Au moment même où Ji Xiongying vivait sa « rencontre fortuite », Lü Yang était déjà arrivé dans le quartier le plus prospère de Tianjing, là où les artistes martiaux étaient les plus nombreux.
L’Académie Haoran.
Cette institution, qui détenait un volume du Livre céleste et avait ouvert la voie au quatrième pas martial, avait désormais vaguement surpassé le taoïsme et le bouddhisme, devenant la terre sainte des arts martiaux.
Pourtant, chose étrange, depuis que le quatrième pas martial avait été atteint et que sa méthode s’était largement répandue, le doyen de l’Académie Haoran, le « Lettré saint » Wang Boyuan, avait peu à peu disparu de la scène publique et s’était fait de plus en plus reclus.
De nos jours, même les hauts responsables de l’académie avaient du mal à le voir.
« Quel merveilleux site géomantique ! »
Pour ne pas attirer l’attention, Lü Yang avait dispersé sa forme et s’était transformé en une masse de qi invisible. Il observait l’Académie Haoran avec un vif intérêt.
À ses yeux, cette académie était véritablement un lieu où se rassemblaient les personnes d’exception et l’énergie spirituelle.
Dans toute la ville de Tianjing, c’était le seul endroit où l’énergie spirituelle débordait. Même un simple mortel, s’il y étudiait quelques années, pouvait développer une certaine sensibilité spirituelle et de l’intelligence.
La disposition générale de l’académie, l’emplacement de chaque salle de classe, la manière dont les fleurs, les oiseaux, les poissons, les insectes et les différents paysages y étaient agencés… Tout cela avait élevé les vulgaires « méthodes de géomancie » à un niveau supérieur, esquissant les contours d’une formation de rassemblement de l’énergie spirituelle !
Rien qu’à cela, Lü Yang comprit que ce « Lettré saint » était assurément quelqu’un d’extraordinaire.
À cette pensée, Lü Yang fit aussitôt un pas en avant et arriva directement dans une salle d’étude, au cœur de l’académie, avec l’intention de rencontrer cet homme du pays réputé.
La scène qui l’attendait dans la salle le surprit.
Car l’homme qui s’y trouvait n’était pas l’élégant lettré au chasse-mouches qu’il s’était imaginé, mais un individu débraillé qui ne cessait de boire du vin.
Était-ce donc le « Lettré saint » ?
À cet instant, l’homme débraillé releva soudain la tête et tourna vers l’endroit où se tenait Lü Yang ses yeux embrumés par l’ivresse. « Je ne m’attendais pas à recevoir la visite d’un hôte de marque. »
D’une pensée, Lü Yang reconstitua sa forme et passa du qi invisible à un corps tangible. Il joignit les mains en salut devant l’homme débraillé. « Lü Yang présente ses respects au taoïste Wang. »
« Boyuan présente ses respects à l’hôte de marque. »
L’homme débraillé lui rendit son salut, puis épousseta ses manches et se leva. « Les capacités de l’hôte de marque sont extraordinaires. Votre précédent combat contre le Roi martial de la Suppression m’a stupéfié ; à plusieurs reprises, j’ai cru qu’un immortel était descendu parmi nous. Que me vaut l’honneur de votre visite ? »
« Je souhaite discuter avec vous de la Voie du Ciel et de l’Homme. »
Lü Yang alla droit au but. « Le quatrième pas martial consiste à étudier les changements entre le Ciel et l’Homme. J’ai quelques intuitions à ce sujet, mais je n’en ai pas saisi l’essentiel. J’espère que vous accepterez de m’éclairer. »
À ces mots, Wang Boyuan cligna des yeux. « Avec vos capacités, l’hôte de marque s’intéresse donc aussi aux arts martiaux ? »
« Les pierres d’autres montagnes peuvent polir le jade. »
Lü Yang répondit d’un ton calme : « Accepterez-vous de m’enseigner ? »
À ces mots, Wang Boyuan éclata de rire. « Un visiteur reste un visiteur, surtout quand il est aussi prestigieux. Si l’hôte de marque souhaite apprendre, je partagerai naturellement tout ce que je sais sans rien vous cacher ! »
« Toutefois, la Voie du Ciel et de l’Homme est vaste et diverse. Les artistes martiaux l’ont créée selon leur compréhension du Ciel, de la Terre et d’eux-mêmes. Je ne peux donc pas vous l’exposer en détail ; je peux seulement vous expliquer brièvement ma méthode personnelle. Si vous avez des questions, vous pourrez consulter d’autres pratiquants du Ciel et de l’Homme. »
Sur ces mots, ils s’assirent face à face.
« J’appelle le quatrième pas martial “l’étude des changements entre le Ciel et l’Homme”. Il s’agit de s’appuyer sur sa propre puissance pour agir sur le Ciel et la Terre, et d’entrevoir les mécanismes célestes grâce à la force humaine ! »
« Ma “Technique d’observation du destin” fonctionne ainsi : elle repose sur les changements des Trois Talents. »
« Les Trois Talents sont le Ciel, la Terre et l’Homme. On observe d’abord l’Homme pour connaître les apparences ; puis la Terre pour comprendre la géomancie ; enfin le Ciel pour connaître le destin ! Ces trois éléments sont liés ! »
« Observer la Terre à travers l’Homme, observer le Ciel à travers la Terre, puis observer le destin à travers le Ciel. À ce stade, je peux connaître les changements du monde sans quitter mon domicile, observer les variations du destin national, savoir où frapperont les catastrophes, où éclateront les troubles civils, où les fonctionnaires seront inactifs, et où ceux qui touchent un salaire se disputeront les profits avec le peuple. Je peux en discerner la plupart. »
« Même si mes prédictions comportent encore des erreurs, je peux atteindre une précision de soixante-dix à quatre-vingts pour cent. »
À la grande surprise de Lü Yang, Wang Boyuan ne lui cacha vraiment rien et lui révéla dans son intégralité la « Technique d’observation du destin », dont les variations touchaient même à la causalité !
Bien sûr, il ne s’agissait pas véritablement de calculer la causalité.
À parler strictement, Wang Boyuan ne faisait que « deviner ». Il ne pouvait donc pas calculer les détails, mais seulement en saisir les grandes lignes et discerner certains événements précis.
Malgré tout, c’était stupéfiant !
Comment s’y prenait-il ?
Face aux interrogations de Lü Yang, Wang Boyuan secoua la tête. « Pour être honnête, un jour, j’ai eu une inspiration soudaine. Il n’y a aucune astuce. »
« Je vois. »
Lü Yang hocha la tête. Ils échangèrent encore leurs idées pendant plusieurs heures, puis il se leva pour partir et rendre visite à d’autres pratiquants du Ciel et de l’Homme.
Pendant ce temps, dans la résidence de la famille Wei,
le Patriarche de la famille Yun ouvrit son œil du Dharma et assista en silence à l’intégralité de l’échange entre Lü Yang et Wang Boyuan. Puis il détourna le regard, sans la moindre émotion.
« Ce démon est vraiment ignorant. »
Les réflexions de Wang Boyuan ne l’intéressaient pas. Nul ne savait mieux que lui qu’elles étaient le fruit de sa manipulation de la causalité !
Après tout, il ne s’agissait pas d’une méthode capable de véritablement comprendre la causalité, mais seulement de la « méthode de déduction » d’un mortel. Le Patriarche de la famille Yun n’y accordait aucune importance et ricana intérieurement : « Discuter de la Voie avec différents pratiquants du Ciel et de l’Homme, essayer de franchir un cinquième pas au-delà de mes fondations pour remettre les arts martiaux sur la bonne voie ? »
Pure folie !
Après tout, c’était lui qui avait manipulé la causalité pour permettre à Wang Boyuan de créer le quatrième pas martial et de porter la limite des arts martiaux au sommet du Raffinage du qi.
C’était déjà la limite.
Car au-delà, il y avait la Fondation !
Et comment Lü Yang pourrait-il créer une méthode pour établir sa fondation ? Aux yeux du Patriarche de la famille Yun, ses efforts étaient donc vains et dénués de sens.
D’après ses calculs, les méthodes actuelles du Ciel et de l’Homme avaient déjà perturbé la cultivation du Vol du Saint de Lü Yang. Pour dénouer la situation, il fallait d’abord tuer tous les pratiquants du Ciel et de l’Homme, puis interdire leurs méthodes. Il devait tuer les avatars de Lü Yang pour le forcer à agir en personne avec son véritable corps.
Ainsi, Lü Yang se retrouverait piégé.
De ce point de vue, Wang Boyuan n’était qu’un pion du Patriarche de la famille Yun.
Quant aux pions, le Patriarche de la famille Yun ne s’y intéressait naturellement pas. Et ce qui avait stupéfié Lü Yang ne méritait pas la moindre attention à ses yeux.
Y compris Lü Yang : même s’il le prenait au sérieux, le Patriarche de la famille Yun éprouvait toujours du mépris pour lui.
Car, au bout du compte, ils n’étaient qu’une bande de mortels.
« Avec l’“Instrument du Ciel et de l’Homme” que m’a accordé le Maître de secte, même les Vénérables de la Fondation ne peuvent détecter ma présence. Que peuvent bien faire de simples mortels ? »
Après avoir quitté l’Académie Haoran, Lü Yang se transforma de nouveau en qi invisible et parcourut les rues de Tianjing, réfléchissant soigneusement à son récent échange avec Wang Boyuan.
« Technique d’observation du destin des Trois Talents… »
À des milliers de lis de là, le véritable corps de Lü Yang ouvrit les yeux, un halo rayonnant derrière sa tête.
Le Talisman de Taiwei s’activa et calcula en silence les innombrables changements de Tianjing.
Le retour causal indiquait que tout était normal.
« Les trente prochaines années à Tianjing seront très stables, sans changement dans la causalité. C’est normal, après tout, deux pratiquants du Ciel et de l’Homme sont postés ici. »
Puis Lü Yang changea soudain d’approche. Il cessa de calculer la causalité de toute la ville de Tianjing d’un point de vue « macroscopique » et, s’inspirant de la « Technique d’observation du destin » de Wang Boyuan, commença par calculer la causalité de chaque habitant, avant de s’appuyer sur les changements des Trois Talents pour en déduire celle du Ciel et de la Terre.
Il ne faisait cela que pour vérifier la « Technique d’observation du destin ».
Mais à la seconde suivante, Lü Yang resta stupéfait.
« L’étal de petit-déjeuner de la rue de l’Est, la famille de trois personnes de Wang Erniu : d’après les calculs du Talisman de Taiwei, complétés par la Technique d’observation du destin, ils devraient avoir de nombreux descendants, et pourtant une grande calamité de mort subite les menace. »
« Chen Qing, patrouilleur des Six Portes… une grande calamité de mort subite le menace. »
« Li Chengrong : grande calamité de mort subite. »
« Liu Xinshang : grande calamité de mort subite. »
Calamité ! Calamité ! Calamité !
Presque tous ceux que Lü Yang voyait à Tianjing étaient menacés par une grande calamité de mort subite. Pourtant, quand il étendait ses calculs à la ville entière, aucun changement n’apparaissait !
Comment était-ce possible ?
Si tous les habitants de la ville étaient vraiment menacés par une grande calamité de mort subite, Tianjing tout entière aurait été enveloppée de nuages noirs. Vu son caractère, il ne s’en serait jamais approché…
« …Non, quelque chose cloche ! »
En un instant, les pupilles de Lü Yang se rétrécirent brusquement !
Du petit, on peut déduire le grand. Si l’on peut calculer le Ciel à partir de l’Homme, une personne peut se tromper ; mais si dix personnes, mille personnes, dix mille personnes sont toutes dans le même cas, alors c’est le Ciel qui a tort !
« Les mécanismes célestes et la causalité ont été brouillés… Putain, y aurait-il un Vénérable de la Fondation, dans le royaume secret, qui chercherait à me nuire ?! »