Chapitre 29
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Alyo
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Survivre parmi les Anomalies ◈
Chapitre 29 : Gourmandise
──────
Deux semaines s’étaient écoulées depuis la fin de l’incident de la Constellation Mary Sue surpuissante. La menace de destruction avait été écartée, et les gens vaquaient à leurs occupations sans même savoir qu’une telle crise avait existé.
[Alors, elle est passée où, cette Constellation Ilbe de merde ?]
[Qui sait ? J’ai plus rien entendu depuis qu’elle s’est mise à courir partout comme une folle et à faire toutes sortes de conneries la dernière fois.]
[Hé, hé ! Le compte de streaming et la chaîne YouTube de cette Constellation Ilbe de merde ont été supprimés, lol.]
[C’est bien fait. C’est ça, la justice.]
L’affaire concernant Hyeong Si-yeol avait également été réglée. Enfin, probablement.
[Ah, c’est nul ! Pourquoi cette Constellation Ilbe de merde ne cherche pas d’excuses ? Remettez de l’huile sur le feu !]
[Cet événement génial est déjà terminé, putain.]
Les autres communautés avaient déjà cessé de parler de Hyeong Si-yeol. Seules celles consacrées au streaming en discutaient encore, mais même là, l’intérêt s’était émoussé et de nouveaux sujets avaient pris le relais pour maintenir les forums en activité.
[Ce streamer est putain de drôle, lol. Il ne sait dire que Ddyuttyattya et Ddyuttyai, alors pourquoi est-ce aussi hilarant, lol ?]
[Oh, BJ Ddyuttyai ? Sa voix ressemble à celle d’une fille, c’est sûrement un modificateur de voix, non ?]
└[Évidemment que c’est un modificateur de voix. Quelle fille au monde pourrait finir Dark Souls sans se faire toucher ?]
[Il est putain de fort aux jeux vidéo. Quelqu’un devrait lui proposer de jouer à League, bientôt.]
[Mais son délire a l’air complètement débile. C’est un personnage de demeuré ? Le gameplay est bon, mais parfois, ce qu’il fait donne vraiment l’impression qu’il a un QI de moule.]
└[Ddyuttyai~ !]
Quoi qu’il en soit, on ne parlait plus de Hyeong Si-yeol. Comme je lui avais donné un Ticket doré, son vœu avait dû se réaliser, quoi qu’il ait écrit.
« Monsieur le Fixeur ! Merci infiniment ! Grâce à vous, tout va de nouveau bien entre ma copine et moi ! »
« Tant mieux. »
Parmi les tickets restants, je remis les tickets ordinaires aux clients qui venaient me voir.
« Mais après avoir utilisé le ticket, euh… comment dire ? Mes goûts ont un peu changé. C’est normal ? »
« Vos goûts ont changé ? »
« Ben, je crois que j’ai commencé à aimer me faire frapper par des femmes. Et ma copine, elle, aime maintenant frapper les gens. »
« C’est une préférence tout à fait ordinaire. Le masochisme et le sadisme sont des paraphilies courantes, et des études ont montré que tous les êtres humains possédaient ces deux tendances à un certain degré. »
Avant de distribuer les tickets, j’avais donné plusieurs avertissements.
« J’ai souhaité obtenir un emploi stable, et le gamin de mon frère m’a offert un badge où il est écrit “Gardien de la sécurité du foyer”. »
« J’ai écrit que je voulais cent milliards de wons, puis quelqu’un a répandu de l’argent de Blue Marble devant chez moi. Deux cent mille billets de la banque Seed d’une valeur de cinq cent mille wons chacun. »
« J’ai souhaité devenir la personne la plus intelligente et la plus belle du monde, puis j’ai reçu une lettre. Elle disait : “Aux yeux de vos parents, vous êtes le plus grand génie et le plus bel homme du monde.” Ils se foutent de moi, pas vrai ? »
Je leur avais répété plusieurs fois que les vœux démesurés ne se réaliseraient pas, qu’ils devaient en formuler de raisonnables et modestes, et qu’ils devaient être précis. La plupart n’en avaient fait qu’à leur tête.
« Aaaah ! J’ai écrit que je ne voulais plus m’inquiéter de perdre mes cheveux, et maintenant ils sont tous tombés ! Qu’est-ce qui s’est passé ?! »
« Vous n’avez plus de cheveux, donc vous n’avez plus aucune raison de craindre de les perdre. »
Quoi qu’il en soit, je remis tous les tickets ordinaires à ceux qui étaient venus en chercher. Il ne me restait qu’un Ticket doré, que je rangeai soigneusement dans le coffre-fort.
‘Il se pourrait qu’un jour, j’en aie besoin.’
Cette journée avait encore été paisible. J’avais conseillé des clients qui souhaitaient se rendre dans l’Autre Monde, leur avais dit de revenir le lendemain, puis j’étais rentré du travail comme d’habitude.
‘Ça sent bon.’
Les odeurs de nourriture qui flottaient dans les rues que je traversais me décidèrent à manger dehors. Je déambulai jusqu’à trouver un restaurant familial assez fréquenté sans être bondé, puis j’entrai et commandai un repas.
« Un steak haché, s’il vous plaît. »
« Oui ! Un steak haché, c’est noté. »
En attendant mon plat, je regardai autour de moi.
« Joyeux anniversaire~ Joyeux anniversaire~ Joyeux anniversaire, Hayul~ Joyeux anniversaire~ »
« Hayul, il faut faire “fouuu” pour souffler dessus. »
« Fouuu ! »
Un couple célébrait l’anniversaire de son enfant, qui avait l’air heureux.
« Ah, j’ai même raté le bac blanc. Qu’est-ce que je vais faire pour le concours d’entrée à l’université ? Il ne reste que quelques jours. »
« Hé, il reste encore deux semaines ! Maîtrise une matière tous les deux jours ! »
« C-c’est vrai ? »
Des lycéens se faisaient du souci pour leur avenir.
« Assistant Kim, vous n’auriez pas pu mieux vous occuper de ce dossier ? »
« Je suis désolé. »
« Ne vous contentez pas de vous excuser à chaque fois. Vous savez à quel point je dois être exaspéré pour vous convoquer à part et vous parler comme ça ? »
Un supérieur qui réprimandait son subordonné, lequel courbait l’échine.
« Chéri, je peux juste goûter le tien ? »
« Tu as dit que tu faisais un régime. Tu as dit que tu ne mangerais que de la salade. »
« Juste une bouchée ! »
Il y avait même un couple engagé dans un siège : l’un convoitait le plat de l’autre, qui le défendait. Tandis que j’observais ces scènes ordinaires qu’on pouvait voir partout, ma commande finit par arriver.
« Bon appétit ! »
Le steak haché était délicieux. La viande était tendre et juteuse, et la sauce excellente.
‘J’aimerais en manger encore.’
Un désir irrésistible monta en moi, au point que j’aurais voulu dépenser jusqu’au dernier centime de mon portefeuille. Je mourais d’envie de lever la main et de commander tout de suite un autre plat, mais je m’essuyai la bouche avec une serviette et me retins.
‘Ce ne serait pas raisonnable. C’est parfait comme ça.’
Être modérément rassasié, à environ soixante pour cent, était l’idéal pour rester actif jusqu’au coucher.
Puis, une agitation éclata.
« Hayul ? Il faut arrêter de manger. Maman va finir ça maintenant. »
« Non ! »
« Allez ! Papa doit le manger ! »
« Ouinnn ! »
L’enfant enfouit son visage dans le gâteau. Sa mère l’attrapa par la nuque et le jeta de côté, puis dévora le gâteau avec avidité. Le père fit de même, tandis que l’enfant rampait jusqu’à la table pour lécher les miettes tombées par terre.
« Haa, haa… Au diable le concours d’entrée à l’université. J’aimerais juste manger ça et mourir. »
« Héhé, c’est délicieux. »
Les lycéens continuèrent à boire leurs boissons. Puis ils plaquèrent leur bouche contre le distributeur de boissons à volonté, l’activèrent et se remplirent l’estomac sans s’arrêter.
« Chef, c’est trop bon ! »
« C’est vrai ! Haha, toute ma colère s’envole ! Au diable le boulot, manger, c’est le meilleur ! »
L’employé qui se faisait réprimander et son supérieur jetèrent tous deux leurs couverts de côté et s’empiffrèrent à pleines mains.
« Quel régime ? Même les fantômes qui meurent d’avoir trop mangé ont meilleure mine ! »
« Tu as bien fait ! »
Le couple fit de même, plongeant le visage dans les assiettes comme des porcs.
« Quelqu’un veut encore à manger ? »
« Moi ! »
« Par ici ! »
« Ici ! Ici ! »
À la demande des clients, le serveur apporta d’innombrables plats sur un plateau gigantesque.
‘Rapide.’
Je jetai un coup d’œil dans la cuisine par la porte entrouverte. Plusieurs cuisiniers préparaient les plats à une vitesse telle que des images rémanentes semblaient suivre leurs gestes, tandis que les serveurs circulaient sans relâche pour en apporter d’autres.
« Haaah, haaah ! »
« Mmph ! »
« Haa, haa ! »
Plus personne n’utilisait de couverts. Leurs bouches n’étaient plus des moyens de communiquer, mais uniquement des organes pour manger. Comme si leur vie n’avait eu d’autre but que de se nourrir, ils enfouissaient le visage dans leurs assiettes comme des porcs.
‘Aucune réaction.’
Le restaurant se trouvait au rez-de-chaussée, ses façades vitrées laissant tout voir depuis la rue, mais les passants poursuivaient leur chemin après avoir aperçu la scène à l’intérieur.
« Hum. »
À cet instant, quelqu’un entra dans le restaurant. C’était un bel Occidental en costume, aux cheveux blonds soigneusement plaqués en arrière.
« Ah, vous seriez Lee Seung-hoon, par hasard ? »
Il s’adressait à moi.
« Oui, c’est moi. »
« Ah ! Enchanté de faire votre connaissance. Pour me présenter, disons que je suis ce genre de personne. »
Il me tendit une carte de visite.
[Lucifer Company — directeur général de la recherche et du développement : Beelzebub]
« Je suis Beelzebub, le directeur général du département recherche et développement de Lucifer Company. »
L’homme s’inclina poliment et s’assit en face de moi.
« Vous pouvez m’appeler Baal, pour faire court. »
***
« Groin ! »
« Oink ! »
« Groiiiink ! »
Le restaurant résonnait de bruits de cochons. Il n’avait rien eu d’insalubre, mais les mouches commencèrent à apparaître, une par une.
« Ce restaurant est excellent. Cela faisait longtemps que je n’étais pas venu dans cette dimension, et je me demandais comment elle avait changé. Elle a beaucoup évolué. »
« Vous étiez venu il y a longtemps, à ce que je vois ? »
« Oui, il y a très longtemps. La dernière fois que je suis venu, voyons… nous sommes en quelle année, déjà ? »
« Nous sommes en 2024. »
« Cela fait exactement tout ce temps-là. Deux mille vingt-quatre ans. Ah, j’aimerais commander, s’il vous plaît. »
Un serveur s’approcha.
« Qu-qu-qu-qu-quoooiiii ? »
« Un verre de cola, des frites et… hum, vous en voulez aussi, monsieur Lee ? C’est moi qui régale. »
« Non, je suis déjà bien rassasié. »
« Alors, je ne prendrai que ça. »
« M-m-m-merrrrci. »
Le serveur n’arrivait plus à afficher un sourire aimable. Il bougeait mécaniquement, comme un robot de service.
« Au fait, monsieur Lee, j’aurais quelques questions à vous poser. »
« Lesquelles ? Vous avez dit être directeur général de la recherche et du développement. Vous êtes donc venu me voir pour faire une étude de marché et développer vos produits, mais je ne vois pas ce que je pourrais faire pour vous aider. »
« Haha, recueillir l’avis d’un consommateur sur un produit, c’est aussi de la recherche et du développement : cela permet d’améliorer les produits. »
Baal ouvrit les pots d’épices posés sur la table.
« Notre entreprise éprouve un profond sentiment de responsabilité à l’idée que monsieur Lee n’ait pas mené son contrat à terme et l’ait revendu en cours de route. À quel point le produit a-t-il pu vous déplaire pour que vous le cédiez à une prostituée qui n’avait nulle part où aller ? Cela ne s’était jamais produit dans l’histoire de Lucifer Company. Aussi, la direction, moi y compris, a estimé qu’il fallait régler le problème pour éviter que cela se reproduise. »
« Vous êtes donc venu me poser la question directement. »
Pendant que nous parlions, il trempait les doigts dans le sel, le poivre, le piment rouge, le bouillon de poulet et d’autres condiments, puis les mangeait.
« C’est exact. Cher client, qu’est-ce qui vous a déplu au point de vous faire arrêter ? »
« M-m-m-manger… »
« Merci. Posez-le ici, s’il vous plaît. »
Les mouches bourdonnèrent en plus grand nombre dans le restaurant. Je les regardai se frotter les pattes en se posant sur la nourriture que les clients mangeaient le visage enfoui dedans.
« Les frites sont délicieuses. Ah, continuez, je vous écoute. »
Toutes les mouches étaient tournées vers Baal, comme des fidèles en prière devant leur dieu.
« Il y avait une raison. Une clause injuste. Elle m’a déplu, alors je me suis contenté d’essayer la version d’essai avant d’abandonner. »
« Ah, la version d’essai ! J’ai pourtant répété à tout le monde de la supprimer… ! Ces abrutis du marketing ne connaissent que les combines minables. Ils ne comprennent rien aux difficultés de l’équipe de développement ! »
Une odeur infecte se répandit dans l’air. La puanteur de l’urine et des excréments envahit le restaurant, produite par les clients qui dévoraient leur nourriture comme des porcs.
« Si quelque chose vous a gêné pendant l’utilisation, dites-le-moi. Je veillerai à ce que vos remarques soient prises en compte. »
« Quelque chose m’a gêné. »
Les mouches se ruèrent sur leur festin. Celles qui s’agglutinaient sur le bas du corps des clients semblaient même leur couvrir les parties intimes.
« Premièrement, les paiements automatiques sont une atteinte aux droits des consommateurs. »
« Mais… »
« Peut-être que ce serait différent dans une autre dimension, mais pas ici. »
« Hum, je tâcherai de m’en souvenir. »
« Deuxièmement, est-ce vous qui avez provoqué ce qui se passe ici ? »
Il sourit et hocha la tête.
« Oui. Cela faisait longtemps que je n’étais pas venu dans cette dimension, alors j’ai exercé un peu de pouvoir sans m’en rendre compte. Le spectacle n’est-il pas plaisant ? Dans notre dimension, les humains adorent ça. »
« C’est peut-être acceptable chez vous, mais imposer un tel comportement ici est un crime. Cela me donne à penser qu’une entreprise qui ne respecte pas les cultures des autres pays est incapable de concevoir des produits convenables. »
« Oh, ma foi… »
« C’est la base du commerce. »
« J’ai commis une erreur. »
Sans le moindre avertissement, toutes les mouches du restaurant disparurent. Au même instant, tout le monde retrouva ses esprits.
« Hein ? Qu’est-ce que je faisais, là… ? »
« Maman, j’ai fait caca sur moi ! »
« O-ouaaah ! »
« Aah ! C’est quoi, ça ?! Putain ! »
Un vacarme assourdissant éclata. Dehors, les gens découvrirent la scène honteuse et la désignèrent du doigt, sidérés. Les clients s’enfuirent en panique ou se précipitèrent aux toilettes. Les serveurs se prirent la tête et gémirent, victimes de maux de crâne, tandis que les cuisiniers sortirent en criant, les jambes tremblantes.
« U-une ambulance ! »
Le chaos régnait, mais personne ne fit attention à Baal ni à moi.
« Je vous présente mes sincères excuses. Je voulais leur faire un petit choc, mais j’ai fini par causer des ennuis. Cela dit, une chose m’intrigue. »
« Quoi donc ? »
« Vous n’avez pas ressenti de gourmandise ? Alors pourquoi ne pas avoir mangé davantage ? »
Ce n’était pas une question bien compliquée.
« J’étais suffisamment rassasié. Ça me convenait, alors je me suis arrêté là. »
« Pourquoi ? »
« Si je mangeais dès que j’en avais envie et que je déféquais dès que j’en avais envie, je ne vaudrais pas mieux qu’un animal. »
« Personne ne vous en voudrait, pourtant. »
Je mis un cure-dent dans ma bouche à la place d’une cigarette.
« Je ne suis pas un animal. Je suis humain. »
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>