Chapitre 25
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre comme guerrier dans un univers de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 25 : Essaim (2)
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Comme s’il n’avait jamais été irrité, Bruno s’excusa avec un sourire malicieux et taquin. Gerik lui répondit par un sourire forcé.
« … Alors, je peux partir, maintenant ? Mon travail consistait seulement à vous guider jusqu’ici, après tout. »
Gerik avait été curieux de découvrir les talents des aventuriers de Plaque de cuivre, mais à peine eut-il regagné l’endroit où ses précédents compagnons avaient péri dans d’atroces souffrances que sa curiosité s’évanouit. Prétextant que sa mission était terminée, il tenta de prendre congé de Bruno.
« Qu’est-ce que tu racontes ? Tu viens avec nous. Pourquoi tu parles déjà de repartir ? »
« … Je ne suis jamais allé plus loin, moi non plus. Je ne vous serai d’aucune aide. »
« Mais tu connais mieux que nous le chemin du retour. Et si on se perd en explorant, sans réussir à retrouver notre route ? Comment veux-tu qu’on rentre sans toi ? »
« Euh… Eh bien… »
Au vu du savoir-faire dont ils avaient fait preuve jusque-là, Gerik doutait qu’ils se perdent, même sans lui. Leur argument tenait tout de même la route, et il ne trouva rien de valable à répondre.
« Il nous faut aussi un témoin pour l’extermination. Tu crois que la Guilde va nous croire si on dit qu’on a tué des hommes-rats jusqu’à en tomber d’épuisement ? Le guide engagé par la Guilde doit témoigner en notre faveur si on veut qu’elle reconnaisse notre exploit. »
Jensen, le Gnome qui avait écouté en silence, intervint pour évoquer la nécessité d’un témoin. Il était vrai que Gerik devait assister au rapport d’extermination ; il finit donc par accepter.
« Ne t’inquiète pas. Contente-toi de porter l’équipement. On n’est pas à ce point en manque de bras qu’on mettrait une épée dans les mains d’un bleu. »
Jensen lui tendit avec cynisme le bric-à-brac qu’il portait. Les trois autres ne tardèrent pas à l’imiter, lui confiant tour à tour leurs affaires.
Bon sang… Je me suis retrouvé porteur en un clin d’œil.
Gerik fit la grimace en se retrouvant chargé de toutes les provisions communes du groupe de Bruno. Mais le sort en était jeté.
Puisqu’il en était ainsi, il se consola en se disant qu’il allait pouvoir observer et apprendre comment se débrouillait un groupe d’aventuriers expérimentés.
Hum… Ils ont deux personnes capables de suivre des pistes ?
Gerik observa avec intérêt Jensen examiner les parois des égouts, tandis que Tarian, le demi-elfe, inspectait la zone ouverte d’une autre manière, en s’aidant du sang.
Après un moment, les deux partirent dans des directions différentes et firent signe au groupe de les suivre.
« Les traces et les odeurs liées au sang indiquent cette direction. »
« Mais le canal que j’ai repéré présente davantage de signes de passage. C’est le mien, le bon. »
Tous deux soutenaient que le canal qu’ils avaient choisi les mènerait aux hommes-rats, chacun s’appuyant sur ses propres indices.
Aucun de leurs arguments n’était dénué de fondement et leur désaccord ne semblait pas près de se résoudre. Bruno, leur chef, intervint.
« On est vraiment obligés de se chamailler pour ça ? Ces sales rats ont forcément couru partout. On n’a qu’à tirer à pile ou face. »
Les deux semblaient légèrement agacés par leur dispute. Apparemment, ils réglaient souvent leurs différends de cette façon : ils cessèrent de se quereller et regardèrent Bruno lancer la pièce en silence.
« Pile pour Tarian, face pour Jensen. Allez, c’est parti. »
« … »
« Pile. La déesse a choisi l’avis de Tarian. En route. »
« Tss… »
La pièce étant tombée sur pile, ils choisirent l’itinéraire de Tarian. Jensen eut l’air contrarié un instant, mais il se tut bientôt et suivit docilement le groupe.
Quelles traces peut-elle bien avoir repérées… ?
Gerik s’efforça d’imiter au plus près les gestes de Tarian en la suivant, dans l’espoir de repérer les traces qu’elle avait remarquées.
Quoi qu’il fasse, il ne voyait que l’eau sale qui s’écoulait dans les égouts. Pas la moindre trace à l’horizon.
Qu’est-ce qu’il applique… ?
Incapable de tirer quoi que ce soit des méthodes de pistage de Tarian, Gerik se désintéressa de la question et regarda derrière lui. Il vit Jensen appliquer de temps à autre une sorte de peinture sur le mur.
C’était sans doute pour éviter de se perdre, mais comme elle n’avait aucun effet particulier visible — elle ne brillait pas dans le noir, par exemple —, Gerik ne comprenait pas en quoi elle les aidait à retrouver leur chemin.
Est-ce qu’il m’expliquerait si je le lui demandais plus tard… ?
Gerik se demandait comment soutirer quelques astuces d’aventurier de Plaque de cuivre au groupe, lorsque Tarian, qui suivait les hommes-rats à l’avant, fit signe à ses compagnons et les avertit.
« Quoi ? Tu les as trouvés ? »
« Oui. »
Peut-être parce qu’elle estimait avoir gagné son concours de pistage contre Jensen, un sourire apparut pour la première fois sur les lèvres de la demi-elfe, d’ordinaire impassible.
Jensen laissa échapper un léger reniflement en la voyant sourire, puis sortit son arbalète en guise de réponse.
« Kagosh ! En avant ! »
« Oh ! Kagosh fendre crânes des hommes-rats ! »
Bruno, le guerrier en armure lourde, se plaça légèrement à gauche du centre. Kagosh, l’autre combattant de première ligne, prit position à droite, comme pour le soutenir, et dégaina son épée bâtarde.
La scène rappela à Gerik celle d’Olin et de lui-même, autrefois, et lui laissa un goût amer.
« Ils arrivent. »
Peu après que Tarian eut parlé, des yeux rouges inquiétants apparurent un à un au loin, dans les égouts.
Ils étaient manifestement nombreux. Ayant échappé de peu à la mort à cause des hommes-rats tout récemment, Gerik se tendit sans même s’en rendre compte et agrippa instinctivement sa longue épée, prenant position pour combattre.
« Screee ! Squeee ! Kyaak ! »
Bientôt, au moins quinze hommes-rats se présentèrent devant les deux combattants de première ligne.
Même face à des ennemis plusieurs fois plus nombreux qu’eux, Bruno et ses compagnons ne semblaient pas le moins du monde tendus.
« Ouaaaah !! Venez donc, sales rats dégoûtants !! »
Kagosh, le demi-orque, poussa un rugissement féroce face à ses ennemis.
Son cri grave et puissant, menaçant comme celui d’une bête et si différent d’une voix humaine, résonna dans les égouts. Plusieurs hommes-rats frémirent, comme intimidés par le son.
Il n’en fait pas un peu trop ? Et s’ils appellent des renforts… ?
Gerik avait envie de crier à Kagosh qu’il était fou, mais l’homme à qui il aurait dû s’adresser était un aventurier de Plaque de cuivre de troisième rang. Conscient de sa place, il ravala ses mots et les observa en silence.
Fiu ! Fiu !
Tarian et Jensen ne laissèrent pas passer le moment où les hommes-rats reculèrent. Ils décochèrent des flèches et des carreaux de leurs arcs longs et de leur arbalète, lançant une attaque à distance.
L’arc long était particulièrement impressionnant. Ses flèches transperçaient les épais muscles du torse des hommes-rats et les tuaient sur le coup.
Boum… !!
Alors que Gerik s’émerveillait de la puissance de l’arc long, un carreau tiré par Jensen explosa en libérant une fumée inconnue.
Kiek !! Hum… !!
Les hommes-rats qui inhalèrent la fumée fermèrent les yeux de douleur ou se mirent à éternuer.
Comme si elle n’allait pas laisser passer cette occasion, Tarian décocha flèche après flèche avec son arc long et blessa grièvement deux hommes-rats.
Kyaak !! Kiek !!
Ne pouvant plus supporter leurs attaques à distance, le chef des hommes-rats poussa un cri perçant, et toute la troupe chargea d’un seul coup.
La seule chance, c’était qu’ils se trouvaient dans un couloir ordinaire des égouts plutôt que dans une zone ouverte. L’étroitesse du passage empêchait les hommes-rats de tirer pleinement parti de leur supériorité numérique.
Bang !!
Un homme-rat en tête percuta de plein fouet le bouclier de Bruno, et un fracas tonitruant résonna dans les égouts.
La créature était plutôt imposante ; le choc avait dû être violent. Pourtant, Bruno ne bougea pas d’un pouce.
« Espèce de sale rat insolent ! »
Bruno leva sa lourde masse et l’abattit sur l’homme-rat qui avait osé le percuter.
L’homme-rat tordit le corps pour esquiver, mais d’autres hommes-rats étaient entassés de chaque côté. Il ne put éviter correctement le coup et reçut la masse en plein sur l’épaule.
« Kiek !! »
Le morceau de métal brandi par le géant d’un mètre quatre-vingt-dix lui fracassa l’épaule avec une violence atroce.
Tandis que la créature s’effondrait de douleur, Bruno leva son bouclier-tour et frappa à la tête un autre homme-rat qui se jetait sauvagement sur lui depuis le flanc gauche.
Flac !
Kagosh, le guerrier orque posté à droite, poussa lui aussi un rugissement barbare et balança sauvagement son épée bâtarde.
Elle n’était pas aussi tranchante que l’Entaille de Gerik, mais l’épée bâtarde brandie par ce géant à la peau verte, qui frôlait les deux mètres, combinée à son poids, déployait une force destructrice inimaginable.
Schlak !!
L’épée bâtarde de Kagosh fendit sans pitié un homme-rat de l’épaule au torse, répandant ses entrailles répugnantes.
Il ne l’avait toutefois pas tranché jusqu’au bout, et l’épée bâtarde resta coincée dans le corps de l’homme-rat. Tandis qu’il tirait dessus de toutes ses forces pour la dégager, une ouverture se créa.
Deux autres hommes-rats la remarquèrent aussitôt et chargèrent sur le flanc de Kagosh.
Plante !
Au moment où ils passaient à l’attaque, Tarian, qui avait déjà troqué son arc long contre une lance, la planta dans la tête de l’un d’eux.
L’homme-rat se débattit, la tête transpercée, formant un goulet d’étranglement. Kagosh profita de l’ouverture pour retirer son épée bâtarde du cadavre et se remettre à frapper devant lui.
Quand trois ou quatre hommes-rats se furent entassés devant eux comme des carcasses de viande, leurs corps aggravèrent encore le goulet d’étranglement. Incapables de tirer parti de leur supériorité numérique, les hommes-rats se firent abattre les uns après les autres.
En observant attentivement, Gerik comprit que Bruno était la clé de tous les avantages dont ils bénéficiaient. Posté silencieusement tout à l’avant, il résistait à l’essaim et servait d’enclume.
Les hommes-rats peuvent se débattre autant qu’ils veulent : le guerrier en armure lourde bloque un côté comme un mur de fer et ne bouge pas. Ils sont alors forcés de se masser dans le goulet, où on les abat un à un.
Au final, une quinzaine d’hommes-rats furent massacrés par seulement quatre aventuriers de Plaque de cuivre, sans leur infliger la moindre blessure sérieuse.
À la vue du résultat, Gerik comprit pourquoi Ruben, un cadre de la Guilde des aventuriers, avait affirmé avec assurance que quatre personnes suffiraient largement.
« Ces salauds s’enfuient ! À leur poursuite ! »
Les deux hommes-rats à l’arrière semblaient enfin avoir pris peur après le massacre de tous leurs compagnons. Ils firent demi-tour et s’enfuirent ; Kagosh cria qu’il fallait les poursuivre.
« Laisse tomber. Remettez-vous d’abord en ordre. On pourra les suivre tranquillement. »
La chaleur du combat aurait dû lui faire bouillir le sang, mais Bruno ne s’emballa pas le moins du monde et ordonna calmement au groupe de se regrouper.
Kagosh claqua la langue, déçu, mais obéit à son chef et se prépara de nouveau.
Après avoir rapidement nettoyé le sang et la graisse de leurs armes et vérifié qu’ils n’étaient pas blessés, afin d’écarter toute mauvaise surprise, le groupe de Bruno remit Tarian en tête et reprit rapidement sa progression dans les égouts.
« … Tu sais où tu vas ? »
Contrairement à tout à l’heure, Tarian avançait sans même faire semblant de chercher quoi que ce soit. Curieux de savoir sur quoi elle se fondait, Gerik posa la question à Jensen, qui marchait à côté de lui.
« Elle suit l’odeur de la fumée que j’ai répandue tout à l’heure. Tarian a l’odorat et l’ouïe très développés. »
À la surprise de Gerik, Jensen, d’ordinaire si revêche, lui répondit sans s’agacer. L’écran de fumée qu’il avait déployé plus tôt ne servait apparemment pas qu’à désorganiser les rangs arrière de l’ennemi. Il laissait aussi sur eux une odeur particulière, qui les rendait plus faciles à suivre.
Pas étonnant qu’ils ne se soient pas pressés.
Gerik comprit pourquoi ils n’avaient pas foncé à la poursuite des hommes-rats et pouvaient se permettre d’agir aussi calmement.
Peu après avoir rapidement traversé le dédale des égouts, ils retrouvèrent les hommes-rats qui avaient fui.
Kiek !!
De plus loin dans les égouts, les hommes-rats repérèrent de nouveau le groupe de Bruno et poussèrent des cris menaçants.
Pourtant, à deux seulement, ils n’avaient apparemment aucune envie d’affronter les aventuriers qui avaient massacré plus d’une douzaine de leurs congénères. Ils se retournèrent aussitôt et se mirent à courir dans une direction inconnue.
« … Ces salauds essaieraient de nous attirer dans un piège, exprès ? »
Peu après, les deux hommes-rats s’arrêtèrent et attendirent sur place, comme la fois précédente. À leur comportement inhabituel, Tarian, la pisteuse, devina ce qu’ils comptaient faire.
« Hum… Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On bat en retraite ? »
Notes de bas de page :
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