Chapitre 51
L'intérêt de Lith était réellement piqué au vif, alors il laissa Nana continuer, gardant ses questions pour plus tard.
« Selon les résultats d'un élève, il est capable de gagner ou de perdre des points... »
« Des points individuels ou des points de groupe ? » Lith se sentit tellement stupide. Il n'avait même pas fini sa réflexion précédente qu'il se voyait déjà contraint de se contredire.
« Je vous jure, s'il y a une sorte de compétition domestique débile, je retire chaque seconde d'hésitation que j'ai eue concernant mon choix. »
Nana haussa les sourcils, incrédule.
« Te souviens-tu seulement de ce que je t'ai dit la dernière fois à propos des académies et de leurs étudiants ? Si tu places un morceau de viande juteux devant des bêtes féroces et affamées, t'attends-tu à ce qu'elles coopèrent pour l'obtenir ?
Non ! Elles préféreraient s'entre-dévorer. Bien sûr que le système de points est individuel. C'est très similaire au système de mérite, mais au lieu de gagner du crédit auprès du Royaume, tu en gagnes auprès de l'école elle-même.
Les points sont la seule monnaie autorisée à l'intérieur de l'académie, et avec eux, tu peux t'offrir beaucoup de choses. Des potions magiques, des objets enchantés et même des ingrédients rares pour tes expériences. Évidemment, plus la valeur est élevée, plus le prix est important. »
À la longue pause qui suivit, Lith supposa qu'elle avait fini et qu'elle attendait ses questions.
« Qu'est-ce que sont les potions magiques ? C'est la première fois que j'en entends parler. »
« Les potions magiques sont comme des sorts spéciaux contenus dans une fiole. Les plus basiques ressemblent à des sorts de soin, mais entre l'infirmerie et le fait que tout le monde connaît la magie de lumière, elles sont rarement achetées.
Les plus précieuses sont celles qui permettent à l'utilisateur de devenir temporairement plus rapide, plus fort, ou même de durcir sa peau s'il suspecte qu'il sera forcé de participer à un combat au corps à corps. »
« Et qu'en est-il des potions de mana ? »
« Des potions de quoi ? »
« N'existe-t-il aucun type de potion pour restaurer rapidement son mana ? »
Nana rit de bon cœur.
« Gamin, le savoir est partagé sur la base du volontariat. Si un maître potionniste découvrait un jour quelque chose comme ça, il le garderait pour lui. Du moins, c'est ce que je ferais. »
Lith était déçu ; les potions semblaient être une piètre imitation de sa magie de fusion.
« Non seulement ce sont des objets consommables, mais tu dois en plus perdre ton temps à les transporter et à refaire tes stocks quand c'est nécessaire. Et puis, les faux mages n'ont même pas quelque chose comme l'Invigoration.
La seule chose bien avec les potions, c'est que je peux faire semblant de les utiliser alors que j'utilise la magie de fusion à la place. À part ça, elles ne sont pas très intéressantes. »
(NDT : L'Invigoration est la technique de respiration qui permet à Lith de retrouver rapidement du mana et de l'endurance, au point qu'il est capable de tenir des mois sans avoir besoin de dormir.
Plus il l'utilise longtemps, plus ses effets durent peu de temps. La seule façon de réinitialiser ses effets est de dormir réellement. Voir le chapitre 10 pour plus de détails.)
« Je comprends. » C'est ce qu'il dit réellement à voix haute.
« Quel genre d'objets magiques peut-on acheter ? »
« Chaque académie compte au moins dix Forgerons magiques résidents. Ils agissent à la fois comme enseignants et chercheurs dans le domaine magique.
Ils mettent généralement en vente leurs œuvres mineures, mais ils peuvent même sortir des objets magiques de haute qualité quand l'académie veut attiser la compétition, comme juste avant les examens finaux.
Les objets les plus utiles que j'ai eus étaient une amulette dimensionnelle et des anneaux de niveau un à trois. L'amulette dimensionnelle me permettait de transporter tout ce dont j'avais besoin sans en subir le poids, tandis que les anneaux pouvaient stocker des sorts du même niveau, permettant un lancement instantané. »
Lith ne manqua pas l'usage strict du passé lorsqu'elle évoquait ses possessions. Il eut de la peine pour elle, mais au lieu de l'enthousiasmer, son discours avait l'effet inverse.
« Une amulette dimensionnelle ? Est-ce une sorte d'objet de stockage magique ? » Il fit l'ignorant.
Nana hocha la tête.
« Brillant comme d'habitude. Oui, les anneaux et amulettes dimensionnels peuvent stocker n'importe quel objet inanimé jusqu'à un volume d'espace fixe, indépendamment du poids.
La classe la plus basse n'offre que quelques mètres cubes, la plus haute peut stocker jusqu'à cinquante mètres cubes. La taille d'une petite maison entière. »
Le sentiment de déception s'accentuait.
« Solus, combien notre dimension de poche peut-elle stocker ? »
« Pour le moment, le stockage peut contenir trois fois plus que la soi-disant classe la plus élevée, et il continue de s'agrandir. L'espace de la bibliothèque, ou Soluspedia, comme tu l'appelles, fait maintenant environ trente mètres cubes. Et il s'agrandit aussi. »
Le visage impassible de Lith était bon, mais pas à ce point. Nana pouvait voir qu'il n'était pas du tout impressionné.
« C'est quoi cette tête ? Tu comprends ou pas que tout ce que tu obtiens pendant tes études, tu peux le garder une fois diplômé ? As-tu la moindre idée de la difficulté et du coût pour acheter ne serait-ce que le plus petit objet magique ? »
Lith ferma les yeux en se frottant le front.
« Comment puis-je prétendre m'intéresser à quelque chose que je possède déjà ou que je peux faire en mieux ? Bien sûr, ces choses m'aideraient grandement à garder ma vraie magie secrète. Chaque fois que j'utilise un lancement instantané, je pourrais utiliser les anneaux comme couverture. Mais c'est tout. »
Étant un menteur expert, Lith connaissait ses limites. Alors, il changea de sujet.
« Le travail de Forgeron magique semble vraiment intéressant. Est-il possible de se spécialiser dans ce domaine ? Doit-on aussi être forgeron pour devenir un Forgeron magique ? »
« Oui, c'est parmi les choix disponibles. Et non, la forge n'est pas requise. Un Forgeron magique ne crée rien, il imprègne simplement des objets de propriétés magiques, qu'il s'agisse d'une bague, d'une amulette, d'une chaise ou même d'une robe de jour.
Ils ne peuvent pas maîtriser tous les métiers de l'artisanat. La plupart préfèrent juste apprendre les bases de leur métier favori, cependant. Ainsi, un Forgeron magique spécialisé dans les bagues connaîtra les bases de l'orfèvrerie, et ainsi de suite. »
« C'est vraiment intéressant. » Et pour une fois, Lith ne faisait pas semblant.
Sur les trois sujets, les seuls qui l'intéressaient vraiment étaient les livres et la spécialisation. Avec une réserve infinie de connaissances, il pourrait facilement recréer ou inventer toutes sortes de sorts avec la vraie magie.
Mais c'était encore quelque chose qu'il pouvait découvrir par lui-même, avec du temps et de l'expérience. Devenir un Forgeron magique, en revanche, serait un trésor inestimable pour lui.
Lith n'avait aucune connaissance de ces arts, il ne pourrait donc jamais en saisir les bases sans une aide extérieure.
Mais une fois qu'il aurait découvert les principes sous-jacents de la forge magique, en les couplant à la vraie magie et à la bibliothèque de l'académie, il serait capable de débloquer des possibilités infinies.
Rien que les idées d'objets magiques qui lui vinrent à l'esprit sur le moment suffirent à lui donner une montée d'adrénaline.
Mais alors que son excitation était à son comble, une pensée soudaine lui glaça le sang.
« Avant de me faire de faux espoirs, peux-tu m'expliquer comment on obtient des points ? Il n'y a pas de défis quotidiens entre les étudiants, de tournois ou quelque chose du genre, n'est-ce pas ? »
Nana rit aux éclats.
« Quelle idée idiote ! Même les rumeurs les plus folles n'iraient pas jusque-là. Sinon, on appellerait ça des cimetières magiques plutôt que des académies. Il y a déjà assez de violence comme ça.
Si un directeur commençait à récompenser les étudiants pour leur comportement, seule une douzaine de mages obtiendraient leur diplôme chaque année, et personne ne ferait inscrire ses enfants. Un champ de bataille serait bien plus sûr. »
Lith put soupirer de soulagement, l'une de ses plus grandes inquiétudes venait de s'évanouir.
« Les points sont gagnés principalement grâce aux performances de l'étudiant en classe et lors des exercices pratiques. Tout exploit qui profite à l'académie, comme le partage de sorts personnels, donne des points supplémentaires.
Mais le vrai jackpot, ce sont les examens trimestriels et les finales. Tous les points peuvent être convertis à tout moment, même après avoir obtenu son diplôme, c'est pourquoi il y a tant de compétition pour les premières places.
Attention, cependant. Même si la discipline ne te donne aucun point supplémentaire, elle peut facilement t'en faire perdre beaucoup. En dehors de l'échec répété aux tests, c'est le seul moyen de faire baisser ton score.
S'il devient négatif, tu seras forcé de compenser en rendant tout ce que tu aurais pu acheter. C'est comme ça que j'ai tout perdu. »
Nana soupira, sa voix empreinte de tristesse et de regret, tout en touchant son cou là où se trouvait probablement son amulette dimensionnelle.
Le Comte Lark intervint, expliquant leur raison de lui cacher de telles choses.
« Nous ne t'avons rien dit de tout cela avant, pour ne pas te mettre sous plus de pression et pour ne pas trop élever tes attentes concernant ton avenir, en cas d'échec.
La plupart des candidats sont rejetés. Par le passé, quand ces connaissances étaient accessibles au public, il y a eu d'innombrables suicides parmi les jeunes qui ne pouvaient pas supporter la pression ou gérer l'échec.
Surtout pour ceux d'origine modeste, être admis dans une académie de magie est le seul moyen d'échapper à leur destin. Dans une moindre mesure, on pourrait en dire autant des fils de nobles et de marchands qui ne sont pas dans la ligne de succession. »
« Je peux imaginer que cela arrive. Mais honnêtement, je ne vois pas l'intérêt de me dire tout ça. Ce n'est pas comme si j'avais été rejeté par manque d'efforts. » Il mentit.
« Que voulez-vous que je fasse ? Parcourir tout le Comté à la recherche de bêtes magiques ? Provoquer des catastrophes juste pour pouvoir les résoudre ? Honnêtement, je ne pense pas qu'il existe une quantité de mérites capable de changer ma situation. »
Le Comte secoua la tête.
« Nous n'attendons rien de toi, si ce n'est que tu fasses de ton mieux. Tu as passé des années à essayer de me dissuader de t'envoyer à l'académie, et ne crois pas que je n'ai pas remarqué ton manque total d'enthousiasme pendant notre voyage.
Tu as agi tout le temps comme si tout cela concernait quelqu'un d'autre, quelqu'un dont tu te fichais. Tu ne t'es pas défendu, tu voulais juste sortir de cette pièce ! »
« Eh bien, peut-être avez-vous raison. Mais peut-être voulais-je juste éviter que la Directrice ne vous tue sur place. De plus, c'est vous qui m'avez dit de me taire. Ça aurait été plus que stupide de jeter de l'huile sur le feu. » Lith ne mentait pas.
À ce moment-là, quand il avait vu les yeux de la Directrice surchargés de mana, il s'était sérieusement inquiété du destin de la famille Lark, et avait décidé d'entraîner le Comte au plus vite.
« Argument retenu. Tu as raison. » Le Comte Lark s'assit, l'air abattu.
« En résumé, nous avons encore quelques cartes à jouer. Très probablement, rien n'en sortira. Mais si par hasard nous réussissons, nous avons besoin que tu fasses plus que rester sur la touche. C'est ça, le point. »