Chapitre 86
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre parmi les Anomalies ◈
Chapitre 86 : Le Jugement
──────
« … »
Heureusement, les choses n’allèrent pas jusqu’à ce que je quitte la Corée pour comparaître devant la Cour internationale de justice.
On me remit d’abord à la police coréenne, qui m’interrogea sur place.
« Hum… »
« Non… »
Dans la salle d’interrogatoire, les enquêteurs ne cessaient de changer d’expression en regardant le film que j’avais réalisé.
« Ah… »
« Hmm… »
« Euh… »
Certains se mordaient les lèvres.
D’autres n’arrivaient pas à regarder les preuves en face et détournaient sans cesse le regard.
Certains avaient des haut-le-cœur de temps à autre, tandis que d’autres fermaient régulièrement les yeux.
« Euh, Fixeur ? Non, monsieur Lee Seung-hoon ? »
« Oui. »
« Donc, tout ça, c’est des images de synthèse ? »
« C’est ça. Il n’y a pas une seule vraie personne dedans. Tout est fait par ordinateur. »
« Hmmm… »
« Je peux aussi vous le prouver. »
Je sortis Sarang-i et lui demandai :
« Tu peux faire là, tout de suite, un petit film d’une minute avec les enquêteurs devant moi en vedette ? »
『C’est possible. De quoi doit-il parler ?』
« Reprends le thème de mon film, s’il te plaît. »
« Qu-quoi ? »
『Compris.』
Avant que les enquêteurs aient le temps de l’arrêter, Sarang-i consomma un peu d’énergie et réalisa un film d’une minute.
« Voilà. »
« Non, vous avez fait un film comme ça avec nous en vedette… »
Après l’avoir regardé, les enquêteurs prirent un air grave.
« Non, putain… »
« Pourquoi je suis avec un chiot… ? »
« Beurk, beurk ! Effacez ça ! Effacez ça ! »
Plusieurs enquêteurs eurent des haut-le-cœur.
Puis ils m’interrogèrent.
« O-oui, nous avons vérifié. Cela prouve que vous êtes innocent des accusations d’enlèvement et de séquestration, de maltraitance animale, d’atteinte aux droits humains et de diverses autres infractions. En temps normal, nous demanderions à des experts d’analyser le film, mais… comme vous êtes le Fixeur, j’imagine que ce genre de chose est possible. »
« Je suis heureux que ce malentendu soit dissipé. »
« Mais pourquoi avoir fait un film pareil ? »
« J’ai exprimé l’amour érotique, le potentiel humain, l’avenir de l’humanité et la beauté du monde. »
« Avec ça ? »
Les enquêteurs qui avaient vu mon œuvre se rassemblèrent autour de moi pour me poser des questions.
« Pourquoi diable le film montre-t-il des rapports sexuels avec un ours ? »
« Ça représente le mythe de Dangun. »
« Et le cheval ? »
« Il symbolise Loki, dans la mythologie nordique. »
« E-et ces rapports avec ce loup ? »
« C’était une scène symbolisant Anubis. »
En tant que réalisateur, je leur expliquai aimablement mon œuvre.
« Aux débuts de l’humanité, les humains s’opposaient à la nature tout en la craignant, et c’est ainsi qu’ils créèrent la foi. La nature fut alors intégrée à leur vision du monde, ce qui donna finalement naissance à la mythologie. À l’époque, l’intégration revenait à devenir une famille, et le moyen le plus simple d’y parvenir était d’avoir des relations sexuelles. »
« … Oui, je comprends. Et la scène d’orgie qui vient ensuite ? »
« La monogamie n’est qu’une des formes de relations familiales choisies par l’humanité au fil de son évolution. Cette scène symbolise le fait que les humains du passé ne vivaient pas ainsi. »
À l’évocation de la scène, plusieurs enquêteurs eurent des haut-le-cœur.
« Ils ne pouvaient pas simplement coucher ensemble ? Vous étiez vraiment, vraiment obligé d’inclure… des scènes pareilles ? »
« Cela montrait que les humains de l’époque ne valaient pas mieux que des bêtes. Bien sûr, les bêtes ne se livrent pas à de telles pratiques sexuelles, mais dans l’imaginaire humain, elles représentent la laideur et la souillure. Je n’avais donc pas le choix : il fallait inclure des scènes extrêmes. »
« Aaaah ! Inclure ! Inclure ! »
Un enquêteur fit une crise en entendant le mot « inclure ».
« Directeur Kim ! Calmez-vous ! J’ai dit de vous calmer ! »
Un autre enquêteur l’entraîna dehors.
« Pourquoi ? Pourquoi avoir mis ça ? Ne le mettez pas ! Ne le mettez pas ! Je vous en prie, ne le mettez pas ! »
Les cris de l’enquêteur résonnèrent dans le couloir.
« Oui, nous comprenons aussi cela. Mais pourquoi se sont-ils soudain mis à coucher avec toutes sortes d’êtres vivants ? »
« Cela illustrait le potentiel humain. Les préférences humaines sont vastes et, puisque les humains peuvent avoir des rapports avec n’importe quoi, la diversité des espèces a été préservée, de nombreux traits individuels sont apparus et l’humanité a pu devenir ce qu’elle est aujourd’hui. »
« Très bien, j’accepte aussi cette explication. Mais… mais… »
L’enquêteur assis en face de moi se prit le front.
« … Pourquoi le faire avec des objets inanimés ? »
« Parce que le potentiel humain ne se limite pas aux êtres vivants. »
« C’est pour ça que vous avez inclus des rapports sexuels avec une voiture ? »
« J’ai exprimé un potentiel infini. »
« Oui, c’était vraiment infini. »
Le rapport qu’il rédigeait se reflétait dans ses lunettes.
[Le sujet affirme que cela représente le potentiel futur de l’humanité. Les objets concernés sont les suivants.]
[Voiture, canard en plastique, bouée, mur de pierre, sol, rocher, air, pylône électrique, guitare, souris, ordinateur, mer, chaussettes, bas, ramen, nouilles, sous-vêtements, pain à pizza, hot-dog, portefeuille, complément protéiné, haltère, saucisse, jjamppong, huile de sésame, serviette, machine à extensions des jambes, tapis de course, éponge…]
[Les images montrent 178 formes distinctes de masturbation inhabituelle impliquant 178 objets inanimés.]
« Quoi qu’il en soit, nous expliquerons correctement la situation à Interpol. »
« Merci. »
« Alors… venons-en au fait, monsieur Lee Seung-hoon. »
Malheureusement, il semblait que je ne quitterais pas le commissariat aujourd’hui.
« Vous êtes en état d’arrestation pour production et diffusion de contenus obscènes. »
***
J’engageai un avocat, mais on ne put pas me libérer immédiatement.
« Ils disent que je dois rester au moins un jour en cellule de garde à vue. »
Même la réputation et l’argent du Fixeur n’y pouvaient rien.
« Ce n’est qu’un jour, autant voir ça comme une expérience. »
Après tout, quand aurais-je l’occasion de découvrir une cellule de garde à vue ?
Guidé par les enquêteurs, je descendis au sous-sol, où m’attendait un quartier de garde à vue composé de trois cellules.
« Vous resterez ici. »
« Merci. »
Chaque cellule accueillait trois personnes.
Il y avait deux personnes dans celle où j’entrai ; avec moi, nous étions trois. Cela faisait neuf personnes en tout.
« Beurk, je me sens bizarre. »
« Moi aussi. »
Mon ouïe surdéveloppée capta les voix des enquêteurs qui s’éloignaient.
« Je n’arrête pas de trembler depuis que j’ai vu ce film tout à l’heure. »
« J’ai vu toutes sortes de crimes, mais jamais un film aussi horrible. »
« Vous avez vu le directeur Kim s’évanouir tout à l’heure ? Il faisait un cauchemar. »
« Je crois que j’en ferai aussi cette nuit si je dors. »
Je le savais, maintenant.
Le monde ne reconnaîtrait pas mon art.
« Mon art ne sera-t-il reconnu qu’après ma mort ? »
Van Gogh non plus n’avait pas été reconnu de son vivant.
Il fallait avoir la chance de naître à la bonne époque pour être reconnu comme artiste. Peut-être étais-je né trop tôt.
« Tout le monde a l’air déprimé. »
Les autres détenus de ma cellule ne s’intéressaient pas à moi.
Non, ici, personne ne s’intéressait à personne.
« Je sortirai demain, pas vrai… ? »
« Beurk, j’ai juste frappé une fois et ils ont appelé la police… »
« Une cellule de garde à vue pour m’être garé quelque part quelques instants ? Et ils appellent ça de la conduite en état d’ivresse ? »
Quelques murmures plaintifs et divagations ensommeillées s’élevaient autour de moi.
Ils n’avaient sans doute pas envie de se lier d’amitié, puisqu’ils pensaient tous ne pas être de vrais criminels, mais seulement des malchanceux coincés ici.
« Je devrais dormir un peu, moi aussi ? »
On m’avait interrogé du matin au soir, et j’étais épuisé mentalement.
À peine m’étais-je allongé par terre pour dormir que je rouvris les yeux en entendant un bruit étrange.
Ziiip !
« Le bruit d’une fermeture éclair qu’on ouvre ? »
Le bruit, venu de loin, de l’autre côté du mur, se rapprocha peu à peu du quartier de garde à vue.
Puis une fermeture éclair apparut dans le mur.
« Elle est apparue de nulle part. »
La fermeture éclair s’ouvrit. Le mur autour d’elle ondula comme du tissu, puis trois personnes passèrent par l’ouverture.
« Nous les avons trouvés. »
Des cagoules noires triangulaires, percées uniquement au niveau des yeux.
À l’inverse, leurs robes de juge étaient noires et lie-de-vin.
On aurait dit des juges coiffés de cagoules noires pour s’infiltrer quelque part, et les détenus se levèrent lentement.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
« Des juges ? »
« Ce sont vraiment des juges ? »
Les juges prirent la parole.
« Il y a beaucoup de pécheurs. »
« Ce ne sont pas encore des pécheurs. Ne juge pas à la légère. »
« La Balance décidera. »
L’un des trois arracha la fermeture éclair et la glissa dans sa poche.
Comme si aucun trou n’avait jamais percé le mur, celui-ci reprit son apparence normale.
« Je vais empêcher toute intervention. »
Cette fois, une autre personne ferma les yeux.
Quand elle tendit la main, le mur noircit et l’obscurité recouvrit bientôt les caméras de vidéosurveillance.
« C’est fait. »
« Bien. Alors, commençons le jugement. »
La dernière personne sortit une Balance de sa manche.
La Balance de bronze était parfaitement à l’équilibre et un Roi bienveillant (仁王) était gravé en son centre.
« Toi, là-bas, pécheur. »
« Moi ? »
Une étrange brume rouge s’échappa de la Balance.
La brume entra dans les narines du détenu qui venait de parler, mais personne d’autre que moi ne semblait la voir, et nul ne réagit.
« Kim Pil-du, trente-deux ans. »
« O-oui ? »
« Quatorze délits de conduite en état d’ivresse, dix collisions, vingt cas d’insultes proférées sous l’emprise de l’alcool. »
« Qu’est-ce que c’est ? Une caméra cachée ? »
« Criminel en puissance, capable de tuer à tout moment : je vais examiner ton karma ! »
La Balance pencha du côté où était gravée une image de flammes dévorantes.
Sous les flammes, on pouvait lire : Feu de la fin d’un kalpa (劫火).
« Ton karma ne suffit pas à expier tes péchés ; je vais donc prononcer ta sentence. Celui qui cherche à tuer autrui sera écrasé à mort. »
« Arrêtez de plaisanter… »
À cet instant, la tête du détenu appelé Kim Pil-du explosa.
« Hi ! »
« Aaaah ! »
« U-un meurtre ! »
Des cris retentirent de toutes parts.
Le juge qui tenait la Balance chercha calmement sa prochaine victime.
« Go Yeong-u. Quatre actes de violence, deux agressions sur des proches et 5 800 infractions pour avoir fumé dans des lieux non-fumeurs. »
« Police ! Où est la police ?! »
« Tes mains ne valent rien. Je vais examiner ton karma. Ton karma ne suffit pas à expier tes péchés ; je vais donc prononcer ta sentence. Tu perdras tes mains inutiles. »
Sans le moindre avertissement, les mains du détenu tombèrent.
Le juge poursuivit les sentences.
« 1 101 commentaires malveillants en ligne et 50 467 insultes adressées à autrui. Ta langue et tes doigts ne servent à rien. »
« Aaaah ! »
Un détenu eut la langue arrachée et tous les doigts coupés.
« Trois escroqueries, pour un préjudice de quinze millions de wons. Celui qui vole ce qui est précieux aux autres vomira ce qui lui est précieux. »
Quelqu’un vomit son cœur et mourut.
« Une dégradation de biens, une atteinte à l’ordre public. Tu ne bois pas d’alcool. C’est l’alcool qui te dévore. Tu ne reverras plus jamais d’alcool. »
On arracha les globes oculaires d’une autre personne.
Chaque fois que la Balance penchait, les corps des détenus étaient tailladés et fendus, et des morceaux leur étaient arrachés.
« C’est excessif. »
La Balance semblait être une Anomalie qui jugeait les péchés et infligeait des punitions.
Mais les peines étaient bien trop sévères par rapport aux crimes.
« Ce n’est pas aussi terrible que le Train express pour l’Enfer, mais ça y ressemble. »
Je voulais intervenir pour sauver les gens, mais c’était trop risqué, pour l’instant.
« Si seulement j’avais pris la Poche du vide. »
J’avais été arrêté si soudainement que je n’avais emporté que Sarang-i.
Je l’avais pris uniquement pour une analyse médico-légale et la police le gardait pendant ma détention ; je n’avais donc rien sur moi.
« Est-ce que je peux les battre avec mes seules capacités physiques ? »
Les capacités physiques surhumaines que m’avait conférées La Fille aux yeux fermés étaient toujours intactes.
Malgré tout, j’ignorais l’étendue des pouvoirs de la Balance, et je ne savais pas non plus ce dont les deux autres étaient capables. Impossible, donc, de garantir la victoire.
« Je vais d’abord attendre mon tour. »
Ensuite, je briserais les barreaux par surprise et tuerais le juge qui tenait la Balance.
Je réfléchirais plus tard à la façon de m’occuper des deux autres.
« Treize fois à uriner en public. Ce truc à toi, qui urine là où il ne faut pas, ne sert absolument à rien. Pourquoi le garder pendu là ? Il va tomber ! »
« Non ! »
Aux cris du détenu de ma cellule, je devins la seule personne encore en vie.
Le juge leva aussi la Balance au-dessus de moi.
« Hmm ? »
J’épiai la moindre occasion.
« Oh ! »
C’était maintenant.
Au moment où j’allais bouger, je vis la Balance pencher de l’autre côté, contrairement à tout à l’heure.
Pas vers le Feu de la fin d’un kalpa, mais du côté où figurait le Bouddha.
« Quel karma vertueux ! »
Sous le Bouddha, on pouvait lire : Paradis (極樂).
Les personnes derrière le juge s’exclamèrent à leur tour, la voix émue.
« Qui aurait cru trouver quelqu’un dont le karma vertueux atteint le Paradis, dans un endroit rempli de pécheurs ! »
« Quelle chance ! »
« Dis-nous ton nom ! »
Les choses prenaient une tournure inattendue.
« Bonjour ? »
Après tout, cette expérience différente ne serait peut-être pas si mauvaise.
« Je m’appelle Lee Seung-hoon. »
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