Chapitre 1 272
Les élèves se turent comme des souris. Lee Han se demanda intérieurement qui il devrait dénoncer.
Le professeur Verdus ? La princesse Yukbeltire ?
Mais, contre toute attente, le Directeur Crâne parla comme si cela lui était égal.
Ça suffit. Peu m’importe la raison, alors dépêchez-vous d’entrer.
« ?!!!!!! »
Tous ceux qui étaient présents furent stupéfaits.
Lee Han s’écria sans s’en rendre compte.
« Quel genre de piège avez-vous tendu ? »
« W-Wardanaz… »
Paridim tenta de l’arrêter, alarmé.
Le directeur d’Einroguard occupait une place aussi élevée que les cieux, même au sein de l’académie, et sa renommée à l’extérieur était tout aussi immense. Comment pouvait-il se montrer aussi grossier ?
Le Directeur Crâne fixa Lee Han en silence. Un élève de première année aurait pu être intimidé, mais Lee Han ne se laissa pas berner.
Tu veux savoir pourquoi ?
« Oui. »
Tu veux vraiment l’entendre ?
« Euh… J’ai dit que je voulais l’entendre. »
La professeure Garcia est en route, folle de rage. Elle arrivera dans cinq minutes.
À peine eut-il fini de parler que le groupe de Lee Han se dispersa. Le Directeur Crâne claqua la langue.
Pourquoi les imbéciles doutaient-ils toujours des paroles d’un prophète ?
Boum !
Il ne fallut même pas cinq minutes pour que la prophétie se réalise.
La professeure Garcia arriva devant la porte principale et sauta de son balai flamboyant.
Elle l’avait apparemment poussé à une telle vitesse que l’artefact avait surchauffé et pris feu.
Le Directeur Crâne se demanda brièvement ce qui était le plus fou : le pousser à ce point ou continuer à foncer tout en se protégeant derrière une barrière, malgré les flammes.
« Directeur !!! »
Bonjour, professeure Garcia.
« Directeur, vous n’auriez pas organisé tout ça, par hasard ?! »
La professeure Garcia cria en haletant. Difficile de savoir si c’était parce qu’elle était furieuse ou parce qu’elle avait volé beaucoup trop vite jusqu’ici.
Plutôt que d’exaspérer sa disciple en colère, le Directeur Crâne décida de répondre simplement à sa question.
Je ne vois pas de quoi vous parlez. Qu’est-ce que j’aurais prétendument organisé ?
« Vous prétendez ne pas avoir envoyé l’élève Lee Han menacer les gens des autres académies de magie, puis l’avoir fait participer au festival et combattre un monstre du Néant ? »
…
Le Directeur Crâne fixa la professeure Garcia, incrédule.
La professeure Garcia était déjà assez absurde, mais sa disciple absente des lieux l’était tout autant.
Il savait que Lee Han était sorti, mais il n’avait pas imaginé une seconde qu’il ait pu faire une chose pareille.
Qu’est-ce que ce morveux est encore allé fabriquer ?
Il avait supposé que Lee Han aiderait tout au plus la professeure Garcia dans son travail, mais il n’avait aucune idée de ce que venait faire cette histoire de festival.
Professeure Garcia, même en le disant, vous ne trouvez pas ça étrange ? Croyez-vous vraiment que j’aurais donné un tel ordre dans les circonstances actuelles ?
« …C’est vrai, mais… »
L’ardeur de la professeure Garcia retomba quelque peu. Même en parlant, elle sentait que quelque chose clochait.
Même de la part du Directeur Crâne, un tel ordre semblait peu probable.
Et il n’était même pas certain qu’un simple ordre suffise à provoquer une telle situation.
« Mais vous avez usé de tant de ruses en prétendant le contraire, Directeur. »
Ces accusations sans fondement me brisent le cœur, mais j’imagine que ce genre de calomnies accompagne naturellement la fonction. Bien, professeure Garcia. Racontez-moi ce qui s’est passé. Comment pourrais-je vous aider, sinon ?
Le Directeur Crâne l’encouragea avec bienveillance, à la fois pour gagner du temps, le temps que les prisonniers de la zone punitive rentrent comme il se devait, et pour découvrir ce qui s’était passé.
Après avoir hésité, la professeure Garcia finit par prendre la parole.
« Alors, voilà ce qui s’est passé… »
* * *
— Je vous en prie, acceptez ces pièces d’or.
— Sérieusement, pourquoi vous faites ça ? Si vous ne voulez pas coopérer, dites-le simplement !
— Je suis parfaitement sincère ! Il n’y a pas de piège !
— Je n’ai jamais entendu dire que les mages de Dekarogard distribuaient des pièces d’or de leur plein gré !
La bienveillance excessive des académies de magie donnait des frissons à la professeure Garcia.
D’ordinaire, ces gens auraient épuisé et usé leur interlocuteur en répétant : « On est vraiment obligés ? » et « Pourquoi on doit le faire ? » ou encore « On ne peut pas remettre ça à plus tard ? » Mais cette fois, quoi qu’elle dise, ils la couvraient de compliments : « Nous sommes d’accord ! », « On était bien d’accord là-dessus, n’est-ce pas ? » et « Vous pourriez le consigner dans le procès-verbal ? »
* * *
Attendez… Vous êtes en train de vous vanter, là ?
Le Directeur Crâne posa la question, perplexe.
La professeure Garcia racontait l’épisode comme s’il s’agissait d’une expérience terrifiante, mais, du point de vue de son interlocuteur, il était impossible de compatir.
Au contraire, ça lui donnait le cœur qui battait d’excitation.
Si le Directeur Crâne rencontrait les directeurs des autres académies de magie et qu’à chaque fois qu’il parlait, ils le couvraient de compliments en disant : « Nous sommes d’accord ! »…
Rien que d’y penser, c’est délicieux.
« …Je ne plaisante pas, Directeur. C’était vraiment flippant. »
Se méfier d’une situation inconnue est certainement une bonne qualité pour un mage. Mais vous n’avez pas à craindre à ce point que les mages des autres académies se montrent soudain coopératifs.
Être sur ses gardes était une excellente qualité pour un mage, mais se méfier à outrance de choses qui ne le méritaient pas ne servait à rien.
À vrai dire, il n’était pas si étonnant que les mages des autres académies changent soudain d’attitude et se mettent à couvrir quelqu’un de compliments.
Les fonctionnaires impériaux le leur avaient peut-être fortement demandé, ou bien un incident fâcheux s’était produit au sein de leur institution.
« Vous ne leur avez vraiment pas ordonné de faire ça, hein ? »
Je le jure sur tous les dossiers administratifs d’Einroguard que vous devrez traiter au cours des dix prochaines années.
Ouf. Donc, ce n’était vraiment pas lui.
La professeure Garcia fut convaincue par le sérieux, plus grand qu’elle ne l’aurait cru, du Directeur Crâne.
Il semblait vraiment n’avoir rien à voir avec cette affaire.
Alors, professeure Garcia, vous pensez que Wardanaz a manigancé quelque chose dans l’ombre ?
« …Un peu. »
Le Directeur Crâne laissa échapper un rire faussement chaleureux.
Tout de même, vous ne trouvez pas que vous vous méfiez un peu trop ?
Bien sûr, intérieurement, il tremblait.
Ce morveux… !
Il avait réussi à menacer et à convaincre ces académies de magie aussi vite, en si peu de temps.
Le Directeur Crâne savait, depuis qu’il l’avait emmené avec lui pendant les vacances, que Lee Han avait un talent administratif remarquable, mais il venait encore de dépasser ses attentes.
Vraiment impressionnant !
« Ce n’est pas, ce n’est pas seulement à cause de ça. Il s’est passé autre chose aussi. »
Qu’est-ce qui s’est passé ?
* * *
Après avoir soigneusement apaisé les mages des autres académies de magie et mené la discussion à une conclusion satisfaisante, la professeure Garcia sortit, soulagée.
Elle restait un peu inquiète et méfiante, mais elle était tout de même heureuse d’entendre les autres académies de magie promettre de coopérer aussi activement.
Voilà. Ne soyons pas trop méfiante. Les mages des autres académies ont peut-être aussi coopéré par bonté d’âme…
— Vous avez entendu ? Lord Wardanaz est sorti des portes de la ville ! On dit qu’il est à la colline des Chênes !
— Il faut aller voir ça ! Toi, viens aussi ! Si tu veux devenir un grand mage, tu dois en voir un de tes propres yeux !
— Waouh ! Alors, moi aussi, je peux entrer à Einroguard ?
— J’ai dit de devenir un grand mage, pas d’entrer à Einroguard ! Va dans une autre académie de magie !
???
En entendant les gens qui se hâtaient passer près d’elle, la professeure Garcia douta de ses oreilles.
Qu’est-ce qu’ils venaient de dire ?
— Excusez-moi, vous avez dit que Lord Wardanaz était venu… Vous parlez de Lord Hierdan ?
— Hein ? Je ne sais pas trop. J’ai seulement entendu qu’un mage de la Famille Wardanaz était venu en personne au festival.
— M-Merci.
La professeure Garcia sentit instinctivement que quelque chose clochait.
Un mage de la Famille Wardanaz se trouvait en ce moment à l’extérieur des portes de la ville ?
Bien sûr, d’ordinaire, et selon toute logique, il pouvait s’agir de Hierdan.
Mais…
Mais si, malgré cette probabilité incroyablement faible, l’élève Lee Han se trouvait là…
Alors, aussi étonnant que cela paraisse, tous les comportements étranges des mages des autres académies de magie s’expliqueraient parfaitement.
* * *
Alors ? Que s’est-il passé ?
Le Directeur Crâne se sentit légèrement tendu intérieurement, mais n’en laissa rien paraître.
Il ne pouvait absolument pas se faire démasquer.
Si la professeure Garcia l’apprenait ici, vu son caractère, il y avait de fortes chances qu’elle le tienne lui aussi pour responsable.
Alors que ceux qui avaient aidé Lee Han à s’échapper étaient clairement ces Chevaliers de la mort sans vergogne, qui ne savaient rien de l’honneur !
« …Je n’ai pas trouvé l’élève Lee Han. »
Alors, c’était Hierdan.
« Je n’ai pas trouvé Lord Hierdan non plus. »
Il est peut-être parti avant vous ?
« … »
Ah. Quoi ?
Quand la professeure Garcia le fixa d’un air suspicieux, le Directeur Crâne protesta comme s’il était victime d’une injustice.
Je n’ai pas le droit de dire quoi que ce soit ?
« J’ai entendu dire que deux dragons noirs étaient apparus sur place. »
…
Le Directeur Crâne manqua de jurer pour de bon.
Quel genre de cinglé touche-à-tout était ce morveux ?
S’il était sorti en douce pour apporter son aide, il n’avait qu’à faire ce qu’il avait à faire et rentrer discrètement. Pourquoi s’était-il changé en dragon, bon sang ?
Et il s’était même transformé en dragon noir devant Jowrin…
Les foules ont tendance à avoir des hallucinations. C’était peut-être une sorte de magie de clonage d’Uman.
« Comment savez-vous que c’était Son Altesse Uman ? »
La professeure Garcia saisit habilement la faille, mais son interlocuteur avait un coup d’avance. Le Directeur Crâne répondit avec naturel.
Ah. J’imagine que la nouvelle ne vous est pas encore parvenue. Uman a été révoqué et est rentré dans la capitale. Vous l’avez croisé là-bas ?
« … ! »
La professeure Garcia comptait utiliser la présence d’Uman, qui était censé se trouver dans la zone punitive, comme preuve à l’appui de son « hypothèse de l’évasion de l’élève Lee Han ». Elle hésita.
« C-C’est arrivé ? Pourquoi ? »
Qui sait ? Il a commis pas mal d’erreurs. Et il s’est montré terriblement amical avec Wardanaz devant la princesse Jowrin.
« Ah. Je vois. »
La professeure Garcia comprit aussitôt.
À la réflexion, elle se disait depuis quelque temps déjà qu’Uman finirait peut-être poignardé dans le dos.
Il fallait garder ses distances avec le contractant d’un autre dragon.
« …Mais les gens sur place ont dit qu’ils avaient vu l’élève Lee Han. Ils l’ont bien vu reprendre forme humaine après s’être transformé en dragon. »
Comme je vous l’ai dit, les foules ont tendance à avoir des hallucinations. Ils ont peut-être pris Hierdan pour lui, ou Uman. Ils ont tous les deux les cheveux noirs, non ? De loin, ils peuvent se ressembler.
« … »
Avant d’arriver ici, la professeure Garcia était convaincue à quatre-vingt-dix-neuf pour cent que Lee Han était sorti. Mais après avoir parlé avec le Directeur Crâne, elle ne l’était plus qu’à environ quatre-vingt-quinze pour cent.
La professeure Garcia décida d’aller vérifier elle-même. Demander au Directeur Crâne avait finalement été une perte de temps.
« Je vais vérifier moi-même. »
Professeure Garcia. Je vous en prie, ne faites pas la sourde oreille aux paroles d’un sage.
Sans lui prêter attention, la professeure Garcia se dirigea vers la zone punitive.
Comme il avait déjà gagné tout le temps qu’il comptait gagner, le Directeur Crâne ne l’arrêta pas et la laissa partir.
Il avait autre chose à faire.
Je devrais annoncer une nouvelle aux élèves pour les féliciter de leurs examens finaux.
— De quelle nouvelle parlez-vous ?
Le retour de votre directeur. Tout le monde va retrouver la forme, pas vrai ?
* * *
Lee Han joua tranquillement une carte de mage.
Il avait les yeux rivés sur les cartes, mais les oreilles tournées vers l’entrée, en haut de l’escalier.
« Wardanaz. »
« Oui, professeur. »
« Vous avez joué la mauvaise carte. »
« …M-Merci. »
Lee Han claqua intérieurement la langue devant le calme du professeur Boladi, qui avait relevé son erreur malgré la situation.
La professeure Garcia allait bientôt faire irruption, et pourtant, le professeur Boladi restait aussi imperturbable.
Elle est peut-être douée pour ça parce qu’elle a déjà berné plusieurs fois la professeure Garcia ?
Criiic…
« !!! »
La porte s’ouvrit dans un grincement sinistre. La professeure Garcia passa la tête à l’intérieur.
Lee Han maîtrisa soigneusement son expression, puis demanda d’un air enjoué, comme s’il n’avait rien à se reprocher :
« Que nous vaut votre visite, professeure ? »
« … »
La professeure Garcia promena silencieusement son regard dans la zone punitive.
Uman et Jowrin ayant disparu, cet étage de la zone punitive réservée aux professeurs semblait soudain désert.
À part ça, rien ne semblait particulièrement étrange. Il y avait un énorme trou entre les cellules de Lee Han et du professeur Boladi, mais…
« Professeure, vous voulez jouer aux cartes de mage avec nous… »
« Élève Lee Han ? »
« Oui ?? »
« Merci. »
Sur ces mots, la professeure Garcia repartit. Lee Han se sentit soudain mal à l’aise.
…J’ai bien maîtrisé mon expression, tout à l’heure, non ?
Une fois la comédie terminée, le professeur Boladi rangea les cartes de mage et sortit une épaisse pile de feuilles.
Intrigué, Lee Han demanda :
« Qu’est-ce que c’est, professeur ? »
« La correction de l’examen final d’Eandurde. »
« Ah. Je peux vous aider ? »
Comme son disciple s’approchait, le professeur Boladi tira la bibliothèque devant le trou de passage et le bloqua.
« … »
Vous trouvez pas que vous exagérez ?