ce qui piqua sa curiosité.
« La brigandine est une armure dont la base est en tissu ou en cuir, avec des plaques de métal solidement fixées à l’intérieur. L’armure de cuir clouté comporte elle aussi des rivets dans le cuir, mais la brigandine utilise davantage de plaques métalliques. Sa fabrication demande aussi un savoir-faire plus poussé. »
Ces deux armures reposaient sur un principe similaire, mais la quantité de métal utilisée différait grandement. Grimdal lui expliqua qu’en temps normal, une brigandine pesait presque deux fois plus lourd qu’une armure de cuir clouté.
« Et un tiers de moins qu’une cotte de mailles. »
« Ah, donc elle protège moins bien qu’une cotte de mailles, puisqu’elle est plus légère ? »
« Pas tout à fait. »
Grimdal expliqua que la cotte de mailles était une excellente armure, mais qu’elle avait le défaut de mal protéger contre les attaques d’estoc. Pour y remédier, on portait en dessous une épaisse armure matelassée, comme un gambison.
« Comme elle est faite de maillons entrelacés, elle est aussi difficile à réparer sur le terrain. »
La brigandine, en revanche, était facile à rafistoler en urgence sur le terrain. Elle ne présentait pas non plus de faiblesse défensive particulière au niveau du torse. C’était une armure équilibrée, appréciée des aventuriers expérimentés.
« Son défaut, c’est que… la cotte de mailles descend comme une jupe et protège un peu le bas du corps, alors que la brigandine ne protège que le haut. Il te faudra donc des jambières épaisses pour protéger tes jambes. »
Plus Gerik écoutait les explications de Grimdal, plus il se disait qu’une armure de type brigandine lui conviendrait bien.
« Est-ce qu’on pourra l’ajuster si je grandis ? »
Grimdal lui répondit qu’il pouvait replier du cuir supplémentaire dans le dos de l’armure, puis le déployer plus tard pour l’agrandir au fur et à mesure que Gerik grandirait.
« Je suis Grimdal ! Un forgeron ordinaire ne pourrait même pas en rêver, mais moi, je peux le faire ! »
Après avoir enfin décidé de faire fabriquer une armure de type brigandine, Gerik serra les dents, posa le billet à ordre dans la main de Grimdal et prit la parole.
« Très bien ! Fabrique une armure digne de ces pièces d’or. Utilise les meilleurs matériaux possibles sans te retenir, et fais-moi une armure plus légère et plus solide qu’une brigandine ordinaire. »
Grimdal accueillit avec affection l’audacieuse demande du débutant. Pourtant, contre toute attente, il tenta de dissuader Gerik.
« Investir une grosse somme dans une armure est une excellente idée. Après tout, l’argent ne sert à rien quand on est mort. Mais, à ta place, j’investirais une vingtaine de pièces d’or dans l’armure et utiliserais les dix autres pour me faire fabriquer une arme. »
Selon Grimdal, vingt pièces d’or suffiraient à fabriquer une armure pour le haut et le bas du corps qui satisferait même les aventuriers chevronnés.
« Mais je peux compenser en partie mon manque de puissance offensive grâce à Entaille. »
Quand Gerik lui posa la question, comme s’il ne comprenait pas, Grimdal insista : c’était justement pour cette raison qu’il lui fallait une arme encore meilleure.
« À t’entendre raconter tes combats, j’ai compris que tu te fatiguais à mesure que l’affrontement s’éternisait, parce que ton corps n’avait pas encore fini de se développer. Si tu portes une armure deux fois plus lourde que celle que tu as maintenant, le problème ne fera qu’empirer. »
Pour compenser cela, Grimdal comptait fabriquer l’armure et l’épée en Fer rouge, un acier spécial provenant des monts Redridge.
« Le Fer rouge des monts Redridge est plus léger que l’acier ordinaire, mais aussi plus dur et plus tranchant. Une arme fabriquée dans ce métal rendra ton Entaille encore plus puissante. »
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