Chapitre 1 251
« V-Valdrogard… »
« Ils viennent d’Einroguard. »
N’en pouvant plus de regarder la scène, Yi-Han intervint.
En voyant Uman bafouiller en essayant de les faire passer pour des élèves de Valdrogard, Yi-Han ne put rester silencieux.
« Je le savais ! »
Les chevaliers hochèrent la tête, comprenant la situation.
Uman était venu à Einroguard en tant qu’inspecteur ce semestre ; il n’y avait donc rien d’étrange à ce qu’il ait amené des élèves d’Einroguard avec lui.
Ils ne comprenaient simplement pas pourquoi il avait voulu prétendre qu’ils venaient de Valdrogard…
« Êtes-vous venus participer à la cérémonie de remise des prix et au festival ?! »
« Non. Nous sommes venus en toute hâte parce que nous avons quelque chose à dire à Sa Majesté. »
« Ah, je vois. Mais vous participerez quand même à la cérémonie et au festival, n’est-ce pas ? »
« Quoi ? Non. »
« Oh. Vous assisterez tout de même à la cérémonie de remise des prix… »
« …… »
Yi-Han resta bouche bée.
« Ce ne sont pas des chevaliers d’Einroguard déguisés, quand même ? »
Il avait vécu tant de choses étranges ces derniers temps que même ses soupçons devenaient bizarres.
Pourquoi insistaient-ils autant ?
« Alors, peut-être au festival, au moins ? »
En vérité, les chevaliers avaient une raison d’agir ainsi.
Cette expédition destinée à soumettre le dieu maléfique avait constitué un exploit si remarquable et réjouissant que plusieurs Ordres religieux étaient venus le célébrer…
… mais personne ne voulait vraiment assister à la cérémonie de remise des prix ni au festival !
— Vous voulez que je vienne participer à la cérémonie de récompenses et de remise des prix ? Le fait que vous invitiez un être d’une autre dimension signifie peut-être qu’au fond, vous estimez que l’Autorité actuelle de l’Empire est insuffisante ? On dirait un complexe d’infériorité, tout ça.
Dans le cas d’un certain roi d’une certaine race, les chevaliers venus l’inviter fondirent en larmes.
— Pour résumer, vous me demandez d’assister à la cérémonie de récompenses et de remise des prix.
— Oui !
— Je refuse. Je n’ai aucune envie de perdre mon temps à une telle cérémonie.
— … Et le festival ?
— Quand vous vous entraîniez avec l’ordre des chevaliers, ne vous a-t-on pas appris à comprendre le contexte ? Non. Laissez tomber. Je vais demander directement à votre commandant.
Dans le cas de l’aîné d’une certaine maison, les chevaliers venus l’inviter sombrèrent dans le dégoût d’eux-mêmes.
— Votre Excellence. Pourriez-vous peut-être venir, au moins ?
— Vous vous moquez de moi ? Vous voulez mourir ?
— J-je suis désolé !
Le seigneur d’une certaine Académie de magie s’irrita si ouvertement et s’envola dès qu’ils essayèrent de lui adresser la parole que les chevaliers ne purent même pas formuler correctement leur proposition.
Résultat : malgré un exploit aussi extraordinaire, il ne restait personne pour participer à la cérémonie de remise des prix, à la cérémonie de récompenses ou au festival.
Du point de vue des ordres de chevalerie de la capitale, rien n’aurait pu être plus décevant ni plus gênant.
… Franchement, est-ce qu’une seule personne d’Einroguard ne pouvait vraiment pas venir ?
Qu’y avait-il de si difficile à accepter la récompense au nom de tous et à participer un peu au festival…
« Euh… En ce moment, nous ne devrions pas nous montrer au grand jour. Je ne crois pas que nous puissions participer. »
« Je vois. »
Les épaules des chevaliers s’affaissèrent.
Pris d’un étrange sentiment de culpabilité, Yi-Han regarda Paridim et lui demanda :
« Pourriez-vous peut-être accepter à notre place… »
« Quoi ? N-non ! »
Face à cette tentative outrancière, tout droit sortie d’Einroguard, de refiler la responsabilité à quelqu’un d’autre, Paridim perdit son calme habituel et sursauta presque.
« V-vous avez aussi vos autres amis ici ! »
« Eux aussi sont sortis en cachette, alors ce n’est pas possible. Toi, Paridim, tu es un étranger, donc ça ira. »
« …… »
Un instant, Paridim imagina ce qui l’attendait.
À une cérémonie de remise des prix où tous les habitants de la capitale impériale seraient réunis, un mage d’Oculoguard qui n’avait rien à voir avec toute cette histoire s’avancerait pour recevoir la récompense, sous les regards perplexes et glacials de l’assemblée.
Rien que d’y penser, il en avait la chair de poule.
« N-ne pourrait-on pas plutôt la remettre aux membres de la Famille impériale qui sont ici ? »
« Si un membre de la Famille impériale assistait à cet événement à notre place, cela pourrait susciter des soupçons politiques inutiles. Bien sûr que non. »
Yi-Han rejeta fermement l’idée.
Si des rumeurs comme « Il paraît que Jowrin va devenir le prochain Empereur » se répandaient sans raison, ils risquaient d’être convoqués directement à la cour des dragons.
« Yi-Han… ! »
« Digne du contractant de ma sœur ! »
Jowrin le regarda avec émotion. Uman en fit autant.
Paridim fut le seul à se poser intérieurement la question :
Et moi, alors ?
« Ah ! La professeure Garcia ! Il y a la professeure Garcia. »
« Quoi ? Vous voulez dire la professeure Garcia Kim ? »
« Exactement. La professeure Garcia devrait bientôt arriver dans la capitale, elle aussi. »
Contrairement à Yi-Han et au professeur Boladi, qui étaient censés se trouver dans la zone de punition, la professeure Garcia n’avait pas ce problème.
Si les chevaliers parvenaient à convaincre la professeure Garcia, elle ferait une représentante tout à fait convenable.
« Merci ! Nous ferons de notre mieux pour convaincre la professeure Garcia ! »
En voyant les chevaliers les raccompagner avec joie, Yi-Han éprouva lui aussi une certaine fierté.
La professeure Garcia serait peut-être même contente.
« Peut-être que ça apaisera un peu la colère de la professeure Garcia. »
« Hum. »
À côté de lui, le professeur Boladi semblait plongé dans ses pensées.
« Il y a un problème ? »
« Rien. »
Le professeur Boladi ne prit pas la peine de le lui expliquer.
Vu le caractère de la professeure Garcia, ça ne lui ferait sans doute pas plaisir…
* * *
Le Palais intérieur de l’Empereur, un palais au cœur du palais, était un labyrinthe où même les plus puissants ne pouvaient entrer facilement. Pourtant, dès que le groupe de Yi-Han s’en approcha, un passage s’ouvrit en un instant.
Cela montrait à quel point le maître des lieux accueillait chaleureusement ses visiteurs.
« ?! »
Yi-Han fut stupéfait lorsqu’il se rendit soudain compte qu’il se tenait là tout seul.
Pour être précis, ce n’était pas les visiteurs que le maître des lieux accueillait.
Il accueillait un visiteur.
Plus précisément, Yi-Han !
« Euh… Votre Majesté ? Le professeur Boladi et mes amis… »
Je les ai laissés dehors.
Le dragon d’or l’expliqua tandis qu’on faisait entrer Yi-Han.
Il l’avait déjà constaté la dernière fois, mais la résidence de l’Empereur était vraiment sinistre, absolument vide.
Dans cette caverne si immense que le plafond semblait d’une hauteur impossible, il n’y avait pas la moindre décoration ni la moindre sculpture.
Mais cette absence importait peu.
Au centre se trouvait une présence si écrasante que rien d’autre ne pouvait attirer l’attention.
C’était un dragon d’or au corps gigantesque, plus beau que l’or lui-même.
Tandis que le dragon clignait lentement vers lui de ses yeux sages et bienveillants, Yi-Han se rappela une fois de plus combien Jowrin était encore jeune.
« Comment deux dragons peuvent-ils avoir des auras aussi différentes ? »
« Puis-je vous demander pourquoi ? »
Parce que si vous étiez au même endroit, vous ne pourriez pas parler franchement, n’est-ce pas ?
« ? »
Yi-Han se demanda ce que cela signifiait, puis comprit avec un temps de retard.
« Non. Le Professeur Bagrak n’est pas ce genre de personne. Il ne garde pas rancune… enfin, je ne peux pas dire qu’il n’en garde jamais, mais tout de même, il n’était pas nécessaire de le faire sortir… »
Je ne parlais pas seulement du professeur.
L’Empereur s’exprimait avec calme.
Le professeur n’était pas la seule raison pour laquelle tous les autres avaient dû attendre à l’extérieur du Palais intérieur.
Si ces idiots étaient à tes côtés, tu ferais naturellement attention à ce que tu dis.
« ??? »
Yi-Han avait l’air perplexe, car il ne savait pas de qui l’Empereur parlait.
Gainando ?
« Mais alors, pourquoi l’Empereur a-t-il dit “ces idiots” ? »
« Pardonnez-moi, mais de qui parlez-vous ? »
De Jowrin et d’Uman. De qui d’autre ?
L’Empereur répondit avec indifférence.
L’Empereur avait d’innombrables enfants, mais les neuf qui lui inspiraient le plus de mécontentement étaient ceux-là.
Des ratés incapables d’hériter un jour de la position d’Empereur !
Les autres pouvaient au moins invoquer leur appartenance à une autre race pour excuser leur échec. Mais ces neuf-là étaient nés dragons et ne pouvaient quand même pas hériter de la position d’Empereur, ce qui les rendait encore plus irritants.
Ils ne t’embêtent pas et ne te compliquent pas la vie, au moins ?
« N-non ! Rien de tel ne s’est jamais produit. »
Yi-Han répondit sincèrement. Mais l’Empereur ne se laissa pas convaincre si facilement.
Et Jowrin ? Vous avez même conclu un contrat. Tu prétends vraiment que Jowrin ne t’a jamais causé d’ennuis ?
« Quelle perspicacité ! »
Cette question incisive fit perler une sueur froide à Yi-Han.
Comme on pouvait s’y attendre d’un dragon ayant vécu des âges entiers, l’Empereur était capable de rester immobile et de savoir ce qui se passait à dix mille li de là.
Mais Yi-Han savait instinctivement que s’il acquiesçait ne serait-ce qu’un peu, Jowrin serait aussitôt ramenée au domaine.
« Hé hé hé. Pas du tout. Au contraire, c’est un honneur d’être au service d’une race aussi noble. »
Ne prends pas cet affreux rire. Je ne comprends pas pourquoi tu imites Osu jusque dans ce travers.
« …… »
Yi-Han cessa aussitôt de rire et reprit son sérieux.
Il ne pourrait sans doute plus utiliser ce rire pour flatter les gens. Apparemment, il était désagréable.
À te voir prendre le parti de Jowrin, je comprends qu’elle a trouvé un bon contractant dragon… Je suis désolé de t’imposer un fardeau supplémentaire, disciple d’Osu, alors que ta vie est déjà si difficile… mais le destin est peut-être tout simplement inévitable.
Yi-Han s’efforça de maîtriser son expression.
Si c’était une question piège et qu’il répondait mal, Jowrin pourrait être emmenée sur-le-champ.
Ah. Comment vont ces gentils membres de la Famille impériale dont tu m’as parlé la dernière fois ?
L’Empereur s’en souvint soudain et le regarda, plein d’espoir.
La dernière fois, ce disciple d’Osu ne les avait-il pas décrits en termes élogieux, en disant : « Ce sont de bonnes personnes » ?
Peut-être avaient-ils suffisamment mûri entre-temps pour devenir des candidats à la succession de l’Empereur.
« Euh… ils sont toujours gentils. »
Excellent. Être gentil, c’est éprouver de la compassion pour toutes les créatures du monde ; c’est précisément la qualité requise d’un Empereur.
« Quelqu’un pourrait faire venir le Directeur ici ? »
Sans même s’en rendre compte, Yi-Han jeta un coup d’œil autour de lui.
La dernière fois, le Directeur Crâne était là pour lui lancer : « Quelles sornettes racontes-tu, au juste ? » Mais cette fois, personne n’était là pour le faire.
J’ai assez parlé de choses inutiles… Alors, pourquoi as-tu demandé audience ? Tu veux peut-être qu’Osu soit puni davantage ?
La question était tentante, mais Yi-Han avait tout de même une conscience.
Au moins dans cette affaire, le Directeur Crâne n’avait pas vraiment fait de tort.
« Non. Ce n’était pas la faute du Directeur. J’ai agi de mon propre chef. »
C’est tout de même la faute d’Osu. Si la gloire et le prestige d’Einroguard lui reviennent, alors ses erreurs aussi doivent lui revenir.
L’Empereur resta inflexible.
Même si un élève s’échappait et causait des problèmes, selon la philosophie habituelle du Directeur Crâne, cela relevait également de sa responsabilité.
Ces paroles séduisantes firent légèrement hésiter Yi-Han.
« Ça se tient, d’une certaine façon… »
Pas d’une certaine façon. C’est la vérité. Tout est la faute d’Osu, qui t’a mal formé.
« Vous avez raison ! »
Yi-Han céda aussitôt.
Peut-être que la personne contre qui la professeure Garcia aurait vraiment dû être en colère, ce n’était pas Yi-Han, mais le Directeur Crâne.
Parce que le Directeur Crâne l’avait mal formé… !
« Votre Majesté. Si j’ai demandé audience, c’est pour la professeure Garcia. Je suis venu vous implorer en son nom. Si vous voulez punir le Directeur davantage, c’est une chose, mais la professeure Garcia… »
?
L’Empereur bougea lentement la tête.
Pendant un instant, le vieux dragon d’or ne comprit pas ce que Yi-Han voulait dire.
Qui t’a dit que le dragon comptait punir la professeure Kim ?
« Quoi ? »
Le dragon n’a pas l’intention de punir les professeurs d’Einroguard. Comme je l’ai dit, si quelqu’un doit être puni, ce serait Osu…
« …… »
Hein ?
Yi-Han sentit que quelque chose commençait à dérailler. L’Empereur lui parla avec bienveillance.
Calme-toi. Tu es sans doute tombé dans l’un des stratagèmes d’Osu. Essaie de reprendre tes souvenirs calmement.
« M-merci. »
Encouragé par l’Empereur, Yi-Han reprit calmement le fil de ses souvenirs.
C’était pourtant clair…
« Un mage d’Oculoguard a témoigné que la professeure Garcia serait bientôt punie par Votre Majesté… »
Voilà. Ce mage avait été soit soudoyé par Osu, soit trompé par lui.
« … Quelle personne méprisable ! »
En effet.
L’Empereur approuva Yi-Han avec ferveur.
Digne de son disciple : il savait reconnaître la véritable nature de son maître.
« Alors, pourquoi la professeure Garcia vient-elle dans la capitale ? »
Attends un instant. Hum…
Les yeux du vieux dragon brillèrent comme des étoiles. Pour lui, qui pouvait consulter d’innombrables archives dans toute la capitale impériale, découvrir ce genre de chose n’avait rien de difficile.
La professeure Garcia vient rencontrer des mages d’autres Académies de magie afin de les convaincre de rechercher l’harmonie. Voilà une mage vraiment admirable.
« En effet. »
Rien à voir avec son maître.
« Exactement ! »
L’Empereur et Yi-Han se regardèrent avec ferveur.
Malgré l’immense différence d’âge qui les séparait, ils se sentirent liés, comme s’ils venaient de rencontrer une véritable âme sœur.
Quand auraient-ils d’autre occasion de dire autant de mal de quelqu’un qui n’était même pas là ?