Chapitre 1 270
La méthode paraissait irréfléchie, comme si elle ne tenait aucun compte des conséquences, mais en réalité, elle était efficace dans une situation pareille.
S’il essayait de régler les choses ici d’une manière ou d’une autre en lançant : « Tout le monde ! Vous devez vraiment garder ça secret ! », la professeure Garcia surgirait derrière lui et dirait : « Élève Lee Han ? Que faites-vous ici ? »
Même s’il comptait clamer son innocence, il devait d’abord déguerpir au plus vite, puis se justifier après coup. C’était une leçon qu’il avait apprise à Einroguard.
« Si je ne me fais pas prendre, je pourrai toujours prétendre qu’il s’agissait d’hallucinations collectives ou de magie maléfique de fidèles d’un dieu maléfique… »
Peut-être sentant le désespoir de leur ami, des élèves d’Einroguard surgirent de partout.
En les voyant accourir sans la moindre hésitation, Lee Han sentit son cœur se réchauffer sans raison.
Comme prévu, quand la situation devenait dangereuse, les seuls sur qui il pouvait compter étaient ses amis !
« Qu’est-ce que t’as foutu ?! »
« T’aurais mieux fait d’agiter un drapeau avec écrit “Wardanaz est là” !! »
« T-Tout le monde, calmez-vous, s’il vous plaît. »
Paridim, un élève d’une autre Académie de magie, prit la parole, déconcerté.
La colère des élèves d’Einroguard était plus violente que prévu.
« À ce que je vois, il n’avait pas le choix. La situation n’avait clairement rien de normal… »
Paridim devinait à peu près ce qui s’était passé.
Même s’il ne s’en était pas rendu compte au début, une fois que la situation avait atteint un certain point, comment ne pas remarquer un monstre venu d’une autre dimension qui rampait lentement à travers les fissures du ciel ?
Face à des monstres pareils, la rapidité primait sur tout le reste. Si l’on laissait traîner les choses par mégarde, l’ampleur de l’incident pouvait être multipliée par des dizaines.
« On le sait très bien, tu sais ! »
« T’es même pas élève à Einroguard ! »
« … D-Désolé. »
Réprimandé par Yonaire et Gainando, Paridim se ratatina.
« Einroguard est vraiment terrifiante… ! »
Oculoguard, paisible et tranquille, lui manquait soudain.
« Paridim a raison. Il n’y avait vraiment pas le choix. »
« Comme quand tu n’avais “pas le choix” et que tu as passé tous les examens en premier ? »
« C’était vraiment inévitable ? Ce n’est pas comme quand tu n’avais “pas le choix” et que tu as poursuivi le professeur Bagrak, par hasard ? »
Ses amis étaient méfiants.
Leur ami de la maison Wardanaz faisait souvent ce qu’il voulait, puis déclarait qu’il « n’avait pas le choix ».
L’histoire avec le professeur Boladi s’était passée ainsi, tout comme les examens de mi-semestre.
Maintenant qu’ils y pensaient, ces choses-là n’avaient peut-être pas été si inévitables que ça ?
À cette critique acerbe, le professeur Boladi, qui conduisait la calèche dehors, tressaillit.
« Je vous dis que, cette fois, c’était vraiment inévitable. »
Lee Han s’expliqua avec sincérité.
Bien sûr, il lui était arrivé de justifier certaines de ses actions en prétextant qu’il « n’avait pas le choix ».
Par exemple, tirer une bille d’eau glacée dans le dos d’un ami qui s’assoupissait faute d’avoir fait ses devoirs, puis se justifier en disant : « Je n’avais pas le choix »…
Mais cette fois, c’était vraiment inévitable.
« Vous croyez que j’avais envie de montrer à tout le monde que je peux me transformer en dragon noir ? »
« …… »
« …… »
Tous ses amis durent reconnaître qu’il avait raison.
C’était indéniable !
« Uman ne comprend pas très bien… La rumeur selon laquelle vous avez passé un pacte avec un dragon n’est-elle pas plus importante que le fait que vous vous soyez transformé en dragon ? »
Pour récupérer, Uman sortit de nulle part un thermos rempli de thé chaud.
Infusé avec des feuilles de thé chargées d’une puissante mana, celui-ci était un remède préparé en prévision d’un combat.
Un dragon comme Uman était plusieurs fois plus difficile à affronter, car aux avantages naturels de son espèce s’ajoutait celui d’une immense fortune.
Glou, glou…
Après avoir avalé le thé et récupéré quelque peu sa gorge et sa mana mises à rude épreuve, Uman regarda les élèves autour de lui.
Il ne comprenait pas pourquoi ils étaient si préoccupés par le fait que Lee Han se soit transformé en dragon.
Bien sûr, se transformer en dragon était déjà impressionnant. Dans l’Empire, seuls quelques mages métamorphes étaient capables d’une telle transformation.
Mais contrairement à ce que racontait la rumeur, il n’était pas nécessaire d’être reconnu par la race des dragons pour se transformer en dragon. C’était simplement extraordinairement difficile, mais la méthode existait.
En comparaison, passer un pacte avec un dragon…
« Passer un pacte avec un seul dragon revient pratiquement à être reconnu par toute la race draconique. C’est une affaire bien plus importante. »
« Je le sais très bien. »
Lee Han répondit d’un ton indifférent.
Après avoir déjà fait plusieurs cauchemars où on le traînait devant le tribunal des dragons, il ne pouvait que rester de marbre en entendant Uman lui répéter cela comme si c’était nouveau.
« Si cette rumeur se répand, Lee Han de la maison Wardanaz, vous aurez de gros ennuis, n’est-ce pas ? »
Uman le regarda avec inquiétude.
Quand il venait de devenir inspecteur, il aurait peut-être lancé quelque chose comme : « Passer un pacte avec un dragon, c’est un honneur ! Félicitations ! » Mais sa fonction d’inspecteur avait aussi fait mûrir Uman.
À présent, Uman avait lui aussi appris une chose.
Parfois, un surplus de gloire pouvait être bien trop lourd à porter pour certaines personnes !
Lee Han recevait déjà des propositions de diverses tours de mages et maisons nobles. Si la rumeur racontant qu’il avait reproduit une histoire qu’on ne trouvait que dans les récits anciens — celle d’un homme qui avait passé un pacte avec un dragon…
Frisson !
Uman se rappela soudain la voix sévère de l’Empereur. Il ne savait pas pourquoi, mais c’était à lui que l’Empereur avait pensé en premier.
« Je le sais aussi, Votre Altesse. »
Lee Han s’exprima d’une voix lasse et épuisée. La transformation en dragon avait certes accumulé de la fatigue dans son corps, mais son épuisement mental était encore plus grand.
… Jowrin était assise à côté de lui depuis tout ce temps, sans prononcer un mot.
Franchement, c’était terrifiant !
Si Jowrin s’était mise en colère, avait fondu en larmes ou s’était roulée par terre en se lamentant — Lee Han s’y était attendu, du moins jusque-là —, il aurait peut-être été un peu soulagé. Mais la voir assise là, silencieuse, sans rien dire, était vraiment effrayant.
Qu’est-ce qu’elle pouvait bien préparer ?
« Je peux toujours trouver une explication à la rumeur selon laquelle j’aurais passé un pacte avec un dragon. Après tout, je n’ai jamais passé de pacte avec Votre Altesse, alors je peux le nier autant que je veux. Je peux invoquer l’Autorité du directeur ou jurer au nom de ma maison… »
Puisque ce n’était pas vrai, il pouvait nier avec aplomb.
Il pouvait invoquer le nom du directeur ou celui de la maison Wardanaz et déclarer haut et fort : « Lee Han n’a jamais passé de pacte avec ce dragon noir. »
Bien sûr, quelques fausses rumeurs subsisteraient probablement malgré tout, mais les gens cultivés et raisonnables le croiraient sûrement.
« Ah ! Il y avait donc cette solution. »
« Oui. Mais pour ce qui est de la transformation en dragon… Hum. »
« ??? »
« Votre Altesse Jowrin… »
« Ah. »
Uman comprit enfin ce qui préoccupait les élèves.
Lee Han le lui avait déjà dit une fois.
« Je vois ce que vous voulez dire. Mais Lee Han ! Puisque l’occasion se présente, je vais le répéter. Je n’en ai pas eu l’occasion à l’époque. Ma sœur aînée n’est pas le genre de dragonne à se montrer jalouse pour si peu ! »
« Votre Altesse va mourir ? »
Gainando chuchota à Paridim.
Comment pouvait-il se tromper à ce point sur la situation ?
Si Jowrin reprenait sa forme originelle, folle de rage, et chargeait, Gainando comptait filer hors de la calèche avec Lee Han.
Si les deux s’affrontaient, même une solide calèche magique ne pourrait y résister.
Paridim secoua vivement la tête, n’osant pas lancer un sort de prévision.
Prédire un combat entre dragons dépassait encore de beaucoup ses capacités magiques.
Clac !
Quand Jowrin se leva de son siège, tout le monde tressaillit. Même Uman, qui venait d’affirmer qu’il faisait confiance à sa sœur aînée, tressaillit.
Uman fut horrifié intérieurement.
« N-Non… Uman… a douté de sa sœur aînée ? »
En découvrant qu’une pensée aussi indigne avait germé en lui, Uman se livra à une profonde introspection.
Il ne se rendit pas compte que ce n’était pas de la méfiance, mais plutôt un instinct propre à la race des dragons.
« Jowrin y a réfléchi. »
« … R-Réfléchi à quoi ? »
Gainando posa la question sans réfléchir.
Avait-elle pensé à l’endroit où frapper Uman pour le faire hurler le plus fort ?
« À la raison pour laquelle Lee Han a caché à Jowrin qu’il pouvait se transformer en dragon. »
« …… »
« …… »
Un lourd silence s’abattit sur les occupants de la calèche. Lee Han soupira et prit la parole.
« Votre Altesse, en vérité… »
« Jowrin pense avoir compris, même sans qu’on le lui dise. Lee Han n’a pas pu le lui dire parce que Jowrin n’était pas digne de confiance. »
« ! »
Tout le monde fut stupéfait. C’était bien trop différent de ce à quoi ils s’attendaient.
« Lee Han n’a sûrement pas pu le dire à Jowrin parce qu’il pensait que Jowrin se mettrait en colère ou serait blessée. Hum. C’est vraiment… vraiment… honteux. »
Jowrin parlait en faisant un profond examen de conscience.
Quand Lee Han s’était transformé en dragon noir pour la première fois et avait pris son envol, Jowrin avait failli se transformer aussitôt et attaquer Uman.
Alors même qu’un monstre émergeait lentement du ciel !
En s’en rendant compte après coup, Jowrin eut honte.
Son petit frère accomplissait toutes sortes de tâches pour les habitants de l’Empire et se battait même avec acharnement, tandis qu’elle avait failli se mettre en colère simplement parce que son contractant s’était transformé en un dragon ressemblant à son petit frère.
Pas étonnant que son contractant s’entende bien avec Uman. Tous deux étaient mûrs et dévoués ; il était donc naturel qu’ils s’accordent si bien.
« Alors Jowrin a pris sa décision. Jowrin ne sera pas une dragonne qui se contente d’exiger des choses de son contractant sans rien lui donner en retour. Elle deviendra une dragonne plus mûre, digne de son contractant. »
« Votre Altesse… ! »
Lee Han fut profondément ému.
Il n’aurait jamais imaginé que Jowrin puisse mûrir ainsi, au lieu de briser la calèche ou de se rouler par terre.
Toute l’année, il s’était inquiété de la voir adopter toujours plus de mauvaises habitudes d’Einroguard, sans jamais s’attendre à une telle évolution…
« Hum ! Jowrin pardonne à Uman ! »
« Excellent ! »
En vérité, Uman n’avait rien fait de mal, mais Lee Han laissa simplement passer.
Ses autres amis semblaient eux aussi émus et applaudirent à côté d’eux. Le jeune basilic prit la parole, les larmes aux yeux.
— C’est tellement émouvant… !
« Ne pleure pas ! À partir de maintenant, tu verras souvent Jowrin agir ainsi ! »
Boum !
Le plancher de la calèche trembla. Uman venait de tomber à genoux.
« Grande sœur ! Uman… ne l’aurait jamais imaginé. Que sa grande sœur ait pu se mettre en colère. »
Uman se livra à une profonde introspection.
Il n’aurait jamais imaginé que Jowrin, dont le cœur était plus vaste que l’océan, puisse se mettre en colère simplement parce qu’il s’était un peu rapproché de son contractant.
« C’est vraiment trop honteux. Uman a commis bien des erreurs à Einroguard, mais penser que la plus grande de toutes était restée cachée derrière les autres… »
« Hum. Jowrin a pardonné à Uman. Tu n’as pas besoin de t’en inquiéter autant. »
« Ne vous préoccupez pas du fait que le contractant de la maison Wardanaz se soit transformé en dragon noir. C’est probablement parce qu’Uman est venu en tant qu’inspecteur et lui a demandé conseil. »
Uman analysa le phénomène avec une grande perspicacité.
Si Lee Han s’était transformé en dragon noir plutôt qu’en l’un des nombreux autres dragons, c’était probablement parce qu’il avait passé du temps avec Uman en personne.
« … Si vous le dites comme ça, je crois qu’il a passé plus de temps avec Jowrin… »
« Uman a peut-être laissé une impression plus forte. »
Le dévouement d’Uman à l’Empire et à Einroguard dans son rôle d’inspecteur avait pu marquer fortement le contractant de la maison Wardanaz.
Après tout, ce contractant n’était-il pas lui aussi une personne diligente et dévouée ?
Uman était si occupé à analyser le phénomène qu’il ne remarqua pas le visage de Jowrin se déformer peu à peu, prenant une expression de plus en plus féroce.
« Compris. Vous pouvez vous arrêter là… »
« Uman persuadera le contractant, d’une manière ou d’une autre. Sa sœur aînée est la plus grande dragonne, alors je lui dirai de se transformer en dragon d’or. Je le persuaderai encore et encore, jusqu’à ce qu’il accepte ! »
« …… »
Ce soir-là.
Un oiseau de papier s’envola de la calèche.
Il prit la direction du Palais impérial.
* * *
Le dragon ordonne : qu’on destitue Uman de son poste d’inspecteur et qu’on le rappelle. Dire qu’il a causé tant de problèmes aux mages d’Einroguard…