Chapitre 1 190
Le professeur Thunderwalk réagit avec maturité, sans se mettre en colère devant les critiques forcées de son disciple.
Le professeur adoucit son regard et sourit aussi gentiment que possible. Cela ne fit que rendre Yi-Han encore plus méfiant.
« J-je crois que je sens une aura maléfique. »
« Moi aussi. »
Yi-Han donna raison au bébé basilic.
Comme on pouvait s’y attendre d’un monstre qui était le serpent parmi les serpents et possédait le poison parmi les poisons, il était sensible aux auras malfaisantes.
Le professeur Thunderwalk n’y prêta aucune attention et se concentra sur l’examen du plan qui se trouvait en dessous.
« Ça… pourrait sans aucun doute faire perdre la tête au professeur Verdus ! »
Si le plan rédigé par Yi-Han était pratique et rationnel, celui du dessous était une parade interminable de sorts de magie noire tape-à-l’œil en tout genre.
<Œil d’Ahrak>, <Mur vivant>, <Ténèbres bouillonnantes> et d’innombrables autres sorts de magie noire de haut niveau dont même le professeur Thunderwalk n’avait jamais entendu parler !
Impossible de savoir quels mages noirs avaient participé.
« Les Descendants d’Ahrak ? Mais ces excentriques ne rendraient jamais service pour un travail d’élève. La Légion d’Oondorgu ? Ces cinglés feraient pareil. Et ça, ce n’est pas de la magie de la Tour de magie d’Obsidienne ? Ces rigides ne fourniraient jamais quelque chose de ce genre sans contrepartie… »
Le professeur eut beau réfléchir, aucun mage noir ne lui vint à l’esprit. Il finit par abandonner.
Il semblait exister, dans l’école de magie noire, des mages que le professeur ne connaissait pas.
« Mais comment, au juste, ça pourrait faire perdre la tête au professeur Verdus ? »
Yi-Han posa la question, un peu intrigué.
Ce n’était pas qu’il tenait particulièrement à faire perdre la tête au professeur Verdus. C’était simplement la curiosité pure et simple d’un mage.
Comment cela pourrait-il faire perdre la tête au professeur Verdus ?
« C’est simple. Ces sorts de magie noire de haut niveau sont des techniques secrètes qui n’ont pas été rendues publiques, n’est-ce pas ? »
« Probablement. »
Les mages noirs avaient dû en parler dans tous les sens, mais Yi-Han ne les avait écoutés qu’à moitié ; ses souvenirs étaient donc vagues.
Cela devait être vrai. Yi-Han hocha la tête.
« Et, naturellement, on t’a expliqué ces sorts à part. »
« Oui. Même si je ne les ai pas encore complètement compris. La magie est tellement difficile… »
Évidemment, ils n’avaient pas inscrit dans le plan tous les détails d’une magie noire aussi complexe, de ses explications et principes jusqu’à sa méthode d’incantation.
S’ils l’avaient fait, même plusieurs livres de plans n’auraient pas suffi.
En temps normal, un plan simplifiait les choses dans une certaine mesure et ne consignait que les informations essentielles ; le mage s’occupait du reste par lui-même.
N’était-ce pas pour cela que les mages noirs réunis dans le Nord avaient fait tant d’histoires pour apprendre à Yi-Han un sort de magie noire supplémentaire ?
« Ce n’est pas important ! »
« Ça me paraît important, pourtant… »
« Ce qui compte, c’est que le professeur Verdus ne connaît pas bien ces sorts. »
Même si le professeur Verdus était un génie complètement fou, il ne pouvait pas reconstituer une magie noire hors de son domaine de prédilection à partir de simples explications aussi lacunaires. Ces sorts ne se laissaient absolument pas déchiffrer si facilement.
« À ton avis, que se passerait-il si tu remettais ça en même temps que l’autre plan ? Hein ? Et si tu le joignais comme l’un des projets que tu as envisagés ? Tu crois vraiment que le professeur Verdus pourrait y jeter un œil et passer simplement à autre chose ? »
« … »
Yi-Han commença à vaciller quelque peu.
Il percevait les intentions malicieuses du professeur Thunderwalk, mais, indépendamment de cela, la proposition était tentante.
Le professeur Verdus était à l’origine un cinglé qui ne faisait jamais de compromis dès qu’un problème magique lui résistait.
Comment réagirait-il si on lui soumettait une énigme de magie noire impossible à résoudre facilement ?
« Je vais y réfléchir. Comme je ne l’ai pas créé moi-même, j’ai quelques scrupules. »
« Ha ha. Oui, réfléchis-y bien. C’est tout de même un peu injuste que tu n’aies eu aucun problème à accepter l’aide du jeune directeur, puis que tu te mettes soudain à avoir des scrupules. Ha ha. »
« …J’essaierai de tout remettre ensemble, si possible. »
Yi-Han se dit qu’à partir de maintenant, même s’il recevait l’aide du jeune prince, il ferait mieux de la dissimuler un peu.
À voir le professeur Thunderwalk, il ne semblait pas simplement contrarié.
« J’aurais dû dire que j’avais reçu les conseils d’un être d’une autre dimension. »
« Ah, au fait. Tu as fini de te préparer pour l’examen du professeur Rzhi ? »
« Pardon ? Euh… »
Le professeur Thunderwalk ne remarqua pas l’hésitation de Yi-Han et se détourna en reniflant.
« Tu ne comptes quand même pas te transformer en dragon ? Ne fais pas ça. »
« … »
« ? »
Comme la réponse attendue — quelque chose du genre : « Qui se transformerait en dragon ? Ha ha, professeur, quelle drôle d’idée ! » — ne venait pas, le professeur Thunderwalk se figea.
Une étrange et glaçante prémonition émanait de derrière lui, là où se tenait son disciple.
Cette prémonition prit une forme précise, celle de mots qui fusèrent avec force.
« …Euh, je n’ai pas le droit de me transformer en dragon ? »
Le professeur Thunderwalk faillit pousser un hurlement.
***
« Tu veux voir le professeur ? »
« Oui. »
« Pourquoi ? »
Anpagon, un senior de l’école de magie des enchantements, dévisagea Yi-Han comme s’il ne comprenait pas.
Voir le professeur pendant les heures de cours lui semblait déjà une perte de temps ; pourquoi donc quelqu’un voudrait-il le rencontrer en dehors des cours ?
« J’ai quelque chose à remettre en avance pour l’examen. »
À bien y réfléchir, le contrôle de mi-semestre du professeur Verdus était un travail qu’il suffisait de déposer avant de repartir.
Pas besoin d’attendre le cours, de présenter la magie, puis de s’en aller.
Pendant qu’ils discutaient, Sigunting, un senior d’une année en dessous d’Anpagon, s’approcha à son tour.
« Oh. Qu’est-ce qui t’amène ? »
« Je suis venu voir le professeur Verdus. »
« Mais pourquoi diable ? »
« … »
Yi-Han fut légèrement touché par l’atmosphère chaleureuse de l’école de magie des enchantements.
Ils se souciaient tant de leur cadet.
« Moi aussi, je dois devenir un senior comme ça. »
« J’ai quelque chose à remettre en avance pour l’examen. »
« Hmm. Ça risque d’être difficile, pour le moment. »
« ? »
« Viens voir. »
Les seniors désignèrent l’entrée de l’atelier du professeur Verdus.
Une pancarte y était accrochée.
Concentration requise pour rattraper le travail en retard
Ne pas déranger !
« Le professeur détestait déjà qu’on le dérange, mais il n’avait jamais condamné l’accès avant. Ces derniers temps, après avoir reçu tant de châtiments divins… »
« Des châtiments divins ? »
« Ah, des châtiments divins… Je me suis mal exprimé. Le professeur s’est fait attaquer tant de fois dernièrement qu’il est devenu assez irritable. »
Yi-Han concentra ses sens et examina les environs de l’entrée de l’atelier.
Quelque chose clochait effectivement, bien plus que d’habitude.
Ce n’était pas simplement la porte renforcée ou les interstices scellés. On aurait dit que l’espace lui-même avait été tordu et noué pour bloquer le passage.
« Je n’ai aucune idée de la façon de défaire ça. »
D’ordinaire, Yi-Han pouvait saisir la structure de la plupart des sorts par ses seuls sens, mais cet obstacle était si complexe qu’il n’arrivait même pas à en comprendre le fonctionnement.
« Et si je frappais de toutes mes forces… »
Foumf !
Une puissante vague de mana se rua en avant, mais l’espace tordu et noué la dispersa souplement dans toutes les directions.
La voix préenregistrée du professeur Verdus retentit alors.
« Ne le casse pas en force, Wardanaz ! Je te ferai tout reconstruire ! »
« … »
« …Je ne savais pas que le professeur avait même ajouté une fonction pareille. »
Les seniors étaient impressionnés, même s’ils trouvaient le professeur Verdus insupportable.
La magie était impressionnante en elle-même, mais prévoir que Yi-Han tenterait de la briser en force était véritablement stupéfiant.
Si seulement le professeur avait mis ne serait-ce qu’un peu de ce talent au service du bien…
« Seniors, aidez-moi, s’il vous plaît. »
« Désolé, mais même moi, j’aurais du mal à passer. Le mieux serait probablement d’attendre le prochain cours. Le professeur sortira à ce moment-là. »
Déchiffrer le sceau spatial n’était pas impossible, mais cela prendrait beaucoup de temps.
Plutôt que d’essayer, mieux valait sans doute attendre le début du cours et que le professeur Verdus finisse par sortir.
« Attendez. Le professeur va sortir, c’est sûr ? »
« Normalement… Après s’être fait malmener à ce point, il ne s’enfermerait quand même pas encore. »
Le fait qu’ils ne puissent toujours pas exclure complètement cette possibilité était ce qui rendait le professeur Verdus si terrifiant.
Tandis que les seniors chuchotaient, Yi-Han se plongea dans ses pensées.
« Hmm. Il me suffit de glisser le devoir à l’intérieur. »
À vrai dire, Yi-Han n’avait pas particulièrement envie non plus de rencontrer le professeur Verdus en personne pour avoir une longue conversation.
Le professeur Verdus finirait très probablement par lui retourner l’estomac avec une remarque du genre : « Pourquoi s’embêter à ressortir ? »
Tout ce qu’il fallait était déjà consigné dans ces épais documents. S’il pouvait trouver un moyen de les envoyer à l’intérieur…
« Il n’y a aucun moyen de faire passer seulement ça ? »
« Hmm. Je ne crois pas. Comme tu le sais, le sceau spatial… »
« Non. Si l’objet est aussi petit, c’est peut-être possible. »
« ! »
À ces mots d’Anpagon, les deux cadets se tournèrent vers lui, stupéfaits.
« C’est vrai ? »
« Oui. Bien sûr, ce ne sera pas facile. Il faudra remplir quelques autres conditions. Il nous faut quelqu’un qui ait étudié la magie spatiale. Même si ce n’est pas un sort de pénétration, il faut au moins maîtriser les déplacements spatiaux de niveau intermédiaire… »
Puisqu’il s’agissait de traverser un espace magique et d’y pousser quelque chose, il fallait naturellement un mage spatial doté d’un certain niveau.
Anpagon fronça les sourcils en essayant de se rappeler si quelqu’un de leur année étudiait la magie spatiale.
« Je peux m’en servir. »
« … »
« …Je m’en doutais. »
« On aurait dit que tu ne le savais pas. »
Sigunting regarda Anpagon avec un soupçon de méfiance.
« Ensuite, il nous faut un objet capable d’affaiblir la magie spatiale du professeur Verdus. »
« Un tel objet existe ? »
« Il y a un artefact créé par la senior Yukbeltire. Il s’appelle la <Longue Lance de Yukbeltire> et dissipe temporairement les distorsions spatiales. Il ne les annulera pas toutes, mais ça devrait suffire à les affaiblir. »
Le plan d’Anpagon était simple.
Ils affaibliraient la magie du professeur Verdus, puis profiteraient de l’ouverture pour envoyer l’objet à l’intérieur avec un sort spatial.
L’objet était petit et Wardanaz ne le cédait à personne en puissance magique ; ils avaient donc de bonnes chances de réussir.
« Ce n’est pas un objet destiné à attaquer le professeur Verdus, par hasard ? »
« Je t’ai dit que c’était un devoir que je remettais en avance. »
« Je sais, j’ai entendu. Mais si c’était un devoir conçu pour attaquer le professeur Verdus, je crois que je serais un peu plus motivé. »
« …Où se trouve l’artefact <Longue Lance de Yukbeltire> ? »
Yi-Han changea de sujet. Les deux seniors haussèrent les épaules.
« La senior Yukbeltire l’a, évidemment. Il faudra aller lui demander la permission. »
« Ça risque d’être le plus gros obstacle du plan. »
« … »
Ils avaient raison.
La princesse Yukbeltire n’était absolument pas du genre à prêter gentiment un artefact.
Yi-Han réfléchit encore un instant, puis se leva.
« Attendez ici un moment, s’il vous plaît. »
« ??? »
Lorsque leur cadet partit après ces mots, les deux seniors restèrent perplexes.
Attendre un moment ?
« Il est parti l’emprunter ? »
« Ce n’est pas un première année. Il n’aurait pas une idée aussi stupide. Il a dû aller négocier un échange. »
À l’évocation d’un échange, les deux affichèrent des mines profondément contrariées.
Ils se souvenaient s’être fait avoir plusieurs fois par la princesse Yukbeltire.
Les seniors des autres écoles de magie étaient censés veiller sur leurs cadets, mais, dans l’école de magie des enchantements, se faire imposer plusieurs transactions sans pitié était la norme.
Combien de temps passa ?
Yi-Han revint, à bout de souffle.
« Je l’ai ! »
« …Tu as accepté d’aider la senior pour quelques travaux ? Ça me paraît être une bien mauvaise affaire. »
« Ah, non. Je l’ai volé et je l’ai ramené. »
« ?!?! »
Les deux furent horrifiés.
Comment ?!
« Comment tu as fait pour l’emporter ? La senior Yukbeltire n’est certainement pas facile à gérer ! »
« Je ne peux pas vous dire exactement comment, mais quelqu’un de proche de la senior m’a aidé. »
« Senior Diret ? »
« Non. Quelqu’un d’autre. »
« Il y a quelqu’un d’autre que Senior Diret ? »
« Je vous ai dit que c’était quelqu’un d’autre. »
Yi-Han s’irrita, ce qui lui arrivait rarement.
Pourquoi ces seniors ne pouvaient-ils pas le croire ?!
« D-d’accord. Compris. Puisque tu l’as rapporté, ça devrait suffire. Je vais préparer son activation. Wardanaz, tiens-toi prêt à l’envoyer à l’intérieur dès que possible. »
« Oui. Compris. »
La magie exigeait des préparatifs compliqués. Une fois tout en place, en revanche, elle s’exécutait souvent rapidement et simplement.
En effet, dès qu’Anpagon activa la lance et affaiblit l’espace tordu, le devoir fut transporté à l’intérieur en un instant.
« Merci ! »
« Pourquoi ? C’est toi qui as apporté la lance et utilisé ta magie. Rends-la sans te faire prendre. »
« Oui ! »
Yi-Han hocha la tête, puis s’éloigna en courant, la lance à la main.
En le regardant partir, les deux seniors de l’école de magie des enchantements sourirent malgré eux, satisfaits.
Peut-être qu’un cadet comme lui avait rejoint l’école en compensation d’avoir à endurer un senior aussi malfaisant…
« Aaaah ! »
« ??? »
« C’était le professeur Verdus qui venait de crier ? »
« A-alors le devoir était vraiment conçu pour attaquer le professeur ! »
« Mais qu’est-ce que vous racontez… »