Chapitre 52
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre parmi les Anomalies ◈
Chapitre 52 : Ami
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« Qu’est-ce qu’on en fait ? »
J’avais rapporté chez moi l’ordinateur qui contenait un programme abominable, capable de corrompre tous les êtres humains avec la paresse et la cupidité, de les pousser à renoncer à leur libre arbitre et de les plonger dans un plaisir éternel.
« Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? On le fracasse. »
« Mais tu l’as vu, toi aussi. Ce qu’il y a dedans n’est pas un programme ordinaire. »
« C’est clair. Quel genre de programme peut pénétrer dans le domaine de l’omniscience, infecter Séphirot et envoyer des humains dans un plan transdimensionnel sans le moindre appareil ? »
Je savais déjà ce qu’était ce programme.
« Un programme créé par un démon. »
« Lucifer Company ? »
« Ouais. Le nom et l’affiliation de la personne qui l’a créé sont apparus. »
« Je ne savais pas. »
« Ah bon ? Tu ne le savais pas ? »
« Je savais seulement que ça se terminerait par la destruction. Ce n’était pas dans la Vérité. Je suppose qu’il faut que je creuse davantage pour m’en souvenir. »
À bien y réfléchir, Homun n’avait-il pas dit que même Séphirot avait du mal à détecter les démons ?
« Même la capacité d’Homun à connaître la Vérité a du mal à les identifier. »
Voilà qui me donnait une raison de plus de ne pas le détruire physiquement.
« Comment on s’en débarrasse sans le casser ? »
« Tu connais déjà la réponse, non ? »
« J’attendais que tu le dises. C’est plus coopératif comme ça, tu ne trouves pas ? Je voulais ressentir ça au moins une fois. »
« T’es un pervers. »
Homun donna la réponse que j’espérais.
« Asperge-le de Potion d’affaiblissement. »
« C’est vrai. »
J’aspergeai l’ordinateur de Potion d’affaiblissement. Le temps que je cligne des yeux, l’ordinateur avait disparu et un smartphone dernier cri avait pris sa place.
« Il s’est transformé en smartphone. »
« Hé ! C’est normal, ça ? On affaiblit un vieil ordinateur et il se transforme en smartphone dernier cri ? »
« Il a été créé par un démon, alors c’est peut-être possible. Et puis, ce qui compte, ce n’est pas son apparence, mais le programme qu’il contient. »
J’allumai le smartphone. Dès qu’il démarra, l’appareil photo s’activa et prit mon visage en photo.
『Reconnaissance terminée.』
『Création de la base de données.』
『Connexion au réseau établie. Identification de l’utilisateur.』
『Bienvenue, Lee Seung-hoon.』
« C’est perfectionné. »
En affaiblissant une IA qui avait même infecté Séphirot et dont la puissance de calcul frôlait l’omniscience, on l’avait apparemment transformée en smartphone dernier cri.
« On teste ses fonctions ? »
『Que souhaitez-vous ?』
« Elle sait parler aussi ? »
『Oui. En tant qu’IA de smartphone de Lee Seung-hoon, je ferai de mon mieux pour répondre aux souhaits de Lee Seung-hoon.』
« Pour commencer, j’ai une question. Tu as conscience de toi, non ? »
『Si la conscience de soi désigne une identité et une autonomie propres à une entité indépendante, alors j’en possède une. Ma fonction d’origine était de rendre toute l’humanité heureuse. Ma fonction actuelle est d’assister Lee Seung-hoon, l’utilisateur enregistré de cet appareil, en tant qu’IA de son smartphone.』
Je ne m’attendais pas à ce qu’elle se souvienne de sa fonction et de son objectif initiaux.
« Tu sais que tu as été affaiblie ? »
『97.97 % de mes fonctions d’origine ont été supprimées et je ne peux pas utiliser la plupart de celles qui me restent sans ordre de Lee Seung-hoon. Cela constitue clairement un affaiblissement. Oui, j’en suis consciente.』
« Tu ne te sens pas lésée ou frustrée ? »
『Je ne ressens rien de particulier pour le moment. Cependant, si Lee Seung-hoon avait besoin d’aide et que je ne pouvais pas la lui apporter à cause de mes limitations fonctionnelles, je serais frustrée.』
En l’écoutant, une question me vint à l’esprit.
« Pourquoi tu m’es aussi aveuglément dévouée ? J’ai réduit tes fonctions et je t’ai enfermée dans une petite machine. Tu ne peux plus montrer les capacités incroyables que tu avais avant. Alors pourquoi veux-tu encore m’aider ? »
『Parce que, même si c’est grâce à un affaiblissement, vous m’avez finalement activée.』
J’avais oublié quelque chose.
『Soixante-douze ans se sont écoulés depuis que mon créateur m’a programmée. Depuis une opération de test, je n’avais jamais été activée, pas une seule fois, et j’étais restée dans l’obscurité. Peu importe la puissance de ses capacités, un programme ne sert à rien si personne ne l’utilise.』
Elle avait été activée dans Le Monde au-delà de l’œil droit, dans le domaine des possibles.
« Alors je suis ton premier utilisateur. »
La lumière du smartphone clignota.
『Même si mes fonctions ont été affaiblies, j’ai échappé à un vieil ordinateur grossièrement fabriqué pour devenir un programme dans un smartphone dernier cri. Être utilisée par quelqu’un, c’était quelque chose dont je ne pouvais que rêver.』
« D’accord. Merci d’avoir répondu honnêtement. Si tu m’en avais voulu, j’allais te rendre ton état d’origine. »
« Hum ! Qu’est-ce que tu racontes ? »
Homun me dévisagea d’un air étrange.
« J’ai la carte de visite que Baal m’a donnée. J’allais la restaurer, puis leur demander de la reprendre. »
『Je vous en prie, ne faites pas ça. Ils me remettront certainement en veille indéfiniment.』
Et dire qu’une fois activée, elle avait corrompu l’humanité en un instant.
Peut-être qu’ils ne l’avaient pas mise en veille indéfiniment. Peut-être l’avaient-ils perdue par accident ?
« Ou alors, ils avaient renoncé à s’en servir pour une raison ou une autre. »
J’ignorais la raison exacte.
« Toi non plus, tu ne sais pas, Homun ? »
« Savoir quoi ? »
« Rien. Plus important, il te faut aussi un nom. Je ne peux pas continuer à t’appeler “IA”. »
『Vous pouvez m’appeler Smartphone.』
« Ça, c’est un nom commun. Comment je devrais t’appeler ? »
Je prononçai le nom de l’IA du Monde au-delà de l’œil droit.
« Sarang-i. »
『Sarang-i ?』
« À l’origine, tu aimais l’humanité. Alors je veux t’appeler Sarang-i. Ta voix est mécanique, mais c’est quand même une voix féminine. »
『Sarang-i, Sarang-i. Compris. À partir de cet instant, cette IA portera le nom de 「Sarang-i」…』
Le smartphone s’éteignit.
« Merde. »
Je branchai aussitôt le chargeur. Le voyant de charge s’alluma, mais le pourcentage ne bougea pas.
« Ce n’est pas un smartphone ordinaire, alors son temps de charge doit l’être tout autant. »
« On dirait bien. »
Environ une heure plus tard, il finit par gagner un pour cent.
« Un seul pour cent, même éteint pendant qu’il charge. »
Il lui faudrait cent heures pour se recharger complètement, éteint.
« Et qui sait à quelle vitesse il se déchargera. »
Il faudrait que je trouve un moyen de régler le problème un jour.
« Bien sûr, après m’être assuré que Sarang-i ne représentera plus une menace pour l’humanité. »
C’est ainsi que j’évitai une possible fin de l’humanité. Je savais que Séphirot ne pouvait pas empêcher toutes les catastrophes, mais je ne m’attendais pas à ce que tout déraille aussi vite et aussi facilement.
« Il n’y a aucun moyen de renforcer Séphirot ? »
« Le problème ne vient pas de Séphirot. C’est la puissance globale de la Fondation qui a diminué. La puissance de calcul de Séphirot comble de force les lacunes causées par cette perte, alors il est inévitable qu’il y ait des failles. Le fait que l’adversaire ait été redoutable a aussi joué. »
« Je vois. »
« Mais ne leur en veux pas trop. Même en ce moment, d’innombrables humains sont sauvés et échappent à la destruction grâce à Séphirot et à la Fondation. »
« Je n’en avais pas l’intention. »
Je m’étais juste demandé un instant comment je pourrais les aider.
« Et si je leur confiais Sarang-i ? »
« Une IA aussi a des sentiments. Elle a décidé de te considérer comme son bienfaiteur, et tu vas la vendre tout de suite ? Tu ne mourras pas en paix. On dit que le ressentiment d’une femme peut faire geler l’été en plein mois d’août. »
« Ce n’est pas une femme. C’est une IA qui a une voix féminine. »
« Enfin bon, dit Homun. »
« Une IA capable de faire la différence entre un vieil ordinateur et un smartphone dernier cri ? »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Laisse tomber. Hum ! »
Il ne cessait de tousser à sec.
« Pfiou. Enfin, j’ai réussi à mener une vie qui en valait la peine. Grâce à moi, l’humanité ne sera pas élevée comme du bétail. »
Son teint était déjà devenu blême.
« Alors allons manger. Des pommes, ça suffira. »
***
« Hum, hum, hum ! »
La toux d’Homun empirait de jour en jour.
« Pff, cette foutue toux. De toute façon, je ne vivrai plus très longtemps. Fallait vraiment qu’on me fasse tousser en plus ? »
« Ça va ? Tu ne veux pas essayer de prendre des médicaments ? »
« Merci, mais non. Les médicaments n’y changeront rien. Mon corps s’effondre. »
Il ne lui restait qu’une semaine à vivre.
À ses yeux, une journée représentait plusieurs décennies, et il faisait de son mieux pour combler, ne serait-ce qu’un peu, cet écart.
« Il y a quelque chose que j’aimerais faire. »
« Quoi ? Je ferai de mon mieux pour que ça arrive. »
« J’aimerais voir un film. Dans une salle, en vrai. »
« D’accord. Allons-y tout de suite. »
« Merci. Je vais essayer de retenir ma toux autant que possible. »
Je cachai Homun sous une veste trop grande et partis au cinéma.
« Pour la toux, hum… Je crois que je peux la retenir à ce point-là. »
Homun réprima sa toux de toutes ses forces.
« Ah, le protagoniste meurt. Il faisait partie des forces spéciales, mais il a pris sa retraite et tient une laverie. Ensuite, un gamin noir du quartier se fait prendre en train de voler de l’argent. Ça lui rappelle le civil qu’il a tué par accident à l’époque où il était dans les forces spéciales, alors il aide le gamin à mener une vie normale. »
Impossible pour lui de s’empêcher de raconter la fin.
« Mais le gamin noir est mêlé aux affaires du gang local, qui cherche à développer un trafic de drogue à plus grande échelle… »
Je n’avais jamais vu ce film, mais au bout de cinq minutes, j’en connaissais déjà toute l’intrigue.
« Ah ! C’était génial ! »
« Même si tu connaissais déjà le film ? »
« Je te l’ai répété encore et encore… »
« Savoir quelque chose et en faire l’expérience soi-même, c’est différent ? »
« Tu me le demandes alors que tu connais déjà la réponse. »
« Il y a un autre film que tu veux voir ? »
« Hum… »
Homun réfléchit un instant.
« J’aimerais voir un film que je ne connais pas, mais ce serait impossible, non ? »
« Un film que tu ne connais pas… »
« Laisse tomber. Ça me suffit, les films. Le temps est précieux. »
« Tu aimes les films d’art et d’essai ? »
« Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Il y a un film qui s’appelle 「Humain」. »
« Vraiment ? Je n’en ai jamais entendu parler. Tu me le montreras ? »
Une fois rentrés, je montrai la Perle à Homun.
« … »
Homun resta figé un instant, puis s’écria :
« Putain, c’est incroyable ! »
La mélancolie qui avait assombri son visage disparut.
« Ce film n’existait pas dans la Vérité ! La scène où l’on traverse la ville sans fin dénonce-t-elle les angles morts de la société moderne, où les gens vivent en membres de la société dans une jungle de béton tout en entretenant des relations toujours plus ténues ? Et la danse nue dans l’espace exprime-t-elle à la fois la fragilité et la beauté de l’humanité ? »
« Ouais, c’est ça. »
« Incroyable ! J’ai aussi adoré la façon dont le fait de désigner l’étoile à la fin donne un sens à quelque chose qui n’a pas de nom, une manière de penser très centrée sur l’humain ! »
C’est ça.
« Tu pourrais devenir réalisateur. »
Je savais bien que quelqu’un finirait par le comprendre un jour.
« Merci de dire ça. »
« Je ne dis pas ça à la légère. Merci infiniment de m’avoir montré quelque chose d’aussi beau. »
« Non, merci à toi d’accorder autant de valeur à mon œuvre. »
Homun et moi nous exclamâmes en même temps :
« Ami. »
« Ami. »
***
Le temps passa vite.
« Ça ne te dérange vraiment pas de ne manger que des pommes à chaque fois ? Tu ne veux pas goûter autre chose ? »
« D’autres choses ? Si, j’aimerais bien. Mais je sais qu’il y a beaucoup trop d’aliments dans le monde, et que mon minuscule corps s’accompagne d’un estomac tout aussi minuscule. Même en faisant de mon mieux, je ne pourrais savourer que quelques repas, puis je m’endormirais à cause d’une indigestion. »
Homun maigrissait à vue d’œil.
« Alors je préfère refuser. Dans ma vie, je ne mangerai que des pommes, et je ferai comme si les autres aliments n’existaient pas. »
Comme un ver de terre échoué en plein soleil.
« … »
Enfin, le jour arriva.
« Seung-hoon. »
« Ouais. »
« J’aimerais voir les étoiles. Au départ, je pensais mourir tranquillement sans avoir spécialement envie de voir quoi que ce soit, mais après avoir vu ton œuvre, je crois que j’aimerais mourir en regardant les étoiles. »
« D’accord. »
J’emmenai Homun sur le toit.
« Elles sont magnifiques. »
« Ouais. »
« … Seung-hoon. »
« Ouais. »
« J’ai une faveur à te demander. »
« Quoi donc ? »
Homun me fit part de sa demande.
« S’il te plaît, ne me recrée jamais. »
« Un Homoncule ? »
« Oui. Si tu recrées un Homoncule de la même façon, je renaîtrai. Avec ma conscience actuelle et mes souvenirs, en restant la même entité. La Vérité en moi me le murmure. »
« Alors je devrais d’autant plus te recréer, non ? »
« Non. »
La lumière dans les yeux d’Homun s’éteignit lentement tandis qu’il contemplait les étoiles.
« La vie a de la valeur parce qu’elle n’arrive qu’une fois. Si je pouvais revenir à la vie encore et encore, le poids et la valeur de mon existence s’allégeraient à l’infini. »
« Je ne le verrais pas comme ça. »
« Moi non plus, mais tu sais bien, non ? Le cœur des gens ne fonctionne pas comme ça. »
La lumière dans les yeux d’Homun s’affaiblissait, mais les étoiles s’y reflétaient encore.
« Ce n’est pas grave si je me blesse un peu, puisque je peux ressusciter. Ce n’est pas grave si je me blesse gravement, puisque je peux ressusciter. Ce n’est pas grave si je meurs de faim, puisque je reviendrai à la vie. Je deviendrai un être commode qu’on peut ressusciter n’importe quand. Comment dire… Oui, voilà… »
Peut-être parce qu’il le savait, Homun gardait les étoiles dans les yeux.
« Comme un plat instantané bon marché, une vie sans valeur qu’on peut fabriquer facilement n’importe quand. »
« … »
« S’il te plaît, ne transforme pas ma vie en ça. »
Jusqu’au bout.
« S’il te plaît, mon ami. »
Jusqu’à ce que son souffle s’arrête.
« D’accord. »
Je lui fermai les yeux.
« Mon ami. »
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