Chapitre 35
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre comme guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 35 : Butin (4)
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« ??? »
Ruben laissa échapper un rire en entendant cette remarque de vieux sortir de la bouche d’un gamin aussi jeune.
Sans lui prêter attention, Gerik prit son certificat et se dirigea vers les bains qu’il avait déjà visités.
« Ah… Ça fait du bien… »
Comme il s’était baigné la veille, Gerik retrouva sans difficulté les bains de la guilde des aventuriers.
Après avoir rincé le sang de son corps à l’eau chaude, il s’immergea dans la baignoire et laissa la fatigue se dissiper.
« Charge ou Renforcement de la force… Laquelle devrais-je apprendre… ? »
Il y réfléchit longuement, mais ne trouva pas de réponse. Gerik décida de se reposer convenablement et de se vider la tête avant de faire son choix, une fois de retour à l’auberge.
Le lendemain matin.
Gerik retourna à la guilde des aventuriers pour toucher sa récompense et les guider jusqu’aux lieux.
Comme d’habitude, il faisait la queue à l’accueil quand la réceptionniste lui fit signe de venir, lui évitant ainsi d’attendre.
Grâce à elle, Gerik atteignit le deuxième étage, qui lui était désormais assez familier. Ruben s’y trouvait avec plus d’une dizaine de membres du personnel de la guilde, tous lourdement armés.
« Hé. Tu es venu ? »
« Oui… Il y a tant de monde ? »
Surpris par leur nombre, Gerik prit la parole. Ruben lui expliqua que, puisqu’ils avaient découvert un artefact maléfique, il était tout naturel d’envoyer des effectifs adaptés.
« Avant de partir… prends ça. »
« Hein… ? »
Ruben lui tendit soudain un autre certificat en papier. Intrigué, Gerik l’examina et comprit, à la lecture de son contenu, qu’il s’agissait d’une sorte de lettre de change.
« Vous n’alliez pas me payer en liquide ? »
« Quelle absurdité… Qui paie une telle somme en espèces ? »
Ruben lui expliqua que ce document avait été émis par la guilde des aventuriers et qu’il était extrêmement fiable : il pouvait être échangé dans n’importe quelle banque du royaume de Baskaar.
« Pour info, tu peux retirer immédiatement de petites sommes dans n’importe quelle antenne de la guilde. Mais pour toucher la totalité, il faudra un peu de temps. »
Garder de grosses sommes d’argent à la guilde aurait représenté un risque pour la sécurité ; cette solution était donc, apparemment, plus sûre.
Le raisonnement tenait parfaitement la route. Sans protester, Gerik glissa la lettre dans ses vêtements.
Gerik et Ruben en tête, le groupe prit la route des lieux. C’était un spectacle inhabituel à Stonecreek, et aventuriers comme passants les regardèrent partir.
« Au fait, ce mage fou avait-il d’autres objets magiques sur lui ? »
Tout en marchant, Ruben l’interrogea sur d’éventuels autres objets magiques. Gerik, qui avait récupéré un composant du Quintette de Skyler, sentit son cœur manquer un battement.
Il avait toutefois préparé sa réponse au cas où le sujet viendrait sur le tapis. Aussi répondit-il d’un air impassible :
« Non. On aurait dit qu’il préparait des sacrifices pour l’autel. Il avait beaucoup d’argent liquide, mais aucun objet magique. »
« …Tu as donc trouvé une somme assez conséquente ? »
« Je ne le nierai pas. Hé hé… »
Gerik adressa à Ruben un sourire sans la moindre honte, lui faisant clairement comprendre qu’il avait fait une belle récolte.
Il existait toutefois une règle tacite : les aventuriers conservaient le butin obtenu au cours d’une mission, sauf s’il posait problème, comme le Crâne de rat du Dieu de la Peste. Ruben n’en fit pas toute une histoire.
Clic… !!
Lorsque Gerik ouvrit la porte de l’atelier, les affaires des « compagnons » qu’il avait entassées la veille se trouvaient juste à l’entrée.
« Vous vous rappelez ce que je vous ai dit hier, n’est-ce pas ? Tout ça, c’est mon “butin”. »
« On n’y touchera pas, ne t’inquiète pas. »
Il s’agissait manifestement d’armes et d’armures ordinaires, qui ne posaient aucun problème. Le personnel de la guilde ne fit donc aucune objection en passant devant. Peu après, Gerik les conduisit jusqu’au passage souterrain caché.
« L’autel est là. Soyez prudents. »
« Bon sang… »
À peine descendu dans le passage, Ruben poussa une exclamation horrifiée à la vue de l’autel maléfique.
Gerik lui raconta qu’il avait songé à le réduire en morceaux la veille, mais qu’à chaque fois qu’il s’en approchait, des murmures sinistres lui emplissaient les oreilles. Il n’avait donc pas osé y toucher.
« Tu as bien fait. Cet autel a englouti de nombreux sacrifices, il est donc très dangereux. Si tu avais essayé de le détruire sans précaution, tu aurais été maudit. »
Ruben expliqua que l’autel devant eux n’était plus un simple autel. C’était une sorte de sanctuaire où s’était manifestée une parcelle du pouvoir d’un dieu maléfique.
Pour le détruire sans risque, ils devraient emprunter le pouvoir d’un autre dieu.
« Toi. Retourne immédiatement à la guilde et trouve le prêtre le plus proche que nous puissions faire venir au plus vite. N’oublie pas de lui décrire l’autel en détail. »
« Compris ! »
Vu la gravité de la situation, Ruben semblait déterminé à faire venir un prêtre d’un dieu bon afin de détruire l’autel au plus vite.
Après avoir pris les dispositions nécessaires pour l’autel, il suivit Gerik dans l’atelier du mage.
Des morceaux de monstres jonchaient toute la pièce. Comme Gerik l’avait supposé, Ruben déclara qu’il s’agissait sans doute d’offrandes destinées à l’autel du dieu maléfique.
Après avoir ordonné à plusieurs subordonnés de rassembler les cadavres et de les brûler, le groupe suivit de nouveau Gerik jusqu’à la place des égouts.
Le corps de Bruno, les nombreux cadavres d’hommes-rats et les traces d’un combat acharné accueillirent le groupe de Ruben.
« …À part ce Gnome, notre ami mort là-bas, tous les autres ont été tués par les hommes-rats et le mage ? »
« Oui. Jensen a fini comme ça après que nous nous sommes disputés au sujet de l’objet maudit, puis battus. »
La vue du Gnome, sauvagement tailladé à mort, sembla troubler même les membres expérimentés du personnel de la guilde des aventuriers.
Un membre du personnel, qui n’avait pas dit un mot jusque-là, demanda pourquoi Gerik avait tué Jensen avec une telle brutalité.
Les autres membres du personnel semblaient se poser la même question. Tous fixèrent Gerik, attendant sa réponse.
« Ce salaud a fait semblant de se repentir, puis m’a jeté ça dans les yeux. J’ai perdu la vue un instant, alors je n’ai eu d’autre choix que de frapper à l’aveuglette. Je ne l’ai pas fait par méchanceté particulière. »
En grinçant des dents, Gerik sortit une bourse qu’il avait récupérée sur Jensen la veille et la montra au membre du personnel qui l’avait interrogé.
« Tss… De la Poudre d’herbe œil-de-feu. Tes yeux vont bien ? Si tu ne la rinces pas rapidement, elle peut abîmer ta vue. »
Le membre du personnel reconnut aussitôt la poudre. Gerik répondit qu’il allait bien, puis l’interrogea sur la Poudre d’herbe œil-de-feu.
« Les aventuriers s’en servent souvent comme gaz lacrymogène ou écran de fumée. Les créatures qui ont la vue et l’odorat sensibles, comme les hommes-rats, perdent leurs moyens quand elles en reçoivent une bonne dose. C’est très utile pour fuir ou semer la confusion. »
Ce n’était pas une mauvaise façon de s’en servir. Gerik passerait beaucoup de temps dans la Forêt Sauvage du Démon, où il rencontrerait des bêtes sauvages et des monstres. Il décida donc d’essayer en plein combat la Poudre d’herbe œil-de-feu qu’il avait trouvée parmi les affaires de Jensen.
« Au fait, le journal du mage parlait d’un passage relié à l’extérieur… Vous l’avez trouvé ? »
Gerik répondit à Ruben qu’il n’avait pas trouvé le passage lui-même. Cependant, au vu de la dispute entre Tarian et Jensen la veille, il avait une idée de l’endroit où il pouvait se trouver.
« Donc… vous avez trouvé des traces liées aux hommes-rats à deux endroits proches de là où vos compagnons sont morts avant-hier ? »
« Oui. Nous avons exploré l’un d’eux et nous avons fini ici. »
« Alors il s’agit très probablement du passage relié à l’extérieur. »
Ruben s’excusa et demanda à Gerik de les y conduire. Ce n’était pas une requête difficile, et Gerik accepta sans rechigner.
« Wilson ! Dorian… »
Ruben ordonna à seulement quatre membres environ de l’accompagner et demanda aux autres de nettoyer les lieux dans les égouts. Puis, Gerik ouvrant la marche, ils se remirent à explorer les égouts.
« C’est par là. »
« Je vois. Dorian ! »
À l’appel de Ruben, un membre du personnel de la guilde qui avait tout l’air d’un rôdeur s’avança et se mit à examiner les environs. Peu après, ils découvrirent un trou habilement dissimulé dans le mur effondré.
« On peut à peine passer en rampant. Allons-y ! »
« …Moi aussi ? »
Quand Ruben lui demanda de ramper dans le trou où s’écoulaient les immondices, Gerik l’interrogea d’un air peu enthousiaste.
« Un aventurier va jusqu’au bout une fois qu’il s’est engagé. Viens avec nous. »
« Beurk… »
Ruben avait fait pas mal de concessions pour lui la veille ; Gerik ne se résolut donc pas à le rembarrer aussi sèchement.
Finalement, Gerik rampa prudemment dans les égouts avec Ruben, en s’efforçant de supporter la puanteur infecte.
« Comme je le pensais… Ils sont entrés en rampant par là ? »
Peu après avoir franchi le trou, le groupe découvrit un passage menant à l’extérieur.
« Wilson. Rassemble quelques ouvriers et fais condamner cet endroit. Veille à ce qu’on ne puisse plus l’utiliser. Compris ? »
« Oui ! »
Heureusement, Ruben ne semblait pas vouloir ramper de nouveau dans les égouts non plus. À la grande joie de Gerik, il décida qu’ils retourneraient à Stonecreek par l’extérieur plutôt que de repasser par les égouts.
« Excusez-moi, Ruben. »
« Hum ? »
Gerik s’adressa à Ruben tandis qu’ils rentraient en silence. Il se torturait l’esprit à ce sujet depuis la veille, mais finit par se décider à poser la question.
« Tu me demandes laquelle me semble la meilleure ? Hmm… »
En apprenant que Gerik hésitait toujours entre Charge et Renforcement de la force, Ruben l’observa d’un air pensif.
« Quel âge as-tu ? »
« Seize ans. »
Gerik donna tout naturellement l’âge du corps qu’il habitait à présent. Ruben réfléchit un instant, puis répondit :
« À ta place, je choisirais Charge. »
« …Pourquoi ? »
« Tu n’as pas fini de grandir. »
Ruben expliqua que Renforcement de la force était certes puissant, mais que ce serait peut-être un choix mal adapté à Gerik, qui pouvait encore se développer physiquement.
« Si tu étais un guerrier de petite stature et que tu manquais de force, apprendre Renforcement de la force serait logique. Mais pour ton âge, tu as déjà de bonnes capacités physiques. En mangeant bien et en t’entraînant, tu peux gagner de la force par toi-même, sans l’aide d’une compétence. Charge, c’est différent. »
Contrairement à la force, que l’on pouvait améliorer grâce à ses dons naturels et à un travail acharné, Charge était une capacité qui ne s’apprenait qu’à l’aide d’un livre de compétences.
C’était pour cette raison que Ruben disait qu’à la place de Gerik, il apprendrait Charge.
« Euh… Comme je vous ai aidés à finir d’explorer les égouts, vous pourriez m’aider à transporter une partie du butin jusqu’à la forge ? »
De retour à Stonecreek, Gerik demanda sans la moindre gêne un coup de main aux membres du personnel de la guilde des aventuriers, avec lesquels il avait fait un peu connaissance pendant le bref moment passé ensemble.
Le personnel de la guilde le regarda, médusé, mais ne sembla pas lui en vouloir pour son culot. Ils éclatèrent de rire et acceptèrent de l’aider.
Gerik et le personnel de la guilde transportèrent ensemble les « affaires » de ses anciens « compagnons », et Gerik arriva bientôt à l’Enclume de Barbe-d’Acier.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? Pourquoi y a-t-il autant de gens de la guilde des aventuriers ici ? »
Grimdal, le forgeron, travaillait depuis longtemps à Stonecreek et semblait reconnaître les gens qui accompagnaient Gerik. Celui-ci lui expliqua la situation, puis précisa qu’il était venu vendre l’équipement.
« Vraiment ? Voyons ça… »
Grimdal examina attentivement l’équipement étalé par terre. Puis il tressaillit en apercevant la cotte de mailles et le bouclier tour de Bruno.
« …C’est moi qui les ai fabriqués. »
Contrairement à ceux de ses autres compagnons, il semblait que tout l’équipement de Bruno venait de cette forge. Grimdal contempla sa cotte de mailles très endommagée, l’air amer.
« Hé, jeune homme. Tu as dit que tu avais accompli une mission avec ce gars, pas vrai ? »
« Oui. »
« …Il est mort à cause d’un défaut de son équipement ? »
En tant que forgeron, Grimdal semblait craindre qu’un défaut de l’équipement qu’il avait fabriqué ait causé la mort de Bruno.
Notes :
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