Chapitre 1 233
À cet instant, le directeur Crâne donnait aux élèves de première année son cours de <Formation magique élémentaire avancée>.
Les élèves de première année furent extrêmement mécontents de voir le directeur Crâne de retour.
Pourquoi était-il déjà revenu de la capitale ?
« La professeure Garcia ne nous remplace plus pour les cours ? »
Vous n’avez pas pitié de la professeure Garcia ?
Ce n’est pas faux.
Les élèves de première année acceptèrent aussitôt l’argument.
On les traitait de têtes de fer, mais même eux avaient une vague idée de la façon dont les choses fonctionnaient à Einroguard.
Une personne comme la professeure Garcia travaillait sûrement plus que n’importe qui.
« Ça fait un moment qu’on n’a pas vu Son Altesse l’inspecteur. Il lui est arrivé quelque chose ? »
Ce salaud est allé en Salle de punition.
« Quelle absurdité ! »
« Il nous prend vraiment pour des idiots ! »
Les élèves de première année s’indignèrent de cette réponse insensée.
Il avait beau les mépriser, comment pouvait-il leur sortir un mensonge aussi grossier ?
Le directeur Crâne avait forcément piégé l’inspecteur à l’aide d’un plan machiavélique.
« Peut-être qu’il l’a assassiné. »
« Impossible. Sa Majesté l’Empereur l’a envoyé ici. Il n’irait sans doute pas jusqu’à l’assassinat. Peut-être qu’il l’a enlevé ou enfermé… »
Après une année entière de cours, ces têtes de fer n’avaient donc pas progressé d’un pouce.
Le directeur Crâne déplora l’attitude des premières années.
Pourquoi tous ces jeunes mages avaient-ils un caractère aussi rude et grossier ?
Crac !
« !?! »
« Qu’est-ce que c’était ?! »
Les élèves sursautèrent et se précipitèrent aux fenêtres de la salle de classe.
Depuis un étage supérieur du Bâtiment principal d’Einroguard, un nain à l’allure familière fracassait une fenêtre et se jetait dans le vide.
« D-Directeur ! Je crois qu’un ennemi s’est infiltré dans l’académie ! »
Calmez-vous. C’est le professeur Thunderwalk.
Le crâne flottant s’exprima d’un ton indifférent.
« J-Je vois. Le professeur Thunderwalk… Attendez ! Ce n’est pas une raison pour garder son calme ! »
Les élèves paniquèrent de plus belle.
Si le professeur Thunderwalk sautait par la fenêtre, la situation n’était-elle pas encore plus dangereuse ?
Un criminel magique, un assaillant, un assassin, un créancier venu tuer le professeur Verdus…
Toutes sortes d’hypothèses traversèrent l’esprit des élèves de première année.
Il n’a pas été attaqué. Il a négligé de surveiller sa langue et s’est attiré des ennuis. Regardez bien et prenez-en de la graine.
« ???? »
Les élèves, déroutés, ne comprirent pas ces paroles énigmatiques.
Qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ?
Heureusement, ils ne tardèrent pas à comprendre.
La professeure Garcia se pencha par la fenêtre brisée et se mit à brandir un bâton, déchaînant un déluge de magie.
Le professeur Thunderwalk atterrit et s’enfuit vers la forêt en criant : « Je suis désolé ! » et « Il n’y avait sûrement aucun mal à poser la question, quand même ! »
En voyant le nain déployer habilement d’épais nuages de fumée pour gêner la visée de la professeure Garcia, le directeur Crâne fit cette remarque, l’air de rien :
Pas mal, son écran de fumée. Regardez et prenez-en de la graine.
« …… »
Bien, reprenons le cours. Recopiez ceci et lisez-le à voix haute : « Avant d’être diplômé, même si je rencontre un dieu maléfique, je ne l’attaquerai pas moi-même »…
« Pourquoi le directeur nous fait-il écrire et lire un truc pareil ? Qui ferait une chose pareille ? »
« Il cherche évidemment juste à nous tourmenter pour rien. »
***
« C’est vraiment arrivé ? »
La rumeur selon laquelle la professeure Garcia avait jeté le professeur Thunderwalk par une fenêtre se répandit rapidement.
À vrai dire, le professeur Thunderwalk avait d’abord créé un écran de fumée, puis s’était lui-même enfui par la fenêtre, mais les rumeurs étaient comme des créatures magiques qui changeaient de forme à leur guise.
En apprenant la nouvelle, les professeurs se montrèrent extrêmement prudents.
Chacun d’eux, à des degrés divers, avait une dette envers la professeure Garcia.
« Tout ça, c’est évidemment la faute du professeur Verdus ! Il a profité de la gentillesse de la professeure Garcia et l’a fait travailler à tel point que quelqu’un finirait forcément par exploser ! »
« Non. Je pense que c’est parce que son disciple a affronté un dieu maléfique, cette fois. »
« Wardanaz ? Pourquoi la professeure Garcia s’en prendrait-elle au professeur Thunderwalk parce que Wardanaz a défié un dieu maléfique… Oh ! Le professeur Thunderwalk l’aurait encouragé ?! »
« Bien sûr que non. »
Le professeur Thunderwalk claqua la langue.
Le professeur nain connaissait très bien le caractère de son neveu.
« Il a probablement débarqué sans prendre la température et lui a demandé s’il pouvait donner du travail à Wardanaz pendant que l’élève était en Salle de punition. Il l’a bien cherché. »
« …… »
Plusieurs professeurs prirent un air grave.
En réalité, eux aussi s’étaient demandé s’ils pouvaient confier du travail à leur talentueux disciple enfermé en Salle de punition.
Pendant que les professeurs discutaient, le professeur elfe noir, qui semblait le plus épuisé de tous, versa silencieusement du thé noir sur la pile de morceaux de sucre entassés dans sa tasse.
Puis le professeur vida la tasse d’un trait.
C’était le signe que la courte pause était terminée et qu’il était temps de se lever.
« Attendez. Professeure Lagrinde. »
« ? »
Le professeur Alkasis se retourna, l’air particulièrement agacé et épuisé.
« Vous ne vous intéressez pas particulièrement à l’élève Wardanaz ? »
À vrai dire, s’il y avait ici un professeur en droit de faire travailler Wardanaz, enfermé en Salle de punition, le professeur Alkasis était sans doute le mieux placé pour le faire.
L’école de magie de soin manquait constamment de personnel, à tel point qu’on voyait rarement le professeur responsable lui-même.
De plus, à cause de tout ce qui s’était passé ce semestre, Wardanaz avait tout juste réussi à suivre les cours et n’avait pas pu participer aux différentes activités de l’école de magie de soin.
Du point de vue du professeur Alkasis, il avait toutes les raisons de réclamer le droit légitime de faire rattraper à son disciple le travail en retard.
Et le professeur Alkasis avait assez de culot pour le dire ouvertement devant la professeure Garcia !
« Sa Majesté l’Empereur m’a envoyé du renfort. »
« ??? »
« Il m’a dit de les faire travailler à la place de Wardanaz. Je m’en vais. »
Le professeur Alkasis partit le premier, apparemment inquiet qu’une conversation plus longue ne le mette en retard pour son emploi du temps.
Les autres professeurs restèrent sous le choc. Le professeur Mortum se racla la gorge et lança :
« Hum, pourquoi seulement l’école de magie de soin ? L’école de magie noire manque toujours de personnel, elle aussi. »
« …… »
Nous sommes tous deux professeurs, mais cette personne est vraiment gênante.
Quoi qu’il en soit, comment l’école de magie noire pouvait-elle se comparer à l’école de magie de soin d’Einroguard, qui soignait des patients venus de tout l’Empire ?
Malgré l’impudence du professeur Mortum, la nouvelle était surprenante.
Sa Majesté l’Empereur avait personnellement envoyé des gens pour remplacer Wardanaz.
Wardanaz avait certes accompli quelque chose d’extraordinaire, mais même en tenant compte de cela, l’attention de l’Empereur semblait excessivement minutieuse.
Était-ce parce que Wardanaz était, après tout, le contractant d’un dragon ?
« Ou alors Sa Majesté le trouve simplement particulièrement pitoyable parmi les disciples du directeur. »
« C’est possible aussi. »
Même parmi les disciples du directeur Crâne, Wardanaz sortait du lot.
Qui d’autre, à cet âge, pouvait affronter un dieu maléfique de front et survivre ?
Peut-être que, justement à cause de cette aptitude, le directeur Crâne avait mis Wardanaz au travail particulièrement tôt.
Les professeurs savaient mieux que quiconque que le directeur Crâne avait emmené Wardanaz pour extorquer les fonds qui manquaient à Einroguard.
Boum !
« !? »
Au bruit soudain de quelqu’un tombant à genoux, les professeurs se retournèrent, surpris.
Un professeur au visage mauvais était agenouillé sur le sol de la salle des professeurs, sanglotant sans retenue.
« Moi, le professeur Bendozol, j’ai une requête unique dans ma vie à vous adresser. »
« …… »
Les professeurs réagirent sans grand enthousiasme.
Le professeur Bendozol n’était pas un fou ordinaire. Quand bon lui semblait, il lançait sans sourciller des phrases comme : « Je n’ai qu’une seule et dernière requête » ou « Je n’ai qu’une seule requête dans toute ma vie ».
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Je vous en prie, envoyez ce Bendozol en Salle de punition… ! »
« …… »
« …… »
Les professeurs détournèrent aussitôt la tête et firent semblant de ne pas le voir.
Puis ils chuchotèrent entre eux.
« Qui lui a parlé de la Salle de punition ? »
« Il a dû comprendre tout seul. Il est capable, après tout. »
« Envoyez-moi là-bas, bande de salauds ! »
Comme la persuasion ne donnait rien, le professeur Bendozol tenta de recourir à la force.
Mais les professeurs n’étaient pas assez naïfs pour tomber dans une provocation aussi minable.
« Ce n’est pas en brandissant votre bâton ici qu’on vous enverra dans la Salle de punition des professeurs, professeur. »
« Au mieux, vous finirez dans la Salle de punition profonde. Vous voulez y aller avec le professeur Verdus ? »
« Alors, laissez-moi au moins lui rendre visite !! »
Les refus secs et impitoyables rendirent le professeur Bendozol encore plus furieux.
Les autres professeurs avaient le droit de rendre visite à leurs proches, alors pourquoi Bendozol était-il le seul à en être empêché ?
« C’est le directeur qui a dit non, alors pourquoi vous plaindre auprès de nous… »
« Allez vous disputer avec le directeur. »
« Grrraaaah ! Grrraaaaaah ! »
Le directeur Crâne n’était pas stupide.
Il n’y avait absolument rien de bon à envoyer quelqu’un comme le professeur Bendozol auprès d’Uman ou de Jowrin, alors que les deux dragons étaient déjà à fleur de peau.
Il fallait à tout prix les tenir à l’écart l’un de l’autre.
Le professeur Jorzik, qui avait suivi avec grand intérêt l’agitation des autres professeurs, se caressa la moustache et prit la parole.
« Messieurs, mesdames. Moi, Jorzik de la maison Benmalpa, j’ai une proposition à vous faire. »
« Vous feriez probablement mieux de vous abstenir… Qu’est-ce que c’est ? »
« Adressons directement une pétition à Sa Majesté l’Empereur pour faire libérer l’élève Wardanaz. »
Ce professeur, qui rêvait de devenir le prochain directeur d’Einroguard, était ambitieux et savait faire preuve de discernement politique.
Faire sortir Wardanaz de la Salle de punition dès maintenant présentait plusieurs avantages.
Tout d’abord, Wardanaz lui en serait profondément reconnaissant, ce qui pourrait lui assurer le soutien des élèves lorsque Jorzik briguerait le poste de prochain directeur d’Einroguard.
Et puisque les professeurs réunis ici souhaitaient eux aussi la libération de Wardanaz, ne lui sauraient-ils pas gré de son habileté politique ?
Cette personne est folle ou quoi ?
Comment une personne pareille peut-elle être professeur ? Enfin, le professeur Verdus l’est bien aussi.
Bien sûr, les autres professeurs ne lui étaient nullement reconnaissants.
Le directeur Crâne lui-même venait d’essayer et d’échouer. Quelle requête ridicule !
En outre, avant même qu’une réponse leur parvienne, il leur faudrait d’abord redouter les poings furieux de la professeure Garcia.
Elle avait complètement perdu son sang-froid, et nul ne savait ce que Garcia pourrait faire.
« Si l’élève Wardanaz est libéré, professeur Bendozol, je vous mettrai à sa place. »
« !?! »
Le professeur Bendozol se redressa d’un bond.
Son visage rayonnait d’espoir et d’enthousiasme.
« Vous le pensez vraiment ?! »
« Moi, Jorzik de la maison Benmalpa, je ne mens jamais ! »
« Je vous soutiendrai, professeur Benmalpa ! Dépêchons-nous de faire sortir Wardanaz ! »
Le professeur Jorzik hocha la tête, satisfait, puis promena son regard autour de lui.
Et reprit la parole.
« Pour cela, il me faut une chose. »
« Je doute qu’une seule chose suffise… De quoi s’agit-il ? »
« Une pétition commune indiquant que vous partagez tous la même intention… »
À ces mots, tous les professeurs se levèrent d’un seul mouvement et quittèrent la salle des professeurs.
Le professeur Jorzik interpella ses collègues, déconcerté, mais aucun ne revint.
« Tout le monde ?! Tout le monde ! »
La magie a beau être importante, j’aimerais vraiment qu’à partir de maintenant, on vérifie au moins que les professeurs ont un minimum d’aptitudes sociales avant de les embaucher !
***
Eandurde passa prudemment la tête à l’intérieur.
Même si les Chevaliers de la mort l’avaient escorté jusque-là pour sa leçon, la Salle de punition n’était pas un endroit à prendre à la légère.
Combien de dangers et d’épreuves avait-il dû affronter dans les salles de punition lorsqu’il était en première année ?
Et cette fois, il s’agissait de la Salle de punition des professeurs.
Ce serait sûrement encore plus dangereux…
« Eandurde !!!! »
Un boulet de canon doré fonça sur lui et percuta Eandurde.
Pris de court, Eandurde tenta de s’échapper, mais les capacités physiques d’un dragon surpassaient celles d’un sang-mêlé gorgone.
« Tu m’as tellement manqué !!!! »
« Urgh. Huuurgh. »
L’orgueil blessé, Eandurde se débattit désespérément pour se dégager de Jowrin.
Mais plus il résistait, plus la dragonne s’accrochait fermement à lui.
« … C’est quoi, ce bordel ! Sérieusement ! »
« J-Jowrin voulait juste… voir Eandurde… »
« … Bon, d’accord, j’ai compris, alors lâche-moi un peu… Att-Qu’est-ce que c’est ? »
« Ah. Lee Han s’occupe d’une commission. »
Jowrin désigna la cellule individuelle en expliquant.
À l’intérieur, plusieurs mages qu’il connaissait et un mage inconnu travaillaient, l’air complètement épuisés.
Lee Han, qui vérifiait la potion de Yoanen, aperçut Eandurde et s’exclama, surpris :
« Professeur ! Eandurde est là pour sa leçon ! »
« Je sais. »
Le professeur Boladi se leva de son siège sans la moindre surprise, comme si tout avait déjà été prévu.
Lee Han se demanda soudain et posa la question :
« Professeur, qui a enseigné à Eandurde pendant votre absence ? »
« Sir Garjidahaka. »
« … Mais qui est-ce, au juste ? »