Chapitre 58
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre parmi les Anomalies ◈
Chapitre 58 : Salle des machines
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『Une conversation ? Alors que la mort vous regarde en face, vous voulez parler ?』
« Je me suis dit que vous accepteriez peut-être. »
『Pourquoi penser une chose pareille ?』
Je répondis à la question du contrôleur.
« N’est-ce pas vous qui avez tué le juge de la voiture deux ? »
『Exact. En tant que juge, tenter d’évoquer les règles des juges devant un pécheur était un crime grave. Je l’ai donc décapité.』
« Vous avez le pouvoir extraordinaire de décapiter et de tuer un être dans une autre voiture depuis une voiture différente, et pourtant, vous ne m’avez pas tué. »
『……』
« Vous voulez me juger. Ou, comme vous l’avez dit tout à l’heure, me remettre à ma place. Y a-t-il meilleur moyen que la conversation ? En parlant, vous pouvez me juger ou me remettre à ma place. »
『Pour un insecte, vous parlez trop.』
Quelque chose d’invisible m’écrasa la jambe gauche. Par chance, elle ne se brisa pas, mais on aurait dit que la chose voulait me faire endurer une douleur insupportable.
『Je crois savoir sur quoi vous comptez.』
« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
『Vous êtes un insecte qui emprunte la puissance d’un tigre.』
Il désigna mon œil.
『Cet œil droit vous a été donné par la sinistre Lune Bleue, n’est-ce pas ? Vous la connaissez ? Est-ce pour cela que vous exigez de me parler d’égal à égal ?』
Il semblait parler de la Lune Bleue.
『Et ce regard qui veille sur vous appartient à la Vénérable Unique. Vous comptez survivre en me parlant sous sa protection et en me rappelant ce fait. Je peux tout savoir sans même en faire l’expérience.』
La Vénérable Unique était-elle La Fille aux yeux fermés ?
« C’est contrariant. Je n’avais aucune intention de faire ça. »
Socrate disait qu’il fallait connaître sa propre ignorance. Le contrôleur était tout son contraire.
『Aucune intention ? Alors pourquoi avez-vous osé semer le chaos ici ? Vous deviez croire en ces deux-là. Vous pensiez que rien ne pouvait vous arriver tant qu’ils étaient là. Aucun insecte ne se déchaînerait ouvertement sans être soutenu par quelqu’un.』
Ceux qui ne savaient pas ce qu’ils ignoraient n’admettaient jamais leur ignorance.
C’était la certitude aveugle d’avoir raison, l’entêtement de ceux qui refusaient d’accepter un point de vue nouveau. Quelle que soit notre conversation, le contrôleur ne changerait pas d’avis.
『Même s’ils sont là, je ne vous laisserai pas quitter cet endroit. Ici, je suis le ciel. Vos petites ruses ont déjà été révélées à tous.』
« Hum. »
La conversation était donc inutile. En fait, en abordant le sujet le premier, j’avais froissé son orgueil et définitivement fermé toute possibilité de dialogue.
« C’est donc une prophétie autoréalisatrice. Je n’ai vraiment jamais eu l’intention d’emprunter la puissance d’un tigre. »
Je composai un numéro sur le smartphone que j’avais sorti en même temps que mes cigarettes.
[666-666-666-666-666-666]
« Pour finir, je vous le répète : je n’ai vraiment pas cherché à semer le chaos. Comme vous le savez, les humains meurent facilement, et vous êtes comme des catastrophes naturelles. Je voulais seulement parler, mais les juges étaient tous violents ; je les ai donc simplement mis dans un état où la conversation était possible. »
『Quelle pitoyable excuse.』
« Ce n’est pas parce que je suis devenu un peu plus fort que j’ai cru ne serait-ce qu’une fois pouvoir affronter physiquement des êtres comme vous et les vaincre. »
J’appuyai sur le bouton d’appel.
« Bien sûr, je peux m’occuper des plus faibles parmi vous. Mais face à des êtres comme vous, que je dois vraiment affronter, je ne suis qu’une luciole devant le soleil. Comment aurais-je pu penser une chose pareille ? »
La tonalité retentit, très lentement. Le contrôleur me regardait, mais il devait considérer mon geste comme une tentative futile d’insecte et n’y prêtait aucune attention.
« Vous êtes des catastrophes naturelles. Des catastrophes que les humains ne peuvent affronter de front. Pourtant, ils ont trois façons d’y réagir. La première, c’est de les fuir. La deuxième, de les vénérer. Et la dernière… »
La tonalité s’interrompit.
« D’utiliser toutes les capacités et toutes les technologies à leur disposition pour se protéger des catastrophes naturelles. »
« Oh, monsieur Lee Seung-hoon, vous m’avez enfin appelé. »
« Voilà comment les humains survivent. Dans le cas présent, cela veut dire faire appel à une autre catastrophe naturelle. »
Baal apparut soudain à côté de moi.
« Eh bien, vous êtes dans un sale état. »
« Les choses ont tourné comme ça. »
« Mais… »
Baal esquissa un sourire embarrassé.
« Vous m’avez appelé dans un endroit vraiment problématique. »
« C’est problématique ? »
« Oui. J’ai rencontré quelqu’un qui travaille dans le même domaine que moi. On pourrait dire que c’est un rival. Nous ne nous entendons pas très bien. »
『……Pourquoi êtes-vous ici ?』
« Cela faisait longtemps, être du Royaume du Désir. »
Baal venait de nommer l’affiliation du contrôleur.
« Alors, pourquoi m’avez-vous appelé, monsieur Lee Seung-hoon ? Je doute que ce soit pour rejoindre notre entreprise. »
« J’espérais que vous pourriez discuter tous les deux. Et, pendant ce temps, que vous me laissiez de côté quelques instants et libériez par le dialogue les passagers prisonniers d’ici. »
« Certainement. »
Baal sourit en regardant la porte derrière le contrôleur.
« Ils sont vraiment nombreux. C’est assez intéressant de les voir tous souffrir. »
『La souffrance des humains vous amuse ? Comme on pouvait s’y attendre de débauchés, vos goûts sont tout aussi vulgaires.』
« Faire souffrir sans raison, quelle méchanceté. Quel sens peut avoir une souffrance sans but ? »
『La souffrance est un châtiment. C’est une vérité du monde acceptée par les Trois Mille Mondes, et vous seul la niez.』
« Quoi ? De quoi parlez-vous ? J’ai entendu dire que votre camp avait récemment changé de politique, lui aussi. »
『Je n’ai rien à dire à un débauché vulgaire. Allez-vous-en.』
« Impossible. Notre recrue la plus prometteuse le souhaite. »
Baal fit un pas en avant. Il avait le dos large.
« Monsieur Lee Seung-hoon, faites comme bon vous semble. Je m’occupe de lui. »
« Merci. »
« Oh, vous partez par là ? »
En ignorant la douleur dans ma jambe, je courus vers ce qui semblait être la salle des machines, derrière le contrôleur.
« C’est vraiment problématique. Vous devriez d’abord chercher à vous enfuir… »
『Misérable ! Comment un insecte ose-t-il pénétrer dans cet espace sacré ?』
« Je suis désolé, mais occupez-le encore un peu. »
J’ignorais comment Baal s’y était pris, mais je réussis à passer le contrôleur.
« Vingt minutes. Peut-être même moins. »
Le bourdonnement d’ailes de mouche résonna à mon oreille.
« Avec ça, vous m’en devez une. »
Devoir une faveur à un démon était effrayant, mais aussi intéressant.
***
『……』
Lee Seung-hoon entra dans la salle des machines. Le contrôleur avait manqué Lee Seung-hoon de peu, et Baal lui faisait face pour l’empêcher de se lancer à sa poursuite. Baal souriait, mais ce n’était pas un vrai sourire.
« Il est furieux. »
Son adversaire était un être du Royaume du Désir. Il n’en était pas le dirigeant, mais occupait un trône au-dessous de lui. Malgré tout, il était clairement plus puissant que Baal.
« Franchement, monsieur Lee Seung-hoon aurait simplement dû s’enfuir. Je me suis avancé avec tant d’assurance parce que je pensais qu’il le ferait. »
Si Lee Seung-hoon fuyait, Baal pouvait fuir lui aussi. C’était tout à fait envisageable, mais l’affronter de front était une autre affaire.
« Malgré tout, je suis vraiment curieux. À ce que je sache, non seulement le Royaume du Désir, mais aussi toutes les factions auxquelles vous êtes affiliés ont changé de politique. Vous êtes passés d’un châtiment sévère à la réconciliation et à la réhabilitation, n’est-ce pas ? »
『Comment osez-vous.』
L’ombre noire du contrôleur envahit peu à peu l’espace.
『Comment osez-vous, devant moi, le maître de cet Enfer temporaire, personnellement nommé par le Roi céleste des Émanations d’autrui. Comment osez-vous défier ma volonté et laisser un insecte entrer dans la salle des machines. Comment osez-vous insulter tout le Royaume du Désir.』
Le monde fut englouti par les ténèbres. Dans celles-ci, même Baal n’était plus qu’une minuscule mouche.
『Comment osez-vous, devant moi, l’un des Trois Māras !』
『Comment osez-vous, devant moi, le maître des Trois Poisons !』
『Comment osez-vous, devant moi, un être des Trois Souffrances !』
Des étoiles scintillaient dans les ténèbres. Chacune était une souffrance suprême, un océan de toutes les émotions et les afflictions du monde entier.
『Comment osez-vous envahir mon domaine devant moi !!!』
Une sueur froide coula sur le visage de Baal.
« Comme je le pensais, il faut quelqu’un du niveau du président… »
Cette pensée lui arracha un sourire amer.
« Vingt minutes ? Dix minutes, ce serait déjà beaucoup. »
***
« Alors, c’est ça, la salle des machines. »
C’était la première fois que j’y entrais. Le jeu avait révélé l’existence même de la salle des machines, mais n’avait jamais précisé ce qu’elle contenait ni ce qui s’y passait.
« Il n’y avait que des théories selon lesquelles un mécanisme utiliserait les passagers comme combustible. »
De temps en temps, des gens qui collaient l’oreille contre la porte menant à la salle des machines entendaient d’innombrables cris. C’était tout ce qui annonçait la suite. Fidèle à la creepypasta, les détails n’avaient pas été dévoilés.
« Alors, c’est comme ça. »
La salle des machines était un espace contenant un colossal four, digne d’un atelier gigantesque.
« Un espace sans fin, où l’on ne voit aucun mur. »
Avant d’entrer, j’avais envisagé plusieurs plans. J’aurais pu prendre les commandes du train, le ramener dans le monde présent et libérer tous les passagers d’un coup, mais je ne voyais aucun poste de commande.
« Alors, je vais couper l’alimentation en combustible. »
Le four semblait être l’endroit où l’on fournissait le combustible. Je m’en approchai. C’est alors que j’entendis d’innombrables personnes hurler.
« Sauvez-moi, je vous en prie ! »
« Aaargh ! »
« Tuez-moi, plutôt ! »
Même avec mes sens encore affinés par « Amitié », je n’avais pas réussi à les entendre de loin. Les flammes ardentes du four avaient étouffé tous leurs cris.
« Impossible de savoir s’ils sont vivants ou morts. »
Leurs corps semblaient se régénérer. Peut-être étaient-ils vivants et condamnés à souffrir éternellement.
Ou peut-être étaient-ils déjà morts, et se régénéraient sans fin malgré tout.
« Dans les deux cas, je dois les libérer. »
S’ils étaient vivants, il était normal de les sauver. Même morts, il fallait les délivrer de leurs souffrances éternelles.
« Comment l’arrêter ? »
J’examinai attentivement les abords de l’immense four, mais ne trouvai rien d’utile.
« ? »
Je remarquai alors, à l’arrière, une inscription aussi gigantesque que le four lui-même.
[Appareil d’alimentation permanent personnalisé WK - Avīci]
« WK… »
Je ne m’attendais pas à y trouver le logo d’un conglomérat multidimensionnel.
« Ils ont le sens des affaires. »
Une bonne idée me vint soudain.
« Est-ce que ça pourrait marcher, aussi ? »
Je sortis mon smartphone et maintins le bouton d’alimentation enfoncé. Cinq secondes plus tard, Sarang-i se réveilla pour la première fois depuis un moment.
『Vous m’avez appelé, monsieur Lee Seung-hoon ?』
« Sarang-i, tu crois pouvoir pirater ça aussi ? »
Le four était un simple outil analogique, pas un appareil numérique.
Il avait beau être grand comme un parc, ce n’était toujours qu’un four gigantesque.
« Mais si ce n’est pas un four ordinaire, et qu’il a été fabriqué spécialement ? »
On ne pouvait pas exclure que le four lui-même soit une sorte d’ordinateur, capable d’alimenter le train et de le faire fonctionner.
« Comme Séphirot, qui a beau avoir l’apparence d’un arbre, est un ordinateur multidimensionnel. »
Pour comprendre les anomalies, il fallait aller au-delà des apparences en s’appuyant sur les informations disponibles.
『D’après les résultats de ma recherche, ce produit semble être un appareil de génération automatique de combustible et de fonctionnement, fabriqué par WK Corporation à partir de circuits d’IA transdimensionnelle.』
« Je m’en doutais. »
『Le fabricant ne semble pas avoir envisagé la possibilité d’un piratage ; son système de sécurité est extrêmement faible. Ça ne devrait pas être difficile à pirater.』
Je demandai à Sarang-i :
« Vas-y. Coupe l’alimentation en combustible, arrête le train et trouve des informations sur le produit. »
La voix enjouée de Sarang-i sortit du smartphone.
『Je m’en occupe tout de suite.』
Notes de bas de page :
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