Chapitre 4 524
« Je préfère que nous restions auprès d’Althika. » Baba Yaga lança un sort de silence à la dryade pour que rien ne vienne troubler son repos. « De toute façon, elle n’écoutera pas un mot de ce qu’on lui dira. »
« Ça me va. Solus, ça te dérange de nous rejoindre ? »
« Qu’est-ce qu’il y a ? » Elle sortit du cercle de pierre.
« Il faut que je vous raconte certaines choses. À tous. » Lith leur tendit les mains, et les autres formèrent un cercle pour établir le lien mental.
Il leur montra tout ce qui s’était passé de son point de vue. Il commença par les voix dans sa tête, puis leur fit voir ce qu’il avait observé grâce à la Vision des Esprits et ce qu’il en avait appris, jusqu’à l’usage combiné des Flammes de l’Effroi et des Flammes du Fléau.
« Ordre et Chaos, j’appellerais bien la force vitale du Vurdalak une abomination, mais ce serait insulter toutes les Abominations, et même les Eldritch ! » gronda Salaark. « Quelle monstruosité, Yaga.
« Jamais même la pire Magie interdite que j’aie rencontrée n’a fait une chose pareille. Comment est-ce possible ? »
« Je pense que c’est dû à la combinaison des multiples lignées de Meln et à la quasi-immortalité que la Nuit lui confère. » La Vieille se transforma pour prendre l’apparence de sa forme maternelle. « Sans Meln, l’expérience de la Nuit aurait échoué. Mais sans elle, il n’aurait pas survécu à la procédure.
« Comme tu l’as dit, Salaark, c’est une monstruosité née d’une occasion et de circonstances inhabituelles. »
« Ce n’est pas ça que je voulais vous montrer, pourtant, répondit Lith. C’était juste le contexte nécessaire pour comprendre. »
Il leur repassa la scène où il avait dû recourir aux Flammes du Fléau pour purifier l’essence d’Orpal, et aux Flammes de l’Effroi pour purifier la force vitale du Vurdalak.
« À mon avis, les Flammes du Fléau sont l’équivalent de la magie des ténèbres pour un guérisseur. Elles ne peuvent que détruire, c’est vrai, mais c’est aussi le seul moyen dont vous disposez pour vous débarrasser d’un parasite.
« L’essence de Meln était si étroitement mêlée à la force vitale d’Althika que les Flammes de l’Effroi, à elles seules, ne pouvaient détruire l’une sans tuer l’autre. Les Flammes du Fléau, en revanche, n’enflammaient que l’essence de Meln. Peu importe où elle se déplaçait ou à quel point elle se cachait.
« Les Flammes du Fléau ne perdaient jamais leur cible de vue. J’ai limité leurs mouvements avec les Flammes de l’Effroi parce que je ne voulais pas que le parasite ravage le corps d’Althika dans ses vaines tentatives de fuite, mais les Flammes du Fléau auraient pu s’en charger seules. »
« Si l’on poursuit ton parallèle, les Flammes de l’Effroi seraient plutôt de la magie curative. » Leegaain hocha la tête. « Elles nettoient la plaie, la referment et éliminent l’infection, mais leur efficacité dépend du patient, qui doit lutter contre l’infection.
« Comme lorsque tu as purifié le laboratoire de Raum. L’énergie du monde et les âmes qui s’y attardaient cherchaient à se libérer, et les Flammes de l’Effroi les ont purifiées. Si elles avaient été infectées par une âme malveillante qui se répandait et alimentait la corruption, tu aurais dû utiliser les Flammes du Fléau pour brûler l’âme malveillante d’abord. »
« Exactement. » Lith acquiesça. « Je voulais te montrer ça, Grand-père, parce que tu es le plus grand expert en Flammes d’origine que je connaisse. »
« Et moi, alors ? » grommela Salaark.
« Sans vouloir t’offenser, Grand-mère, je n’ai jamais entendu dire que tu aies eu quoi que ce soit qui ressemble à un Père du Feu. À ma connaissance, la seule purification que tu pratiques consiste à traiter les ingrédients pour ton Art de la forge.
« Aucun Phénix n’a jamais proposé de m’enseigner quoi que ce soit, tandis que Valtak est venu me voir pour m’expliquer qu’il ne faisait que perpétuer la tradition établie par Grand-père. »
« Je vois. » Elle soupira.
« Je voulais aussi tout vous raconter, à toi et à Yaga, parce que j’espère que vous pourrez m’aider à comprendre mes pouvoirs. Comme ça, si vous en avez besoin un jour, je pourrai vous aider. »
« C’est une très belle intention, mon enfant. » La Mère lui fit une révérence impeccable. « Je ferai de mon mieux. »
« Moi aussi, Petite Plume. » Salaark lui ébouriffa les cheveux. « Je suis fière de toi. Tu as peut-être hérité de nos éléments de destruction, mais tu t’en sers pour débarrasser Mogar de ce qui ne peut être sauvé ou ne veut pas l’être. »
« Merci d’être près de moi tout en me laissant de l’espace, Solus. Je n’avais pas compris à quel point j’avais besoin de prendre cette décision seul avant de le faire », dit Lith par le lien mental.
« Je t’en prie. » Elle lui envoya l’équivalent télépathique d’une étreinte. « Le destin a vraiment un sens de l’humour tordu. Le jour même où tu as décidé de pardonner à Trion, tu as dû prendre une décision semblable au sujet du fils de Meln. »
« Tu crois que Mogar y est pour quelque chose ? » Lith se laissa aller à la paranoïa, mais même lui ne parvenait pas à voir de lien entre les deux événements.
« Mogar ne se soucie pas d’une chose aussi insignifiante. » Solus réfléchit. « Et puis, il aurait fallu qu’elle manipule d’une façon ou d’une autre tous les événements depuis le jour où Meln a attaqué Bornar. C’est beaucoup de travail, et pour quoi faire ?
« Mogar n’a rien à y gagner, et trop de facteurs sont entrés en jeu. Althika aurait pu prendre une autre décision, et toi aussi. Les issues possibles étaient infinies. Il y en avait trop pour toutes les contrôler.
« En plus, c’est toi qui as pris la décision finale. As-tu senti une influence extérieure ? »
« J’aurais bien aimé. » Lith soupira intérieurement. « Je n’ai jamais été aussi tiraillé de toute ma vie. Je voulais demander conseil à toi, à Kami, et même à Maman, mais je savais que j’assumerais seul la responsabilité de tout ce qui suivrait.
« Ça aurait été cruel de vous faire porter ce poids. J’étais seul, Solus. Plus que jamais depuis le jour de notre rencontre. »
« Alors, c’est décidé. » Elle acquiesça. « Revenons au problème. En supposant qu’on puisse tout expliquer comme il faut aux adultes et que rien ne nous explose à la figure, que dit-on aux enfants ? »
« Voilà une décision que je suis content de ne pas avoir à prendre seul. » répondit Lith. « Grand-mère et Grand-père nous aideront, tout comme nos parents. Et si tu nous écoutes, Mogar, n’hésite pas à intervenir. Un coup de main ne serait pas de refus. »
Seul le silence lui répondit. Mogar avait conscience de chaque grain de poussière à sa surface. La planète savait d’où il venait, comment il avait atteint sa position actuelle et où il risquait d’atterrir ensuite.
Pourtant, elle ne modifia même pas une issue aussi insignifiante. Le moindre souffle de vent aurait déclenché un effet domino qui aurait influé sur bien d’autres événements, jusqu’à coûter des vies.
Mogar continua donc de tourner comme à l’accoutumée, espérant que quelqu’un d’autre arrêterait le grain de poussière et empêcherait la prochaine pièce du domino de tomber.
***
Continent de Jiera, région de Maneka, forteresse de Nareka, au même moment.
Une douleur fulgurante tira le Roi des Morts de son paisible sommeil. Son sang semblait s’être embrasé, mais ce n’étaient pas les flammes corrompues qui lui conféraient puissance et force. C’était un feu véritable, brûlant tout sur son passage.
« Qu’est-ce qui m’arrive ? Que se passe-t-il ? » Meln utilisa sa Technique de respiration, Héritage, pour examiner son corps. Comme il ne trouva rien d’anormal, il éveilla la Nuit.
« Tout va bien pour toi, et pour moi aussi. Si quelque chose allait mal, mes enchantements régénérateurs se seraient déclenchés, et je le saurais. Il n’y a rien d’anormal, nos Techniques de respiration viennent de le confirmer. » répondit-elle.
« Alors pourquoi… Dieux ! » Orpal se cramponna à sa poitrine tandis que la douleur s’intensifiait, comme si quelqu’un lui avait enfoncé une épée dans le corps, l’avait fait tourner dans la plaie, puis l’avait retirée.
Il avait l’impression d’avoir un trou béant et sanglant dans le corps, pourtant, en surface, tout semblait normal.