Chapitre 4 502
Cyrra parlait encore dans son amulette quand Erslan Bhaz, Démoniste du Sang et roi actuel de la Cour de l’Aube, entra dans la mêlée, accompagné de ses troupes.
L’un des avantages des anciennes portes de distorsion était qu’aucun sort de scellement dimensionnel ne pouvait les maintenir fermées. Le Haut général et le Roi de l’Aube avaient établi des liaisons directes entre leurs bases respectives, précisément pour un moment comme celui-là.
Bhaz chargea les Chiroptériens de la Cour de l’Aube de traits cramoisis de Maelström de sang, décuplant leurs prouesses physiques et magiques. Un second trait se répandit en une fine brume qui surpuissa l’équipement des Chiroptériens à son passage.
« Quoi ? » gronda Orpal, outré. Sa Vision de vie lui révéla que les morts-vivants dépassaient désormais de loin la puissance d’un noyau violet clair. « Le Maelström de sang n’est qu’une piètre imitation du véritable pouvoir. Du mien ! »
Des éclairs argentés jaillirent des fragments rouges du cristal de Dusk, dans Tle’ket, puis filèrent aussitôt vers le prisme de Night, dans la poitrine de l’Élu. De là, ils frappèrent les Upyrs les plus proches, faisant pencher la balance du combat.
Pourtant, les Démonistes du Sang étaient nombreux, tandis qu’il n’y avait qu’un seul Vurdalak. Le prisme dans la poitrine de l’Élu pouvait transmettre le Maelström de vie, mais pas le produire. Chaque étincelle de puissance consommée par Orpal provenait de ses propres réserves.
« Comment peux-tu être aussi puissant ? » gronda-t-il.
« Qui sait ? » lança Bhaz avec un sourire en fauchant les Upyrs avec une aisance stupéfiante.
Il s’était enveloppé du sort de Magie du Sang, Linceul meurtrier.
Le mana et la force vitale formaient autour de lui un exosquelette qui soutenait chacun de ses mouvements.
Ce sort conférait au Démoniste du Sang la force et la masse d’une créature bien plus imposante, que les effets du Maelström de sang qui courait dans son corps amplifiaient encore.
« Là ! » Les yeux perçants de Jorl repérèrent la pièce manquante du puzzle. « Beaucoup de ces morts-vivants portent un drôle de collier de métal au cou, comme les alliés de Verhen sur Jiera. Les Harmoniseurs ! »
« Des Harmoniseurs ! » ricana Orpal. « Mais tu as raison. Leech et ses copains sangsues ont réussi à perfectionner le modèle de Thrud pour les morts-vivants. Peu importe. Je vais quand même pouvoir tester ma toute nouvelle arme. »
Le Vurdalak concentra son pouvoir sur Jiera, et l’Élu lui répondit à Garlen. Le faux Vurdalak balança sa lance dans les airs, traçant plusieurs lignes de runes noires qui masquèrent les étoiles pour ceux qui les observaient d’en bas.
« Imbécile ! » rugit Bhaz, tandis que ses Chevaliers de l’Effroi repoussaient les Upyrs loin du sol par leurs charges fulgurantes. « Tu crois qu’on n’a pas anticipé ton Sort de la Lame ? Tu n’auras jamais le temps de le lancer ! »
« Tu en es sûr ? » Orpal avait déjà donné trois coups de lance lorsqu’un pilier de lumière argentée jaillit de son arme.
Le sort de Niveau Lame, Pousse naissante, ne contenait qu’une fraction de la Lune fracassée, mais son incantation était bien plus rapide et sa puissance suffisait à vaporiser l’escouade de cinq Chiroptériens qui fonçait sur Orpal.
Le Sort de la Lame se contentait de recouvrir le Vent Lugubre libéré par la lance Thorn, ce qui permettait à Orpal de gagner beaucoup de temps en évitant de donner une forme ou une volonté à la Pousse naissante.
« Pas la peine de vous étonner si tôt ! » ricana le Vurdalak. « Upyrs, abattez le marteau ! »
La ligne arrière des Bêtes divines corrompues lança les sorts de Mage de Guerre de cinquième Niveau, Soleil déchaîné et Tempête nocturne, afin de conjurer le sort de Magie source, Météore d’ombre.
La Magie de la terre sculpta dans le sol d’immenses rochers gorgés de magie des ténèbres. L’élément du feu transforma la pierre en magma, tandis que celui de l’air souleva les rochers et leur donna de la vitesse.
La pluie de sorts sources força les forces réunies des Cours des Morts-vivants à battre en retraite et transforma les abords de Bornar en un cratère de lave d’où s’échappaient des gaz nocifs. Aucun être vivant n’aurait pu respirer, quelle que soit sa race.
Le sort scella les techniques respiratoires des Éveillés et les empoisonna, mais n’eut aucun effet sur les morts-vivants.
« Mon Roi, la traîtresse Cour de la Nuit bat en retraite, dit Anghor, le draugr. Si nous partons, Bornar sera sans défense et d’innombrables humains périront. »
« Combien d’Upyrs reste-t-il ? » Bhaz brisa une petite ampoule contenant un morceau de chair conservé et lui draina sa force vitale afin de récupérer un peu de ses forces.
« Quatre. Nous n’avons réussi à en tuer qu’un lors de la charge initiale. » Anghor était un colosse au visage couvert d’une épaisse barbe.
Pourtant, même la lueur cruelle de la non-vie qui animait ses yeux ne pouvait dissimuler son embarras d’avoir échoué dans sa mission.
« Trop nombreux. Ailes et sabots. » Bhaz fit apparaître deux ailes de sang et s’envola, malgré l’absence d’énergie du monde.
« Ailes et sabots ! » tonna Anghor, dont la voix résonna dans toute la ville sans sort d’amplification.
Le son s’éteignit après quelques pâtés de maisons, mais les morts-vivants avaient les sens aiguisés des prédateurs et, dans le silence de la nuit, ils pouvaient entendre les ordres d’Anghor à des kilomètres.
Bhaz et tous les morts-vivants capables de voler s’élancèrent vers le ciel et visèrent les ailes des Upyrs avec leurs sorts les plus destructeurs. Le reste de la Cour de l’Aube dut sortir de la zone où persistaient les effets de la Marée de sang avant de pouvoir rejoindre son roi.
Les Bêtes divines corrompues furent prises par surprise et leurs ailes furent déchiquetées. Elles auraient encore pu lancer un sort de vol d’Esprit, mais la pluie de feu et de ténèbres qui s’ensuivit les empêcha de se concentrer.
Elles tombèrent au sol comme des météores vivants, les jambes détendues pour se préparer à l’impact. C’est alors qu’elles entendirent le martèlement des sabots.
Des Chevaliers de l’Effroi apparurent à l’horizon. Leurs montures galopaient à pleine vitesse et accélérèrent encore à chaque seconde. La capacité de lignée Marchevent des chevaux morts-vivants condensait l’air devant les pointes de lance des Chevaliers de l’Effroi en spirale.
Cela créait un effet de sillage devant les chevaux et accumulait une puissance destructrice à mesure qu’ils avançaient. Marchevent permettait à un Chevalier de l’Effroi d’accélérer sans fin tant qu’il continuait à avancer, jusqu’à atteindre des vitesses que même les Éveillés ne pouvaient suivre.
Les montures prirent appui sur les postes de garde à l’extérieur de la ville et s’en servirent pour atteindre les remparts d’un seul bond. De là, elles bondirent plus loin et atterrirent sur le toit le plus proche, presque sans bruit.
Les Chevaliers de l’Effroi arrivèrent avec la grâce de papillons et la vitesse de l’éclair. Ils passèrent d’un toit à l’autre, puis chargèrent les Upyrs encore en pleine chute et les transpercèrent grâce à l’énergie cinétique accumulée.
Chacun d’eux leur ouvrit un trou large comme une double porte, une blessure minime pour une créature de la taille d’une Bête divine. De plus, les capacités régénératrices du peuple végétal refermeraient de telles plaies en quelques secondes.
Des dizaines de Chevaliers de l’Effroi possédaient cependant assez de puissance pour réduire en pièces même un Upyr au noyau violet et détruire les Racines du peuple végétal d’une seule charge.
« Retraite ! » cria Anghor avec un sourire féroce, voyant qu’une seule Bête divine corrompue avait survécu à l’assaut. « Repliez-vous et regroupez-vous au point de ralliement numéro un ! Laissez la dernière vermine aux humains ! »
« Ne les laissez pas s’échapper ! » gronda le clone d’Orpal. « Les humains ne sont pas nos adversaires. Ramenez-moi ces Harmoniseurs ! »
Le Roi des Morts avait remarqué qu’aucun collier mystique n’était abandonné sur le champ de bataille. Si son porteur mourait, le mort-vivant le plus proche le ramassait et le mettait, devenant ainsi le nouveau chef de son unité.