Chapitre 55
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre parmi les Anomalies ◈
Chapitre 55 : Histoire parallèle — Bienvenue sur la ligne 0, le Train express pour l’Enfer
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« Ah, ça me tue. »
Kang Ju-ye, une employée de bureau de vingt-huit ans qui vivait à Suwon, rentra chez elle en titubant, à moitié consciente, après plusieurs jours d’heures supplémentaires d’affilée. Arrivée sur le quai du métro, elle s’assit sur un banc et attendit le dernier train, le regard dans le vide.
« Heureusement que le dernier train passe à onze heures. »
Sinon, ce satané patron l’aurait fait travailler encore plus longtemps. Elle rêvait d’un avenir où, par miracle, le dernier train serait avancé à dix-huit heures, histoire qu’elle n’ait plus à faire d’heures supplémentaires. Lorsque les phares du train qui approchait apparurent, elle se leva en vacillant.
« Beurk, je tombe de sommeil. Il faut que je rentre, que je me lave et que je dorme. »
Une annonce retentit sur le quai.
[Le train à destination de Seryu entre en gare. Veuillez reculer d’un pas.]
《Le Train à destination de l’Enfer entre en gare. Veuillez avancer d’un pas.》
« ? »
Elle venait bien d’entendre le mot « Enfer » ? Entre les annonces, une voix ténue, parasitée, lui avait semblé murmurer quelque chose. Après un instant d’hésitation, elle chassa cette idée.
« J’ai dû mal entendre. »
Dans la rame silencieuse et vide, elle s’assit à l’extrémité d’un siège et appuya la tête contre une barre.
« Ne t’endors pas. Si je rate mon arrêt, je suis foutue. »
Puis, le temps de cligner des yeux…
« ? »
« Quoi ? »
« Hein ? On est où ? »
« Q-quoi ? Où sommes-nous !? »
Elle était assise dans une rame bondée.
***
« Je rêve ? »
Kang Ju-ye se pinça la joue. La rame, vide un instant plus tôt, était maintenant pleine à craquer, et ses passagers n’auraient pas dû se trouver là.
« On est où !? »
« Quoi ? J’ai pris le métro à Brooklyn, j’en suis sûr ! »
« Hé ! On n’est pas à New York ? »
« J’étais dans une rame du métro de Tokyo… »
Des Blancs, des Noirs, des Asiatiques, des Orientaux, des Occidentaux, des Coréens, des Japonais, des Américains, des Allemands. Des gens venus du monde entier s’étaient retrouvés là. Si ce n’était pas un rêve, alors qu’est-ce que c’était ?
« … Ce n’est pas un rêve !? »
Sa joue pincée la lançait. Les autres comprirent à leur tour, les uns après les autres, qu’ils ne rêvaient pas, et le brouhaha fut bientôt plusieurs fois plus fort.
« Tout le monde, écoutez ! Vous trouvez pas ça bizarre ? Pourquoi est-ce qu’on se comprend !? »
« C’est parce que tu parles anglais… Non, attends. C’est quelle langue, ça ? »
« Du français ! »
« Vous ne parliez pas tous japonais ? »
« Mon Dieu ! Mais qu’est-ce qui se passe ? »
Ils comprenaient naturellement les langues des autres. Après un moment, comme la situation bizarre s’éternisait et que les passagers se calmaient peu à peu, ils commencèrent à explorer la rame. Kang Ju-ye regarda elle aussi autour d’elle.
« C’est la ligne 1 ? »
Les étrangers ne le savaient sans doute pas, mais c’était une rame coréenne de la ligne 1, comme Kang Ju-ye en voyait tous les jours.
« Les portes des autres voitures ne s’ouvrent pas. »
« Je ne vois même pas l’autre bout de la rame. »
« Et les fenêtres ? »
« Merde, pareil ici. Elles ne s’ouvrent pas et je ne vois pas ce qu’il y a dehors. »
« On sait seulement que le train avance parce qu’il tremble. »
C’est alors qu’elle remarqua autre chose.
« Attends, le plan de la ligne est bizarre. »
Au-dessus de l’entrée, un plan détaillé était intitulé [Plan de la ligne 0].
[Le Broyeur -> Le Bavard -> Le Transgresseur -> Le Chuchoteur -> Le Cupide -> Le Juge -> Salle des machines (Accès interdit)]
Alors qu’elle essayait de comprendre ce plan inconnu, un grand tumulte éclata dans la rame.
« Tout le monde la ferme ! »
« Aah ! »
Un homme noir, les deux bras couverts de tatouages, sortit un pistolet de sa ceinture. Il le pointa dans toutes les directions et menaça les passagers autour de lui.
« Putain ! C’est exactement comme dans un film d’horreur à deux balles où on se retrouve largué dans un endroit pourri et où un monstre tout aussi pourri nous tue ! Je veux pas crever ici ! »
« Calme-toi ! Ce n’est pas un film ! »
« La ferme ! J’étais censé avoir un super rencard avec ma copine, et voilà qu’on m’a traîné dans cet endroit de merde ! Tu sais ce que je ressens, toi !? »
Juste avant que la situation ne dégénère.
『Hum, annonce de la salle des machines.』
Une annonce résonna dans la rame.
『Tout d’abord, nous tenons à remercier chaleureusement tous les passagers d’avoir embarqué à bord du Train express pour l’Enfer, ligne 0. Notre train se dirige actuellement vers l’Enfer, l’Enfer. Les passagers sont priés de se rendre à la voiture 1 pour un Jugement simplifié. Nous répétons : notre train se dirige vers l’Enfer, l’Enfer. Les passagers doivent donc se soumettre à un Jugement simplifié. Veuillez vous rendre sans délai à la voiture 1.』
L’annonce s’acheva sur une voix empreinte d’ennui.
« La voiture 1 ? »
« On est dans quelle voiture ? »
« C’est écrit voiture 6. »
Tandis que les passagers hésitaient, les portes hermétiquement closes s’ouvrirent toutes seules.
« On doit aller à la voiture 1 ? »
« Et si on n’y va pas ? »
« L’Enfer ? Ça a vraiment dit l’Enfer ? Alors on devrait pas y aller, plutôt ? »
Au milieu des passagers indécis, Kang Ju-ye le vit.
『Kikikikiki !』
Tout au fond de la rame venait d’apparaître une femme en blanc, vêtue d’habits de deuil, les longs cheveux pendant devant son visage.
『Kikikikiki !』
« La ferme. »
Heureusement, Kang Ju-ye ne fut pas la seule à la voir.
« Les règles des films d’horreur ! Si un monstre apparaît, on crève si on reste plantés là à le regarder ! »
L’arme de l’homme noir luisit.
« Je vais pas faire cette connerie ! »
Bang !
Après douze coups de feu, une épaisse fumée âcre de poudre envahit la rame. Pourtant, la femme en blanc était indemne, malgré les tirs.
« Oh, putain. »
『Kikikikiki !』
La femme en blanc fit pivoter sa tête de trois cent soixante degrés, puis glissa dans la rame et saisit l’homme noir à la gorge d’une main.
« Aidez-moi… »
Le cou de l’homme noir se plia comme de l’argile, puis se détacha.
« Aaaah ! »
« F-fuyez ! »
La femme en blanc ne s’arrêta pas là. Tandis qu’elle broyait chacun de ses membres, tout le monde s’enfuit en hurlant.
« Sauvez-moi ! »
« Aaaah ! »
Il y avait eu trop de monde dans une seule rame. Plusieurs ne réussirent pas à s’échapper et furent attrapés par la femme en blanc, qui leur broya le corps entier dans ses mains.
« C’est quoi, cet endroit !? »
« Une montagne !? »
Les passagers qui avaient franchi la porte n’étaient pas mieux lotis.
« On était bien dans un train il y a une seconde !? »
L’espace derrière la porte avait été une rame de métro tout à fait ordinaire jusqu’à ce qu’ils la traversent. À peine l’avaient-ils franchie qu’ils se retrouvèrent au cœur de montagnes inconnues.
« On est où, maintenant !? »
« J-je crois savoir par où il faut aller. Je suis pas le seul à le sentir, hein ? »
Personne ne répondit, mais les passagers acquiescèrent en silence.
« Pour une raison ou une autre, j’ai l’impression de devoir aller par là. »
« Si j’y vais, je crois qu’il y aura un chemin. »
Guidés par cet instinct, aussi naturellement que des poissons respirant sous l’eau, ils avancèrent. Un vieux temple bouddhiste délabré apparut devant eux.
『Ô êtres pécheurs.』
Sur le perron du temple, un moine grotesquement obèse leur adressa un large sourire.
『Endurez vos souffrances. Rachetez tous vos péchés par la souffrance et atteignez l’éveil.』
Le moine frappa un moktak. À cet instant, plusieurs passagers hurlèrent.
« Aaaah ! »
Ils s’infligeaient des souffrances. Certains s’arrachaient la peau, la déchiraient et essayaient de la peler. D’autres continuaient à se fracasser le crâne contre le sol alors que le sang coulait et que leur cerveau se répandait. D’autres encore s’étranglaient en écumant de la bouche.
« Aah ! »
Les autres s’enfuirent, guidés par leur instinct. Mais les souffrances des passagers ne s’arrêtèrent pas là.
『Pécheurs lubriques, je vais vous violer pour alléger vos péchés.』
Un hôtel où un géant de dix mètres de haut poursuivait les gens et les violait sans distinction de sexe.
『Celui qui court à côté de vous compte vous tuer pour survivre seul. Tuez-le d’abord !』
« Aaaah ! »
『Tu es vraiment tombé dans le panneau ? Ma foi, quel égoïste. Tu as tué quelqu’un pour sauver ta peau. Un pécheur comme toi devra vivre ici au service des autres jusqu’à la fin de ses jours.』
Un ruisseau où un garçon montait les passagers les uns contre les autres et les poussait à s’entretuer.
『Oh, que de nouveaux porcs ! Tiens, prends ça ! Des bijoux, rien que pour toi !』
Une plaine où un géant à tête de cochon lançait des bijoux qui donnaient à quiconque les voyait une envie irrépressible de les posséder, mais poussaient ceux qui les touchaient à se déshabiller de leur vivant, à ramper par terre et à couiner comme des porcs.
« Halète, halète ! »
Une seule personne parvint à traverser toutes ces horreurs et à atteindre la dernière voiture.
Kang Ju-ye.
« Snif… Maman… »
Elle n’avait pas mieux résisté que les autres. Elle avait simplement eu un peu plus de chance, ce qui lui avait permis d’atteindre la voiture 1.
« Tu me manques… »
La dernière voiture, la voiture 1, était une rame de métro ordinaire. Devant elle se trouvait une porte menant à la salle des machines, et il n’y avait toujours rien à voir par les fenêtres. C’était ordinaire, et pourtant pas du tout. Alors qu’elle éclatait en sanglots, la porte de la salle des machines finit par s’ouvrir.
『Ah…』
À travers ses larmes, Kang Ju-ye contempla la silhouette qui apparut.
Elle portait un vieil uniforme de contrôleur, mais son visage était dissimulé dans une ombre noire, impossible à distinguer.
『Cela faisait longtemps qu’un pécheur n’était pas arrivé jusqu’ici.』
C’était la même voix que celle de l’annonce.
『Nous allons donc commencer le Jugement simplifié.』
« P-pitié, laissez-moi partir. »
Kang Ju-ye supplia le contrôleur.
« C-c’est l’Enfer, pas vrai ? Je dois être morte d’une crise cardiaque ou d’un truc du genre, à force de faire trop d’heures supplémentaires sans m’en rendre compte. Ou d’une hémorragie cérébrale ? C’est pour ça que je suis jugée, hein ? »
『…』
« J-j’ai vraiment bien vécu ! Je n’étais pas la personne la plus gentille du monde, mais j’ai fait des dons à l’UNICEF, j’ai écouté mes parents, je n’ai jamais gaspillé de nourriture, je n’ai jamais tué d’animaux et je ne me suis jamais battue avec qui que ce soit. »
『…』
« Alors, s’il vous plaît, envoyez-moi au Paradis ? Ah, au paradis bouddhiste ! Envoyez-moi au paradis bouddhiste ! »
Le contrôleur porta une main à son visage enveloppé d’ombre. Un petit monocle reposait dans sa paume.
『D’après les résultats du Miroir karmique simplifié, vous avez commis de nombreux péchés.』
« Quoi !? »
Le cœur de Kang Ju-ye se serra.
『À l’automne de vos vingt-sept ans, vous êtes passée devant les autres dans la file pour monter dans un bus.』
« N-non… »
『L’été de la même année, vous avez regardé de la pornographie en ligne.』
Le contrôleur poursuivit l’énumération de ses péchés.
『Au printemps de vos vingt-six ans, vous avez passé un mois sans contacter vos parents, sans vous soucier de leur inquiétude.』
『À l’hiver de vos vingt-cinq ans, vous avez évacué le stress de votre recherche d’emploi en vous plaignant auprès de votre mère.』
『À l’été de vos vingt-trois ans, vous avez giflé votre petit ami lorsqu’il vous a dit vouloir rompre.』
『Au printemps de vos vingt-trois ans, vous vous êtes livrée à des actes lubriques en plein air avec votre petit ami.』
『À l’automne de vos vingt-deux ans, vous avez jeté en cachette la soupe anti-gueule de bois préparée par votre mère, parce que vous disiez ne pas pouvoir la manger.』
『À l’automne de vos vingt ans, vous avez refusé de céder votre place à une personne âgée dans le métro.』
『À l’hiver de vos dix-neuf ans, vous avez insulté dans son dos, avec vos amis, un camarade de classe que vous n’aimiez pas.』
Le contrôleur n’en finissait pas d’énumérer ses péchés. Kang Ju-ye reprit enfin ses esprits et protesta de toutes ses forces.
『Au printemps de vos dix-sept ans, vous avez tué un cafard qui était apparu chez vous.』
« A-attendez ! Tout le monde fait ça ! »
『À l’été de vos seize ans, vous avez regardé la nuque d’un camarade de classe avec lubricité et avez eu des pensées obscènes.』
« Tout le monde fait ça ! »
『À l’hiver de vos quinze ans, vous avez publié un message diffamatoire à propos de quelqu’un sur un forum en ligne.』
« Pitié, écoutez-moi ! »
Sans tenir compte de ses supplications, le contrôleur continua à réciter ses péchés. Il ne s’arrêta qu’au bout d’un long moment.
『Au printemps de vos zéro an, votre naissance difficile a causé de grandes souffrances à vos parents.』
« C-c’est tout ? »
『Oui. Au total, mille six cent vingt-sept péchés ont été confirmés. Il s’agit d’un résumé établi à partir du Miroir karmique simplifié ; le nombre réel de vos péchés est probablement plus élevé.』
« Mais tout le monde fait ces choses ! On ne peut même pas appeler ça des péchés ! »
Elle protesta une nouvelle fois.
『Si. Ce sont tous des péchés. Les lois de l’Enfer doivent être strictes et solennelles. Il n’y a donc aucune exception.』
« Pitié, soyez clément… Aah ! »
Le contrôleur l’attrapa par les cheveux et la traîna de force dans la salle des machines.
« Aah ! »
À l’intérieur se trouvait une immense fournaise. Elle était si vaste que, même à distance, Kang Ju-ye sentit la chaleur intense lui brûler la peau.
« S-sauvez-moi ! »
『Ceci est un Enfer temporaire, un lieu où ceux qui arrivent dans leur corps de vivant souffrent dans ce même corps et expient les péchés du monde actuel. Vous ne pouvez pas mourir ici, et votre requête ne peut donc être exaucée.』
À mesure qu’elle s’approchait de la fournaise, elle distingua ce qui brûlait à l’intérieur.
« Aaaah ! »
« Sauvez-moi ! »
« Pitié ! C’est trop chaud ! »
D’innombrables personnes de toutes les races brûlaient à la place du bois. Parmi elles se trouvaient l’homme noir aperçu dans la première voiture et les autres passagers qui avaient été laissés en arrière en chemin.
『Dans cet Enfer temporaire, il n’y a qu’un seul châtiment : être brûlé vif pour servir de combustible au train.』
« Ah, ah… »
『La durée du châtiment est de…』
Le contrôleur la jeta dans la fournaise.
『Un kalpa.』
Son corps entier brûla.
『D’ici là, criez et repentez-vous de vos péchés.』
Une démangeaison insupportable la prit tandis que son corps se régénérait.
『Tel est le châtiment solennel infligé aux pécheurs.』
Son corps régénéré brûla à nouveau.
『À présent…』
La porte de la fournaise se referma et une annonce retentit dans le train.
『Vous avez tous bien travaillé aujourd’hui. Veuillez vous reposer jusqu’à l’arrivée des prochains pécheurs.』
Le train, désormais habité uniquement par des monstres, fonça sur les rails.
『Nous sommes des agents, des juges qui rendent le jugement dans le monde actuel au nom de l’Enfer débordé. Les fonctionnaires les plus occupés de notre époque, où les pécheurs remplissent le monde.』
Dans l’ombre noire, les yeux du contrôleur brillèrent froidement.
『Allons donc recruter les prochains pécheurs.』
***
« Ah. »
Tard dans la nuit, un homme apparut à la gare de Suwon.
« J’espère qu’il sera là aujourd’hui. »
L’homme, un appareil Polaroid autour du cou, se dirigea vers le quai.
« Le Train express pour l’Enfer, ligne 0. »
Ses pas étaient plus légers que ceux de n’importe qui.
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