Chapitre 4 566
Grâce à la puissance combinée des Flammes originelles et du Maelström de vie, les Rocs croyaient qu’ils deviendraient des créatures invincibles, dotées de la force d’un Griffon et de la puissance martiale d’un Phoenix.
Ils étaient prêts à fermer un œil, voire les deux, sur les manipulations des Isharas, à condition qu’elles ne soient pas assez graves pour qu’on les considère comme des complices et qu’on les tue pour cela.
« Une fois la deuxième étape achevée, si un problème ou un conflit survient avec Verhen, nous pourrons abandonner Garlen tout en obtenant ce que nous voulons. Nous ne laisserons sur place qu’une équipe réduite pour le surveiller, lui et Valeron le Second, jusqu’à ce que l’occasion de les capturer se présente. »
« J’arrive pas à croire que ces idiots de Royaux pensent vraiment que nous avons réuni de l’argent et des ressources pour construire un centre de recherche. » Le rire de Wonira évoquait le cliquetis d’engrenages. « Mener nos recherches sur un territoire étranger serait aussi risqué que stupide.
« Nous, les Isharas, ne sommes pas une bande de faibles miséreux comme les membres du Conseil de Garlen. Nous régnons sur le plus grand empire de Rathi et, sans la malédiction de Selkis, nous dominerions encore tout le continent. Nous n’avons pas besoin de leur argent de misère ni de leurs pitoyables trésors naturels ! »
La perte de leur ancêtre avait rassemblé les lignées des Isharas afin d’assurer la survie de leur espèce. Quelques siècles après la mort de Selkis, les Isharas avaient conquis le continent de Rathi et l’avaient gouverné d’une main de fer jusqu’à quelques décennies plus tôt.
Jusqu’à ce qu’ils donnent naissance à trop d’Isharas inférieurs et que les derniers sang-purs deviennent trop précieux pour qu’on gaspille leur vie dans le conflit éternel contre le Conseil des Awakened locaux et les Bêtes divines engendrées par les autres Gardiens de Rathi.
Les Isharas avaient envoyé leurs émissaires à Garlen pour accéder au laboratoire des Hydres, étudier leurs appareils et mettre la main sur toutes les données que les Bêtes divines inférieures de Garlen avaient recueillies jusque-là.
La mission avait été un succès. Chaque équipe d’experts autorisée à accéder au laboratoire secret des Hydres en avait compris les principes sous-jacents d’une nouvelle série d’appareils et avait transmis aux Isharas de Rathi les informations nécessaires pour reproduire les appareils de diagnostic des Hydres.
La lignée de Selkis n’avait épargné ni ses ressources ni ses efforts, et le laboratoire avait été rapidement recréé grâce aux fonds colossaux que le Grand Patriarche avait mis de côté au fil des millénaires, dans l’espoir qu’un jour se présente un projet capable de rendre aux Isharas leur ancienne gloire.
« Ces idiots ignorent que si nous avons infiltré chaque région, c’est uniquement pour surveiller les activités du Roi des Morts et bâtir notre propre réseau de Portes de distorsion. Nous n’avons plus besoin de compter sur le Conseil pour nous fournir des informations et assurer nos déplacements.
« Mieux encore, une fois notre plan achevé, nos forces pourront quitter leurs postes et Garlen sans se faire remarquer. Personne ne saura jamais que nous sommes venus ici ni combien d’entre nous ont été déployés.
« Nous disparaîtrons comme la brume du matin, et personne ne pourra nous suivre après que nous aurons fait sauter les Portes. »
Les Isharas étaient sincères lorsqu’ils avaient proposé leur aide pour capturer Orpal et combattre ses sbires. Ce qu’ils avaient omis de mentionner dans leur discours d’alliance, c’était à quel point ils avaient besoin du Roi des Morts.
Le réseau de Portes de distorsion et d’informateurs permettait à la lignée de Selkis d’intervenir partout où les forces d’Orpal frappaient, dès que cela se produisait. Il permettrait aussi aux Isharas de rassembler leurs troupes sans être vus, de capturer Lith et de le transporter à Rathi pour achever leur plan.
« J’apporte aussi une bonne nouvelle, dit Tornal. Nous n’aurons peut-être pas besoin de capturer le Roi des Morts pour mener à bien la troisième étape. D’après nos espions à Bornar, l’un des Upyrs s’est transformé en Vurdalak pendant le combat entre les Cours des Morts-vivants et le Roi des Morts.
« Il est bien plus facile de maîtriser un sang-mêlé pitoyable que de capturer un Cavalier. Et, même si le Conseil se demanderait pourquoi nous ne lui demandons pas son aide pour tuer la Cour de la Nuit, nous pouvons profiter du chaos du champ de bataille pour nous emparer d’un Upyr sans nous faire remarquer. »
« Il ne nous restera qu’à le transformer en Vurdalak et nous aurons un spécimen parfait. » Amnaku acheva la phrase à sa place et poussa un soupir de soulagement. « Peut-être que Mogar ne nous a pas complètement abandonnés.
« Le destin semble nous tendre la main ; saisissons-la avant que notre planète ne change d’avis. Je vais être clair : ne vous mettez pas en travers du chemin de Verhen. Ne l’approchez pas, ne lui adressez pas la parole, ne respirez même pas près de lui.
« Si vous tombez sur lui, excusez-vous pour ce qu’Ankhuta a fait et suspendez toutes les opérations dans la région jusqu’à son départ. Verhen est le seul véritable défaut de notre plan. Il a dépassé toutes nos attentes et tué toute l’équipe d’infiltration de Distar avec seulement deux alliés. »
La voix d’Amnaku trahissait son chagrin et son indignation face à la mort des siens, mais aussi le respect qu’il éprouvait pour Lith.
« Pire encore, il n’a laissé aucun survivant. Nous ignorons donc comment il s’y est pris et à quel point le combat lui a été difficile. Nous n’avons que le rapport officiel du Royaume, qui pourrait n’être qu’une histoire inventée pour dissimuler la vérité. Peut-être que les forces d’élite du Royaume ont aidé Verhen, ou peut-être a-t-il vraiment combattu seul.
« Si nous ne faisons pas attention, nous pourrions finir comme ces créatures inférieures qui ont essayé de tuer Verhen et son fils. Morts. C’est clairement une Bête divine puissante, et nous ne pouvons pas nous permettre de le sous-estimer une nouvelle fois.
« Considérez-le comme l’égal de notre Grand Patriarche et agissez en conséquence. » Les lieutenants poussèrent des exclamations de stupeur, mais ne protestèrent pas. « N’oubliez pas que nous n’avons qu’une seule chance. Si nous échouons à capturer Verhen, nous devrons affronter ses alliés et les protecteurs de Valeron.
« Nous serions chassés de Garlen, et les Rocs renieraient leur parole et révéleraient notre accord. Tout tête brûlée dans vos équipes devra être renvoyé chez lui et remplacé par un vétéran au sang-froid.
« Nous sommes à deux doigts d’obtenir tout ce qu’il nous faut pour rendre à la lignée de Selkis son véritable potentiel et reconquérir Rathi. Je ne tolérerai pas la moindre erreur. Que Mogar ait pitié de ceux qui me décevront, car moi, je n’en aurai aucune. »
***
Continent de Jiera, Région de Maneka, forteresse de Nareka, quelques heures plus tard.
« Toutes les préparatifs sont terminés ? » demanda Orpal, le visage figé dans une rage froide.
« Les troupes sont rassemblées et les plans de secours prêts, répondit Jorl. Je dois te demander : qui veux-tu envoyer à Garlen pour soutenir ton clone ? »
« Tu as peur que tes frères et sœurs griffons viennent chasser ton cul emplumé ? » demanda le Roi des Morts avec un sourire. « Ne t’inquiète pas, moi aussi. Je ne mettrai pas ta vie en péril pour une escarmouche. Toi et Erion resterez ici avec moi.
« Akhton et Uragar, en revanche, doivent partir. Je veux une victoire, sans surprise. C’est clair ? »
« Parfaitement. » Le griffon des tempêtes hocha la tête et s’éloigna pour transmettre les ordres à ses complices.
La bataille de Bornar avait marqué le début de plusieurs revers pour Orpal, mais elle avait aussi été la source d’un avantage inattendu. La mort des fragments qu’il avait involontairement laissés dans ses amantes avait affaibli le Roi des Morts, mais seulement pour un temps.
Les détails du traitement d’Althika et de l’exécution des anciennes amantes d’Orpal avaient éloigné de son lit la plupart des femmes les plus séduisantes. Pourtant, ce n’était qu’un désagrément mineur comparé à l’afflux de recrues que cela avait provoqué.