Chapitre 43
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre parmi les Anomalies ◈
Chapitre 43 : Expérimentations sans culpabilité
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« Commençons par décider comment nous appeler. Si nous continuons à nous désigner par “moi”, il sera difficile de suivre la conversation. »
« Tu as raison. Très bien, à partir de maintenant, je t’appellerai “Clone”. »
« Alors, j’ai trouvé comment t’appeler : “Original”. »
Je discutai avec Clone. J’aurais voulu échanger nos avis et parler de divers sujets, mais vu les circonstances, notre conversation se résuma à une seule question.
« Comment Original peut-il sortir d’ici ? »
« Et toi ? »
« Eh bien, nous verrons une fois que tu seras sorti. Dans mon état actuel, sortir seul reviendrait à laisser une ombre errer sans son propriétaire. Quand tu seras dehors, nous saurons si je peux t’accompagner ou si Original disparaîtra et que moi, Clone, cesserai d’exister. »
Je pensais la même chose. Comme on pouvait s’y attendre d’un Clone, nous avions les mêmes idées.
« Il faut fouiller cet endroit. Le miroir m’a tellement distrait que je n’ai pas regardé autour de moi. »
« Bonne idée. »
Je fouillai toute la pièce, mais ne trouvai rien.
« Les murs ont l’air plus épais que de l’extérieur. »
« Tu crois qu’il pourrait y avoir quelque chose à l’intérieur ? »
« Dans ce cas, c’est sans espoir. Je les ai frappés de toutes mes forces, mais ils n’ont même pas craqué. »
« Mince alors. Vu notre force, si même une attaque à pleine puissance ne laisse pas de fissure, c’est qu’une force ordinaire ne suffira pas à les détruire. »
« Probablement. Et je pense que le miroir a un lien étroit avec la sortie. »
« Parce qu’on peut quitter cet endroit en surmontant l’épreuve, et que pour l’instant, je suis la seule chose qui puisse être considérée comme une épreuve ? »
Clone formula exactement la pensée qui me traversait l’esprit.
« Mais l’épreuve du miroir et la sortie sont probablement deux choses distinctes. »
« Si c’était la même chose, nous aurions trouvé une sortie dès que j’ai cessé de te vouloir du mal. »
« Alors, comment sortir ? Faisons des expériences. »
Première expérience : j’attaquai le miroir.
« Il ne se brise pas. »
« Il n’a même pas une égratignure. »
Deuxième expérience : je réfléchis au sens et au symbolisme d’un miroir, puis tentai de le recouvrir.
« Un miroir renvoie des images, mais c’est aussi un passage qui révèle un monde symétrique au réel. Et si on bloquait ce passage ? »
« Essayons. »
« Il me faut de quoi le peindre. Je vais chercher dehors pour voir si je trouve quelque chose. »
Après avoir fouillé le bâtiment, je trouvai plusieurs pots de peinture et en recouvris le miroir.
« La peinture disparaît aussitôt. »
« Absorbée ? Non, on dirait plutôt qu’elle s’évapore. Ou alors, le miroir efface tout simplement le résultat de ce qu’on applique dessus. »
« Donc tout ce qu’on met sur le miroir disparaît. »
Troisième expérience : puisque la peinture ne pouvait pas recouvrir le miroir, j’allais le couvrir avec quelque chose de solide.
« Je l’ai enveloppé dans un tissu, mais dès que je détourne le regard, il est déjà tombé. »
« Et si tu ne détournes pas les yeux ? »
« Il disparaît dès que je cligne des yeux. »
Pour finir, Clone et moi arrivâmes à la même conclusion.
« Il y a quelque chose dans le miroir. »
« Il y a quelque chose dans le miroir. »
« On ne sait simplement pas ce que c’est. »
« Ah, attends. Je viens d’avoir une idée. »
Clone fouilla dans sa poche et en sortit quelque chose.
« Quand j’ai sorti “Humain” tout à l’heure, une idée m’est venue. Je ne suis pas le seul à avoir été cloné. Mes affaires aussi, non ? Je me demandais si cet objet avait été copié lui aussi… et c’est bien le cas. »
C’était un Ticket doré. Clone écrivit quelque chose dessus avec un stylo, puis me le montra.
[Aidez mon Original à sortir d’ici sain et sauf.]
Contrairement aux tickets que j’avais utilisés jusqu’ici, le Ticket doré ne produisit aucun changement.
« Regarde. Le ticket a changé. »
Clone me montra de nouveau le ticket. Il n’y avait d’abord eu qu’un espace vide pour écrire un vœu, mais des mots absents jusque-là y étaient apparus.
[Avertissement ! Duplication illégale détectée ! : Ce ticket a été identifié comme ayant été créé par duplication illégale. La fonction de ce ticket va être immédiatement suspendue. Si ce ticket n’a pas été créé illégalement, il peut s’agir d’une simple erreur. Dans ce cas, veuillez appeler le 000-2345-4-4489-1000.]
« Il est écrit “duplication illégale”. »
« Intéressant. Le Ticket doré a donc été créé par quelqu’un, lui aussi ? »
« J’aimerais dire qu’un ticket ne peut pas apparaître tout seul, mais comme c’est une anomalie, j’imagine que c’est possible. »
« Alors, je vais devoir utiliser le ticket que j’ai… »
Je sortis le Ticket doré et le stylo que j’avais toujours sur moi, mais je n’écrivis rien tout de suite.
« Hum… Hé, Original. Qu’est-ce qui ne va pas ? »
Clone avait dû comprendre ce qui me trottait dans la tête.
« Tu veux essayer quelque chose ? »
« Oui. Une idée vient de piquer ma curiosité. »
« La curiosité est à la racine de l’humanité et le moteur du progrès. Qu’est-ce que c’est ? »
Je dessinai un ascenseur sur le sol avec le stylo.
« Tu connais les ascenseurs, non ? En général, ils ont des miroirs sur trois côtés. Quand deux miroirs se font face, ils se renvoient leur image et créent une rangée infinie de miroirs dans les miroirs. »
« Je vois ce que tu veux faire. »
« Si on plaçait en face d’un miroir en pied un miroir qui clone tout ce qu’il reflète, puis qu’on se tenait entre les deux, est-ce que les versions de moi dans les reflets infinis du miroir cloneur seraient clonées à leur tour ? »
Bien sûr, ce ne serait pas vraiment infini. Clone me le fit remarquer.
« Normalement, à cause de la réflectivité, les images finiraient par s’arrêter au lieu de se poursuivre éternellement. Mais c’est une anomalie, alors qui sait ? »
« Dans ce cas, il me suffit d’un miroir qui réfléchit à cent pour cent ? »
« Le Ticket doré pourrait probablement en créer un si tu le lui demandais. Mais pourquoi hésitais-tu ? »
La raison de mon hésitation était simple.
« Et si les versions de moi qui se multiplient à l’infini causaient des problèmes dans le monde ? »
« Original, ne t’inquiète pas. Tu es coincé ici à cause d’une erreur de la Fondation. Ta curiosité intellectuelle pourrait même pousser le miroir à perdre le contrôle et te permettre de t’échapper. »
« Je pense aussi. »
« Alors, c’est réglé. »
Clone me dit exactement ce que j’avais envie d’entendre.
« Autrement dit, tu n’es responsable de rien de ce qui arrivera à partir de maintenant. Tout est la faute de la Fondation. »
Après avoir entendu ça, j’écrivis un vœu sur le Ticket doré.
[Veuillez faire apparaître à côté de moi un miroir incassable, à cent pour cent réfléchissant, avec son support.]
L’air vide se déforma alors comme si un violent tourbillon s’y était formé et, en un clin d’œil, un grand miroir en pied apparut.
« Je croyais que les vœux du Ticket doré se réalisaient non pas grâce à un miracle divin, mais par des coïncidences qui arrivaient comme un coup de chance ? »
« J’imagine que c’est pareil. Dans un monde capable de fabriquer un miroir qui réfléchit à cent pour cent, une distorsion dimensionnelle s’est produite par hasard, et ce miroir est tombé juste devant moi. Quelque chose comme ça. »
« C’est remarquablement pratique. Dommage que ce soit le dernier Ticket doré. »
Je plaçai les miroirs face à face.
« Bon, alors… »
« J’ai hâte de voir ça. »
Je me glissai entre les deux.
« Oh. »
Une multitude d’images apparut dans le miroir cloneur.
Une rangée infinie de miroirs, presque infinie — peut-être réellement infinie.
« Ça marche. »
D’autres Lee Seung-hoon y apparurent.
« Ah. »
Le monde derrière le miroir commença à se déformer.
« Il doit être en surcharge. »
Clone eut un sourire amer.
« On dirait qu’il va exploser. »
***
« Ouf, j’ai failli me pisser dessus. »
Après être allé aux toilettes, Kim Dong-uk se lava les mains au lavabo.
« Le plus important, c’est de sauver vite monsieur Lee Seung-hoon. »
Il se frotta soigneusement entre les doigts, faisant mousser le savon liquide.
« Il nous faut la Patte de singe restante pour restaurer complètement Séphirot. Une fois restauré, il nous permettra de prévoir les anomalies apocalyptiques à l’échelle mondiale, dimensionnelle et universelle, et de nous y préparer. »
Il imagina Séphirot, brûlé et difforme.
« Nous l’avons invité ici pour te restaurer, alors pourquoi as-tu envoyé quelqu’un comme ça dans la Dimension du système de défense ? »
Se rappelant que les scientifiques de la Fondation l’avaient averti que les dégâts subis par Séphirot avaient pu provoquer une erreur, Kim Dong-uk termina de se laver les mains et leva les yeux.
« Bonjour ? »
« !? »
« Monsieur Dong-uk, vous vous lavez les mains très soigneusement. C’est une bonne chose. Les gens, de nos jours, négligent tous l’importance du lavage des mains, mais… »
Le reflet de Lee Seung-hoon se tenait de l’autre côté du miroir.
Fidèle à son entraînement à la Fondation, Kim Dong-uk dégaina son arme et tira en moins de 0,2 seconde.
« Du point de vue de l’hygiène moderne, le lavage des mains est une pratique révolutionnaire qui augmente les chances de survie des humains. C’est un comportement souhaitable. »
Le miroir vola en éclats, ses morceaux se dispersant dans les airs.
Kim Dong-uk vit alors quelque chose dans les éclats.
« Tu le penses aussi ? Moi aussi. »
« Haha, évidemment que tu le penses. Après tout, tu es moi. »
« Je n’aurais jamais imaginé qu’il y aurait autant de moi. L’expérience a été un franc succès ? »
« Fascinant. Les expériences sont vraiment amusantes. Ça faisait longtemps que je n’avais pas ressenti un tel plaisir intellectuel. »
Il y avait un Lee Seung-hoon dans chaque éclat du miroir brisé.
« !? »
Ce phénomène ne se limitait pas aux toilettes.
« Q-qu’est-ce que c’est que ça !? Il y a quelqu’un dans la fenêtre !? »
« Bonjour ? Il fait beau, n’est-ce pas ? »
Le phénomène se produisait en même temps dans toute la Fondation, partout où il y avait des miroirs.
« Ah, tu jouais à un jeu ? Désolé de t’avoir interrompu. »
« Q-quoi !? C’est une anomalie ! »
Il apparut sur l’écran du smartphone de quelqu’un.
« Tu conduis ? Tu tiens très bien le volant. »
« Je ne vois plus la route ! »
Il apparut sur le pare-brise de quelqu’un.
« Haha, il y a tant d’écrans ici. C’est la salle de crise ? »
« Urgence ! Une anomalie a infiltré les lieux ! »
Et sur d’innombrables écrans de contrôle.
Des silhouettes humaines apparurent partout où une image pouvait se refléter. La Fondation, prise de court, était sur le point de déclencher les protocoles d’urgence quand Seong Yu-ra les arrêta.
« Attendez ! C’est la personne que nous cherchions ! Celle qui a été enlevée et envoyée dans la Dimension du système de défense ! »
« Quoi !? Tu veux dire que ce n’est pas une anomalie !? »
« Non… probablement pas. »
Elle regarda autour d’elle.
« Ah, il y a tant de moi ici. » « Bonjour à tous. » « Puisqu’il y a tant de moi, il pourrait aussi y avoir des Mutants ? » « La Loi de la racine carrée, c’est ça ? » « On dit souvent que les Mutants sont mauvais, mais ce n’est pas forcément le cas. » « Sans les Mutants, il serait difficile de s’adapter aux changements environnementaux. » « À l’échelle d’une espèce, les Mutants sont nécessaires pour augmenter ses chances de survie. » « La survie a-t-elle un sens pour nous ? » « Non, mais n’est-ce pas intéressant qu’il existe des versions de moi différentes de moi ? » « C’est vrai, c’est intéressant. »
Ils apparaissaient sur les innombrables écrans de la salle de crise, dans les verres des employés, sur les smartphones et même sur des ongles brillants.
« Ah ! C’est fascinant. On peut aussi me voir dans les ongles ! Il semble que tout ce qui réfléchit bien fasse l’affaire ! »
Il y avait tant de Lee Seung-hoon qui parlaient en même temps que cela suffisait à lui donner mal à la tête.
— Administratrice ! Quelque chose est arrivé au passage d’urgence menant à la Dimension du système de défense !
« Quoi !? J’arrive tout de suite ! »
Seong Yu-ra reçut le rapport à la radio et courut vers un endroit de la Fondation.
« Mademoiselle Seong Yu-ra, l’endroit où j’étais prisonnier, c’était le système de défense de la Fondation ? »
« Il y avait quelques anomalies intéressantes. »
« Qu’est-ce que veut le miroir ? Quelles sont ses caractéristiques ? »
Se frayant un chemin parmi les Lee Seung-hoon, elle arriva dans une pièce où des membres des forces spéciales tenaient en joue un miroir en pied.
« Original, je crois que c’est la sortie. »
« Vraiment ? Je la vois, maintenant. »
Un autre miroir formait une paire avec le Miroir de l’intention meurtrière, dans la Dimension du système de défense.
Lee Seung-hoon s’y reflétait, et un autre Lee Seung-hoon apparaissait derrière lui.
« Il semblerait que je vais cesser d’exister. Je le sens instinctivement. »
« C’est dommage. C’est rare d’avoir l’occasion de discuter avec soi-même. »
« On n’y peut rien. C’est ça, la vie, non ? »
« C’est comme ça. »
Le monde derrière le miroir se brouilla et devint trouble.
« Adieu, moi. »
« Au revoir, moi. »
Au même moment, le miroir vola en éclats et, peu après, l’espace derrière lui fut entièrement relié à la Dimension du système de défense.
« Ah ! Je peux sortir ? »
« Tout le monde, baissez vos armes… Non. Gardez vos positions. »
Seong Yu-ra acquiesça.
« Levez les deux mains et avancez lentement. »
« Oui, je vais le faire. »
Lee Seung-hoon traversa le passage, encadré par le miroir, qui s’ouvrait dans le vide.
« … »
Une foule de questions envahit l’esprit de Seong Yu-ra.
Comment avais-tu survécu là-dedans ?
Comment avais-tu échappé aux autres anomalies ?
Comment avais-tu vaincu le Miroir de l’intention meurtrière, et qu’est-ce que ce phénomène, au juste !?
Une question domina toutes les autres.
« Qui êtes-vous ? Seriez-vous une anomalie ? »
Il répondit :
« Je m’appelle Lee Seung-hoon. »
Il sourit doucement, sans la moindre trace d’hostilité.
« Et je ne suis qu’un humain ordinaire. »
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