Chapitre 27
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Alyo
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Survivre comme guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 27 : Essaim (4)
──────
En voyant le groupe dans cet état, Gerik envisagea brièvement de trouver une excuse, mais jugea que cela ne ferait que compliquer les choses. Il haussa simplement les épaules et garda le silence.
Tarian, le demi-elfe, observa le tas de queues sur le sol, puis s’adressa à Bruno, leur chef. Le nombre de queues qu’ils avaient récoltées suffisait amplement pour rédiger un rapport de reconnaissance.
« Qu’est-ce que tu racontes ?! Kagosh peut encore se battre ! Pourquoi rentrer ? »
…
Kagosh, qui avait hérité du sang d’un Orc belliqueux, protesta en criant qu’ils devaient poursuivre l’extermination.
Mais peut-être était-ce une règle tacite du groupe que de ne pas prêter attention au demi-orc un peu simplet : pas une seule personne ne réagit aux paroles de Kagosh.
« … Je pense qu’on devrait continuer. »
« Quoi… ?! »
Jensen s’avança soudain et proposa de poursuivre l’extermination. Tarian, qui avait suggéré de mettre fin à la mission, fronça les sourcils.
Bruno semblait tout aussi déconcerté par cette proposition inattendue et demanda à Jensen pourquoi.
« Tu as oublié la récompense pour l’extermination d’une colonie de taille moyenne ? Trente pièces d’argent par personne. On s’est donné tout ce mal, autant obtenir au moins ça. »
« Quoi… ?! Tu parles encore d’extermination après avoir vu toutes ces queues ?! Ça pourrait être une grande colonie ! La Guilde l’a dit aussi : si on en trouve une grande, on doit rentrer immédiatement et la signaler ! »
Ils avaient déjà accompli bien assez, et Tarian détestait manifestement l’idée de Jensen, qui voulait poursuivre la mission à l’aveuglette. Le ton employé pour le réprimander fut plus sévère que d’habitude.
« Et qu’est-ce que tu feras si un homme-rat géant apparaît pendant qu’on fouille ? Ce sera déjà assez difficile de l’exterminer et, même si on y arrive, la Guilde pourrait refuser de nous payer parce qu’on aura rompu le contrat ! »
Risquer leur vie était déjà assez pénible, mais Tarian fit remarquer qu’ils risquaient aussi de ne pas être payés. Les deux autres membres du groupe se plongèrent dans leurs pensées.
Jensen, toutefois, ne se laissa pas démonter par les objections de Tarian. Au contraire, il afficha un sourire triomphant et répliqua :
« Un homme-rat géant… C’est un bon argument ! Mais franchement, s’il y avait vraiment une grande colonie, l’homme-rat géant serait déjà apparu !! Combien d’hommes-rats avons-nous tués ? Et regarde : est-ce qu’il s’est montré ? »
Jensen entreprit calmement de réfuter les arguments de Tarian, rappelant qu’ils avaient exterminé dix hommes-rats lors du premier affrontement, puis plus de trente au second.
« S’il n’est pas apparu, c’est qu’il y a de bonnes chances pour que la colonie d’hommes-rats d’ici soit de taille moyenne. Et une quarantaine d’individus, c’est presque toute la population d’une colonie de taille moyenne. »
Jensen exhorta le groupe à continuer, affirmant qu’ils avaient probablement déjà presque exterminé toute la colonie de taille moyenne.
« Si la Guilde procède à l’extermination plus tard et qu’il s’avère que c’est une colonie de taille moyenne, tu me dédommageras pour les trente pièces d’argent que j’aurais gagnées à la sueur de mon front, Tarian ? »
…
Tarian resta sans voix face à l’argument bien senti de Jensen. L’idée qu’un peu plus d’efforts leur permettrait d’empocher chacun la somme colossale de trente pièces d’argent fit hésiter Bruno, mais aussi Tarian, qui s’était pourtant opposé à cette idée.
La cupidité commença à gagner le groupe d’aventuriers de la Plaque de cuivre. Enfin, Bruno, qui y avait réfléchi en silence pendant un bon moment, prit la parole.
« … Alors, si on poussait les recherches un peu plus loin ? Au moindre signe suspect, on bat immédiatement en retraite. Si c’est vraiment une colonie de taille moyenne, on récupère une preuve et on l’anéantit pour toucher la récompense. »
« Ce n’est pas une mauvaise idée… mais si on se fait encercler comme tout à l’heure, on aura de sérieux ennuis. »
Tarian voulait aussi ces trente pièces d’argent, mais restait sur ses gardes : le violent combat avait épuisé une bonne partie des forces du groupe.
« Encerclés ? Ça ne devrait plus poser de problème. »
Jensen expliqua que les hommes-rats qui les avaient attaqués par-derrière ne venaient sans doute pas d’une autre colonie.
Selon lui, il s’agissait probablement d’un groupe parti chercher de la nourriture par l’itinéraire qu’il avait indiqué plus tôt sur la place, celui que Tarian n’avait pas choisi.
« Sinon, pourquoi moins de dix d’entre eux nous auraient-ils attaqués par-derrière ? Ils devaient chercher de la nourriture à l’extérieur pour la colonie. On a donc pratiquement aucune chance de se faire encercler. »
Le raisonnement de Jensen était assez convaincant. En particulier, l’absence d’homme-rat géant, emblème des grandes colonies, semblait constituer une preuve solide.
Sentant que son argument commençait à faire pencher le groupe de son côté, Jensen insista davantage, comme s’il voulait profiter de l’occasion.
« Trente pièces ! Trente !! Si on retournait dans un coin aussi bon marché que Riverbridge, on pourrait manger, boire et se la couler douce pendant six mois avec cette somme ! Vous allez vraiment laisser tomber ? »
Trente pièces d’argent représentaient une sacrée fortune, même pour des aventuriers de la Plaque de cuivre. Les paroles de Jensen finirent par contaminer de cupidité jusqu’à Tarian, qui s’était pourtant opposé à lui à chaque occasion.
« Kagosh aura trente pièces d’argent ! Le groupe doit y aller !! »
À présent, même le demi-orc Kagosh s’échauffait. Voyant qu’il semblait prêt à partir seul si le groupe refusait, Bruno parut enfin changer d’avis, lui aussi.
« Alors, on y va… »
« Je passe mon tour. »
Au moment où Bruno allait annoncer qu’ils continueraient, Gerik l’interrompit et déclara qu’il ne participerait pas à l’extermination.
« Attends, tu te retires maintenant ?! »
« Oui. Je suis venu comme guide, pas pour participer à l’extermination. Qu’est-ce que j’y gagnerais, à vous accompagner ? »
Il n’avait aucune chance de toucher la récompense de l’extermination et ne récolterait que des ennuis inutiles. Gerik n’avait pas la moindre intention de poursuivre.
« … Tu dois être témoin. On s’était mis d’accord là-dessus tout à l’heure. »
Durant le combat, Bruno avait compris que ce gamin n’était pas un aventurier ordinaire de la Plaque de bois, mais un épéiste particulièrement doué. Il n’avait aucune intention de le laisser partir si facilement.
Bruno comptait bien se servir de Gerik comme bête de somme, à défaut d’autre chose. Pour le retenir, il invoqua donc cette histoire de « témoin » qu’il avait mentionnée plus tôt.
« Pourquoi auriez-vous besoin d’un témoin ? Tarian a dit tout à l’heure que les queues d’hommes-rats qu’on a récoltées suffisaient comme preuve pour la mission de reconnaissance. Pourquoi vous faudrait-il mon témoignage ? »
« Euh… eh bien… »
Gerik lui renvoya ses propres paroles, laissant Bruno sans voix. Les yeux de Bruno s’agitèrent tandis qu’il réfléchissait un instant, puis il reprit :
« … Un témoin est aussi important pour l’extermination de la colonie. »
« Jensen a dit qu’on pouvait toucher la récompense de l’extermination en rapportant une partie de la colonie. Ça veut dire que j’ai encore moins de raisons de vous accompagner, non ? »
Gerik ajouta qu’il ferait mieux de rentrer pour présenter un rapport provisoire. Ainsi, ils seraient un peu mieux protégés en cas d’urgence.
Comme Gerik réfutait ses arguments avec logique, en s’appuyant sur leur propre conversation, Bruno dut admettre que le gamin avait la langue bien pendue.
« On a été gentils avec un gamin qui a encore le lait de sa mère sur les lèvres, et voilà comment il nous remercie… »
Peut-être avait-il fini par perdre patience, car le visage de Bruno se crispa. Même Kagosh, qui avait jusque-là apprécié Gerik, et le reste du groupe se rembrunirent.
« Oh, vous allez me tuer ? »
« On pourrait te passer à tabac et t’embarquer de force. »
« Ah… Et si un combat éclate après ça, vous pourrez compter sur moi pour couvrir vos arrières ? »
… !!
Gerik souligna que le tuer ou le contraindre à les suivre ne leur apporterait rien, sinon une satisfaction passagère.
Forcer un guerrier doué à se battre sous la menace, c’était comme garder une vipère contre son sein. L’expression menaçante de Bruno commença à s’adoucir.
« … Malgré tout, tu ne pourrais pas nous donner un coup de main, vu tout ce qu’on a traversé ? »
Bruno ne semblait toujours pas envisager de partager la récompense. En le voyant changer de ton en un instant, comme le vétéran qu’il était, Gerik trouva cela absurde.
Mais la conversation avait appris à Gerik qu’ils n’avaient pas l’intention de le laisser partir. Il tenta donc un petit pari.
« Une pièce d’argent chacun. Donnez-moi quatre pièces en tout et je vous accompagne. Vous pouvez bien vous le permettre, non ? Vous allez toucher trente pièces chacun. »
« Une pièce d’argent ? Hmm… »
La somme proposée par Gerik n’était certainement pas négligeable. Si ce gamin arrogant avait oublié quelle était sa place et réclamé une part égale, ils lui auraient peut-être fendu le crâne à coups de masse au lieu de lui demander de l’aide. Mais puisqu’il ne réclamait qu’une somme aussi « modeste », les membres du groupe de Bruno parurent hésiter.
« Chef. On peut bien lui donner ça, non ? Si on veut exterminer la colonie, il faut en finir aujourd’hui, sans la signaler d’abord. »
S’ils ne s’occupaient pas rapidement de la colonie, la Guilde des aventuriers risquait de flairer quelque chose et d’envoyer des renforts.
Ce serait embêtant que d’autres viennent réclamer une part de leur récompense. Jensen suggéra aussi de se montrer un peu généreux avec Gerik, en guise de remerciement pour leur avoir sauvé la vie un peu plus tôt.
« Kagosh est d’accord. Gerik est un guerrier utile. Il le mérite. »
« Pfiou… D’accord ! J’accepte. Marché conclu. »
Quand il sembla que le petit accord avec le groupe avait été conclu à l’amiable, Gerik accepta et glissa discrètement une autre condition.
« Alors, pendant qu’on se rend à la colonie, vous pourriez répondre à quelques questions ? Des trucs comme le pistage… ou le genre d’équipement qui peut être utile… »
« Pfft. T’es sacrément malin, toi. D’accord, on fera ça ! C’est ça, un vrai aventurier ! »
Ils avaient pris Gerik pour un gamin ignorant, mais son attitude le faisait plutôt ressembler à un aventurier prometteur, qui savait se préparer. Le groupe accueillit favorablement sa demande.
« Bon, on dirait qu’on a tout réglé. En route ! »
Une fois les décisions du groupe arrêtées, Bruno les mena de nouveau dans les égouts, après une courte pause pour reprendre des forces.
Heureusement, les égouts étroits ne comportaient aucun embranchement important. Peu après s’être mis en marche, ils trouvèrent facilement un autre espace ouvert.
« … C’est une impasse ? On dirait pas que la colonie se trouve ici. »
Cette pièce, pas plus grande qu’un petit débarras, ne contenait qu’une bouche d’évacuation assez large pour laisser passer la tête d’un enfant. Il n’y avait aucun signe d’un passage.
C’était manifestement le bout des égouts, et pourtant, chose étrange, rien dans cet espace ne semblait lié à une colonie d’hommes-rats.
« Tarian. C’est bien ici ? »
« Les traces menaient bien ici. En regardant attentivement, on en voit partout. »
« … Et si l’endroit dont parlait Jensen était celui où se trouve la colonie ? Et ici… une sorte d’emplacement prévu pour une future colonie ? »
Pensant qu’ils avaient fait tout ce chemin pour rien, Bruno lâcha un juron. Pourtant, malgré la situation, Jensen, qui aurait dû fanfaronner, ne dit rien et se contenta d’examiner les murs de briques, une torche à la main.
« Jensen. Je pense qu’on devrait retourner à l’endroit dont tu parlais tout à l’heure. »
« Chut. Un instant. »
Sans tenir compte de la demande de Bruno, Jensen continua d’examiner les murs de briques des égouts.
Mais cela ne lui suffit pas. Il posa son sac, en sortit quelque chose et s’en servit pour poursuivre ses recherches.
Il a trouvé quelque chose… ?
Jensen inspecta le mur à l’aide d’un ciseau, d’un poinçon et d’un pied-de-biche en fer. Il le frappa même avec un gong en forme de fer à cheval, produisant différents sons. Tout le groupe retint son souffle en l’observant.
On aurait dit un expert qui venait de découvrir quelque chose de suspect. Même Kagosh, le demi-orc impatient et un peu simplet, le regardait en silence.
Diiing… Bouuung… !!
Jusque-là, le gong en forme de fer à cheval n’avait produit que le même son lorsqu’on le posait contre le mur. Mais, pour la première fois, une note différente résonna dans les égouts. Jensen le posa rapidement et répandit une poudre qu’il avait préparée à l’avance.
« … Je l’ai trouvé. »
Quand il répandit la poudre grisâtre, d’étranges lignes apparurent sur le vieux mur de briques, qui semblait ordinaire jusque-là. Tout excité, Jensen se servit du poinçon et du ciseau pour tenter d’élargir la fissure.
Après avoir travaillé un bon moment, il utilisa enfin le pied-de-biche en fer pour tirer sur la fente dans le mur.
Grincement… !! Craaaac… !!
Des bruits de rupture et de traction résonnèrent dans les égouts. Peu après, un grincement étrange — un bruit qui n’aurait jamais dû se faire entendre là — s’éleva du mur, qui s’ouvrit comme une porte.
« … Depuis quand ces salopards d’hommes-rats construisent-ils des portes secrètes ? »
Les hommes-rats n’étaient pas plus intelligents que des bêtes, et pourtant, ils semblaient avoir utilisé une porte secrète pour bâtir leur nid. Bruno jura, incrédule.
La porte secrète éveilla chez Bruno, mais aussi chez les autres membres du groupe, le pressentiment qu’un grand secret se cachait derrière.
« … Qu’est-ce qu’on fait ? On continue quand même ? »
Notes en bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>