Chapitre 4 530
« Le traitement de Lith a supprimé la part Upyr, mais ton corps ne pouvait pas évoluer avant d’avoir récupéré des cicatrices laissées par l’intervention. Une fois que Val les eut guéries, la nature suivit son cours », expliqua Baba Yaga.
« Dieu merci ! » Après s’être assurée qu’Erkin allait bien, Althika poussa un soupir de soulagement. « J’avais peur de rester une Dryade toute ma vie, en punition de ma stupidité. »
« Ne nous remercie pas, ma chère », dit Tyris. Sa voix fit sursauter tout le monde ; ils remarquèrent enfin qu’elle les avait rejoints. « Nous n’avons rien fait. Ton état dépassait nos compétences. C’est Lith et mon petit Val que tu dois remercier. »
« Merci, Lith. » Titania rayonnait de joie. « Merci… Val ? »
Le petit garçon dormait profondément, agrippé à Lith de toutes ses forces.
« Je le remercierai de ta part quand il se réveillera. » Lith était aussi surpris que les autres, mais il remarqua que quelque chose clochait chez les Gardiens.
Tyris ne débarque jamais sans y être invitée, surtout chez quelqu’un d’autre. Il réfléchit. Et puis, accélérer le rétablissement d’Althika ne peut pas expliquer à lui seul pourquoi les trois Gardiens de Garlen sont aussi stupéfaits.
Leegaain, Salaark et Tyris ne cherchèrent pas à dissimuler leur trouble. Ils paraissaient plus surpris par l’évolution soudaine de la Dryade que les Verhens, alors qu’ils avaient vécu d’innombrables millénaires de plus.
« Je dirais que ça suffit pour aujourd’hui, Althika. Toi et Erkin avez besoin de repos », dit Lith.
« En effet. » Titania bâilla. « Je me sens encore plus fatiguée qu’avant. Pardonne-moi de vous congédier si vite, alors que nous avons à peine échangé quelques mots. J’espère que nous passerons plus de temps ensemble demain. »
Elle sombra dans un sommeil paisible dès qu’elle ferma les yeux.
Lith claqua des doigts et téléporta tout le monde hors de la chambre, dans la tour.
« Bon, qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il. Vous savez que Val a hérité de l’affinité de son père pour les forces vitales et que ses Flammes de Vie peuvent guérir. Il s’en est déjà servi sur Valtak, mais vous ne sembliez pas vous en soucier à l’époque. Qu’est-ce qui a changé ? »
« Tu as raison, Featherling… »
« Pas si vite, jeune moineau ! » Tyris renifla, le beau visage déformé par l’agacement. « Val est mon petit-fils, alors laisse-moi faire les honneurs. »
« Très bien. » La Suprême croisa les bras et bouda.
« Comme le disait Salaark, tu as raison, Lith », reprit Tyris, retrouvant son expression charmante habituelle. « Le fait qu’il puisse guérir ne nous a pas surprises. Nous le savions et nous nous attendions à ce que Val le fasse.
« Ce qui nous a prises au dépourvu, c’est ce qu’il a brûlé. » Elle invoqua un hologramme des forces vitales blessées d’Althika et d’Erkin. « Les Flammes de Vie de Val ont consumé les tissus cicatriciels et l’énergie persistante de tes Flammes de l’Effroi. Elles ont ainsi nourri et régénéré la mère et le fils, y compris les aspects dormants de leurs Bêtes divines.
« Mais ce qui nous a vraiment stupéfaites, c’est que les Flammes de Vie ont formé un pont temporaire entre les forces vitales d’Erkin pour les renforcer, tout en nourrissant ses aspects dormants de Bête divine autant que ses aspects dominants. »
« Attendez, quoi ? » Lith plissa les yeux.
« Tu as bien entendu, Featherling, dit Salaark. Les lignées de dragon et de phénix d’Erkin sont maintenant plus faciles à éveiller qu’avant le traitement. Autrement dit, quand Val aura gagné en puissance et en maîtrise, il pourrait être capable d’aider n’importe quel hybride à harmoniser ses forces vitales. »
« C’est incroyable ! » s’exclama Solus.
« C’est terrifiant ! » renifla Lith. « Ce que Val a fait avec le camélia était déjà absurde. Si Grand-mère a raison, il devra cacher ce pouvoir toute sa vie, sans quoi toutes les lignées d’Awakened de Mogar le prendront pour cible ! »
« De quoi parlez-vous ? Quel rapport cette fausse fleur magique a-t-elle avec tout ça ? » demanda Baba Yaga, perplexe. « Vous voulez dire que ce n’est pas la première fois que ce petit démon fait quelque chose d’aussi aberrant ? »
« Ce sera plus simple de vous montrer. » Solus les téléporta dans la serre, où Baba Yaga eut le souffle coupé en apercevant le camélia vivant.
En examinant la fleur, elle fit quelques pas en arrière et tomba à terre.
« Pourquoi ? » demanda-t-elle en se métamorphosant pour reprendre sa forme de Mère, dominant Solus de toute sa hauteur et laissant éclater toute son indignation. « Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit plus tôt ? »
« Ce n’est qu’une fleur… »
« Ce n’est pas qu’une fleur ! » gronda Baba Yaga. « C’est le résultat d’une manipulation de la force vitale si profonde que je ne trouve pas les mots pour la décrire. Montre-moi comment c’est arrivé. »
Elle tendit la main, et Solus lui transmit ses souvenirs des événements survenus au Jardin de Mogar par lien mental.
« C’est insensé ! » s’exclama la Mère. « Il me faudrait des mois de recherches et d’expériences pour parvenir à un tel résultat, et vous me dites qu’un bambin y est arrivé du premier coup ? »
« Oui », répondit Tyris, débordante de fierté.
« L’Ordre et le Chaos ! » Baba Yaga fit apparaître une chaise et s’y affala en marmonnant : « L’Ordre et le Chaos. »
Un silence gêné s’abattit sur la pièce. Les Gardiens firent comme si de rien n’était, tandis que les Verhens prenaient conscience du peu qu’ils comprenaient l’exploit de Valeron.
***
Dans les jours qui suivirent, Althika fit connaissance avec les membres de la famille Verhen, en gardant Aran et Leria pour la fin. Contrairement aux triplés et aux bébés, ils étaient assez grands pour savoir que Trion ne pouvait pas avoir de descendance.
Ils accueillirent Titania et la traitèrent avec politesse, mais accepter le fils de Meln comme l’un des leurs leur était tout aussi difficile qu’à leurs parents.
Pour ne rien arranger, Lith, Solus et Baba Yaga durent faire quatre voyages supplémentaires. Lotho n’avait épargné aucune humiliation à la Maison Redleaf, après lui avoir donné une sévère leçon sur les actes et leurs conséquences.
Il révéla au reste du Conseil tout ce qu’il avait appris sur la lignée Vurdalak et les risques qu’impliquait le fait de porter un enfant d’Orpal. Hélas, il était déjà trop tard.
À l’arrivée de Lith, deux Dryades s’étaient déjà entièrement transformées en Vurdalaks et avaient assimilé leur propre enfant. Il ne restait plus qu’à les abattre et à s’assurer qu’aucune trace du sang maudit d’Orpal ne subsiste.
Une Titania, en revanche, résista à la faim, mais ne parvint pas à réprimer l’Âme de Lumière. Elle devint une Vurdalak de sang pur et réussit à garder la raison de justesse.
Lith et Baba Yaga unirent leurs ressources et leurs connaissances, mais aucune solution n’existait. La force vitale originelle de Titania avait disparu, dévorée par le sang Vurdalak. Elle n’avait plus rien à quoi revenir, et détruire sa force vitale de Vurdalak la tuerait aussi.
Pour ne rien arranger, le bébé qu’elle portait ne pouvait pas survivre sans sa mère.
« Achevez-moi ! » les supplia-t-elle, entre larmes et rugissements, tandis que le fragment d’Orpal exigeait qu’elle combatte Lith à mort. « Sinon, tôt ou tard, je ferai du mal à mon enfant. Je vous en prie, tuez-moi tant que je suis encore moi-même. Laissez-moi mourir en Titania plutôt qu’en monstre ! »
La douleur au cœur, Lith veilla à ce qu’elles meurent sans souffrir.
« Ça aurait pu être évité », gronda Lith, luttant contre l’envie de déclarer la guerre au clan Bloomriver. « Si vous m’aviez appelé plus tôt, elles seraient encore en vie. »
Arghul le Capuchon-Rouge baissa la tête sans répondre. Le clan Bloomriver avait refusé de croire aux avertissements de Lotho, persuadé qu’il s’agissait d’une ruse du Conseil pour débusquer les enfants d’Orpal et empêcher les lignées éveillées végétales et humaines d’acquérir la puissance d’une Bête divine.