Chapitre 7
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Alyo
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Survivre parmi les Anomalies ◈
Chapitre 7 : La Fille aux yeux fermés (1)
──────
La mémoire humaine n’est pas fiable. Comme dans les années quatre-vingt-dix, lorsque l’Amérique fut plongée dans le chaos après que des filles eurent accusé leur père sous l’influence de conseillers qui avaient déformé leurs souvenirs d’enfance, la mémoire humaine se laisse facilement altérer.
Même le déjà-vu, que tout le monde connaît au moins une fois dans sa vie, est l’une des erreurs les plus courantes de la mémoire. Nos souvenirs sont absolument incertains, et je ne fais pas exception.
« Mes souvenirs à moi aussi s’estomperont et changeront, jusqu’à devenir très différents de la réalité. »
Les souvenirs sont romancés. Je pense que cette expression vient du fait qu’ils se déforment.
« Par conséquent, mes souvenirs de « Survivre parmi les Anomalies » ne font pas exception. »
J’avais arrêté de jouer depuis déjà six mois. Et même avant ça, je n’y jouais pas de manière obsessionnelle. Ce n’était qu’un passe-temps, alors d’ici la fin de l’année, ma mémoire comporterait probablement de nombreuses lacunes.
« Malheureusement, je ne suis pas le protagoniste d’un web novel. »
Je n’avais pas une mémoire parfaite, capable de retenir, même des années ou des décennies plus tard, non seulement le titre d’un roman, mais aussi le nom du protagoniste, chaque événement qui s’y était produit et jusqu’à celui des figurants les plus insignifiants.
« Enfin, jusqu’à présent. »
J’ouvris le carnet, pris mon stylo et fermai les yeux. Environ une minute plus tard, les souvenirs que j’avais fait ressurgir s’étaient rectifiés, et je les consignai dans le carnet.
[Tout ce qui est écrit dans cette anomalie reste gravé à jamais dans la mémoire de la personne qui l’a écrit. Ces souvenirs ne sont pas affectés par les distorsions causées par d’autres anomalies et persistent jusqu’à ce que l’écriture soit effacée.]
Ce n’était pas son seul effet.
[On suppose qu’elle possède une fonction permettant de restaurer les souvenirs lorsque l’auteur ne parvient pas à se rappeler ce qu’il souhaite écrire. En tant que bloc-notes, elle semble forcer son utilisateur à se souvenir de ce qu’il veut consigner.]
Je pouvais même retrouver des souvenirs qui s’étaient déjà effacés au cours des six mois écoulés depuis que j’avais arrêté de jouer. C’est ainsi que je me rappelais ce que j’écrivais à présent.
[Lorsqu’un dessin est réalisé, il reste lui aussi en mémoire. Le reproduire ailleurs ne pose aucun problème et, d’après les sujets d’expérience, il s’imprime dans l’esprit au point qu’on a l’impression que « le dessin a été tracé à l’intérieur de ma tête ».]
Je ne savais pas à quoi cela pourrait me servir, mais je ne dessinais pas trop mal. Ça pourrait m’être utile un jour.
[Très rarement, une question écrite reçoit une réponse. On ignore si le carnet possède une volonté propre ou s’il est relié à un autre lieu par une voie inconnue, permettant à quelqu’un de répondre par son intermédiaire.]
Les creepypastas tirent leur horreur de l’inconnu, aussi cet indice n’avait jamais été expliqué. Souvent, ce n’était même pas un indice, juste quelque chose d’écrit pour sembler plausible, sans véritable signification. Mais cette fois, ce ne serait pas le cas.
« J’ai hâte de découvrir ce qui se passe. »
Sans bruit, j’écrivis l’équation « 1+1=? » en haut de la première page.
« J’espère qu’une réponse finira par apparaître. »
Je me rappelai d’autres informations et les notai.
[Si un nom est inscrit sur la couverture, le livre est renvoyé à l’adresse du domicile de la personne qui l’a écrit dans les vingt-quatre heures suivant sa perte. Effacer le nom de la couverture désactive cette fonction. Toutes les notes inscrites dans l’anomalie peuvent être effacées à la gomme, quel que soit l’instrument utilisé pour les écrire.]
D’après mes souvenirs, le perdre ne serait pas un problème.
[Les frais de livraison de l’anomalie renvoyée sont à payer à la réception. Un numéro de compte bancaire est inscrit sur la première page. Le paiement doit être transféré sur ce compte dans les trente jours. À défaut, l’anomalie disparaît. Les frais de livraison sont fixés à 1 000 wons, quel que soit le nombre de fois où elle a été perdue.]
Le Carnet dans ma tête n’était pas une anomalie particulièrement importante. Je n’avais donc fait que consulter sa page wiki une fois. Malgré tout, c’était impressionnant qu’il puisse restituer avec autant de précision quelque chose que je n’avais vu qu’une seule fois.
[Une enquête sur le numéro du compte bancaire a révélé [CENSURÉ]. Il est strictement interdit de tenter de retrouver le titulaire de ce compte.]
J’avais aussi sous-estimé les capacités du carnet. Dans le jeu, le Carnet dans ma tête se contentait d’afficher une fenêtre blanche dans un coin de l’écran. On pouvait y écrire du texte et le consulter à tout moment pendant la partie. C’était tout.
[Cette anomalie ne s’épuise pas, quelle que soit la fréquence de son utilisation. Le nombre de pages semble augmenter à mesure qu’on s’en sert, mais l’anomalie ne s’épaissit pas. Plusieurs tentatives ont été menées pour déterminer le nombre total de pages, sans succès.]
Jusque-là, ses capacités n’étaient qu’un jeu de mots lié à son concept, jamais implémenté dans le jeu. Mais maintenant que ces paramètres étaient devenus réalité, je ne pouvais pas rêver mieux.
« Bon, alors… »
Après m’être détendu un peu, je pris mon stylo fermement en main.
« À partir de maintenant, je vais consigner tout ce dont je me souviens sur chaque anomalie. »
***
« Fini. »
Une semaine passa. J’avais enfin consigné toutes les informations sur les anomalies que j’avais vues et rencontrées.
« Au moins, j’ai écrit tout ce que je savais. »
Ce n’était pas parfait. Même après que j’avais arrêté de jouer, le développeur avait continué à sortir des mises à jour.
« Au moins une fois par mois, parfois deux. »
Les mises à jour n’ajoutaient pas toujours de nouvelles anomalies, mais il y en avait probablement eu au moins six en six mois. Mieux valait partir du principe qu’il y en avait de nouvelles.
« J’espère que les anomalies que je ne connais pas sont sans danger. »
Connaissant les habitudes du développeur, c’était peu probable.
Je m’allongeai sur le lit et fermai les yeux. Après une semaine dans cette chambre de motel, je m’y sentais comme chez moi.
« Une seule, pour l’instant. »
Quand j’avais décidé de survivre dans ce monde, il y avait cinq choses que je devais obtenir.
Des connaissances sur les anomalies.
La force minimale nécessaire pour survivre à une crise.
Un moyen de repérer les dangers à venir.
Une identité qui me permettrait d’aller partout sans difficulté.
Et suffisamment d’argent pour subvenir à mes besoins et obtenir facilement ce dont j’avais besoin.
« Sur ces cinq choses, je n’ai que les connaissances, pour l’instant. »
Elles n’étaient même pas parfaites, mais restaient suffisamment utiles.
« La prochaine chose dont j’ai besoin, c’est de la force. »
Pas la force de tuer des anomalies. Je voulais parler de la force minimale nécessaire pour leur résister et survivre.
« Comment des humains pourraient-ils vaincre par la force une anomalie de grade Destruction, ou une créature capable de détruire une ville ? »
Si le jeu s’appelait « Survivre parmi les Anomalies », ce n’était pas pour rien.
On pouvait exploiter leurs faiblesses pour les neutraliser brièvement, détourner leur attention ou les éviter temporairement, mais il était impossible de les tuer.
« Ce qu’il me faut, c’est la capacité physique de fuir, de les étourdir un instant ou de les attirer ailleurs. »
Les événements positifs pouvaient améliorer ces capacités, mais ils survenaient au hasard. Celui que je pouvais atteindre immédiatement se trouvait…
« Juste au-dessus de moi. »
Je quittai le motel auquel je m’étais habitué.
« Goseong, province de Gangwon. »
***
« Ça fera 30 000 wons. »
« Gardez la monnaie. »
« Oh, merci ! »
En descendant du taxi, j’inspirai à pleins poumons l’air agréablement pur.
« L’air de la province de Gangwon est toujours aussi propre. »
Yangyang se trouvait aussi dans la province de Gangwon, mais je n’avais fait que rester en ville et dans le motel, alors je n’avais jamais eu le temps de profiter d’un air aussi frais.
« Un moka latte et un gâteau au chocolat, s’il vous plaît. »
J’avais beau être très occupé, il fallait que je prenne le temps de me détendre. J’étais parti sans prendre de petit-déjeuner ; j’entrai donc dans un café voisin et commandai un brunch léger.
[À suivre, un festival traditionnel de la province de Gangwon va bientôt débuter. Ces derniers temps, les prix excessifs pratiqués lors des festivals traditionnels ont suscité de nombreuses controverses. En réponse, un responsable du festival…]
Le propriétaire devait s’intéresser à l’actualité : malgré l’endroit, il avait mis les informations plutôt que la musique habituelle. Je n’avais pas pu suivre les nouvelles ces derniers temps, alors ça me faisait plaisir.
[Alors que des températures inhabituelles persistent dans les régions du sud, cet automne devrait être le plus court jamais enregistré.]
Il y avait toutefois un problème. Maintenant que le jeu était devenu réalité et que mes connaissances me revenaient avec une telle netteté, je soupçonnais les anomalies d’être à l’origine de chaque incident.
[Trois pêcheurs d’une cinquantaine d’années sont morts après être tombés d’une digue en pêchant. Hier, vers trois heures du matin, M. A, qui pêchait sur des tétrapodes…]
L’automne raccourci était peut-être dû à une anomalie. La chute mortelle des pêcheurs était peut-être due à une anomalie. À ce rythme, je finirais par être obsédé par l’idée que tout était causé par les anomalies.
« Dès que j’aurai acquis de la force, il faudra que je trouve un moyen de repérer les dangers sans attendre. »
Je voyais depuis le café la montagne dont j’avais vérifié l’emplacement sur mon téléphone.
« Unbongsan. »
Une anomalie de grade Sécurité capable de me donner de la force y vivait.
« Parfait. »
Après avoir fini mon repas, j’achetai un concombre et de l’eau glacée, puis pris la direction d’Unbongsan. En chemin, je me remémorai la scène qui apparaissait quand on rencontrait l’anomalie que je cherchais.
[Le temps était clair et frais à Goseong ; j’avais donc gravi une montagne pour me reposer. Arrivé à mi-pente, je découvris deux sentiers qui se séparaient.]
Je dépassai l’entrée du sentier de randonnée et atteignis le milieu de la montagne. Au carrefour de l’ermitage Mireukam, un seul chemin m’intéressait.
[Aucun des deux sentiers ne me plaisait. Pris d’un esprit d’aventure, je me dirigeai droit vers le sommet.]
Droit vers le sommet. Il n’y avait pas de sentier, seulement des rochers escarpés et des broussailles qui m’attendaient.
[Quelque chose clochait. La montagne n’était pas particulièrement haute, mais j’avais beau avancer, le sommet n’apparaissait jamais. Et lorsque je tentai de rejoindre le sentier initial, le carrefour avait disparu.]
Je vérifiais régulièrement l’heure. Sans m’en rendre compte, douze heures avaient passé. J’étais trempé de sueur et m’arrêtai pour me reposer et manger le concombre.
[Un bon moment s’est écoulé, mais le soleil reste haut dans le ciel. J’ai l’impression que le temps s’est arrêté et je commence à croire que je n’atteindrai jamais le sommet.]
Alors que je commençais à fatiguer, une vallée finit par apparaître.
[J’ai alors découvert une vallée. Il n’y en avait aucune sur les images satellites, alors pourquoi y en a-t-il une ici ? Avec prudence et la peur au ventre, je m’y suis engagé.]
Quand j’entrai dans la vallée, une fille s’y trouvait.
[J’y ai rencontré une fille. Elle se tenait là, les yeux fermés. J’ai eu beau l’appeler, elle ne m’a pas répondu. Elle n’a pas réagi non plus quand je l’ai touchée du doigt. Que devrais-je faire dans une situation pareille ?]
La fille, qui semblait avoir six ou sept ans et portait des couettes, était vêtue d’une robe rose. Comme dans le jeu, elle gardait les yeux fermés.
[Prendre la fille par la main et descendre la montagne.]
[Porter la fille sur mon dos et descendre la montagne.]
[Prendre la fille dans mes bras et descendre la montagne.]
Une anomalie de grade Sécurité qui renforçait le joueur selon la manière dont il la traitait.
« La Fille aux yeux fermés. »
Si je la prenais par le bras pour descendre la montagne, ma Dextérité augmenterait. Cette caractéristique améliorait les chances de survivre aux anomalies de manipulation.
Si je la portais sur mon dos pour descendre, ma Perception spirituelle augmenterait, ce qui améliorerait mes chances de survivre aux anomalies de type fantôme. Si je la portais dans mes bras, ma capacité physique augmenterait, améliorant mes chances de survivre aux anomalies physiques.
« Hé, gamine. »
J’avais l’intention de porter La Fille aux yeux fermés dans mes bras pour la faire descendre de la montagne.
« Je peux te porter sur mon dos pour te faire descendre ? »
Je demandai, au cas où. Dans le jeu, elle n’avait jamais réagi ; un texte indiquait qu’elle se déplaçait mécaniquement. Je ne m’attendais donc à rien.
« Non. »
Puis la fille me posa une question.
« Qui êtes-vous ? »
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>