Chapitre 33
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre parmi les Anomalies ◈
Chapitre 33 : Affectation à l’unité
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Une feuille de papier sans rien dessous se perce facilement avec un stylo.
« Asseyez-vous… »
C’est pourquoi j’avais voulu lui proposer de nous installer ailleurs pour remplir le questionnaire.
« Je suis assis. »
Quand je repris mes esprits, j’étais déjà assis devant une table ronde de terrasse.
« Merci. »
Le stylo dans ma main droite allait de soi. Je parcourus d’abord les questions du questionnaire qu’on m’avait remis.
[1. Aviez-vous de bonnes relations avec vos anciens pendant votre service militaire ?]
[2. Aviez-vous de bonnes relations avec vos cadets pendant votre service militaire ?]
[3. À votre démobilisation, vos supérieurs vous ont-ils dit : « Ah, tu commençais enfin à nous être utile, et maintenant tu t’en vas ! » ? (Toute phrase de sens similaire est également acceptée.)]
[4. À votre démobilisation, vos cadets ont-ils regretté votre départ ou organisé une fête en votre honneur ?]
[5. À votre démobilisation, vos cadets vous ont-ils roulé dans une couverture ?]
[6. Depuis votre démobilisation, avez-vous contacté au moins une fois vos cadets ou vos anciens dans la vie civile ?]
[7. Quand vous les avez contactés après votre démobilisation, vos cadets ou vos anciens vous ont-ils accueilli chaleureusement, sans se montrer froids ni faire de remarques sarcastiques ?]
[8. Avez-vous déjà causé des problèmes aux autres à cause de vos propres erreurs pendant votre service militaire ?]
[9. Lorsque vous étiez caporal ou d’un grade supérieur, avez-vous souvent commis des erreurs dans vos tâches et vous êtes-vous fait réprimander au moins cinq fois par d’autres soldats, des officiers ou des sous-officiers ?]
C’était exactement comme dans le jeu. C’était le questionnaire de dix questions qui enlevait les gens pour les emmener dans un espace à part, selon leurs réponses.
« Je dois répondre honnêtement, pas vrai ? »
J’avais beau ne pas en avoir envie, je me sentais obligé de dire la vérité. C’était sans doute une particularité de cette Anomalie.
« Mes relations avec mes anciens ? Elles étaient bonnes. On discutait souvent, aussi. »
Malheureusement, je n’avais pas eu de cadets, puisque j’avais été démobilisé au rang de soldat. La question ne me concernait donc pas. Le jour de ma démobilisation, tous les officiers et sous-officiers étaient occupés ; je ne les avais donc pas vus.
« Maintenant que j’y pense, beaucoup de ces questions ne peuvent concerner que quelqu’un qui a fait son service jusqu’au bout. »
Comme je n’avais pas le choix, je cochais « Impossible de répondre par manque d’expérience » jusqu’à la dernière question.
[10. Êtes-vous un soldat inutile ?]
La question était difficile à comprendre, alors je levai la main.
« Par “soldat inutile”, vous voulez parler du genre de personne qu’on décrit souvent en ligne comme quelqu’un de tête en l’air, qui fait sans cesse des erreurs et ne parvient pas à s’adapter à la vie militaire ? »
« Oui. »
L’homme répondit sèchement.
« Il me faut un critère pour déterminer avec précision si je suis un soldat inutile. Les gens ont naturellement tendance à se montrer indulgents envers eux-mêmes ; sans point de référence, il serait difficile de porter un jugement équitable. »
« …Veuillez patienter un instant. »
Après avoir réfléchi un moment, l’homme me donna un critère.
« Si au moins cinquante pour cent des gens autour de vous vous ont directement traité de soldat inutile, alors vous en êtes sans aucun doute un. »
Cinquante pour cent.
Je me remémorai en silence mon service militaire.
[Espèce de taré !!!]
[Ne fais pas ça !!!]
[À terre, tout de suite !!!]
[Putain d’enfoiré !!!]
[Seung-hoon, s’il te plaît, reste tranquille jusqu’à ta démobilisation, d’accord ? Je t’en prie. Le premier sergent de ta compagnie t’en supplie.]
« Je n’étais pas un soldat inutile. »
Au moment où je répondis non à la dixième question, le monde se tordit.
『Tu prétends ne pas être un soldat inutile ? Mes yeux disent le contraire. Et les soldats inutiles prétendent toujours ne pas l’être.』
Bientôt, une scène oubliée depuis longtemps au fond de ma mémoire se déroula sous mes yeux.
『Alors, prouve-le. En revivant ton service militaire.』
La banquette arrière d’une Retona militaire qui cahotait, et les montagnes de Cheorwon qui défilaient derrière la vitre.
« C’est le jour où j’ai rejoint mon unité. »
Quel dommage.
« Ça aurait dû commencer à l’entraînement de base. »
C’était ça, la partie vraiment amusante.
***
« Recrue, tu t’appelles Lee Seung-hoon ? »
« Soldat Lee Seung-hoon. »
Je n’avais même pas eu le temps de m’habituer à la situation que le sous-officier assis à l’avant prit la parole. Si j’avais été moi-même, j’aurais répondu autrement, mais la manière d’échapper à cette Anomalie était déjà décidée : je suivis donc la conduite de mon moi d’autrefois.
« C’est ça, Seung-hoon. Tes anciens vont t’adorer. Notre unité est une compagnie indépendante, donc elle est un peu petite. Comme on a peu de places, chaque homme compte. »
« Ah bon ? »
« Ouais. Tu as sûrement entendu toutes sortes d’histoires avant de t’engager, du genre : les anciens te harcèlent et te tabassent. Dans notre unité, ça ne se passe pas comme ça, alors ne t’inquiète pas. »
L’insigne de sergent-major sur le col du premier sergent de la compagnie oscilla tandis que le véhicule prenait un virage sur la route de montagne.
« Allez, premier sergent. Qui tabasse encore les soldats de nos jours ? On n’est plus dans l’armée des années quatre-vingt. »
« Hé, à mon époque aussi, on me disait ça. Qu’on ne battait personne dans l’armée. Qu’il n’y avait pas de brutalités dans les baraquements. Tout le monde raconte ça, alors comment veux-tu que je vous fasse confiance ? »
Le premier sergent de la compagnie donna une petite tape en plaisantant derrière la tête du conducteur.
« Bref, si quelqu’un se comporte bizarrement avec toi, viens directement dans mon bureau. Compris ? »
« Oui, compris. »
Le véhicule cahotant mit fin à la conversation. Pendant ce temps, je réfléchis à l’Anomalie.
« L’Anomalie appelée Enquête sur les réservistes s’approche des gens qui ont terminé leur service de réserve militaire et leur fait remplir un questionnaire. S’ils sont jugés soldats inutiles mais répondent non à la dernière question, ils sont enlevés et emmenés dans un sous-espace où leur service militaire est reconstitué. »
Comme je l’ai dit, je ne pouvais sortir d’ici qu’en rejouant au moins quatre-vingt-dix pour cent de mon service militaire.
« Dans le jeu, il suffisait de choisir quelques options pour sortir facilement, mais maintenant que c’est la réalité, je dois tout jouer moi-même. La difficulté a considérablement augmenté. »
Heureusement, j’avais déjà consigné l’intégralité de mon service militaire dans le Carnet dans ma tête ; cela ne me posa donc pas de problème.
« On est arrivés. Seung-hoon, allons-y. »
« Soldat Lee Seung-hoon, oui, compris. »
Je pris mon sac de paquetage et suivis le premier sergent de la compagnie. On me fit immédiatement passer un entretien au bureau administratif.
« Voyons voir. Qu’est-ce que tu as fait à l’entraînement de base ? »
Pendant que le premier sergent de la compagnie s’occupait de ses affaires, je regardai autour de moi, comme l’avait fait mon moi d’autrefois.
[Organigramme]
[Unité supérieure : commandant de la 6e division, major général Kwak Yun-seon]
[Unité supérieure : commandant du 15e régiment d’infanterie, colonel Lee Deok-gu]
[Commandant de la compagnie Baekseokbong, capitaine Ryu Se-hyeon]
L’organigramme de mon unité d’affectation, accroché au mur, était exactement comme dans mon souvenir.
« Trente-deux officiers et sous-officiers, et cent quatorze soldats du rang. »
L’unité s’appelait la compagnie Baekseokbong. J’avais entendu dire qu’elle assurait la garde d’un avant-poste général sur la frontière, même si je n’y avais jamais été déployé.
« Hum… Seung-hoon ? »
Le premier sergent de la compagnie, qui regardait l’écran, me posa une question.
« Euh, tes deux parents sont morts dans un accident ? »
« Oui. Ils sont morts dans un accident de la route. »
« Quand tu étais au lycée ? »
« À proprement parler, je n’ai pas été au lycée. Ils sont donc morts quand j’avais dix-huit ans. »
« Ah… Vraiment ? Tu n’es pas allé au lycée ? »
« J’ai abandonné mes études parce que je n’en voyais pas l’utilité. »
Pendant un instant, les autres soldats du bureau administratif cessèrent de taper au clavier.
« Pourquoi ? »
Pendant qu’on parlait, je vérifiai l’état de mon corps.
« Les cours du lycée sont conçus pour préparer l’examen d’entrée à l’université ; je ne les jugeais donc pas dignes d’être appris. »
« Tu ne voulais pas aller à l’université ? »
« Non. Le savoir universitaire était facilement accessible, puisque les bibliothèques universitaires étaient ouvertes au public. En plus, plusieurs professeurs généreux m’ont volontiers autorisé à assister à leurs cours, donc je n’avais pas besoin de passer l’examen d’entrée. »
Je ne sentais plus les améliorations physiques que m’avait accordées La Fille aux yeux fermés. Mes sens étaient toutefois toujours aussi aiguisés, ce qui me permettait de remarquer des choses qui m’auraient échappé autrefois.
« Je vois. Ah bon… ? »
Par exemple, je pouvais maintenant lire les mots qui se reflétaient dans les yeux du premier sergent de la compagnie.
[Soldat préoccupant de grade A, prudence requise.]
« Hé ! Caporal Kim ! S’il a abandonné le lycée, il aurait dû être affecté au service civil, non ? »
« Oui, c’est ce que je crois. »
« Seung-hoon, tu ne le savais pas ? Si tu ne le savais pas, alors même maintenant… »
« Je le savais. Mais je me suis engagé de mon plein gré, parce que je voulais faire l’expérience du service actif. »
J’entendis quelqu’un murmurer tout bas : « Cinglé. »
C’était aussi une expérience que je n’avais jamais vécue auparavant.
« Engagé de son plein gré. Engagé de son plein gré, de son plein gré… »
Le premier sergent de la compagnie fixa l’écran d’un air préoccupé, puis me posa une question.
« Seung-hoon, tu connais vraiment cent espèces de sauterelles ? »
« Oui. »
« Vraiment ? »
« Sauterelle Yasanmo, grillon tacheté, grillon des pins bleus, sauterelle aux yeux roses, sauterelle du riz, courtilière géante, grande sauterelle à bec, grillon-brousse, sauterelle géante des feuilles, sauterelle de Baekdusan, Riok, alouette noire, ttaktaki, courtilière, sauterelle des montagnes, saeksae à longue queue… »
« Euh, ça va, arrête. Tu les connais vraiment. »
Contrairement à tout à l’heure, le premier sergent de la compagnie avait la voix extrêmement douce et calme.
« Waouh, c’est incroyable. Notre Seung-hoon en connaît tellement. »
On aurait dit qu’il essayait d’apaiser un enfant.
« Hum. »
Le silence retomba. Le bureau administratif était calme ; seul le clic de la souris du premier sergent de la compagnie se faisait entendre.
« Intéressant. »
Je jetai moi aussi un coup d’œil à l’écran qui se reflétait dans les yeux du premier sergent de la compagnie.
[Remarques particulières sur l’entraînement de base]
[Dispensé de l’entraînement au tir. Motif : risque élevé de provoquer des situations imprévues.]
[Dispensé de l’entraînement aux grenades. Motif : risque élevé de provoquer des situations imprévues.]
« Seung-hoon, désolé de te le demander encore, mais tu n’as pas suivi l’entraînement au tir ni celui aux grenades pendant ta formation, c’est bien ça ? »
« Non, je ne les ai pas suivis. »
« Tu en avais envie ? »
« Oui, beaucoup. »
« Pourquoi ? »
« Parce que l’entraînement de base était le seul endroit du pays où je pouvais tirer avec une arme et lancer une grenade. »
« Tu voulais tellement t’en servir ? »
« J’en connaissais le fonctionnement, mais je ne les avais jamais utilisées moi-même. »
À l’époque, j’étais un mendiant affamé de connaissances nouvelles et je ne voulais pas laisser passer le rare trésor de savoir qu’était l’armée.
« Ça a dû être décevant. Les instructeurs ne t’ont pas laissé faire ? »
« Après consultation avec le commandant de la compagnie du centre d’entraînement, j’ai été dispensé de ces exercices. »
« Je vois… Bon, je vais fumer une cigarette. »
Le premier sergent de la compagnie sortit un moment. On apercevait le fumoir juste derrière la fenêtre ; il y passa un appel tout en fumant.
『Pourquoi est-ce qu’ils ont laissé un gamin pareil s’engager de son plein gré ? Ils sont cinglés ? Il a forcément un problème dans la tête ! L’Administration des effectifs militaires est censée écarter les gens comme ça ! Ils acceptent n’importe qui qui dit vouloir s’engager de son plein gré ? Hein !? Alors pourquoi pas des espions, des transfuges nord-coréens et Kim Jong-un, tant qu’on y est !? La situation est déjà tendue ces derniers temps, alors c’est quoi ce bordel !』
Grâce à ma vue améliorée, je lus sur ses lèvres et surpris la conversation.
« Une même expérience peut vraiment sembler si différente. »
C’était si émouvant et si agréable que j’avais l’impression de pouvoir en devenir fou.
« Un problème dans ma tête ? Mon comportement est peut-être un peu inhabituel, mais pas à ce point. Quel jugement hâtif. »
Le bureau administratif était toujours silencieux. À la place, les informations récentes passaient à la télévision.
[Alors que les soldats nord-coréens continuent de faire défection les uns après les autres, des soupçons ont émergé : les autorités ne suivraient peut-être pas correctement leurs déplacements. Certains craignent que le système de surveillance comporte des failles, comme lors de l’incident de 2012 où des Nord-Coréens avaient frappé aux portes avant de faire défection. Dans le même temps, des accusations circulent selon lesquelles les autorités auraient secrètement manipulé les déplacements des transfuges.]
Un peu plus tard, le premier sergent de la compagnie revint.
« Seung-hoon, ça te dirait de devenir l’ordonnance du sergent-major ? Compris ? »
***
Mon affectation fut décidée dès le premier jour dans mon unité.
« Voici le baraquement où tu vas loger. »
Plusieurs personnes qui attendaient dans le vieux baraquement, toujours en service, me regardèrent avec curiosité.
« Bon, on a un nouveau soldat, alors traitez-le bien, tout le monde ! Et Jang Hyeon-gu ! Viens me voir. »
« Oui ? Moi ? »
« Allez, dépêche-toi ! »
Le sergent portant l’insigne de chef d’escouade disparut avec le premier sergent de la compagnie.
« Oh, une recrue ? »
« Soldat Lee Seung-hoon. »
Un soldat, emmitouflé dans une couverture au coin d’un lit superposé, en sortit.
« Tu n’es pas très bavard. »
En voyant ce visage qui m’avait manqué, je faillis laisser tomber mon rôle sans m’en rendre compte.
« Recrue, recrue, recrue. »
« Vous m’avez appelé ? »
« Pourquoi tu ne donnes pas ton nom et ton grade ? Hé ! C’est qui, son supérieur direct ? »
« Soldat de première classe Min Seong-ho ! »
« Pose ta tête par terre. »
Le soldat de première classe Min Seong-ho posa sa tête au sol et mit les mains derrière le dos. Un soldat en tricot de corps, traînant les pieds en pantoufles, s’assit sur Min Seong-ho comme sur une chaise.
« Hé, on entend souvent dire que l’armée s’est beaucoup améliorée, de nos jours, pas vrai ? Mais qu’est-ce que tu vas y faire ? »
Bien qu’il fût à l’intérieur du baraquement, Lee Hyeong-seok avait une cigarette au bec. De forte carrure et musclé, il avait l’allure brutale dont on parlait souvent. On aurait dit une scène de film noir.
« Notre unité, ce n’est pas comme ça. »
Les mots imprimés sur son tricot de corps attirèrent mon attention.
[Au sergent Lee Hyeong-seok. Touchez-y et vous serez exécuté.]
« Alors, recrue, ton nom et ton grade ? »
Je répondis exactement comme je l’avais fait autrefois.
« Sergent Lee Hyeong-seok. »
Tous les regards se tournèrent vers moi.
« Fumer à l’intérieur enfreint le règlement. »
On n’entendait même plus respirer.
« Et seul un chef d’escouade a le droit de punir physiquement un autre soldat. »
Au moins, quelqu’un s’étrangla en reprenant son souffle.
« Par conséquent, les actes du sergent Lee Hyeong-seok sont inadmissibles au regard du droit militaire. »
« Ha. »
Lee Hyeong-seok jeta sa cigarette sur le sol du baraquement et l’écrasa sous une pantoufle.
« Voilà. T’es content ? »
« Le mégot devrait être jeté à la poubelle… »
« Espèce de putain d’enfoiré ! »
Oui, ça s’était passé comme ça, à l’époque aussi. Moi, aujourd’hui, je l’aurais facilement esquivé tout en poursuivant la conversation, mais j’avais le sang un peu chaud à l’époque.
« Guhk ! »
Je passai un bras autour du cou de Lee Hyeong-seok et le pris dans un étranglement assez puissant pour comprimer sa carotide.
Je soulevai Lee Hyeong-seok, inconscient, pour le déposer sur un lit superposé, puis posai mon sac de paquetage à côté de lui.
« Vous aviez l’air agité, alors je vous ai assommé un instant. »
« C’est où, ma place ? »
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