Chapitre 76
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre parmi les Anomalies ◈
Chapitre 76 : Le Club des légendes urbaines
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Le docteur Janus avait dit qu’une Anomalie allait naître aujourd’hui.
Il avait également fait remarquer que le meilleur moment pour en apprivoiser une était juste après sa naissance. J’entrai donc seul dans le bâtiment principal pour tenter ma chance.
« C’est calme. »
Je parcourus le couloir silencieux. Il régnait effectivement un calme absolu, mais, depuis que j’avais consommé l’« Amitié séchée », les changements de mon corps semblaient me permettre d’entendre des choses normalement inaudibles.
« Tu savais que les statues de notre école n’étaient pas de simples statues ? »
« Ah bon ? »
« Le grand-père du premier président de notre école était un collaborateur pro-japonais qui avait vendu le pays au Japon. Le président en avait honte, alors, quand il fit fabriquer la statue de Yi Sun-sin, il mélangea les cendres de son père au matériau ! Pour que son père expie ses fautes devant l’amiral Yi Sun-sin ! Mais comme le père était un collaborateur pro-japonais jusqu’au bout des ongles, l’amiral Yi Sun-sin se transforme chaque nuit en samouraï assoiffé de sang. »
Ce n’était pas la voix d’un fantôme, ni une voix mécanique, ni celle d’une Anomalie.
« En réalité, la statue du roi Sejong est vivante. Elle reste assise là, jour après jour, à nous regarder étudier, mais on massacre tellement le hangeul qu’elle finit par se mettre en colère. La nuit, elle attrape tous ceux qui entrent et leur fait une dictée. Dès qu’ils font trop de fautes, elle leur fait subir une exécution par démembrement et leur arrache les membres. »
« Une page du livre de la Fille qui lit se tourne chaque jour. Si tu n’obtiens pas ton diplôme avant que le livre arrive à la fin… tous les élèves inscrits cette année-là mourront ! Alors ne redouble pas. Décroche vite ton diplôme ! »
« Le Penseur bouge la nuit. Il essaie de te pousser à réfléchir à des questions philosophiques avec lui, mais si tu te laisses tenter, tu prends sa place ! Le Penseur devient une vraie personne ! Mais si tu refuses ? Il vient t’attraper aussi vite qu’un médaillé d’or olympique ! »
C’étaient des informations.
Les légendes urbaines que les élèves colportaient quand l’école était encore intacte.
Des informations qui n’étaient rien de plus qu’un divertissement.
« Un professeur d’histoire qui adorait tellement sa matière est enterré dans le tableau noir de la classe de première année numéro sept. Si tu entres dans cette salle à minuit, tu es forcé de passer un contrôle d’histoire. Dès que tu lis une question, tu te retrouves à l’époque qu’elle mentionne ! »
« Il y avait autrefois un professeur de sciences de génie. En faisant des expériences dans le laboratoire, il a découvert par hasard quelque chose d’incroyable, qui méritait le prix Nobel. Mais il est tombé et s’est cogné la tête, perdant à la fois le résultat et la méthode pour le reproduire ! Il a continué ses expériences, mais n’a jamais réussi à retrouver sa découverte. Désespéré, il s’est suicidé. Même aujourd’hui, si tu entres dans le laboratoire tard le soir, le professeur apparaît et ordonne aux élèves de reproduire l’expérience ! S’ils n’y arrivent pas, il les tue ! »
« Il y avait autrefois un professeur de mathématiques chauve. Il aimait tellement les maths que son passe-temps était de compter les nombres premiers. Un jour, il a découvert le nombre le plus parfait au monde et a voulu le révéler à tout le monde, mais il est mort d’une crise cardiaque avant d’en avoir l’occasion ! Il est devenu un fantôme, mais le choc de sa mort lui a fait oublier quel était ce nombre ! Même aujourd’hui, il apparaît parfois à l’école et demande aux gens quel est le nombre le plus parfait. S’ils ne savent pas répondre, il déchire leur corps en un nombre premier de morceaux ! »
S’agissait-il d’une Anomalie informationnelle ?
J’avais l’impression que l’information s’infiltrait dans ma tête plutôt que d’entendre une voix. Je poursuivis mon chemin dans le couloir.
« Il y avait autrefois un professeur d’EPS incroyablement fort dans notre école ! Il buvait des stéroïdes comme de l’eau, remplaçait ses repas par des compléments protéinés et grignotait du blanc de poulet. Ses capacités physiques étaient celles d’un médaillé d’or ! Puis il est mort d’une crise cardiaque pendant son entraînement, mais il apparaît encore parfois tard le soir dans le gymnase et défie les élèves ! Si tu perds, il prend possession de ton corps, alors fuis à tout prix ! Non, si tu t’enfuis, il te rattrape et le prend quand même, alors n’entre pas dans le gymnase ! »
« Notre école avait une professeure d’arts plastiques diplômée d’une célèbre école d’art. Elle était si douée qu’elle déchirait les dessins des élèves sans talent ! Un jour, elle a encore déchiré le dessin d’un élève comme à son habitude, et celui-ci, fou de rage, l’a poignardée au cou avec un stylo et l’a tuée ! Depuis, le fantôme de la professeure d’arts plastiques apparaît quand on se rend dans un musée d’art. Il te fait dessiner un tableau et, si tu ne le satisfais pas, il te poignarde à mort avec un stylo ! »
« Il y avait une légendaire directrice de la vie scolaire dans notre école. C’était la prof la plus forte du monde, mais, se demandant comment devenir encore plus forte, elle est allée consulter un chaman. Celui-ci lui a dit qu’en mangeant la chair d’élèves encore frais, elle pourrait absorber leur jeunesse et leur énergie et gagner en force. La directrice de la vie scolaire est passée à l’action ! Ce n’est qu’après avoir dévoré des dizaines d’élèves que la police l’a retrouvée et abattue. Mais, maintenant qu’elle est devenue un fantôme, elle est encore plus forte et continue à manger des gens ! »
Au bout du couloir, je tombai sur des informations qui n’avaient rien d’une légende urbaine.
« Félicitations pour ton diplôme, senpai. »
« Merci. »
« Au fait, senpai, je voulais te demander… Pourquoi as-tu créé le Club des légendes urbaines ? Tu n’en as jamais inventé une seule. Tu as même offert des prix et rendu les légendes urbaines populaires, alors pourquoi n’en as-tu pas créé ? »
« Parce que j’adore les légendes urbaines. »
On aurait dit une conversation entre un élève sur le point d’obtenir son diplôme et un élève plus jeune.
« Une légende urbaine n’a de valeur que si elle est inattendue. Celles que j’invente n’en ont aucune, puisque je connais tout ce qui se cache derrière. Mais celles des autres, c’est différent. Même si elles sont mal ficelées, on peut combler les trous avec son imagination et en profiter, non ? »
« Tu es vraiment bizarre, senpai. »
« Ha ha, alors je vais te raconter une légende urbaine que j’ai inventée spécialement pour toi. Tu savais que toutes les légendes urbaines étaient vraies ? »
« Quoi, tu vas me dire que l’imagination humaine est sans limites et que tout peut devenir réel ? »
« Non. »
Le senpai reprit :
« Les légendes urbaines, les choses qui ressemblent à des légendes urbaines, les choses pires que les légendes urbaines… Tout cela existe vraiment dans ce monde. Je les ai vues quand j’étais jeune. Elles sont toujours près de nous. Alors, un jour, toi aussi, tu devras choisir. »
« C-Choisir quoi ? »
« Les combattre, leur obéir, les utiliser ou vivre sans rien savoir et avoir la malchance de mourir à cause d’elles. »
« … Senpai, c’est une légende urbaine, pas vrai ? »
« Pour info, moi, j’ai l’intention de les utiliser. »
« Senpai Hyeong-seok ? »
« Je ne m’appelle plus Lee Hyeong-seok. Il existe d’innombrables légendes urbaines sur les noms, pas vrai ? Alors j’ai jeté le mien. »
Son propre nom.
« Sans-Nom. Appelle-moi comme ça à partir de maintenant. Je ne sais pas si nous nous reverrons un jour. »
« Senpai… »
« Porte-toi bien. »
L’Anomalie informationnelle s’interrompit.
« Hum. »
Sans-Nom.
« Le docteur Janus a dit que cet endroit avait une forte concentration d’Anomalies informationnelles. »
Sans-Nom le savait-il ?
Ou n’était-ce qu’une coïncidence ?
« Je n’ai jamais entendu ce nom dans le jeu. »
Je me demandai si les Anomalies dont les créateurs étaient inconnus avaient pu naître des mains de Sans-Nom.
« Je réfléchirai à ça après être sorti vivant d’ici. »
Au bout du couloir, une porte donnant sur un autre bâtiment m’attendait.
Après l’avoir franchie, je découvris un haut plafond et un parquet ciré.
« Tu es un élève venu passer l’épreuve d’EPS ! Bienvenue ! »
Une créature bizarre de plus de trois mètres de haut, aux muscles prêts à éclater, me fit signe.
« L’épreuve d’EPS est simple ! Affronte-moi dans des épreuves physiques et gagne ! Il y en a dix en tout ! Réussis-en au moins huit et l’épreuve sera terminée ! Tu n’as pas d’autre question, pas vrai ? Ah ! Avant ça, donne-moi ton nom ! »
Ses muscles, capables d’écraser sans effort un gorille, avaient dépassé le domaine humain pour entrer dans celui des monstres. Ils ondulaient comme des fibres vivantes.
« Si tu ne réussis pas l’épreuve, je prendrai possession de ton corps ! Quel corps mou tu as ! Ça va être amusant de le muscler ! »
Une épreuve.
« Bonjour. »
Ça ne devrait pas être trop difficile.
« Je m’appelle Lee Seung-hoon. »
***
« Ttyu-ttai ! »
Lee So-hee cria en courant. Les autres streameurs, y compris sa manageuse, couraient à ses côtés.
« Courez ! »
« C’était quoi, ce bordel ?! »
« Une statue marchait ! »
« L’amiral Yi Sun-sin a dit : “Chikushō !” »
La communication avait été coupée dès qu’ils étaient entrés dans l’école.
Et ils étaient tombés sur une statue en mouvement à peine arrivés.
Une statue de Yi Sun-sin qui parlait japonais, et le Penseur qui courait dans tous les sens.
[Oh non ! Tout le monde, entrez dans un bâtiment ! Art du vide du Démon céleste : Terre !]
Et il y avait même un étrange vieillard en costume qui lançait des attaques de paume.
« Halète, halète ! »
« Ttyu-ttai… »
Suivant le conseil du vieux maître d’arts martiaux, le groupe entra dans un bâtiment et reprit son souffle avec peine.
« C’était quoi, ce bordel ? »
« Un vieux maître d’arts martiaux, des statues vivantes et une statue traîtresse de Yi Sun-sin. »
« Si on avait été en direct, ça serait devenu viral. »
« Vous êtes idiots ou quoi ? Le streaming, c’est vraiment le plus important, là ?! »
Lee Ye-seul, la manageuse de Lee So-hee, rabroua les streameurs, qui avaient le réflexe de tout diffuser.
« On fait quoi, maintenant ? »
« Ttyu-ttai ! »
« Ye-seul, qu’est-ce que Ttyu-ttai a dit ? »
« Elle dit que les statues risquent de nous attaquer à nouveau si on reste ici, alors on devrait se cacher. »
« Ça me paraît bien. »
Le groupe monta à l’étage.
« Mais Ye-seul, tu comprends So-hee ? »
« À force de l’entendre, j’arrive à distinguer les sons. Si le “ttyu” est un demi-ton plus haut, ça veut dire “ga”, et si c’est sur la hauteur du fa, ça veut dire “na”. Tout se distingue comme ça. En poussant l’analyse plus loin et en représentant la hauteur, la précision de la prononciation et l’intensité de l’émotion par des courbes analogiques, on peut déchiffrer les structures linguistiques cachées dans “Ttyu-ttai”. »
« Attends, tu arrives à faire ça juste en l’écoutant ? »
« J’ai étudié dans une école de musique. »
« Je ne crois pas que même un diplômé d’une école de musique puisse faire ça. Tu as l’oreille absolue, ou quoi ? »
Arrivés au dernier étage, ils découvrirent une salle de classe plutôt spacieuse.
[Salle d’arts plastiques]
Le groupe s’arrêta.
« … Je n’ai pas envie d’entrer. »
« … Ttyu-ttai. »
« … Il y a quelque chose qui cloche. »
« … Je le sens mal. »
« … Dans les films d’horreur, les gens vont toujours dans des endroits comme ça et se font tuer par des fantômes. »
« … Exactement. Quand on a vu des films d’horreur, on ne fait pas ce genre de choses. »
Au moment où tout le monde se retourna pour partir,
« Asseyez-vous. »
la porte de la salle d’arts plastiques s’ouvrit toute seule, et les six personnes s’élevèrent dans les airs.
« Quelle grossièreté d’arriver en retard le jour de l’examen. Mais bon, c’est bien le genre d’élèves qu’on trouve dans une école remplie d’idiots. »
Ils furent happés dans la salle d’arts plastiques.
On installa des chevalets devant eux tandis qu’ils étaient forcés de s’asseoir.
À l’avant de la classe, une femme les accueillit avec des gestes gracieux, comme si elle dansait.
« Enchantée. Je suis la professeure d’arts plastiques. »
La femme, qui avait un stylo planté dans le cou, hurla :
« L’épreuve commence maintenant ! Le sujet est libre ! Dessinez quelque chose qui me satisfera ! »
Une mousse sanglante lui emplissait la bouche.
« Ceux qui échoueront auront un trou dans le cou ! »
***
« Cet endroit me paraît suspect. »
Shin Yeong-mun avançait dans le couloir avec les autres agents lorsqu’il aperçut une salle de classe propre et en ouvrit la porte.
« Tu sens quelque chose, ici ? »
« Non, c’est juste plus propre que les autres endroits. »
« Ah, je pensais que l’agent Yeong-mun avait utilisé son “pouvoir”. »
Shin Yeong-mun eut un sourire amer.
« Je ne peux l’utiliser qu’une fois par mois, et les chances que ça marche sont aléatoires. Je dois donc m’en servir avec prudence. Ne comptez pas trop dessus. Il se peut que ça ne fasse pas grand-chose. »
« Je crois quand même en toi. »
« Moi aussi. »
« Je crois en toi aussi. »
Il n’y avait rien d’anormal dans la salle de classe.
« On ressort ? »
« Hein ? Pourquoi tu es entré ? »
« Quoi ? Hein ? Pourquoi je suis entré ? »
Normalement, chaque fois qu’ils entraient dans un lieu précis, un ou deux agents restaient dehors en cas d’urgence.
Cette fois aussi, un agent aurait dû rester à l’extérieur, mais, lorsqu’ils reprirent leurs esprits, il était déjà entré avec eux.
« L’irrégularité de l’Anomalie ! »
La pensée traversa l’esprit de chacun.
Ils étaient déjà assis.
« … Le contrôle de mathématiques va commencer. »
Un fantôme chauve et translucide, d’âge mûr, lança aux agents un regard chargé d’une expression profondément déformée.
« La question est la suivante : indiquez le nombre le plus parfait. L’examinateur jugera votre réponse. Si vous donnez un nombre qui n’est pas parfait… »
Des larmes de sang coulèrent de ses yeux.
« Je vous déchirerai en quatre-vingt-dix-sept morceaux. »
Notes :
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