Chapitre 23
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 23 : Égouts (4)
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« J’en ai donné une aux gardes. Ils ont dit qu’ils s’en serviraient comme preuve pour demander des renforts. »
« … Alors, c’est vrai. »
Dès que Ruben vit la queue, il le crut. Gerik se dit qu’il avait bien fait de risquer sa vie pour trancher plusieurs queues d’hommes-rats et les rapporter.
« Vous avez été mordu quelque part ? »
« Non. Un combattant de première ligne a risqué sa vie pour les retenir, alors je n’ai pas été mordu. »
« Ouf… Par précaution, je vais vous laisser utiliser les bains de la guilde. Lavez-vous là-bas, puis demandez à un membre du personnel de vous examiner. »
Il n’était pas rare que des aventuriers dissimulent leur état parce qu’ils n’avaient pas les moyens de soigner une infection liée à une malédiction de bestialisation. Ruben rendait service à Gerik tout en s’assurant qu’il allait bien. Comme il n’avait rien à perdre, Gerik accepta sans hésiter.
« Veuillez patienter un instant. Un autre employé va vous conduire aux bains. »
« D’accord… »
Maintenant qu’il avait un peu de répit, Gerik baissa les yeux sur son corps couvert de sang et se tut. Toutes sortes de pensées lui traversèrent l’esprit.
Le soulagement d’avoir survécu, l’exaltation d’avoir vaincu un ennemi et la culpabilité de n’avoir pas pu protéger ses compagnons, morts dans des conditions si atroces. Ces émotions enchevêtrées le laissèrent perplexe.
« Vous voulez bien me suivre ? »
« Ah, oui. »
Un employé de la guilde apparut devant Gerik, qui fixait le sol sans le voir, perdu dans ses pensées, et l’interpella.
Gerik suivit l’employé en silence par la sortie arrière de la guilde des aventuriers. Il découvrit là une cour entourée de hauts murs.
Il y a tout un tas de choses, ici.
Il y avait une salle à manger réservée aux membres de la guilde, des bâtiments qui semblaient servir de logements, des entrepôts et bien d’autres choses. L’enceinte aux hauts murs était dotée de toutes sortes d’installations.
L’employé conduisit Gerik jusqu’au bâtiment en pierre, tout à droite, d’où s’échappait de la vapeur, près d’un canal.
Ce sont vraiment des bains… ?
À l’intérieur, il y avait un sauna et des baignoires remplies d’eau chaude. Les yeux de Gerik s’écarquillèrent devant ce confort qu’il n’aurait jamais imaginé retrouver depuis sa réincarnation.
« Comme vous êtes couvert de sang, nous vous serions reconnaissants d’en enlever une partie avant d’entrer dans le bain. Il est difficile de le nettoyer quand il y en a trop… »
« Ah, d’accord. Je ferai attention. »
« Bien. Si vous nous confiez votre armure, nous nous chargerons déjà de l’entretenir un peu. »
Gerik hocha la tête pour montrer qu’il avait compris et assura l’employé qu’il ferait attention.
L’employé parut légèrement méfiant, mais s’en alla sans le mettre en garde ni le surveiller, se contentant de lui dire de bien se laver.
« Ouf… »
Après avoir rincé à l’eau chaude une bonne partie du sang d’homme-rat, Gerik s’immergea dans une baignoire ronde en bois.
La sensation de l’eau chaude, qu’il n’avait pas connue depuis longtemps, lui arracha un soupir.
« Bon sang… »
La douce sensation de son corps qui se détendait ne dura qu’un instant. Gerik se rappela ses compagnons, le corps déchiqueté par les incisives des hommes-rats, et une vague de tristesse l’envahit.
Qui sait ? Peut-être qu’eux aussi ont commencé une nouvelle vie, comme moi.
Gerik avait déjà connu la mort, puis le miracle de la réincarnation. L’idée qu’ils aient peut-être entamé une nouvelle vie, tout comme lui, atténua un peu sa tristesse.
« Hein ?! C’est du savon !? »
Après être resté assez longtemps dans l’eau chaude, Gerik repéra un objet familier.
Jusque-là, il n’avait fait sa toilette qu’avec l’eau chaude préparée par les auberges. Après tout ce temps, la vue du savon lui fit briller les yeux.
« Heureusement… Je n’ai aucune blessure. »
Après s’être frotté de la tête aux pieds avec de l’eau chaude et du savon, Gerik examina son corps désormais propre.
À part quelques égratignures et ampoules, il ne portait aucune blessure infligée par les hommes-rats. Gerik poussa un soupir de soulagement.
« Nous avons terminé l’entretien de votre armure… Vous avez fini de vous laver ? »
À cet instant, la voix d’un employé de la guilde résonna dans les bains. Gerik répondit qu’il avait terminé, lui aussi.
« Heureusement… vous n’avez aucune blessure. Vous n’aurez pas à craindre une infection. »
L’employé semblait lui aussi soulagé de constater que Gerik était à l’abri de la malédiction de bestialisation.
« Le directeur adjoint a réuni les autres membres du personnel et tient actuellement une réunion à partir de votre rapport. »
Quand Gerik revint à la réception du rez-de-chaussée de la guilde des aventuriers, l’employé qui l’avait accompagné lui rendit son équipement entretenu et lui expliqua la situation.
« Pourriez-vous revenir à la guilde demain ? Votre récompense devrait être réglée à ce moment-là. »
« … Il y a une récompense ? »
Gerik fut surpris. Il n’avait jamais pensé qu’on le dédommagerait pour avoir signalé la présence des hommes-rats.
« Bien sûr. Le problème est apparu juste sous Stonecreek, après tout. Chaque fois que notre guilde reçoit un rapport important de ce genre, nous veillons à récompenser l’aventurier. »
Cette aubaine inattendue atténua un peu la tristesse de Gerik.
Après avoir remercié l’employé, il reprit le chemin de l’auberge d’un pas lourd.
Quelle journée infernale.
Une fois arrivé, Gerik se força à avaler le repas préparé par l’auberge, puis alla se coucher.
En maudissant intérieurement les terribles événements de la journée, il ferma ses yeux las.
『Screee… !! Couic !!』
« … ?! »
Gerik dormait à l’auberge lorsqu’il se rendit compte qu’il était, d’une manière ou d’une autre, revenu sur les lieux de l’affrontement terrible contre les hommes-rats, plus tôt dans la journée.
Pire encore, il se trouvait au moment désespéré qui avait suivi la mort d’Olin et de Wilber, face aux trois hommes-rats restants.
Pris de court, il brandit son épée et adopta une posture de combat. Comme la première fois, le chef des hommes-rats plaça devant lui un subordonné blessé, puis les hommes-rats commencèrent à coordonner une attaque sur trois fronts.
Gerik serra les dents. Comme auparavant, il chargea, tua l’homme-rat blessé qui se trouvait devant lui, puis tenta d’emporter le chef dans sa chute.
Comme la première fois, la tête du chef s’envola dans les airs. Mais cette fois, le Quintette de Skyler ne s’activa pas. Une énorme dent d’homme-rat s’enfonça dans le cou de Gerik.
« Gah… Kh… !! »
Sa carotide fut sectionnée et une quantité effroyable de sang se mit à jaillir de sa gorge.
Alors que Gerik gisait, paralysé par la douleur et la perte de sang, l’homme-rat eut un sourire cruel et se mit à lui ronger le cou.
Une douleur atroce submergea Gerik tandis qu’il mourait. La gorge déchirée, il poussa un cri silencieux et agonisa lentement.
« … !! »
Il était bel et bien mort, et pourtant, Gerik se rendit compte qu’il se retrouvait de nouveau dans la même situation. Il faisait toujours face aux hommes-rats, seul contre trois.
Il ne comprenait pas ce qui se passait, mais ramassa son épée et combattit de nouveau les hommes-rats.
Malheureusement, le résultat ne fut guère différent. Il parvint tant bien que mal à en neutraliser deux, mais la faille qu’il avait laissée dans sa défense permit au dernier homme-rat de lui infliger une blessure mortelle. Il mourut de nouveau.
« … Encore ?! »
Gerik comprit que sa mort se répétait. Un autre combat s’ensuivit. Après plusieurs tentatives, il commença, paradoxalement, à s’habituer à mourir.
Je ne peux pas utiliser une technique qui nous entraîne tous les deux dans la mort.
Comme si sa vie appartenait à quelqu’un d’autre, Gerik sentit son esprit se glacer malgré la situation désespérée. Il retrouva son sang-froid.
Au lieu de tuer l’homme-rat blessé…
À l’inverse de la fois précédente, Gerik pivota de toutes ses forces et chargea l’homme-rat qui se trouvait sur le flanc.
Peut-être n’avait-il jamais imaginé que sa proie le prendrait pour cible, car la confusion et la stupeur se lisaient sur son visage.
Entaille… !!
Ayant mémorisé leurs mouvements au fil d’innombrables combats répétés, Gerik esquiva son attaque avec aisance. Alors que l’homme-rat le dépassait dans les airs, il abattit Entaille comme pour le décapiter.
Entaille !!
Le corps et la tête de l’affreuse bête-homme rat se séparèrent en plein vol, projetant du sang répugnant dans toutes les directions.
Gerik ne broncha pas devant le spectacle. Il tourna simplement la tête et fixa froidement le chef des hommes-rats.
Le chef, un combattant aguerri, chargeait de toutes ses forces pour profiter de la brèche laissée par Gerik.
Deux ou trois pas de plus, et ses incisives acérées et ses griffes pourraient atteindre Gerik.
Entaille… !!
Gerik recula en lançant Entaille encore et encore, depuis la garde la plus rapide qu’il pouvait adopter.
Naturellement, ses attaques étaient mal exécutées et aucune ne porta de coup sérieux au chef des hommes-rats.
« Mais tu ne peux plus me prendre par surprise, hein ? Qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ? »
Pour éviter Entaille, le chef des hommes-rats avait dû se baisser et se tordre dans tous les sens. Il avait perdu son élan et, avec lui, l’avantage de la surprise.
« Allez. Attrape-moi. »
Sur ces mots, Gerik garda les yeux fixés sur lui et bondit à reculons par petits pas rapides. Le chef des hommes-rats rugit et se lança à sa poursuite.
Mais un problème qu’il n’avait pas prévu se présenta. Son subordonné était blessé et ne parvenait pas à suivre le chef.
Au bout du compte, ils ne purent tirer parti de leur supériorité numérique. Grâce à la plus grande portée de son arme, Gerik les fit tourner en bourrique, et ils tombèrent l’un après l’autre.
Même dans un combat où la mort n’est jamais loin… si je garde mon sang-froid, je peux survivre.
Une fois le combat terminé, Gerik comprit quelque chose au fil de ses morts répétées.
Tant qu’il ne craignait pas la mort et qu’il parvenait à garder son calme, il avait encore une chance de survivre.
Au moment où il le comprit, Gerik remarqua un carnet familier dans sa main.
『Nom du succès : Celui qui a franchi la ligne de la mort (passif)』
『Rang : rare』
『Effet : une fois par jour, lorsque vous êtes plongé dans une situation de combat extrême, supprime tous les états mentaux négatifs.』
『Note : La peur est le privilège des vivants. Mais seul celui qui renonce à ce privilège devient un véritable guerrier. — Amir, Celui qui a survécu dix fois —』
« Hah… Hah… !! »
Gerik se réveilla assis dans son lit, haletant et le regard errant autour de lui.
Il était trempé de sueur. Il comprit que le combat de plus tôt l’avait plongé dans un cauchemar.
… Et si cette compétence n’avait été qu’un rêve, elle aussi ?
Par précaution, Gerik leva la main pour ouvrir sa fenêtre de statut et la vérifier.
Alors, il se rendit compte qu’il tenait quelque chose de familier.
C’est… la clé ?!
Gerik se rappela qu’après être arrivé à l’auberge, il avait retiré son armure et ses vêtements, puis s’était effondré sur le lit en serrant contre lui la bourse contenant ses objets de valeur, qu’il gardait d’ordinaire sur sa poitrine.
Il comprit aussi qu’en dormant, il avait ouvert la bourse sans s’en rendre compte et serré la clé qui s’y trouvait.
Il y a quelque chose de flippant là-dedans…
Pour une raison ou une autre, Gerik avait l’impression que la déesse gravée sur le panneton de la clé le regardait.
« Kh… Ngh… !! »
Plus il la regardait droit dans les yeux, plus son esprit s’enfonçait dans une brume chaleureuse, comme si sa raison risquait de lui échapper.
Au moment où il sentit qu’il allait se produire quelque chose de grave s’il continuait ainsi, son esprit se glaça soudain et il se mit à tout analyser avec calme.
« … ?! »
C’était comme si la peur inconnue qu’il avait ressentie jusque-là n’avait jamais existé. De quoi avait-il donc eu si peur ?
Perplexe, Gerik baissa les yeux vers la clé. Pour une raison étrange, la déesse gravée dessus semblait lui sourire avec douceur.
… Le passif s’est-il activé ?
Au vu des événements, Gerik conclut que la déesse inconnue avait apprécié l’épreuve qu’il avait traversée ce jour-là et l’avait béni en lui faisant revivre la scène.
Le regard attentif de la déesse lui avait aussi montré comment utiliser la compétence. Malgré tout, Gerik sentait qu’il y avait quelque chose de tordu dans cette bénédiction. Il remit rapidement la clé dans sa bourse et ouvrit sa fenêtre de statut.
[Nom : Gerik]
[Classe : Sans emploi]
[Attributs]
Force (3), Agilité (3), Santé (3), Intelligence (3), Perception (3)
[Compétence] Niv. 2 Entaille (10/100)
[Succès] Celui qui a franchi la ligne de la mort (passif / rare) — Une fois par jour, supprime tous les états mentaux négatifs dans une situation de combat extrême.
En consultant sa fenêtre de statut, Gerik découvrit qu’une nouvelle catégorie, intitulée [Succès], était apparue.
En voyant qu’Entaille était passée au niveau 2, il comprit enfin pourquoi ses coups d’épée avaient soudainement gagné en vitesse lors du combat précédent.
Notes de bas de page :
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