Chapitre 20
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre comme un guerrier dans un univers de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 20 : Égouts (1)
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« Si j’ai l’air occupé, tu peux prévenir l’apprenti là-bas ! Il saura s’en occuper. »
Le Nain devait vraiment détester l’idée que l’épée longue à laquelle il avait consacré tant d’efforts s’abîme, car il fit promettre Gerik encore et encore.
Après lui avoir assuré qu’il le ferait, Gerik prit congé et parvint enfin à quitter la forge.
Dix pièces de cuivre, ce n’est pas mal.
Le forgeron n’avait pas menti en promettant d’entretenir l’épée à bon prix.
Pour ce tarif, faire travailler un artisan de cette qualité sur une épée revenait pratiquement à ne rien payer. Il semblait lui avoir accordé un prix d’ami, en tenant compte des moyens d’un aventurier débutant comme Gerik.
Après ce petit incident à la forge, Gerik flâna dans Stonecreek pour découvrir le reste de la ville.
Pour une ville de cette taille, elle était bien plus animée et fréquentée que Riverbridge.
Ça doit être parce qu’il y a tant de voyageurs de passage.
C’était logique, puisque des aventuriers et des marchands, dont la vie était faite de voyages, ne cessaient d’aller et venir.
Grâce à son quartier commerçant florissant, Gerik pouvait parcourir un large éventail de boutiques pour une ville aussi petite.
On trouve vraiment de tout ici.
Il y avait des boutiques vendant toutes sortes de remèdes pour aventuriers, notamment des antidouleurs, des anti-inflammatoires et des hémostatiques à base d’herbes qu’on ne trouvait qu’à la frontière, des prêteurs sur gages spécialisés dans le butin, ainsi que des magasins généraux proposant toutes sortes d’articles divers aux aventuriers.
Il y avait d’innombrables boutiques, mais celle qui attira le plus l’attention de Gerik fut le Panier magique de Lushana.
Les potions de soin existent vraiment… !
Le Panier magique de Lushana vendait plusieurs sortes d’objets magiques de faible qualité, dont des potions de soin de faible qualité, capables de guérir puissamment grâce à la magie malgré leurs effets secondaires.
Leur efficacité était impressionnante, mais leur prix l’était tout autant ; Gerik ne pouvait même pas rêver d’en acheter une.
Trente pièces d’argent l’unité… C’est pas complètement dingue ?
En voyant le prix exorbitant des potions de soin, Gerik comprit pourquoi le groupe d’Aron avait fait tout ce chemin pour demander à Osrik de les soigner.
Pour trente pièces d’argent, le prêtre Osrik prendrait peut-être un peu de temps, mais il guérirait complètement la blessure de Lugos et soignerait jusqu’à la dernière égratignure des autres membres du groupe.
Si le groupe d’Aron avait voulu soigner Lugos avec des potions, il lui aurait fallu des pièces d’or plutôt que des pièces d’argent. Ils auraient certainement fait faillite.
Mais quand même, en avoir ne serait-ce qu’une un jour serait d’un grand secours.
Depuis qu’il avait vu Osrik, prêtre de Num, soigner sans effort Lugos et ses compagnons gravement blessés, Gerik éprouvait un étrange désir de posséder un pouvoir de guérison.
Il se promit qu’une fois devenu un aventurier accompli, il achèterait des objets magiques comme des potions de soin et les garderait sur lui.
Le moyen le plus rapide de devenir un aventurier accompli, c’est l’entraînement.
Cette idée en tête, Gerik retourna à l’auberge, résolu, et se remit à pratiquer Entaille.
* * *
Le lendemain, Gerik se rendit à la guilde des aventuriers pour retrouver Wilber et Olin.
Il pensait être parti assez tôt, mais Wilber et Olin étaient déjà là et l’attendaient.
« Hé ! Gerik ! Par ici ! Par ici ! »
Peut-être craignait-il que Gerik ne fasse équipe avec d’autres aventuriers : Wilber l’interpella dès qu’il le vit apparaître.
Qu’est-ce qui lui prend… ?
Comme Gerik les dévisageait, incrédule, Wilber s’approcha sans se soucier de rien, lui prit la main et l’entraîna jusqu’au comptoir d’accueil avec l’entrain typique d’un Gnome.
« Hé ! Mademoiselle la réceptionniste ! On reprend la mission d’extermination des gobelins des égouts ! Tous les trois ! On peut encore s’inscrire, hein ? »
« Oui. Le nombre de participants à la mission d’extermination des gobelins des égouts n’est pas limité. Vous pouvez vous inscrire à tout moment. »
Comme les égouts étaient un réseau souterrain fermé, l’extermination continue des gobelins finirait par les éliminer ou, du moins, par réduire considérablement leur nombre.
Peu d’aventuriers acceptaient la mission à cause de la puanteur et de la saleté ; la guilde des aventuriers ne semblait donc pas avoir imposé de restrictions.
Ils ne peuvent pas entrer de l’extérieur, alors leur nombre finira par diminuer. Quand la mission cessera d’être rentable, les aventuriers arrêteront d’eux-mêmes. Pas besoin d’imposer une limite… C’est ça ?
Gerik comprit rapidement pourquoi la mission d’extermination dans les égouts n’était soumise à aucune restriction, contrairement aux autres.
Satisfait de cette réponse, il retourna dans les égouts avec ses compagnons, qui commençaient à lui être familiers.
Les trois reprirent naturellement la même formation que la veille.
Olin ouvrait la marche, Gerik se tenait au milieu et Wilber les couvrait depuis l’arrière tandis qu’ils se mettaient à massacrer les gobelins.
Leur expérience de la veille les avait rendus plus coordonnés et, dans la seconde moitié de la mission, ils récoltèrent les têtes des gobelins presque mécaniquement.
La progression de Gerik, qui débutait dans l’aventure, était particulièrement remarquable. Il se servait d’Olin comme d’un bouclier tout en guettant les occasions ; dès qu’une ouverture se présentait, il décochait Entaille à la vitesse de l’éclair et envoyait la tête d’un gobelin voler dans les airs, suscitant l’admiration de ses compagnons.
« Ouf ! On dirait que nos poches seront bien remplies aujourd’hui aussi ! »
La bourse de cuir de Wilber était encore une fois pleine d’oreilles de gobelins. Ils s’étaient enfoncés plus loin dans les égouts que la veille ; rassembler les oreilles de vingt-cinq gobelins leur avait donc pris quelques heures de plus. Malgré cela, leur rendement était sans commune mesure avec celui des autres missions en extérieur, et Wilber était ravi.
« Il semble qu’il reste encore des gobelins. On devrait pouvoir en exterminer encore une ou deux fois. Qu’en dites-vous ? »
Pour Olin, d’ordinaire si taciturne, c’était une question plutôt longue. Les redoutables Entailles de Gerik, ces deux derniers jours, avaient dû faire forte impression sur lui.
En tant qu’éclaireur de l’équipe, Olin savait parfaitement que Gerik était la principale raison pour laquelle leurs exterminations s’étaient si bien déroulées ces derniers jours. Il lui demanda donc s’il voulait continuer, tout en réfléchissant à la suite.
« Ça me va. »
Contrairement aux missions en extérieur, pleines d’imprévus et de difficultés pour un aventurier aussi peu expérimenté que lui, les égouts étaient devenus une mission assez facile à gérer maintenant que Gerik en connaissait les lieux.
Les gains et la contribution étaient intéressants pour le temps investi, et sa maîtrise d’Entaille progressait rapidement ; Gerik accepta donc sans protester.
« Oh ! Alors, allons encore piller les lieux une ou deux fois ! Au fait, vous ne trouvez pas qu’on s’entend plutôt bien ? »
Quand Gerik acquiesça, Wilber, qui avait écouté en silence, tenta discrètement de le faire entrer dans le groupe, avec son entrain malicieux habituel.
Gerik n’avait rien contre ces deux hommes, différents comme le feu et la glace. Il sourit et hocha la tête.
« Alors, retrouvons-nous dans deux jours ! Hé hé ! »
Comme la veille, Wilber obtint la note de niveau 1 et la généreuse récompense d’une pièce d’argent et de cinquante pièces de cuivre. Il remit à Gerik sa part : cinquante pièces de cuivre.
C’était une somme considérable pour une mission d’une journée de Plaque de bois, et Gerik sourit en l’acceptant.
Après avoir pris congé des autres et être retourné à l’auberge, Gerik sentit enfin qu’il s’habituait à sa vie d’aventurier.
Son périple était sanglant, mais cette exaltation grisante, qu’il n’aurait jamais pu connaître dans sa vie précédente, lui donnait l’impression d’être vivant.
* * *
« Ouf… Faisons en sorte qu’aujourd’hui soit la dernière fois qu’on pille les égouts. Ça commence à devenir fatigant, dis donc~ »
Wilber lança cela de son ton enjoué habituel tandis que le groupe se préparait pour sa quatrième extermination.
En un peu plus d’une semaine, ils avaient fouillé tous les recoins des égouts et exterminé jusqu’au dernier les gobelins qui s’y cachaient, réduisant leurs effectifs à presque rien.
La veille, ils avaient dû s’enfoncer profondément dans les égouts simplement pour récolter les oreilles de vingt gobelins.
Ils décidèrent donc d’achever leur extermination des gobelins après avoir nettoyé la zone la plus profonde indiquée sur la carte.
« On ne devrait pas aller plus loin que la zone des égouts indiquée aux aventuriers, pas vrai ? »
« Oui. Ce serait exagéré. Si je ne me trompe pas, la guilde des aventuriers ne fournit les cartes des zones plus profondes qu’aux aventuriers de Plaque de cuivre de rang 3 ou plus. C’est qu’elles sont dangereuses. »
Les égouts construits par une ancienne civilisation étaient aussi vastes qu’une ville moderne de taille respectable, dans la vie précédente de Gerik.
Comme un réseau aussi gigantesque était resté sans entretien pendant si longtemps, les sections les plus profondes risquaient sérieusement de s’effondrer et leur accès était interdit.
« Il y aura des gobelins tout au fond ? On ne va pas descendre jusque-là pour rien, quand même ? »
« Il y en aura forcément ! J’ai entendu dire que la place tout au bout était immense et que les immondices s’y étaient accumulées au point d’en faire un marécage ! C’est exactement le genre d’endroit que ces gobelins sinistres adorent ! Impossible qu’il n’y en ait pas~ ! »
Craignant que Gerik ne renonce, Wilber s’empressa de répondre à sa question.
« On ne pille que cet endroit, et après, on arrête ! On sera de retour vers le coucher du soleil… mais ça reste bien plus rapide que les autres missions ! Tu ne vas pas nous lâcher, hein… ? »
« J’irai. Ne t’inquiète pas. »
Wilber avait l’air prêt à le suivre jusqu’à l’auberge et à s’accrocher à son pantalon s’il refusait ; Gerik lui adressa donc un sourire crispé pour le rassurer.
C’était frustrant que la mission devienne plus épuisante à mesure que les gobelins ne se trouvaient plus qu’au fond des égouts, mais Gerik pouvait encore le supporter. Il n’avait pas l’intention de renoncer aux missions dans les égouts pour l’instant.
La maîtrise d’Entaille a déjà atteint soixante.
Ces derniers jours, Gerik avait compris que même en s’entraînant toute la journée jusqu’à l’épuisement, sa maîtrise n’augmentait que de trois à cinq points environ. En revanche, les combats intenses la faisaient progresser au moins quatre ou cinq fois plus vite.
Tuer un gobelin équivaut à peu près à donner cent coups d’épée tout seul.
Tandis que Gerik réfléchissait au niveau de sa technique de prédilection, le groupe arriva à l’entrée des égouts, qui lui était devenue aussi familière que sa maison.
« Bon, on va encore piller les lieux aujourd’hui ? »
Wilber affichait une belle assurance après avoir gagné une coquette somme sans trop de peine ces derniers jours.
Les autres membres du groupe partageaient son enthousiasme et ils pénétrèrent dans les égouts, torches à la main.
« Hein ? D’où est-ce que ces trucs sont sortis ? »
Contrairement aux exterminations précédentes, où ils avaient dû s’enfoncer loin dans les égouts pour rencontrer des gobelins, quelques-uns apparurent juste à l’entrée. Wilber marmonna, perplexe.
« Les gobelins pourraient vraiment entrer par une partie endommagée des égouts qu’on ne connaît pas ? »
À moins de venir de l’extérieur, il n’y avait aucune raison que les gobelins, qu’ils avaient massacrés au point de presque les exterminer, rôdent en petits groupes près de l’entrée. Gerik exprima donc ses soupçons.
« Alors tant mieux. Finissons-en vite. »
Après avoir entendu leurs doutes, Olin leur servit sa réponse cynique habituelle et fonça sur les gobelins. Désormais habitué à ses charges, Gerik lui emboîta instinctivement le pas.
Olin cria en percutant les gobelins devant lui et en brisant leur formation.
Gerik exploita aussitôt l’ouverture et lança Entaille. Au même instant, la tête d’un gobelin s’envola dans les airs.
« Bien ! Super ! On commence très fort~ »
Wilber s’était tellement habitué aux tactiques coordonnées d’Olin et de Gerik qu’il tentait même de bavarder tout en tirant des carreaux d’arbalète.
« Il y a quelque chose… qui me semble… un peu bizarre. »
« Hein ? Pourquoi ? »
Alors qu’ils chassaient les gobelins sans difficulté, Gerik remarqua soudain que quelque chose clochait. Wilber, qui coupait les oreilles des gobelins avec sa dague, le regarda d’un air interrogateur.
« Ces types… tu ne trouves pas qu’ils ont l’air de plus en plus misérables à mesure qu’on s’enfonce ? »
Contrairement aux gobelins pleins d’énergie près de l’entrée, ceux qu’ils rencontraient plus loin dans les égouts semblaient épuisés et intimidés, remarqua Gerik.
« Hein ? Tu trouves ? »
« Oui. Euh… comment dire… Leurs réactions ne sont-elles pas plus lentes, comme s’ils avaient du mal à se concentrer ? »
« Je ne sais pas… Je n’arrive pas à voir… »
Notes de bas de page :
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