Chapitre 28
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en tant que guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 28 : Secret (1)
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La situation était clairement anormale. Sentant le danger, Jensen se tourna vers ses compagnons et leur demanda s’ils devaient poursuivre l’exploration.
« Vous ne sentez pas l’odeur de l’argent ? »
« … »
Leur longue expérience avait appris à tous les membres du groupe qu’un danger les attendait probablement plus loin.
Mais, dans le même temps, la forte promesse d’or que leur faisait miroiter cette porte secrète leur brouillait le jugement.
« On est déjà allés jusque-là. On pourrait avancer encore un peu, non ? Après tout, on s’est assuré une voie de sortie. »
Il n’y avait qu’un seul chemin ; tant qu’ils en gardaient l’arrière sous contrôle, ils pourraient battre en retraite sans trop de difficultés.
Et depuis le violent combat précédent, aucun homme-rat n’avait tenté de les prendre à revers. Poussé par la cupidité, Bruno s’adressa au groupe.
« …Je suis pour. »
Ce fut Tarian, qui avait affiché l’attitude la plus prudente de toute la journée, qui donna son accord.
Son attitude était peut-être contagieuse. Personne ne s’opposa à la décision et, sans un mot de plus, ils franchirent silencieusement la porte secrète.
C’est exactement le genre de choses que feraient des aventuriers.
Gerik observa en silence le groupe de Bruno et en vint à cette conclusion.
Il aurait voulu dire qu’il préférait s’abstenir, mais l’ambiance lui donnait l’impression que les quatre autres se jetteraient sur lui pour le tuer sur-le-champ s’il le faisait. Il garda donc le silence.
Et puis, j’ai vraiment envie d’apprendre à penser comme un aventurier : accepter les risques pour obtenir un profit.
Gerik dut reconnaître que sa façon de penser était encore bien trop moderne.
Entouré de plusieurs combattants plutôt fiables, il décida de prendre le risque.
« Regardez ! Des traces d’hommes-rats. »
À peine entrés dans le passage au-delà de la porte secrète, Jensen désigna avec enthousiasme des traces d’hommes-rats.
Contrairement à la salle précédente, où ils avaient laissé peu d’excréments et d’autres traces afin de dissimuler leur présence, le passage derrière la porte cachée regorgeait de signes révélant la présence d’hommes-rats, comme s’ils ne cherchaient plus à se cacher.
« Il doit y avoir une colonie, par ici. »
« Peu importe ce que c’est, j’espère qu’il y aura d’autres trucs de valeur… !! »
Convaincus qu’une colonie se trouvait à proximité, ils espérèrent découvrir quelque chose de plus lucratif derrière la porte secrète.
Peu après avoir repris leur marche, ils découvrirent une salle bien plus vaste que toutes celles qu’ils avaient vues jusque-là.
« …Qu’est-ce que c’est que cet endroit ? »
Comme celle où Gerik les avait conduits auparavant, plusieurs tunnels d’égout débouchaient dans la salle.
Mais, contrairement à l’autre, un escalier d’une hauteur de trois étages environ se dressait au fond de la salle, et des flammes brûlaient dans un brasero qui avait manifestement été placé là par quelqu’un.
« Qui êtes-vous, bon sang… !! »
Alors que le groupe échangeait ses hypothèses sur la salle, une voix masculine furieuse retentit au-dessus de l’escalier.
Tous levèrent les yeux, surpris, et un homme apparut.
C’était un jeune homme vêtu d’une robe brune en tissu fin, qui tenait un bâton taillé dans un bois ancien.
Il semblait avoir entre la fin de la vingtaine et le début de la trentaine et, pour une raison quelconque, ses yeux étaient légèrement injectés de sang.
Manifestement mécontent de voir le groupe de Bruno entrer ici, il se mit à leur crier dessus à répétition, fou de rage.
« Comment osez-vous envahir mon atelier ?! Vous voulez mourir ?! Bande d’insolents… !! »
« …Et toi, qui es-tu, mon gars ? »
Sa façon de parler et ses vêtements indiquaient clairement qu’il n’était pas un homme ordinaire. Même après s’être fait insulter, Bruno ne se mit pas en colère et lui demanda prudemment qui il était.
Comme l’homme continuait à vociférer au lieu de répondre, Bruno lui expliqua qu’ils avaient accepté une mission de la Guilde et exploraient les égouts.
« Tu connais la Guilde des aventuriers de Stonecreek, pas vrai ? On a accepté une mission de leur part et on est descendus ici pour exterminer les hommes-rats. On explore les lieux en toute légalité ! »
« …Exterminer les hommes-rats ? »
Pour la première fois, l’homme, qui n’avait jusque-là fait que proférer insultes et jurons, apporta une véritable réponse.
Estimant peut-être qu’ils allaient enfin pouvoir communiquer, Bruno sortit le certificat portant le sceau de la Guilde ainsi que les queues d’hommes-rats.
« Les égouts sont envahis par les hommes-rats. C’est pour ça qu’on est là. »
« …Vous osez chasser mes serviteurs !! »
Ses serviteurs ?!
En entendant l’homme employer ce mot, Gerik se rappela naturellement un élément de l’univers du jeu de rôle sur table auquel il avait joué récemment.
Ce terme sinistre désignait les monstres réduits en esclavage et soumis aux ordres d’un autre. Gerik comprit alors que l’homme qui leur faisait face était le responsable de tout ça.
À peine cette pensée lui eut-elle traversé l’esprit que l’homme entra dans une rage folle, sortit quelque chose de sa robe et se mit à réciter une formule magique étrange.
« …C’est un mage fou ! Tirez !! »
Bruno avait tenté de régler la situation pacifiquement, par la discussion, mais le fou avait soudain sorti un objet inconnu et commencé à lancer un sort. Sous le coup de la surprise, Bruno hurla.
Un crâne… ?!
Contrairement à Tarian et Jensen, qui tirèrent aussitôt des flèches sur l’homme, Gerik ne disposait d’aucune attaque à distance. Il observa le mage et remarqua qu’il tenait un objet inquiétant, semblable au crâne d’un gros rat, tout en récitant sa formule.
Couic !! Couic… !!
Peu après le début de son incantation, les cris familiers des rats retentirent de toutes parts.
Bruno s’apprêtait à ordonner la retraite lorsqu’il vit des hommes-rats tomber les uns après les autres du tunnel d’égout qui surplombait l’entrée par laquelle ils étaient arrivés.
« Merde… »
En un instant, une douzaine d’hommes-rats bloquèrent la sortie. Ils avaient avancé en observant soigneusement les alentours, mais n’avaient jamais imaginé que les hommes-rats sauteraient du tunnel d’égout situé au-dessus de l’entrée de la salle. Malgré toutes leurs précautions, leur voie de retraite était coupée.
« Non seulement vous tuez mes serviteurs et envahissez mon atelier secret, mais vous osez m’attaquer ?! Tuez-les sur-le-champ !! »
Le mage n’avait pas été touché, mais les flèches que le groupe lui avait tirées dessus semblaient l’avoir mis hors de lui. Les yeux injectés de sang, il hurla aux hommes-rats d’éliminer le groupe de Bruno. Des hommes-rats surgirent de toutes parts et commencèrent à les encercler.
« …Par là ! Dos au mur !! »
Bruno désigna un endroit encombré de débris à la suite d’un effondrement et ordonna à ses alliés de s’y précipiter.
Sur son ordre, le groupe se plaça dos au mur. Un amas de pierres effondrées leur bloquait solidement le flanc droit ; contrairement au combat précédent, ils évitèrent ainsi le pire : se faire encercler de trois côtés.
« Kagosh !! Devant !! »
Au cri de Bruno, Kagosh dégaina son épée bâtarde et se plaça en première ligne.
Les décombres obstruaient son flanc droit, tandis que Bruno, guerrier en armure lourde muni d’un bouclier, se tenait à sa gauche. Grâce aux ordres de leur chef expérimenté, une solide formation défensive se mit en place en un instant.
« Arcanum vinculum… Servi mei… »
Au lieu de l’étrange langue lugubre dont il s’était servi pour appeler les hommes-rats, le mage se mit à réciter une formule dans un idiome relativement familier.
Bruno, qui se tenait en première ligne et se préparait à encaisser la charge des hommes-rats, pâlit en voyant cela.
« Ce foutu lanceur de sorts incante ! Arrêtez-le, et vite !! »
Au cri pressant de Bruno, Tarian et Jensen, qui tiraient des flèches sur les hommes-rats, parurent alarmés et recommencèrent à viser le mage.
BAAAM !!
Un homme-rat se jeta violemment contre le bouclier tour de Bruno, dans un fracas assourdissant.
Rendus fous par les ordres de leur maître, les créatures attaquaient le groupe avec férocité, sans se soucier de vivre ou de mourir.
« Haaaaaah !! »
Pour réduire autant que possible les imprévus avant que le mage n’ait fini d’incanter, Kagosh et Bruno frappèrent comme des forcenés, quitte à se blesser.
Avec leurs deux compagnons à l’arrière qui tenaient le mage en respect, le combat aurait dû être plus difficile que le précédent. Pourtant, contre toute attente, la pression était moindre grâce à l’atout imprévu qu’ils venaient de recruter à l’arrière.
Entaille… !!
Couiiiiic !!!!
Sentant le danger, Gerik profita d’une ouverture et lança Entaille au torse de l’homme-rat qui se débattait contre Bruno.
L’homme-rat poussa un cri pitoyable après avoir encaissé un coup dévastateur alors qu’il était complètement sans défense.
Après avoir neutralisé un ennemi, Gerik ne lui accorda pas même un regard. Il courut plutôt vers Kagosh, qui était engagé dans une mêlée chaotique avec les hommes-rats.
Entaille !
Gerik s’approcha d’un homme-rat qui attaquait furieusement Kagosh et lança Entaille à plusieurs reprises.
Ces coups n’avaient pas pour but d’infliger des blessures mortelles. Ils visaient simplement à alléger la pression sur Kagosh et n’étaient donc pas particulièrement puissants.
Les hommes-rats étaient toutefois mal équipés. Même lorsque Gerik ne frappait qu’une zone non vitale, comme l’épaule, la douleur les faisait se raidir.
Kagosh, guerrier chevronné, ne laissa pas passer cette ouverture et enfonça sa lourde épée bâtarde dans le crâne d’un autre homme-rat.
« Petit ! Tu te débrouilles bien ! Encore un peu ! Continue comme ça !! »
Bruno s’époumona à encourager Gerik, qui courait dans toute la salle en faisant danser des éclairs d’épée meurtriers.
Ce cri prouvait également que les combattants de première ligne tenaient bon, permettant aux archers à l’arrière de cribler le mage de flèches sans retenue.
Entaille… !!
« !! »
Peut-être leur concentration s’était-elle améliorée une fois la pression retombée : une flèche effleura enfin la robe du mage.
Pour la première fois, le visage du mage se crispa tandis qu’il incantait en surveillant le groupe.
« Beau travail ! Peu importe si vous ne le touchez pas, empêchez-le juste d’incanter ! Faites-nous gagner du temps !! »
Grâce au soutien remarquable de Gerik, ils avaient déjà neutralisé environ cinq des trente hommes-rats.
Bruno savait qu’une fois les hommes-rats éliminés, il pourrait enfoncer sa masse dans le crâne de ce maudit mage. Il cria aux archers de leur faire gagner du temps.
« Vous autres ! Protégez-moi !! »
Le mage semblait être arrivé à la même conclusion. Il cria aux hommes-rats qui attendaient maladroitement à l’arrière, gênés par le passage étroit, de le protéger.
Puis, sans doute pour se mettre à l’abri des flèches, il se réfugia derrière un pilier proche.
« Armatura spiritus… Tege me nocte… »
Le mage entama une autre incantation derrière le pilier. Jensen cria à Bruno qu’il ne le voyait plus et lui demanda comment il était censé l’empêcher d’incanter.
« Ça n’a aucune importance tant qu’il ne nous regarde pas !! »
Tarian abaissa son arc long, reprit sa lance et l’enfonça dans la tête d’un homme-rat tout en répondant à Jensen.
En général, un mage devait garder sa cible dans son champ de vision pour l’attaquer ; elle le rassura donc en lui expliquant que le sort qu’incantait le mage ne pouvait pas être offensif.
Jensen hocha la tête d’un air sombre et se mit à tirer à l’arbalète sur les hommes-rats.
Entaille… !! Entaille !!
Avec Tarian et Jensen désormais dans la mêlée, la pression exercée par les hommes-rats diminua. Gerik ne laissa pas passer l’occasion. Il brandit son épée comme un forcené et frappa les hommes-rats ; des cris de douleur retentirent bientôt dans toute la salle.
« Je vais les embrocher et créer une ouverture ! »
Tarian et les autres comprirent que le gamin qu’ils avaient méprisé était la clé pour sortir de leur situation. Ils s’efforcèrent de créer des occasions pour que Gerik puisse montrer ce dont il était capable.
À la hauteur de leurs attentes, Gerik se mit à éliminer rapidement les hommes-rats un à un avec Entaille.
« Calibis magica… Corpus indundu… »
Pendant ce temps, le mage acheva son incantation.
Une lumière éblouissante jaillit autour de lui et cinq ou six boucliers se mirent à flotter dans les airs.
« Un sort de défense ! Dépêchez-vous !! »
Bruno s’impatienta en comprenant que le mage lançait un sort défensif pour bloquer les attaques à distance.
Sentant le danger se rapprocher, ses alliés frappèrent comme des forcenés, sans se soucier de leurs propres blessures.
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