Chapitre 4 372
« Je vais vous dire une chose : la prochaine fois que Lith viendra acheter son pain, je lui raconterai comment vous avez traité les personnes qui ont sauvé sa nièce, ses neveux et sa petite sœur. Je suis sûr qu'il sera ravi d'apprendre que Lutia ne mérite pas toute notre considération. » Vexal gronda, sa voix tranchant le silence comme une lame.
« Il économisera beaucoup d'argent en refusant de vous aider, vous et votre espèce, quand le Roi Incontinent reviendra, et moi aussi. Je n'arrive pas à croire que j'aie gaspillé mon pain pour une bande de porcs ingrats comme vous. Vous me dégoûtez. »
Zekell attendait les Fastarrow depuis que Leria l'avait contacté. Il ne pouvait pas savoir qu'ils s'étaient arrêtés à la taverne du Loup Ivre, et après ne pas les avoir vus arriver pendant un moment, il s'était inquiété.
Craignant le pire, Zekell avait cherché des signes de bagarre dans tout Lutia, rentrant chez lui alors que Vexal était déjà en train de passer un savon aux habitants. Le forgeron avait attendu son moment, mais il n'était jamais venu.
Le boulanger avait dit tout ce que Zekell avait préparé, et même plus, l'empêchant de placer le moindre mot.
Pourtant, le forgeron ne pouvait pas laisser son rival gagner. Il devait avoir le dernier mot et faire savoir à tout le monde qu'il était l'homme qu'ils devaient craindre.
« Ce qu'il a dit ! » hurla Zekell, attirant tous les regards sur lui.
***
Le retour vers le Pas de distorsion dans la grange fut très différent. Les gens du temple se montrèrent cordiaux avec les Fastarrow et, après le discours de Vexal, ceux qui avaient eu trop peur de la réaction de leurs concitoyens trouvèrent la force de s'avancer.
Ils exprimèrent leur solidarité aux Fastarrow et louèrent la bravoure de Lilia et Leran. Le superviseur de la branche locale de l'Association des Mages s'excusa de son retard, mettant du baume sur leurs blessures.
Le vieux mage vanta le talent magique des enfants et remercia Protector pour le soutien que l'Association avait reçu de la part des bêtes des bois de Trawn le jour de la tentative d'enlèvement.
Il proposa également de recommander tous les jeunes Fastarrow pour une bourse dans n'importe laquelle des six grandes académies de leur choix.
Selia savait que ses enfants pouvaient intégrer n'importe quelle académie par leurs propres moyens, mais elle apprécia le geste malgré tout. Plus important encore, elle apprécia l'effet que les paroles d'un fonctionnaire royal avaient eu sur ses enfants et sur les habitants de Lutia.
Les portes de toutes les boutiques restèrent ouvertes sur leur passage, mais elle se jura de ne jamais remettre les pieds dans ces établissements et de leur donner la réputation qu'ils méritaient.
« Tu as entendu le gentil monsieur, maman. Je peux aller dans n'importe quelle académie ! » Fenrir sautilla et courut autour de ses parents, rayonnante de joie.
« Tu es trop jeune pour ça. » Selia sourit, heureuse de voir ses enfants de si bonne humeur. « Tu devras attendre d'avoir au moins douze ans. »
« C'est faux ! » Fenrir fit la moue. « Le gentil monsieur n'a jamais dit ça ! »
« Tu as raison, ma puce. » Protector s'agenouilla pour soulever la petite fille et l'enlacer. « Tu peux t'inscrire quand tu veux. Maman et papa vont beaucoup te manquer, mais cinq ans passeront vite. »
« Cinq ans ? » Fenrir avait un peu plus de quatre ans et ne se souvenait de rien de ses deux premières années. « Ce n'est pas long ? »
« On se reverra quand tu seras aussi grande que Frey. » dit Protector avec un visage impassible. « Jusque-là, tu devras rester à l'académie toute seule. Ne t'inquiète pas. On t'appellera tous les jours et on prendra bien soin de Bash pour toi.
« Il est trop gros et il ne sait pas se métamorphoser, alors il devra rester ici avec nous. »
« J'ai changé d'avis. Je ne veux pas quitter la maison ! » Fenrir commença à fondre en larmes. « Je suis désolée, maman ! Je suis désolée, papa ! S'il vous plaît, ne m'envoyez pas loin ! »
« Tout va bien, ma chérie. Tu n'es pas obligée d'aller à l'académie si tu ne le veux pas. » Protector lui tapota le dos. « Tu veux rester avec nous jusqu'à ce que tu sois un peu plus grande ? »
Fenrir hocha la tête en reniflant, s'agrippant à Protector avec ses griffes.
« Avais-tu vraiment besoin de la faire pleurer ? » demanda Selia via un lien mental.
« Tu voulais passer des heures à convaincre une enfant qui trouve que se brosser les dents est une corvée que rejoindre une académie n'est pas que du plaisir ? » répondit Protector. « Je viens de nous faire gagner beaucoup de temps et d'éviter des ennuis futurs en lui donnant simplement ce qu'elle voulait.
« Fenrir ne parlera plus de l'académie à chaque fois qu'elle fera un caprice. »
« Je n'aime pas tes méthodes de papa loup, mais je ne peux pas contester les résultats. » soupira Selia.
***
Plus tard dans la journée, Zekell et Vexal se retrouvèrent pour une bière au Loup Ivre.
« Je ne peux pas te blairer, mais il faut rendre à César ce qui est à César. » Zekell cracha ses mots plus qu'il ne les prononça. « Défendre les enfants Fastarrow était courageux de ta part. Beaucoup de ces gens ne te pardonneront pas de les avoir incendiés en public.
« Ta réputation pourrait en souffrir et tu vas perdre beaucoup de clients pour ça. »
« Courageux, mon cul. » Vexal ricana face au compliment, mais accepta la bière rousse forte que le forgeron lui offrait. « Faire moins que ça aurait été ingrat et stupide de ma part. Je ne suis ni l'un ni l'autre. »
« Pourtant, ce n'est pas toi que Lilia et Leran ont aidé, et ils ne font pas partie de ta famille. » répliqua Zekell. « Tu as pris beaucoup de risques pour eux. »
« Non, je n'en ai pas pris. » Le boulanger prit une grande gorgée de bière avant de reprendre. « Je compenserai les pertes de revenus causées par ces idiots en attirant tous les originaux de ton temple et le reste des fanatiques de Lith comme nouveaux clients.
« En plus, je dois la vie à Salman. Je ne pouvais pas dire non à Nalrond quand il m'a demandé de l'aide. Plus important encore, si ma fille réussit à séduire Salman, un jour, mes petits-enfants pourraient se retrouver à la place de ces pauvres gosses.
« Je ne l'ai pas fait seulement pour eux, mais aussi pour moi ! Si ces bâtards avaient traité ma Brina comme ça, je serais en prison avec de multiples chefs d'accusation pour homicide à l'heure qu'il est. Avec un peu de chance, je viens d'économiser une fortune en caution et en avocats. »
« Parlé comme un vrai marchand. » Zekell hocha la tête en commandant une autre tournée.
***
Quand Selia revint au manoir, elle était encore bouleversée par l'accueil glacial qu'elle avait reçu de trop nombreuses personnes à Lutia. Pourtant, elle avait reçu le soutien de trop de bonnes personnes pour considérer que sa vie dans sa ville natale était terminée.
De plus, ses enfants étaient ressortis de cette expérience avec de nouveaux amis et aucun traumatisme. La seule chose qui effrayait Fenrir maintenant était l'idée que le méchant monsieur l'emmène loin de ses parents pour l'envoyer à l'académie.
La petite fille restait collée à la tête de Bash, s'excusant à plusieurs reprises.
« Je ne t'abandonnerai pas. Tu es mon meilleur ami. » renifla-t-elle. « Je n'irai pas à l'académie tant que tu ne pourras pas venir avec moi. »
Le Cron avait peu de connaissances sur les académies, mais il était familier avec les méthodes de Protector. Les mères Crons proposaient aussi aux jeunes oisillons rebelles de sauter du nid en chute libre, ce qui leur remettait toujours les idées en place.
« Merci. » répondit Bash. « Ça te dit qu'on vole un peu pour oublier cette histoire ? »