La table devant Ning croulait sous les manuscrits.
Il y avait toutes sortes de notes et de commentaires, dont certains se contredisaient. Un cultivateur particulièrement consciencieux avait réussi à consacrer vingt pages à expliquer ce que le sutra d’origine exposait en trois phrases.
Ah oui, mon vieil ennemi : les phrases ampoulées.
Ning secoua la tête et tourna une autre page.
Tout cela avait un goût de nostalgie. Il se souvenait encore de l’époque où il s’était démené pour cultiver le Sutra du Qi Pur, désespérant d’arracher quelques points de maîtrise supplémentaires afin que son qi renforcé dure un peu plus longtemps pendant ses exercices de sorts.
À présent, après plusieurs mois d’étude de l’Art de l’Origine pure septuple, il se retrouvait dans une situation assez similaire.
Les manuscrits devant lui étaient des documents qu’il avait commandés par l’intermédiaire de Si Sihua, au Hall des Missions. Ils rassemblaient des expériences de cultivation, des interprétations personnelles et des notes de recherche sur l’Art de l’Origine pure septuple, surtout sur son premier Pli.
Il lui avait fallu un certain temps pour tous les obtenir. L’Art de l’Origine pure septuple était bien connu au sein de la Secte du Qi Pur, mais les comptes rendus détaillés de sa cultivation étaient étonnamment rares. Peu de disciples avaient compris les Plis suivants, et même ceux qui achevaient le premier prenaient rarement la peine de consigner leur expérience.
Ning, en revanche, était prêt à payer.
À en juger par l’imposante pile de manuscrits devant lui, les pierres spirituelles restaient une solution efficace à bien des problèmes dans le monde de la cultivation.
Vraiment, mes précieuses.
Ces magnifiques trésors ! Nées des veines spirituelles du ciel et de la terre, nourries durant d’innombrables années et bénies d’un pouvoir divin qui persuadait même les cultivateurs les plus récalcitrants de se séparer de leurs précieux savoirs.
Être riche, c’était vraiment un superpouvoir.
Dommage que ces trésors célestes aient la fâcheuse tendance à disparaître de sa pochette de stockage.
Ning essuya une larme imaginaire et reporta son attention sur le manuscrit. Son auteur soutenait qu’un cultivateur ne pouvait achever le premier Pli qu’après avoir purifié en profondeur les impuretés contenues dans son qi.
Ce n’était pas complètement faux.
Ning avait déjà achevé le Sutra du Qi Pur, ce qui lui donnait un qi bien plus pur que celui d’un cultivateur ordinaire au même stade. La pureté aidait certainement, mais elle ne constituait qu’une partie du processus.
Il jeta un coup d’œil au panneau translucide qui flottait devant lui.
[Art de l’Origine pure septuple (Premier Pli : 99.998/100)]
Le premier Pli était considéré comme le fondement de toute la technique et le plus facile des sept à comprendre. Malgré cela, ses progrès le placeraient parmi ceux qui le maîtrisaient le mieux.
Son expérience passée avec le Sutra du Qi Pur lui avait donné une compréhension approfondie de la purification et de la compression du qi. L’étude de divers manuels de cultivation et ses propres expérimentations avaient également contribué à ses progrès.
Et puis, bien sûr, il y avait Connaître son monde.
À vrai dire, Ning avait toujours trouvé que son pouvoir surnaturel ne faisait pas assez parler de lui. La plupart des gens le trouvaient tout juste moyen.
Hmph. Ils ont des yeux, mais ne voient pas le mont Tai.
Le premier Pli de l’Art de l’Origine pure septuple portait sur l’harmonisation du qi.
À première vue, le principe semblait simple. Un cultivateur absorbait l’énergie spirituelle, la purifiait pour en faire du qi, le faisait circuler dans ses méridiens et le stockait dans son dantian. En suivant à répétition le cycle prescrit par le sutra, il finirait peu à peu par uniformiser son qi.
La difficulté résidait dans le sens que le sutra donnait au mot uniforme.
Deux portions de qi pouvaient posséder les mêmes attributs et le même degré de pureté tout en différant par leurs caractéristiques internes. Certaines, comprimées à plusieurs reprises, pouvaient être plus denses, tandis que d’autres conservaient de légères variations apparues au cours de leur purification.
Ning ferma les yeux et tourna son attention vers l’intérieur, observant le peu de liquide spirituel accumulé au fond de son dantian.
Lorsqu’il était entré dans le Septième stade de la Condensation du qi, il n’avait réussi à condenser qu’une seule goutte. Plusieurs mois plus tard, celle-ci était devenue une petite mare, entourée de qi gazeux qui n’avait pas encore été liquéfié.
Grâce à Connaître son monde, Ning pouvait percevoir les infimes perturbations qui survenaient chaque fois qu’une nouvelle goutte de liquide spirituel condensé rejoignait ses réserves. Son qi était exceptionnellement pur, mais chaque portion avait subi un degré de purification et de compression légèrement différent, d’où de subtiles disparités dans sa structure interne.
C’était précisément là que le premier Pli entrait en jeu.
Ning alluma un bâton d’encens de concentration spirituelle. Il laissa son léger parfum apaiser son esprit, puis entreprit de faire circuler l’Art de l’Origine pure septuple.
Il préleva une portion de qi dans son dantian, la guida à travers les méridiens prescrits, puis la ramena dans ses réserves.
Il avait passé un bon moment à étudier les différentes interprétations du premier Pli. Le sutra parlait d’harmoniser le qi, mais les commentaires proposaient diverses explications. Certains s’appuyaient sur le Retour du Yin et du Yang à l’Unité, d’autres sur l’Harmonie entre le Ciel et l’Homme, et quelques-uns sur le principe du Retour des dix mille choses à leur origine.
Chacune avait sa logique, et Ning avait trouvé matière à réflexion dans plusieurs d’entre elles. Toutefois, après avoir comparé leurs explications avec ses observations grâce à Connaître son monde, il avait peu à peu forgé sa propre compréhension.
L’équilibre.
Le concept lui était familier depuis son monde précédent. Lorsque deux systèmes aux conditions internes différentes interagissaient, ils pouvaient peu à peu s’approcher d’un état d’équilibre commun, si les circonstances s’y prêtaient.
Il avait passé des mois à vérifier s’il était possible d’obtenir un résultat similaire avec le qi spirituel. Accélérer sa circulation n’avait fait qu’aggraver les choses : le liquide spirituel était perturbé et de nouvelles irrégularités apparaissaient. Un flux plus lent et plus régulier fonctionnait mieux, car il permettait aux différentes portions de qi d’agir les unes sur les autres sans rompre l’équilibre existant.
Après de nombreux ajustements, Ning avait enfin trouvé un rythme donnant des résultats constants.
Il régla la circulation, faisant passer à la fois le qi gazeux et le liquide spirituel dans les méridiens prescrits. À chaque cycle, les différences s’atténuaient peu à peu, et le liquide spirituel qui revenait dans son dantian se mêlait plus aisément à la mare déjà présente.
[Art de l’Origine pure septuple (Premier Pli : 99.998 → 99.999/100)]
Ning maintint la circulation, apportant de légères corrections chaque fois qu’il détectait une perturbation. Il ne restait presque plus rien à rectifier. Après quelques cycles supplémentaires, les dernières disparités finirent par se résorber dans l’équilibre qu’il cherchait à atteindre depuis des mois.
Son qi gazeux et son liquide spirituel conservaient chacun leur état, mais les différences entre leurs portions respectives avaient suffisamment diminué pour qu’ils circulent et se mélangent sans trop perturber ses réserves.
Un panneau familier apparut devant lui.
[Art de l’Origine pure septuple (Premier Pli : achevé)]
Ning ouvrit les yeux et expira un souffle d’air vicié. « Voilà une étape de franchie. »
Chaque Pli de l’Art de l’Origine pure septuple apportait ses propres avantages, selon les principes compris.
Pour Ning, achever le premier Pli signifiait qu’il pouvait désormais reproduire de façon fiable l’équilibre établi et harmoniser peu à peu le qi nouvellement purifié avec ses réserves existantes. Cette uniformité lui conférait également un contrôle plus précis et réduisait sa consommation d’énergie spirituelle lorsqu’il employait des techniques.
Cela lui serait particulièrement utile pendant la liquéfaction, où chaque nouvelle goutte condensée devait être intégrée à ses réserves.
Il lui faudrait toujours cultiver pour maintenir cet équilibre, mais il savait désormais comment le rétablir chaque fois que du nouveau qi entrait dans son dantian.
Le premier Pli enfin derrière lui, il lui en restait encore six.
Ning jeta un coup d’œil à la section suivante de l’Art de l’Origine pure septuple, qu’il avait déjà étudiée plusieurs fois.
Le deuxième Pli portait sur l’harmonisation des méridiens.
Alors que le premier Pli équilibrait le qi lui-même, le deuxième visait à harmoniser les méridiens où il circulait. Chaque méridien différait par sa largeur, sa résistance et la difficulté avec laquelle il laissait passer le qi. Les harmoniser réduirait la tension et faciliterait la circulation.
Ning comprenait le principe général, mais expérimenter sur ses méridiens exigerait bien plus de prudence.
Bon, ça peut attendre.
Son attention se tourna vers ses progrès en cultivation.
[Septième stade de la Condensation du qi (Liquéfaction : 864/3400)]
Il était encore loin du huitième stade, mais Ning n’était pas mécontent. Il avait progressé régulièrement, et l’achèvement du premier Pli devrait rendre sa cultivation future plus efficace.
De plus, il voulait essayer autre chose.
Son regard se posa sur une autre ligne.
[Cercle infini (Accumulation : 3/100)]
L’achèvement du premier Pli lui avait apporté ce qu’il attendait : une circulation suffisamment stable pour reprendre ses expériences avec le Cercle infini.
Il avait déjà passé des mois à essayer d’intégrer l’Art de l’Origine pure septuple au système de cultivation automatique qu’il voulait mettre au point. Le plus difficile était de faire en sorte qu’un cycle en déclenche un autre sans perturber la purification et l’harmonisation que la technique était censée accomplir.
Ning alluma un nouveau bâton d’encens de concentration spirituelle et dirigea une petite portion de qi dans le circuit de l’Art de l’Origine pure septuple, en empruntant une voie de jonction qu’il avait conçue pour ses dernières expériences.
Le premier cycle se déroula sans accroc, suivant les méridiens prescrits. Mais lorsqu’il tenta de rediriger le Courant de retour vers le début d’un nouveau cycle, les deux flux interférèrent presque aussitôt.
Il réduisit la quantité de qi passant par la voie de jonction, mais le Courant de retour devint trop faible pour déclencher une nouvelle circulation.
« Hum… pas assez ? »
En l’augmentant, il provoqua une autre perturbation.
« Trop, alors. Et si je modifiais l’angle ? »
Ning ajusta la voie et recommença, examinant chaque échec à l’aide de son panneau.
Le problème restait le même. Le qi de retour se déposait dans son dantian, tandis que le courant sortant avait besoin d’une impulsion distincte pour se mettre en mouvement. Forcer les deux courants à se rejoindre perturbait la circulation, et certaines configurations affaiblissaient même l’effet d’harmonisation du premier Pli.
À peu près au moment où l’encens se consumait, ses expériences ne lui avaient guère apporté autre chose qu’une liste grandissante d’approches infructueuses.
Ning se frotta le front.
Il doit bien y avoir une meilleure façon de s’y prendre.
Il commença à dessiner la configuration des courants, en repensant aux expériences qu’il avait menées dans la Tour de l’Origine Céleste.
À l’époque, il avait appris à ses dépens ce qui arrivait lorsqu’il tentait de faire tourner le qi sans interruption dans ses méridiens. L’accumulation qui en avait résulté leur avait imposé une charge trop lourde, raison pour laquelle il avait fini par déplacer le qi rotatif du Cercle infini dans son dantian.
Le problème, c’était que son projet actuel nécessitait des cycles successifs dans ces mêmes méridiens. Il devait faire en sorte que chaque cycle en déclenche un autre, mais forcer le qi de retour à parcourir de nouveau tout le circuit finirait par provoquer le même problème.
Ning étudia son schéma un instant.
Attends… pourquoi faudrait-il que ce soit le même qi ?
Une roue à eau n’avait pas besoin que l’eau remonte pour la traverser encore et encore. Le courant qui passait lui transmettait simplement sa force et permettait à de l’eau fraîche de continuer à la faire tourner.
Et s’il appliquait le même principe ? Il pourrait laisser la majeure partie du qi de retour se déposer dans son dantian comme d’habitude, tout en en détournant une petite portion pour pousser du qi frais dans le cycle suivant.
« Oui ! C’est ça qui me manquait ! »
Ning se lança aussitôt dans une nouvelle expérience. Cette fois, il laissa la majeure partie du qi de retour se déposer dans son dantian, ne détournant qu’un mince courant vers le qi frais qui attendait à l’entrée du méridien de sortie.
Ses premières tentatives échouèrent, mais il finit par trouver un équilibre prometteur. Le Courant de retour transmettait juste assez d’élan pour mettre le qi frais en mouvement et le faire passer dans le méridien de sortie.
Ning observa attentivement le processus.
Le nouveau courant suivit le trajet prescrit dans ses méridiens, avant de retourner vers son dantian.
Il résista à l’envie d’intervenir.
Le Courant de retour remit une fois encore le qi en attente en mouvement, amorçant un nouveau cycle sans l’intervention de Ning.
Ning résista à l’envie de célébrer, de peur que sa concentration ne retombe et ne ruine l’expérience.
Le deuxième cycle s’acheva sans encombre, suivi d’un troisième. Au cours du quatrième, cependant, le flux faiblit au point que le Courant de retour ne parvint plus à fournir l’impulsion nécessaire. Ning dut intervenir avant que le qi ne stagne dans la voie de jonction.
Original : NovelPhoenix. Cette copie n’est pas autorisée. L’auteur vous demande de lire l’histoire sur le site officiel.
Ning ne put s’empêcher de rire en voyant le résultat.
« Hahaha ! Ça a vraiment marché ! Voilà qui devient intéressant ! »
Il répéta aussitôt l’expérience. Cette fois, il ne parvint qu’à enchaîner deux cycles ; à la tentative suivante, il en obtint trois.
Les résultats étaient loin d’être stables, mais Ning avait enfin démontré que le Courant de retour pouvait déclencher un nouveau cycle sans qu’il ait à le guider consciemment.
Plus important encore, le qi avait continué à suivre le trajet prescrit par l’Art de l’Origine pure septuple, et Connaître son monde n’avait détecté aucune perturbation manifeste de sa purification ou de son harmonisation.
Il ne lui restait plus qu’à trouver comment faire durer le processus.
Emballé par ses résultats, Ning se précipita vers son bureau.
Il sortit plusieurs feuilles et se mit à noter tout ce dont il se souvenait : le circuit de circulation, la proportion de qi passant par la voie de jonction et les conditions dans lesquelles un nouveau cycle avait réussi à s’enclencher.
« Premier Pli… équilibre… oui, ça explique pourquoi les premières tentatives échouaient. Mais pourquoi le Courant de retour perd-il de sa force après plusieurs cycles ? »
Il dessina un schéma approximatif, indiqua les courants entrant et sortant, puis ajouta quelques notes près de la voie de jonction.
Après avoir consigné ses résultats, Ning ramena une autre feuille vers lui et écrivit un titre en haut.
Projet de cultivation perpétuelle
1. Circulation continue
Chaque cycle devait en déclencher un autre sans intervention consciente de sa part. Il avait déjà démontré que c’était possible, même si la circulation faiblissait toujours après quelques répétitions.
Ning indiqua que cet objectif était partiellement atteint.
2. Circulation autonome
Faire circuler le qi à répétition n’était que le début. Il lui fallait encore trouver comment maintenir la stabilité du flux sans surveillance constante, et le deuxième Pli de l’Art de l’Origine pure septuple pourrait lui être utile.
3. Absorption automatique de l’énergie spirituelle
À terme, la circulation devrait renouveler ses réserves de qi en puisant l’énergie spirituelle ambiante. Purifier cette énergie pour en faire du qi utilisable posait un autre problème, d’autant que le rythme d’absorption varierait selon son environnement.
Ning tapota le papier avec son pinceau.
Il restait d’autres aspects à prendre en compte : réguler la consommation de qi, compenser les perturbations et adapter la circulation à mesure que sa cultivation progresserait. Il avait quelques idées, mais la plupart n’étaient encore que de simples suppositions.
Après réflexion, il ajouta quelques lignes.
4. Purification automatique (?)
5. …
6. …
Objectif final : une véritable cultivation perpétuelle !
Il examina la liste, puis ajouta un dernier mot en dessous.
Profit.
Excellent. Un plan parfait, si je puis me permettre.
Il compléterait les étapes manquantes au fur et à mesure. Pour l’instant, réussir à maintenir la circulation au-delà de quelques cycles serait déjà un bon début.
Ning revint à ses précédents schémas et se remit à étudier la voie de jonction.
« Hum… le Cercle infini se sert déjà du qi environnant dans mon dantian pour stabiliser sa rotation. Est-ce que je pourrais employer un principe similaire pour réguler le Courant de retour ? Non, cela risquerait de perturber le qi accumulé. Il faudrait séparer les deux d’une façon ou d’une autre… »
Il dessina un autre schéma et le compara aux résultats précédents.
« Si le deuxième Pli réduit la résistance dans les méridiens, le Courant de retour conservera peut-être davantage son élan. Hahaha, ça pourrait marcher ! »
Une idée en entraîna une autre et, bientôt, Ning griffonnait des calculs dans les marges en marmonnant des théories pour lui-même.
« Hahahaha ! Bien ! Très bien ! Maintenant, si seulement je pouvais faire en sorte que le Courant de retour… »
Croâ !
Le pinceau de Ning s’immobilisa au milieu d’un nouveau schéma.
Croâ ! Croâ !
Il cligna des yeux et se tourna vers la fenêtre. Fenghuang l’observait d’un air manifestement désapprobateur.
Ning contempla le désordre qu’il avait mis sur son bureau. « …Je me suis peut-être un peu laissé emporter. »
Fenghuang croassa de nouveau.
Ning fronça les sourcils. « Quoi ? Un peu de panache, c’est parfaitement normal ! Sache que je suis l’un des cultivateurs les plus normaux de cette secte ! »
Fenghuang resta perché à la fenêtre, à le regarder.
« Mon rire ? Qu’est-ce qu’il a, mon rire ? Rire comme un dément, c’est le signe d’une grande personnalité, d’accord ? »
…
Lorsque Ning et Sui Feng arrivèrent au Hall de l’Agriculture Spirituelle, les festivités battaient déjà leur plein.
Le vaste domaine du Hall s’était transformé en marché animé, avec des centaines d’étals bordant les allées de pierre. Des bannières colorées flottaient au-dessus des pavillons temporaires et des parcelles de démonstration, où les cultivateurs exposaient des graines, des herbes médicinales et des plantes spirituelles vivantes entretenues dans de minuscules formations.
Ning aperçut même une petite parcelle couverte de neige, malgré la douceur du temps.
Il y avait aussi pas mal de monde. La foule était loin d’être aussi nombreuse que lors de la compétition d’alchimie, mais la plupart des personnes présentes étaient des agriculteurs spirituels.
« Il y a toujours autant de monde ? » demanda Ning en approchant de l’entrée.
« À peu près. Ça n’a lieu qu’une fois tous les trois ans, alors tout le monde essaie de venir », répondit Sui Feng en s’écartant pour laisser passer deux disciples qui transportaient à la hâte une grande caisse en bois. « Et puis, c’est une bonne occasion de rencontrer d’autres agriculteurs. Si tu as des difficultés avec une culture en particulier, quelqu’un ici saura peut-être quoi faire. »
« Ils te le disent comme ça ? »
« Ça dépend de ce que tu demandes. » Sui Feng eut un petit rire. « Si ton herbe de rosée spirituelle jaunit sans arrêt, quelqu’un te donnera peut-être quelques conseils. Mais si tu veux savoir comment ils ont réussi à cultiver une herbe spirituelle rare plus vite que tout le monde, mieux vaut avoir quelques pierres spirituelles à leur offrir. »
Ning hocha la tête.
C’est juste.
« Il y a aussi des conférences d’agriculteurs chevronnés, des démonstrations, des échanges de graines et toutes sortes d’autres activités », ajouta Sui Feng en franchissant l’entrée. « Tu verras. »
Une fois à l’intérieur, Ning se retrouva entouré de toutes sortes de plantes spirituelles. L’air était chargé du parfum des herbes médicinales et des fruits mûrissants, parfois coupé par la forte odeur d’engrais spirituel.
Un agriculteur présentait un sort qui faisait se soulever et se replier sur elle-même la terre sous plusieurs semis, tandis qu’un autre se disputait avec un client pour savoir si une variété particulière d’herbe Cœur-de-Feu pouvait survivre dans un sol spirituel ordinaire. Plus loin, un petit groupe s’était rassemblé autour d’un arbre spirituel mourant et discutait de la possibilité de sauver ses racines.
Ning était tenté de s’arrêter pour écouter, mais, avant qu’il ait pu se décider, une voix familière les interrompit.
« Tiens donc, qui a enfin daigné se montrer ? »
Ning se retourna et trouva le Vieux Fang près d’un étal de graines de céréales spirituelles, les mains croisées derrière le dos.
Le Vieux Fang était l’un de ses voisins au Pic de l’Agriculture, un cultivateur âgé qui avait beaucoup d’expérience en agriculture spirituelle. Malgré sa paresse, il était plein de savoir ; Ning connaissait aussi son habitude de marchander chaque fois qu’il louait la Formation de Rassemblement Spirituel de Ning.
« Frère aîné Fang ? » Sui Feng avait l’air surpris. « Tu es déjà là ? »
« Déjà ? Le rassemblement a commencé depuis presque une heure. Vous êtes sacrément en retard, tous les deux », se plaignit le Vieux Fang.
« C’est toi qui es arrivé trop tôt », rétorqua Sui Feng. « Pourquoi te presser ? Les graines ne vont pas pousser des jambes et s’enfuir. »
« Hmph. C’est pour ça que tu rates toujours les bonnes affaires. Quand quelqu’un comme toi se pointe, toutes les graines convenables ont déjà été échangées. »
Sui Feng leva les yeux au ciel. Il avait déjà entendu cette leçon.
Ning sourit et joignit les mains. « Mes salutations, frère aîné Fang. Je ne m’attendais pas à vous croiser si tôt. »
Le Vieux Fang lui rendit son sourire, puis se tourna vers Sui Feng.
« Frère cadet Ning ! Tu vois ? C’est comme ça qu’on salue ses aînés. Tu devrais prendre exemple sur lui. »
Sui Feng lui lança un regard. « Frère aîné Fang, c’est pour ça que tu ne cesses de lui réclamer des réductions sur sa Formation de Rassemblement Spirituel ? »
Le sourire du Vieux Fang se figea. « Quel rapport ? Les affaires, c’est les affaires ! »
« La dernière fois, tu l’as fait marchander pendant une demi-heure pour deux pierres spirituelles. »
« Les jeunes ne comprennent pas la valeur des pierres spirituelles », grommela le Vieux Fang. De son temps, il fallait des jours de travail acharné pour en gagner ne serait-ce qu’une.
Ning secoua la tête. « Ce n’est pas grave, frère aîné Sui Feng. Il finit toujours par me payer. »
« Frère cadet, tu encourages juste ce vieil homme à persévérer dans ses mauvaises habitudes. »
« Le frère aîné Fang m’a beaucoup aidé. Et puis, je n’ai encore perdu aucune pierre spirituelle. »
« Bien, bien. » Le Vieux Fang se caressa la barbe. « Tu es vraiment un brave garçon. »
« Alors, la prochaine fois, tu pourrais arrêter de marchander avec lui ? » suggéra Sui Feng.
Le Vieux Fang se tourna brusquement vers l’étal voisin. « Oh, regarde-moi ça. Du grain de jade de givre. J’ai entendu dire que quelqu’un avait apporté une nouvelle variété des secteurs du nord, cette année. »
Sui Feng soupira, tandis que Ning secouait la tête, amusé.
Après avoir bavardé encore un peu, le Vieux Fang leur expliqua qu’il avait rendez-vous avec plusieurs connaissances et qu’il allait faire le tour du rassemblement.
« Si tu trouves quelque chose d’intéressant sur les céréales spirituelles, viens me voir », dit-il à Ning avant de partir. « Et ne laisse pas Sui Feng te convaincre d’acheter toutes les graines bizarres que tu croises. Il a failli vider sa pochette de stockage la première fois qu’il est venu ici. »
« Frère aîné Fang, c’était il y a des années ! »
Le Vieux Fang agita la main et disparut dans la foule.
Ning se tourna vers Sui Feng. « C’est vrai ? »
« …Allons voir les graines, frère cadet. »
Ning rit et le suivit.
Ils passèrent ensuite un bon moment à parcourir le rassemblement, s’arrêtant chaque fois que quelque chose attirait leur attention. Les choses insolites à voir ne manquaient décidément pas.
À un étal, un agriculteur avait disposé plusieurs plateaux de terre spirituelle, chacun contenant une concentration différente des cinq phases du qi. Non loin de là, un autre présentait un verger miniature où deux variétés de fruits spirituels poussaient sur le même arbre, leurs branches reliées par de fines inscriptions argentées.
Cette dernière exposition intéressa Ning, surtout lorsqu’il apprit que l’agriculteur avait employé une technique de greffe spécialisée pour relier leurs veines spirituelles.
« Cela ne pose pas de problème quand les deux plantes absorbent des types de qi différents ? » demanda-t-il.
« Si, beaucoup. » L’agriculteur désigna les inscriptions autour du tronc. « C’est à ça qu’elles servent. Sans elles, les qi entrent en conflit avant que la greffe ait eu le temps de prendre. Même avec elles, j’ai perdu plus d’arbres que je ne peux en compter. »
Ning examina les feuilles bicolores.
Il connaissait les greffes, mais le fait de relier des veines spirituelles ajoutait une toute nouvelle difficulté. Il posa encore quelques questions avant de poursuivre son chemin.
À un autre étal, il trouva une variété d’herbe spirituelle dotée de deux veines spirituelles distinctes : l’une transportait du qi de bois, l’autre du qi de terre. D’après le vendeur, il avait fallu plusieurs générations de culture et de sélection avant que cette caractéristique puisse être transmise de façon fiable par les graines.
De la sélection, hein ?
Ning fit rouler une graine entre ses doigts.
Vu le temps que les cultivateurs pouvaient passer à perfectionner une seule culture, il se demanda combien de générations infructueuses avaient été nécessaires pour produire cette variété.
Il acheta un petit sachet, ainsi que plusieurs autres variétés qui avaient attiré son attention.
Sui Feng le regarda glisser un autre sachet dans sa pochette de stockage et eut un petit rire. « Doucement, frère cadet. Tu commences à me ressembler lors de mon premier rassemblement. »
« Le frère aîné Fang n’a pas dit que tu avais dépensé toutes tes pierres spirituelles ? »
« Presque toutes », rectifia Sui Feng. « La moitié des graines que j’ai achetées n’a même pas germé. »
Ning s’arrêta. « À ce point-là ? »
« En fait, l’une d’elles a très bien poussé. Trop bien. J’ai passé tout un après-midi à arracher ses racines de mon champ. »
Ning baissa les yeux vers les graines qu’il venait d’acheter. Il ferait peut-être mieux de se retenir un peu.
« Ne t’inquiète pas, frère cadet. Tu es déjà un agriculteur spirituel certifié. Je doute que tu fasses les mêmes erreurs que moi. »
« Eh bien, je préférerais ne pas avoir à le vérifier. »
Plus loin, Ning remarqua que de nombreux étals proposaient autre chose que des graines et des plantes spirituelles.
Certains agriculteurs avaient apporté leurs registres de culture, tandis que d’autres échangeaient des conseils contre des pierres spirituelles ou des informations de valeur équivalente. De petits groupes s’étaient également rassemblés autour de plantes malades : des agriculteurs chevronnés les examinaient et donnaient leur avis.
L’un de ces rassemblements attira l’attention de Ning.
Une femme âgée examinait une herbe médicinale dont les feuilles s’étaient couvertes de taches sombres.
« Trop de qi de bois ? » suggéra quelqu’un.
La femme secoua la tête et retourna une feuille. « Alors ses veines auraient d’abord gonflé. Vous voyez où les taches sont apparues ? Sur les bords. »
« Cela pourrait venir du sol ? »
« C’est possible. Apportez-m’en un échantillon, et nous verrons. »
Le propriétaire la remercia et partit en hâte, tandis que les autres se mirent à discuter d’autres causes possibles.
Ning resta un moment pour les écouter.
Il avait rencontré de nombreuses maladies végétales pendant sa préparation à l’examen de certification, mais quelqu’un qui avait passé des décennies à s’occuper de plantes spirituelles insolites possédait une expérience qu’aucun livre ne pouvait transmettre.
Cela lui rappelait un peu la médecine sur Terre, même s’il ignorait combien de médecins avaient à s’inquiéter de voir leurs patients libérer des gaz toxiques ou les attaquer avec leurs racines.
Au moins, les plantes ne se plaignent pas du traitement.
Enfin, probablement. Après tout, dans ce monde, même les chats pondaient des œufs.
Au cours de leur exploration, Ning échangea aussi quelques graines de ses propres champs contre plusieurs variétés associées au froid, ainsi que quelques notes de cultivation qui pourraient lui être utiles pour son grain de souffle glacé.
Un agriculteur expérimenté lui suggéra une méthode qu’il n’avait pas envisagée. Au lieu de refroidir uniformément tout le champ, il lui conseilla d’enterrer plusieurs pierres spirituelles associées au froid sous la terre et d’utiliser une formation pour diriger leur qi vers les parties des plantes qui en avaient besoin.
« Pour certaines cultures associées au froid, le truc, c’est de garder les racines plus chaudes que les feuilles, expliqua l’agriculteur. La formation dirige la majeure partie du qi froid vers le haut, l’empêchant de s’accumuler autour des racines. Leurs feuilles peuvent s’épanouir par des températures glaciales, mais un froid excessif autour des racines risque de gêner leur absorption de l’énergie spirituelle. Tout dépend de la variété. »
Ning utilisait la Technique de la Brume de Glace Dissimulée pour réguler la température de son grain de souffle glacé, mais il s’était surtout concentré sur le maintien de conditions adaptées dans l’ensemble du champ.
Il valait la peine de tester une séparation entre la température autour des racines et celle des feuilles. Certaines plantes associées au froid avaient besoin que le qi froid atteigne leurs racines ; il ne pouvait donc pas supposer que cette méthode conviendrait à son grain. Toutefois, comparer quelques petites parcelles devrait lui donner une réponse.
Lorsqu’ils atteignirent la section des herbes médicinales, sa pochette de stockage comptait pas mal de nouveaux occupants, tandis que ses pierres spirituelles avaient diminué.
Ning avait fini par accepter que sa pochette de stockage serait toujours soit pleine de pierres spirituelles, soit complètement vide. Il regarda les étals autour de lui, dont la plupart exposaient des herbes couramment utilisées pour raffiner des pilules.
Contrairement aux sections précédentes, où les agriculteurs s’intéressaient aux méthodes de culture et aux variétés de graines, les discussions portaient ici souvent sur les propriétés médicinales et les prix proposés par le Hall d’Alchimie.
Il reconnut plusieurs plantes, notamment des ingrédients qu’il avait manipulés au cours de sa récente formation en alchimie.
Un petit plateau de fleurs de l’Esprit vagabond était même exposé.
Ning s’arrêta pour les examiner.
Leurs pétales étaient un peu plus étroits que ceux de la variété qu’il avait utilisée lors de la compétition d’alchimie, et leur énergie spirituelle semblait plus douce.
« C’est une variété différente ? » demanda-t-il au vendeur.
« Mm. Une fleur de l’Esprit vagabond aux propriétés douces, répondit l’homme. Son effet médicinal est un peu plus faible, mais certains alchimistes la préfèrent. Elle est plus facile à travailler pour raffiner certaines pilules apaisantes. »
Ning hocha la tête.
Il avait utilisé la fleur de l’Esprit vagabond pour mettre au point la Pilule de l’Esprit vagabond ; ses propriétés médicinales lui étaient donc familières. Cette variété plus douce pourrait lui être utile en alchimie. Après s’être renseigné sur ses conditions de culture, il acheta un petit sachet de graines.
« Encore des graines ? » demanda Sui Feng, qui revenait d’examiner une autre exposition.
« C’est mon dernier achat. »
« Bien sûr. » Sui Feng secoua la tête.
Ning sourit et le suivit jusqu’à l’étal suivant.
Cette transaction lui rappela une idée qui le travaillait depuis quelque temps.
Maintenant qu’il apprenait l’alchimie, il voulait tirer meilleur parti de son expérience d’agriculteur spirituel.
Cultiver ses propres ingrédients médicinaux lui permettrait d’économiser pas mal de pierres spirituelles. Mieux encore, il pourrait peut-être appliquer aux cultures ce qu’il apprenait sur les propriétés médicinales en alchimie afin de les améliorer.
Certaines substances médicinales pouvaient-elles influencer les propriétés d’une plante pendant sa croissance ?
Il n’en avait aucune idée, mais cela valait la peine d’essayer.
Ning jeta un coup d’œil aux graines dans sa pochette de stockage.
Je ne suis pas près de manquer de choses à expérimenter, ça, c’est sûr.
À ce moment-là, Ning remarqua que beaucoup de gens se dirigeaient vers les grands pavillons près du centre du rassemblement.
« Frère aîné Sui Feng, que se passe-t-il là-bas ? » demanda-t-il.
« Ah, c’est vrai. Les agriculteurs chevronnés ne devraient pas tarder à commencer leurs discussions. » Sui Feng regarda la foule qui grossissait. « Viens, frère cadet. On ferait mieux de trouver une bonne place avant qu’il y ait trop de monde. »
« Ils vont faire des démonstrations de techniques de cultivation ? »
« Parfois. Ça dépend de l’intervenant. La dernière fois, quelqu’un a passé près de deux heures à expliquer comment cultiver une variété particulière de bambou spirituel. La moitié du public s’est endormie. »
Ning eut un petit rire. « C’était si ennuyeux que ça ? »
« Pas pour les cultivateurs de bambou. Ces types continuaient à en débattre après que tout le monde était parti. »
Ning supposait que c’était dans la nature des connaissances spécialisées. Ce qui était parfaitement ennuyeux pour une personne pouvait avoir une grande importance pour une autre. C’était un peu comme les communautés de passionnés de niche de sa vie précédente.
Ils allaient se diriger vers le pavillon quand une voix familière les interpella derrière eux.
« Hé, vous deux ! Attendez un peu ! »
Ning se retourna et vit le Vieux Fang leur faire signe depuis le bord de l’allée.
« Frère aîné Fang ? » Sui Feng avait l’air surpris. « Je croyais que tu devais retrouver tes amis. »
« C’était le cas, et c’est pour ça que je vous appelle. Approchez. Il y a de vieux camarades que j’aimerais vous présenter. » Le Vieux Fang leur fit signe de venir.
Ning échangea un regard avec Sui Feng, puis le suivit.
Le Vieux Fang les entraîna au-delà de plusieurs étals jusqu’à un grand pavillon qui surplombait l’un des terrains de démonstration.
Avant même d’y entrer, Ning entendit de grands éclats de rire venant de l’intérieur.
Plusieurs cultivateurs âgés étaient rassemblés autour d’une longue table de pierre couverte de jarres de vin, de fruits spirituels et de divers plats rôtis. La plupart portaient les robes ordinaires du Hall de l’Agriculture Spirituelle, mais quelques-uns avaient retroussé leurs manches, dévoilant des avant-bras puissants et des mains calleuses.
Un vieil homme particulièrement baraqué avait même retiré sa robe extérieure et se disputait avec un agriculteur au visage maigre, agitant une cuisse de bête spirituelle rôtie.
« …Je te dis que cette méthode va détruire les racines ! » lança sèchement l’agriculteur au visage maigre.
« Et moi, je te dis que je cultive cette fichue plante depuis quarante ans ! » rétorqua le colosse, en mordant à pleines dents dans la cuisse rôtie. « Si les racines devaient pourrir, ça serait déjà arrivé ! »
« Ce n’est pas parce que tu fais quelque chose de travers depuis quarante ans que tu as raison ! »
« Ha ! Alors explique-moi pourquoi ma récolte était meilleure que la tienne, l’an dernier ! »
« Parce que tu as épuisé la moitié de la fertilité spirituelle de ton champ pour augmenter le rendement ! Voyons voir si tes cultures pousseront aussi bien l’an prochain ! »
« Ça, c’est le problème de l’an prochain, vieux fou ! »
Quelle philosophie, songea Ning.
« Bande de vieux crétins ! Regardez qui j’amène ! » cria le Vieux Fang en s’approchant de la table.
« Vieux Fang ! Qu’est-ce qui t’a pris autant de temps ? » lança le colosse en abaissant sa cuisse de bête rôtie.
« J’avais des affaires à régler. » Le Vieux Fang balaya la plainte d’un geste.
Le colosse remarqua Sui Feng à côté de lui.
« Oh ? C’est pas Sui Feng ? T’as encore grossi depuis la dernière fois que je t’ai vu. »
« Frère aîné, tu t’es pas mal arrondi, toi aussi », répondit Sui Feng.
« Hahaha ! Écoutez-moi ce gamin ! » Le vieil homme tapa sur la table. « Approche et viens boire un coup. On va voir si tu as autant progressé en boisson qu’en répartie ! »
« Plus tard, plus tard. On est accompagnés, aujourd’hui. »
Sui Feng s’écarta, dévoilant Ning, qui avait observé l’échange.
Ning sourit et joignit les mains.
« Mes salutations, frères aînés. Je suis Ji Ning. Ravi de faire votre connaissance. »
Le colosse s’interrompit, sa coupe de vin à mi-chemin de sa bouche. « Attends. Ji Ning ? »
L’agriculteur au visage maigre leva aussitôt les yeux.
« Tu veux dire ce Ji Ning-là ? »
« Qui d’autre ? » répondit quelqu’un à l’autre bout de la table.
Il sembla que cela avait retenu l’attention de tous. Plusieurs agriculteurs se tournèrent vers Ning et l’un d’eux se leva même de sa place.
« Vieux Fang, espèce de vieux salaud ! Pourquoi tu ne nous as pas dit que tu l’amenais ? »
« Hahaha ! Alors, c’est lui, Ji Ning ! »
Le Vieux Fang se caressa la barbe d’un air satisfait.
Ning jeta un coup d’œil à Sui Feng, qui semblait aussi perplexe que lui.
Hein ?
Pourquoi le regardaient-ils comme si le père Noël venait de débarquer avec un sac rempli de cadeaux ?
Et surtout, qu’avait-il bien pu faire pour rendre une bande d’agriculteurs spirituels âgés aussi enthousiastes ?
…
Merci d’avoir lu~