Chapitre 54
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre parmi les Anomalies ◈
Chapitre 54 : Expérience
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Je menai des expériences sur l’« Amitié », laissée derrière lui par Homun.
« On dirait une pomme rouge foncé, et la consommer augmente les capacités physiques. »
La première expérience consistait à vérifier de nouveau de combien mes capacités physiques avaient augmenté.
« Les capacités physiques renforcées par La Fille aux yeux fermés ont encore augmenté. »
Je parlai de vérification, car j’avais déjà instinctivement compris à quel point j’étais devenu plus fort.
« Est-ce aussi grâce à la Vérité ? »
La Vérité de Homun était un concept qui me permettait de connaître des choses que je n’avais jamais vécues. L’« Amitié », elle, semblait me faire comprendre instinctivement le renforcement physique qu’elle procurait.
« Je ferais quand même mieux de vérifier. »
Je sortis dans le jardin et posai la main sur un rocher décoratif. Je forçai et le soulevai : il s’extirpa sans peine du sol où il était enfoncé.
« J’ai assez de force pour soulever dix tonnes, voire davantage. »
Je pris appui sur le sol et traversai le jardin. En un clin d’œil, j’avais atteint l’autre bout.
« À pleine vitesse, je peux parcourir cent mètres en un peu plus d’une seconde. »
À cette vitesse, je fonçai de l’épaule dans un autre rocher décoratif. Normalement, j’aurais dû subir de graves fractures, mais ce ne furent pas mes os qui se brisèrent. Ce fut le rocher.
« Mon corps est aussi résistant que de l’acier. »
Toutes mes capacités avaient dépassé de loin leur niveau précédent. Je ne pouvais plus être considéré comme humain.
« Inutile de chercher plus loin pour trouver un surhomme. »
Malgré tout, je ne pouvais pas affirmer avec assurance que je saurais m’occuper des anomalies présentant un danger physique.
« Leurs irrégularités échappent souvent aux lois de la physique. »
Elles déchiraient de l’acier avec de simples ciseaux et coupaient des voitures en deux.
Elles fracassaient du béton avec des couteaux de cuisine, tranchant les armatures métalliques à l’intérieur.
Elles lacéraient les gens comme du papier avec leurs ongles et déchiquetaient même des chars.
« C’étaient des choses physiquement absurdes que les anomalies dangereuses faisaient dans le jeu. »
Il existait d’innombrables autres anomalies dont les irrégularités défiaient les lois physiques. Même avec mes capacités physiques actuelles, affronter une anomalie de front serait stupide.
« Alors, pourquoi ai-je l’impression que je pourrais y arriver ? »
La puissance qui circulait en moi semblait m’indiquer que l’augmentation de mes capacités physiques n’était pas tout ce qu’elle pouvait faire.
« Cette partie-là, je ne peux pas la comprendre instinctivement. »
Je ne le découvrirais probablement qu’en affrontant directement une anomalie. Je me concentrai donc sur les autres effets de l’« Amitié ».
« L’effet dure une heure. »
La légère faiblesse que je ressentis après la fin de l’effet disparut rapidement ; il n’y avait donc pas d’effet secondaire majeur.
« Il faut au moins vingt grammes pour activer l’effet. »
Une tranche de pomme environ, ou une grosse bouchée, suffisait à l’activer.
« Même après en avoir croqué, l’« Amitié » peut encore produire son effet si on en remange une fois le premier effet terminé. »
Un fruit ne correspondait pas à une utilisation. Tout dépendait strictement du poids.
« Même si on la vomit après l’avoir consommée, l’effet dure toujours une heure. »
Cela prouvait qu’après la première ingestion, une substance inexplicable scientifiquement était immédiatement absorbée par le corps et produisait cet effet.
« Juste après avoir consommé l’« Amitié », « Humain » défile pendant un très bref instant. »
Une scène d’environ dix à vingt minutes se déroulait en accéléré. Pendant qu’on la regardait, le temps ne passait pas dans la réalité.
« L’« Amitié » n’est affectée ni par les potions d’affaiblissement ni par les potions de renforcement. »
Elle ne produisait pas d’anomalie dérivée et ne subissait aucune transformation.
« En consommer quarante grammes ou plus, ou manger un fruit entier, ne change pas la durée. »
La durée de « Humain » ne variait pas non plus de façon notable.
« Essayons de la cuisiner. »
Je préparai ensuite l’« Amitié » de différentes façons et la consommai sous plusieurs formes. J’en fis de la confiture, des en-cas, du jus et des fruits secs, et je l’ajoutai parfois à d’autres plats. À chaque fois, elle produisit son effet, sans changement notable de puissance ni de durée.
« L’« Amitié » ne pourrit pas et se conserve indéfiniment. »
Même après avoir été laissée longtemps à température ambiante, elle ne moisissait ni ne se décomposait. Pour la même raison, elle ne pouvait pas fermenter ; impossible donc d’en faire du vin de fruits.
« J’ai terminé les expériences que je peux mener seul. »
Comme les fruits secs étaient la forme la plus pratique à transporter et à consommer rapidement, je continuai à les préparer ainsi tout en commençant les tests sur d’autres personnes.
[Recrutement de participants pour un essai de bioéquivalence. Observation des changements corporels causés par un fruit génétiquement modifié.]
Les essais de bioéquivalence se déroulaient dans les hôpitaux ; personne n’aurait donc dû faire confiance à un essai organisé ailleurs. Pourtant, le métier de Fixeur était si polyvalent que les participants me firent confiance sans problème.
« Vous êtes Fixeur, alors vous pouvez évidemment mener un essai de bioéquivalence. »
« Même si vous ne l’étiez pas, on vous paie cinq cent mille wons pour un seul essai. Évidemment que je le ferais. »
C’était peut-être le pouvoir de l’argent.
« Vous n’avez qu’à manger ça. »
« C’est une pomme ? »
« Ensuite, on vérifiera comment vous vous sentez et si votre corps a subi des changements. »
Je fis manger des morceaux d’« Amitié » aux participants.
« Beurk ! »
« Ghk ! »
Environ la moitié des sujets s’évanouirent aussitôt après en avoir mangé. Ils réagirent comme lorsque « Humain » avait été visionné.
« Beurk, on dirait que j’ai regardé un film de merde… »
« Ah, j’ai fait un putain de cauchemar… »
La première fois, s’évanouir avait mis fin à l’expérience. Cette fois, l’effet persistait après la perte de connaissance.
« Il y avait un type bizarre qui regardait une oasis dans le désert ? Et après, il dansait à poil dans l’espace ? J’ai fait un rêve complètement dingue. »
« J’ai fait un cauchemar terrifiant, impossible à décrire. Ce n’était qu’un rêve, mais j’avais la tête qui tournait tout le temps que je dormais. J’ai cru que j’allais mourir. »
« J’ai déjà bu une bouteille entière de Royal Salute sans que mon père le sache. Cette gueule de bois est pire. C’est vraiment une gueule de bois ? Enfin, j’ai l’impression que ma tête va exploser. »
L’évanouissement durait exactement une heure. Ils ne pouvaient se réveiller qu’une fois l’effet de l’« Amitié » terminé, et aucune des méthodes que j’avais essayées ne permettait de les tirer de leur sommeil.
« Beuaaark ! »
Les participants qui ne s’étaient pas évanouis ne parvenaient pas non plus à activer l’effet de l’« Amitié ».
« Des images bizarres apparaissent sans arrêt dans ma tête… »
« Beurk, il y a vraiment un truc dégueulasse qui saccage mon cerveau ! »
« Ah ! Sors de ma tête, je t’en prie ! »
« Non, monsieur le Fixeur ? Pourquoi vous dansez à poil dans ma tête… ? »
« Beurk ! »
D’après leurs témoignages, certaines scènes de « Humain », dont le déroulement était accéléré, semblaient tourner en boucle dans leur tête.
« C’est étrange. Chez moi, ça ne s’est déclenché qu’une fois. »
Les scènes continuaient-elles de défiler si on ne comprenait pas la valeur artistique de « Humain » ?
« On dirait que “Humain” a acquis l’irrégularité d’une anomalie après avoir été absorbé par l’une d’elles. »
Quoi qu’il en soit, les participants qui ne s’étaient pas évanouis se sentaient eux aussi mal à cause de ça. Et, indépendamment de cet effet, le renforcement physique de l’« Amitié » ne s’activait pas non plus.
« Si on ne comprend pas la valeur artistique de “Humain”, on ne peut pas non plus profiter des effets positifs de l’“Amitié”. »
Pour le moment, pour toute personne autre que moi, l’« Amitié » était une anomalie qui ne renforçait pas du tout le corps. Elle faisait seulement défiler « Humain » sans fin dans leur esprit pendant une heure, ou les faisait s’évanouir et le voir en rêve.
« Expérience terminée. »
J’avais terminé toutes les expériences. Je regardai les pommes séchées continuer à sortir du lyophilisateur dans la cuisine, puis je me rendis enfin sur la tombe de Homun.
« Un fruit par jour. »
Je ne l’avais même pas arrosé, et pourtant il donnait des fruits en abondance.
Je restai longtemps devant la tombe de Homun. Je ressentais un vide qui m’était étranger, différent de celui que laisse la perte d’un ami. Au bout d’un moment, je compris ce que c’était.
« Il n’existe pas une seule photo de Homun et moi ensemble. »
Je n’aimais pas prendre de photos. Je croyais qu’il valait mieux profiter pleinement de l’instant, le contempler de mes propres yeux et le graver dans mon cœur plutôt que de le photographier.
« Ce n’était pas tout à fait vrai. »
En constatant que je n’avais aucune photo avec Homun, je compris que cette pensée était erronée.
« Si les photos peuvent préserver les souvenirs à jamais, qu’y a-t-il de plus précieux ? »
Je venais d’apprendre une nouvelle leçon de vie.
« Livraison ! »
Quelques jours plus tard, le colis que j’avais commandé arriva. C’était un appareil photo Polaroid que j’avais acheté parce que je voulais mettre immédiatement en pratique ma leçon.
« Ça devrait faire l’affaire. »
Alors que j’essayais l’appareil, qui prenait et développait les photos sur-le-champ, une idée me traversa soudain l’esprit.
« Et si je voulais garder une photo d’une rencontre avec une anomalie ? »
Peut-être que l’irrégularité de l’anomalie n’apparaîtrait pas sur les photos.
Ou alors, il pourrait s’agir d’un fantôme impossible à photographier.
« Shin Yeong-mun est aussi un fantôme. »
Je voulais prendre une photo avec Shin Yeong-mun et me demandai s’il existait une solution.
« Verser une potion de renforcement dessus. »
Je laissai couler sur le Polaroid quelques gouttes de la potion de renforcement, dont il ne me restait que quelques doses.
« Ça va marcher ? »
Appareil en main, je me rendis dans un lieu maudit réputé pour ses phénomènes paranormaux fréquents. Je visitai de vieilles maisons abandonnées et des hôpitaux psychiatriques, mais ne pris pas une seule photo de fantôme.
« S’il y avait eu un fantôme, je l’aurais vu. »
Je n’avais fait que perdre mon temps.
Mon smartphone sonna alors.
« Oui, Lee Seung-hoon, Fixeur à l’appareil. »
— Ah, vous êtes bien le Fixeur Lee Seung-hoon ?
« Oui, c’est bien moi. »
— Je suis Park Yong-seo, le chef du commissariat de Suwon !
La voix pressante de l’homme sortit du haut-parleur pour me demander de l’aide.
— Une disparition mystérieuse nous dépasse complètement. Je vous en prie, aidez-nous !
***
[Prochain arrêt : gare de Suwon. Gare de Suwon. Les portes s’ouvriront à gauche.]
Je pris le métro jusqu’à Suwon.
« C’est un joli quartier. »
Je n’étais pas obligé de résoudre une affaire soupçonnée d’impliquer une anomalie. La Fondation n’avait pas encore complètement récupéré, mais elle existait toujours. Je pouvais simplement la contacter et lui demander de s’occuper du problème de Suwon.
« Mais un être humain ne devrait pas agir ainsi. »
Je savais déjà que la Fondation était si débordée qu’elle avait besoin de toute l’aide possible. Ne devais-je pas me porter volontaire pour alléger un peu sa charge ?
« En plus, ce n’est pas une bonne habitude de refiler aux autres un travail que je peux faire moi-même. »
Arrivé à Suwon, je me rendis au commissariat.
« Bonjour. Je suis Lee Seung-hoon. »
« Ha ha, vous voilà ! Merci d’être venu ! »
Après avoir bavardé un peu avec le chef de la police, nous entrâmes dans le vif du sujet.
« Vous avez dit que les disparitions avaient eu lieu dans le métro ? »
« Oui, dix personnes ont disparu au cours du mois dernier. »
Des personnes disparaissaient tout le temps dans le pays, mais, après avoir enquêté sur les disparitions de Suwon, le chef de la police découvrit qu’elles avaient toutes eu lieu au même endroit.
« Elles ont toutes disparu après être montées dans le dernier train au départ de la gare de Suwon en direction de Seryu. »
« Vous n’avez pas envisagé d’autres possibilités ? Elles ont pu prendre une voiture et partir dans une autre région. »
« Nous avons vérifié les vidéos de surveillance de toutes les stations de métro dans cette direction, mais aucune des personnes disparues n’a été filmée en train de descendre. »
Ça ne suffisait pas.
Le chef de la police devait avoir une raison de m’avoir appelé, moi en particulier.
D’après ce que j’avais entendu jusque-là, ce n’était pas une énigme, mais simplement une série de disparitions.
« Monsieur le Fixeur, regardez ça, je vous prie. »
Une seule image de vidéosurveillance répondit à ma question.
« Au début, nous non plus, nous ne pensions pas qu’il s’agissait d’un mystère. Puis nous avons vu ça et nous en avons eu la certitude. »
« C’est… »
« C’est l’écran d’information du quai, au moment où chaque personne disparue est montée dans le train. »
Le panneau électronique, qui indiquait l’heure d’arrivée du prochain train et sa destination, affichait ceci.
[Heure de départ : maintenant]
[Destination : Enfer]
[Lieu d’embarquement : monde actuel]
[Ligne : ligne 0]
Ah, je savais ce que c’était.
« Vous l’avez vu, n’est-ce pas ? »
« Oui. »
Je récitai dans ma tête le nom de l’anomalie que je connaissais.
« Train express pour l’Enfer de la ligne 0. »
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