Chapitre 50
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre parmi les Anomalies ◈
Chapitre 50 : Homoncule
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Je cherchai sur Internet une recette d’homoncule.
[Exact, alchimiste !]
[Waouh ! Tu connais les homoncules !]
[King Bradley est putain de classe !]
[Ouroboros !]
Les premiers résultats concernaient des mangas.
Les homoncules et l’alchimie étaient des concepts si singuliers que le manga qui s’en inspirait avait rencontré un franc succès.
« En fait, ce n’est pas le sujet qui fait tout. Le manga en lui-même est un chef-d’œuvre. »
Ce n’était que de la fantasy, et l’histoire n’avait jamais révélé de recette pour créer des homoncules. Je rayai donc cette piste.
« Ensuite, la recette d’homoncule de Paracelse. »
La recette du plus célèbre alchimiste du Moyen Âge, à l’époque où l’alchimie était à son apogée, et premier à avoir formulé la théorie des homoncules, était la suivante.
[1. Mélangez du sperme humain à du crottin de cheval.]
[2. Placez le mélange dans un récipient hermétique et laissez-le pourrir pendant quarante jours à une température équivalente à celle du corps d’un cheval.]
[3. Si l’expérience réussit, un minuscule être humain se formera à l’intérieur.]
[4. Nourrissez-le de sang et élevez-le.]
Bien sûr, je ne pensais pas qu’il s’agissait d’une véritable recette. Si l’on pouvait créer des homoncules de cette manière, le monde serait envahi de petits humains qui chuchoteraient la vérité.
« Mais on ne sait jamais. »
Il se pouvait qu’un ingrédient essentiel ait disparu au fil des générations, rendant leur création impossible.
« La Ceinture de potions de l’alchimiste oublié pourrait fournir cet ingrédient. »
C’était tout ce que je savais pour le moment. Je me mis donc en quête des ingrédients.
[Marché général d’expérimentation et de recherche]
Je commandai d’abord plusieurs outils, dont un flacon hermétique.
« Ça devrait faire l’affaire. »
Le lendemain matin, je pris le métro pour aller chercher du crottin de cheval.
« Le crottin vient des chevaux. »
Inutile d’aller jusqu’à l’île de Jeju. On pouvait aussi voir des chevaux sur le continent.
[Prochaine station : parc hippique. Parc hippique.]
C’était là que vivaient les chevaux populaires, aimés avec une ferveur débridée.
« Il y a vraiment beaucoup de monde. »
J’arrivai à l’hippodrome. Certains étaient venus assister aux courses, d’autres passaient la journée en famille.
« J’aimerais que la Corée crée un jeu de courses hippiques avec des jolies filles, comme Uma Musume. »
« Un jeu de courses hippiques avec des jolies filles ? Ça cumule les paris, l’animation et les jeux vidéo. Ils se feraient traîner devant une commission d’enquête et démolir une fois par mois. »
Je laissai l’hippodrome derrière moi et me dirigeai vers les écuries. Il y avait beaucoup de monde, mais mes sens aiguisés me permirent de passer inaperçu. Je remplis ensuite le récipient alimentaire que j’avais apporté avec une bonne quantité de crottin.
« Ça devrait suffire, non ? »
De retour chez moi, je préparai le dernier ingrédient.
« Je peux utiliser mon propre sperme. »
Deux jours plus tard, les outils d’expérimentation que j’avais commandés arrivèrent. Je mis le crottin dans un flacon hermétique, puis y ajoutai le sperme que j’avais préparé à l’avance.
« Il y a un problème. »
Il fallait le laisser pourrir quarante jours. Autrement dit, il fallait attendre quarante jours.
« Il n’y aurait pas un moyen de raccourcir le délai ? »
***
« Cela faisait longtemps, monsieur Lee Seung-hoon. »
Dans un bureau impeccable, je retrouvai l’homme dont les traits du visage étaient impossibles à distinguer.
« Oui, cela faisait longtemps. »
« J’ai entendu dire que vous aviez été très occupé, dernièrement. »
C’était un Intermédiaire de la Golden Omnipotence Corporation.
« Les choses ont tourné comme ça. Je voulais vivre aussi tranquillement que possible, mais la vie ne se passe-t-elle pas souvent à l’inverse de ce qu’on souhaite ? »
« C’est ce qui rend la vie intéressante. »
Après quelques banalités, je lui posai une question.
« Avez-vous des renseignements sur les Anomalies qui accélèrent le temps d’une cible ? »
« Il y en a seize en tout. »
« Parmi elles, combien me seraient faciles à obtenir directement et coûteraient moins de dix tonnes d’or ? »
« Trois. »
« Je voudrais connaître leurs noms et leurs prix. »
« L’« Horloge-jouet WK » coûte 9,5 tonnes d’or, le « Fragment spatio-temporel d’une dimension en ruines » coûte 5 tonnes d’or et, enfin, le « Bocal de fermentation du chef M. Ando » coûte 3 tonnes d’or. »
Deux noms me disaient quelque chose.
« Si c’est WK, il s’agit sûrement de la société qui a fabriqué le Gobelet spécial WK. Et le chef M. Ando doit être celui qui a inventé cette sauce passe-partout. »
On m’avait dit que la première tenait un restaurant de restauration rapide. Comme il était question d’une horloge-jouet, je supposai qu’il s’agissait soit d’un cadeau promotionnel comme le gobelet, soit d’une immense entreprise qui possédait également des magasins de jouets.
« Le chef Ando semble être un cuisinier exceptionnel, presque une Anomalie, capable de créer des Anomalies dérivées. »
Laquelle des trois convenait le mieux à ma situation ?
« Je vais prendre le Bocal de fermentation du chef M. Ando. »
L’Horloge-jouet WK était un jouet, alors je ne lui faisais pas confiance. Quant au Fragment spatio-temporel d’une dimension en ruines, il avait l’air trop colossal pour être facile à manipuler. Le bocal était donc le meilleur choix.
« Je vais donc vérifier le paiement. »
« Le voici. »
« Oh, waouh ! Oh, waouh ! »
Je sortis trois tonnes d’or de la Poche du vide. L’Intermédiaire se jeta sur le tas de lingots avec un enthousiasme que je ne lui avais encore jamais vu.
« Oui ! Baignade dans l’or ! Câlin doré ! »
« Dans ce cas, donnez-moi les renseignements, s’il vous plaît. »
« Oui. »
L’emplacement du bocal apparut dans mon esprit.
« J’aimerais acheter autre chose. »
« Quoi donc ? »
« Une recette pour fabriquer des homoncules. Combien ça coûte ? »
L’Intermédiaire me répondit.
« Un billion de tonnes d’or. »
***
J’achetai le Bocal de fermentation du chef M. Ando à un revendeur d’occasion qui tenait une petite boutique à Suncheon.
« Je sais pas de quelle marque c’est, mais c’est sûrement chinois. Ça vous va, ce truc ? »
« Oui, ça ira. »
Le bocal était un récipient mécanique en plastique.
[Jusqu’au jour où tout le monde se régalera.]
[M. Ando prend votre cuisine en charge.]
Deux phrases étaient gravées sur sa surface.
[HEUREUX]
En dessous figurait le logo d’un cochon habillé en chef, qui me faisait un clin d’œil et tendait une patte tenant une spatule en criant « HEUREUX ».
« Les commandes sont simples. »
Il n’y avait que quatre boutons : un pour régler la température, un pour définir le temps qui s’écoulerait à l’intérieur en une heure, un pour démarrer et un pour verrouiller le couvercle.
« Le temps se règle avec une molette. »
Dès mon retour à la maison, je lançai l’expérience. Je versai le mélange déjà préparé dans le flacon, le bouchai hermétiquement, le plaçai dans le Bocal de fermentation du chef M. Ando et réglai le temps.
[Température : 38,2 degrés]
[Temps : 40 jours]
Quand j’appuyai sur le bouton de démarrage, une mélodie enjouée s’éleva du bocal mécanique.
[Ando Ando Ando, notre Ando ! Le chef Ando s’occupe de votre table !]
[Ando, le plus grand che~f du monde ! Quiconque goûte la cuisine d’Ando en tombe fou amoureux !]
[Ando Ando Ando, qui cuisine absolument tout ! Si Ando le prépare, même les briques font miam miam !]
[Ragoût humain, beignets de démons, brochettes d’elfes, tartare d’orque, porc bouilli de nain !]
[Quand A~ndo cuisine, tout le monde peut engloutir un bol de riz en un rien de temps !]
[Les gourmets du monde entier l’adorent !]
Une heure plus tard, la chanson répétitive prit fin et le couvercle se déverrouilla.
« … Impressionnant. »
Si le flacon n’avait pas été hermétique, la puanteur aurait à elle seule dévasté mon salon.
« Je devrais faire ça dehors. »
Je gagnai la cour et ouvris le récipient fermé. La puanteur qui s’en échappa se répandit dans le jardin comme une arme biologique.
« Est-ce qu’une Potion de renforcement ferait l’affaire ? »
Je versai aussitôt une Potion de renforcement dans le flacon.
« !? »
À cet instant, le flacon vola en éclats. Je fermai brièvement les yeux pour me protéger des débris de verre projetés dans toutes les directions. Quand je les rouvris, une nouvelle forme de vie se tenait devant moi.
« Qu’est-ce que tu regardes ? »
Un ver de terre trapu, gros comme une miche de pain.
« Hé, j’ai faim. »
Puis la chose au visage humain me donna un ordre.
« Apporte-moi une pomme. »
***
« Allez, je t’ai dit de me donner une pomme. »
Je retournai au salon avec la chose qui était peut-être un homoncule, ou peut-être pas.
« Tu veux une pomme ? Pas mon sang ? »
« Du sang ? Je ne suis pas un vampire. Pourquoi est-ce que j’en mangerais ? »
« J’ai entendu dire que les homoncules se nourrissaient de sang humain. »
J’eus beau l’examiner à nouveau, il ressemblait à un ver de terre épais et court, gros comme une miche de pain, avec le visage d’un quadragénaire au cynisme affiché.
« Ça, c’est un homoncule normal. Tu trouves que j’ai l’air normal ? »
« C’est la première fois que je vois un homoncule. Je n’en sais rien. »
« Évidemment que je suis anormal ! Tu en as déjà vu un qui ressemble à ça ? »
Il nia être un homoncule.
« La Golden Omnipotence Corporation te l’a dit aussi, non ? Si tu veux savoir comment fabriquer un homoncule, il te faut un billion de tonnes d’or. La recette vaut une fortune, et toi, tu pensais pouvoir en créer un avec des renseignements trouvés en cliquant sur Internet ? Tu ne crois pas que tu es un peu trop gourmand ? »
« Non, mais j’espérais que le pouvoir de la ceinture le rendrait possible. »
Il était malgré tout incroyablement bien informé.
« Bon sang, tu espérais un peu trop. Désolé qu’une chose comme moi ait vu le jour. Plus important : où est ma pomme ? »
« Je vais en acheter une ? »
« Non, il en reste dans le deuxième compartiment en partant du bas du réfrigérateur. Tu les as achetées il y a deux jours au marché traditionnel, un sac en promotion à dix mille wons. Ça fera l’affaire. »
C’était comme s’il connaissait toutes les vérités du monde.
« Tu en sais, des choses. »
« Je ne suis pas un homoncule, mais je connais la vérité. »
Quand je lui apportai une pomme, il ouvrit la bouche.
« Tu peux me donner à manger ? Je n’ai pas de mains. »
« Tu connais aussi les films ? »
« Je n’en ai jamais regardé, mais je sais ce que c’est. Allez, dépêche-toi de me nourrir. Je n’ai pas de mains, je ne peux pas manger tout seul. »
« D’accord. »
Il dévora rapidement la pomme.
« Ah, alors c’est ça, le goût des pommes ? »
« Je croyais que tu connaissais toutes les vérités. »
« Il y a un monde entre savoir quelque chose et en faire l’expérience. »
« C’est vrai. »
Il mangea tout, trognon et pépins compris, puis se roula joyeusement par terre.
« Bref, merci de m’avoir nourri. Je suis rassasié. En échange, je répondrai à tout ce qui t’intrigue. »
Je pensais qu’il serait trop cynique pour qu’on puisse discuter avec lui, mais il se montra étonnamment coopératif.
« Tu connais toutes les vérités ? »
« Ouais. »
« Alors, qu’y avait-il avant la naissance de l’univers ? »
« Je sais pas. »
« Tu as dit que tu savais tout. »
« Je le sais, mais il faut que j’aille chercher cette connaissance. Comment dire… C’est comme vous, les humains : vous savez comment perdre du poids, mais vous ne le faites pas. »
« Donc, ça t’embête. »
« Autrement dit, c’est comme savoir comment entrer à l’université nationale de Séoul sans jamais y arriver. »
« Donc ça t’embête vraiment. »
Il était aussi étonnamment mignon.
« Grâce à la vérité, tu devrais pouvoir découvrir ce que tu es. Dis-le-moi. »
« Je suis exactement ce que j’ai l’air d’être. Un homoncule imparfait, né d’une méthode imparfaite. Voilà ce que je suis. »
« Alors, tu es bien un homoncule. »
Mais notre temps ensemble était compté.
« Quelle est ton espérance de vie ? »
« Une semaine. Après, je meurs. »
« Tu ne vis que si peu de temps ? »
« Qu’est-ce que tu espérais d’une forme de vie imparfaite, née d’un mélange de sperme et de crottin ? Tu n’es pas un peu trop gourmand ? »
Pourtant, je me surpris à l’apprécier…
« Tu n’as pas peur ? De mourir ? »
« Pas du tout. La façon dont je suis né et celle dont je mourrai n’ont aucune importance. Je ne peux pas choisir ma naissance, et ce qui arrivera après ma mort ne me concerne pas. »
Ce qui comptait, c’était…
« Ce qui compte, c’est la façon dont on vit. Si je peux vivre la semaine qu’il me reste plus pleinement que quelqu’un qui vivra cent ans, ma vie n’aura-t-elle pas valu la peine ? »
Non, c’était sa façon de considérer la vie.
« Tu ne crois pas ? »
« Si. »
« Alors, qu’est-ce que tu attends ? »
Il se retourna et vint se poser sur mon genou.
« Allons-y. »
Je le pris dans mes bras.
« Il est temps de donner un sens à ma vie. »
En sortant, je lui demandai :
« Comment est-ce que je dois t’appeler ? »
Il me répondit :
« Appelle-moi simplement Homun. »
Sa réponse était cynique, mais bienveillante.
« Je n’utiliserai ce nom qu’une semaine, alors ça suffira. »
***
« Prenons un taxi. Il y a trop de regards dans le métro. »
« Le regard des autres te dérange ? »
« Pas du tout. Je déteste la foule parce qu’il y a trop d’odeurs. J’ai le nez un peu sensible. »
Nous prîmes un taxi pour nous rendre à l’endroit qu’il m’avait indiqué.
« À Bongcheon-dong, s’il vous plaît. »
« Ho ho, bien sûr. »
Le chauffeur ne cessait de jeter des coups d’œil curieux à Homun en conduisant. Celui-ci eut la délicatesse de ne rien dire jusqu’à notre arrivée.
« Bonne route. »
« Oui, merci. Oh, monsieur, cette poupée est vraiment étrange. »
« Je ne suis pas une poupée. »
Ce n’est qu’une fois arrivés à destination que Homun prit la parole.
« Hong Cheol-jung ! Tu continues à traîner dans les tripots ?! Ta mère t’a supplié encore et encore d’arrêter de jouer ! Je vais te couper cette foutue main ! Tu vas arrêter, oui ou merde ?! Hein ?! »
« Aah ! »
Terrifié, le chauffeur démarra en trombe et s’enfuit.
« Qu’est-ce que tu viens de faire ? »
« Ce chauffeur perd tout son argent dans les tripots. Ça empirait dernièrement, et il allait bientôt vider même les comptes prévus pour les frais de scolarité de ses enfants. »
« Il va arrêter, maintenant ? »
« Comment je le saurais ? Je connais la vérité, mais la folie humaine dépasse l’entendement. »
En suivant les indications de Homun, je trouvai une petite boutique d’informatique d’occasion à Bongcheon-dong.
« Là. »
« Quoi ? »
« Une Anomalie qui va détruire la société humaine. »
« Mais… »
Homun ricana.
« Séphirot n’est pas tout-puissant. Entre d’abord. »
Je suivis son conseil et entrai dans la boutique.
« Bienvenue, monsieur ! Que cherchez-vous ? »
« Je vais les examiner un par un et je vous dirai. »
Le propriétaire rôda un bon moment autour de moi, mais je restai silencieux tandis que j’examinais les ordinateurs un à un. Il finit par prendre ses distances en me disant : « Faites-moi signe quand vous aurez terminé. »
« Hmm. »
J’inspectai soigneusement les ordinateurs d’occasion et m’arrêtai devant un vieux modèle obsolète.
« Qu’en penses-tu ? »
C’était un ordinateur tout-en-un dont l’écran, l’unité centrale, le clavier et la souris étaient intégrés.
À sa vue, mon œil droit s’activa.
« Tu le vois ? »
« Ouais, je le vois. »
« Tu vois ? J’avais raison. »
« Tu avais raison, mais… »
Je vis un avenir pour l’humanité que Séphirot n’avait pas réussi à empêcher.
« Cet avenir pourrait plaire à quelqu’un. »
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