Un mois passa rapidement.
Dans sa demeure troglodytique, Lü Yang était assis en tailleur sur un coussin de méditation, tandis qu’une masse de qi blanc tourbillonnait dans sa paume.
Au bout d’un long moment, Lü Yang la projeta doucement devant lui.
Boum !
Une violente explosion retentit. Le qi blanc se dilata rapidement et se recomposa en une silhouette humaine à l’apparence identique à celle de Lü Yang, mais dont l’aura était tout autre.
L’aura du véritable corps de Lü Yang était éthérée, semblable à celle d’un immortel. Elle possédait l’essence du Dao que l’on ne trouvait que dans le vrai qi supérieur des cultivateurs authentiques.
À l’inverse, l’Incarnation du vrai qi inné de Lü Yang dégageait une énergie sanguine écrasante. Chacun de ses mouvements semblait peser mille catties, et son visage droit et beau était empreint d’une majesté innée.
« Pas mal, pas mal ! »
Contemplant l’Incarnation du vrai qi inné qu’il avait péniblement affinée en un mois, Lü Yang hocha la tête, satisfait.
En temps normal, l’Incarnation du vrai qi inné ne pouvait pas progresser.
Elle n’était qu’une masse de qi blanc, sans consistance et incapable de s’entraîner, à l’image de Lü Yang lorsqu’il avait cultivé la Lumière divine de transformation du sang du Démon céleste : son corps avait fini par se changer en ombre sanglante.
Mais les arts martiaux changeaient tout.
En renonçant à la voie de la cultivation immortelle pour se consacrer entièrement à nourrir et à affiner l’énergie sanguine, les arts martiaux convenaient parfaitement à l’Incarnation du vrai qi inné et lui permettaient de surmonter l’obstacle qui l’empêchait de s’entraîner.
« Malheureusement, je ne comprends toujours pas comment atteindre le quatrième pas. »
Pour l’instant, l’Incarnation du vrai qi inné ne possédait que la force du troisième pas des arts martiaux.
Lü Yang avait beau avoir déduit la méthode du quatrième pas, il n’avait pas encore trouvé la bonne voie.
C’était pourquoi, cette fois-ci, il comptait se rendre à Tianjing.
Il avait l’intention de rencontrer le « lettré sage », Wang Boyuan, qui avait ouvert la voie au quatrième pas des arts martiaux, dans l’espoir de puiser auprès de lui un peu d’inspiration.
« Va donc explorer les environs à ma place. »
D’une pensée, l’Incarnation du vrai qi inné de Lü Yang se désagrégea aussitôt, se changeant en un filet de qi blanc qui disparut dans le ciel en direction de Tianjing.
« Enfin, il a bougé ! »
Presque au même instant, dans la résidence de la famille Wei, à Tianjing, le « Wei Yun » de dix ans leva brusquement les yeux vers le ciel. Une lueur vive traversa ses yeux noirs.
Mais, l’instant d’après, il fronça les sourcils.
« Quelque chose cloche. Ce n’est qu’un clone. »
En observant les résultats de sa divination, le Patriarche de la famille Yun serra les dents de rage.
Après avoir attendu dix ans et déployé des efforts considérables pour manipuler le karma, il n’avait réussi qu’à attirer un clone.
Ce petit démon était-il donc si patient ?
La Secte démoniaque prônait toujours l’audace et la progression sans retenue, et voilà qu’un vieux tortue aussi prudent faisait son apparition.
Pour la première fois, le Patriarche de la famille Yun se sentit désemparé.
Il rectifia toutefois rapidement son plan.
Puisque tu as envoyé un clone, je vais trouver un moyen de le détruire et voir si ton véritable corps peut rester sans bouger !
Bien sûr, il n’agirait pas lui-même : cela ne ferait qu’alerter l’ennemi.
Le mieux était de faire éliminer le clone de Lü Yang par les artistes martiaux du royaume secret. Ils découvriraient ainsi la vérité sur cet endroit et se révolteraient.
Naturellement, cette rébellion était vouée à l’échec.
Le Patriarche de la famille Yun se fichait de leur réussite : c’était le déroulement de la rébellion qui comptait.
Une fois ces artistes martiaux sortis du royaume secret, même s’ils mouraient, leurs âmes entreraient dans le cycle de la réincarnation, empêchant le Seigneur du Dao de les récupérer.
Ils perdraient la vie, certes, mais gagneraient leur liberté.
En se réincarnant, ces milliards d’âmes viendraient étoffer l’immense réseau karmique du Ciel et de la Terre et lui apporteraient un mérite considérable.
« Ça tombe à pic. Je peux charger cette personne d’agir. »
À cette idée, le Patriarche de la famille Yun forma aussitôt un mudra pour manipuler le karma.
« Quels secrets ce Livre céleste recèle-t-il ? »
Dans le palais impérial de Tianjing, Ji Xiongying, l’un des sept célestes martiaux de l’époque, fronçait les sourcils en examinant un livre d’or posé devant lui.
Le Livre céleste se composait de quatre volumes, répartis à parts égales entre le taoïsme, le bouddhisme et le confucianisme.
Selon la légende, le dernier volume s’était perdu parmi le peuple et avait disparu sans laisser de trace.
Mais à l’insu de tous, la famille impériale de la Grande Zhou l’avait secrètement récupéré.
C’était grâce à ce Livre céleste que Ji Xiongying avait achevé les trois pas des arts martiaux avant l’âge de trente ans.
Après que le « lettré sage » Wang Boyuan eut révélé la méthode du quatrième pas, Ji Xiongying avait créé l’Autorité du monde. En mobilisant la puissance du pays pour se renforcer, il avait fini par franchir le cap et devenir un Grand Maître céleste.
Pourtant, plus il étudiait le Livre céleste, plus il se sentait anxieux.
« D’où vient le Livre céleste ? »
« Toute chose a une origine. Si le Livre céleste est si profond, seuls les immortels légendaires ont peut-être pu le créer. »
Cette pensée éveilla en Ji Xiongying une ambition sans bornes.
Même après être devenu un céleste martial, il avait constaté que son espérance de vie n’avait pas changé et restait celle d’un homme ordinaire.
Comment aurait-il pu l’accepter ?
« Je veux l’immortalité ! Je veux vivre éternellement ! »
« Je veux devenir un immortel… ! »
Une lueur rouge sang vacilla dans les yeux de Ji Xiongying.
Son désir, déjà puissant, venait d’être délibérément attisé.
En cet instant crucial…
« Qui va là ? »
Ji Xiongying leva brusquement les yeux.
Son Autorité du monde lui permettait de sentir les fluctuations de la fortune nationale de la Grande Zhou.
En tant que capitale, Tianjing était pratiquement son domaine.
À cet instant, il sentit qu’une « présence étrangère » distincte avait pénétré sur son territoire.
D’une pensée, Ji Xiongying s’imprégna aussitôt de la puissance du pays.
À cet instant, il eut l’impression que des milliards de citoyens de la Grande Zhou soutenaient son corps, lui permettant de dépasser la limite des artistes martiaux et de s’envoler jusque dans les profondeurs des nuages.
Alors, il aperçut une silhouette.
Le nouveau venu portait une robe ample qui flottait au vent. Il traversait le ciel, des nuages sous les pieds, tel un être céleste.
Seul son regard, posé sur Ji Xiongying, laissait percer une pointe de surprise.
« Tu peux vraiment voler ? »
En observant l’artiste martial devant lui, Lü Yang fit ses calculs sur ses doigts et discerna aussitôt l’identité de Ji Xiongying.
« Je vois. Un céleste a donc bien franchi la barrière des arts martiaux. »
Ji Xiongying examina à son tour Lü Yang en fronçant les sourcils.
« Ton qi n’est pas condensé, ton sang n’est pas raffiné ; seul ton esprit est à peu près convenable. On dirait que tu es un cultivateur solitaire qui suit une voie détournée. Et pourtant, tu sais voler. Tu as mis la main sur une technique secrète ? Peu importe. Une fois que je t’aurai capturé, je découvrirai la vérité ! »
Sur ces mots, Ji Xiongying passa à l’attaque !
Jusque-là, malgré son tempérament autoritaire, il n’agissait jamais sans raison.
Mais à présent, ses désirs inassouvis le rendaient fébrile.
De plus, il croyait que Lü Yang n’était pas un céleste martial.
Sans ce statut, Lü Yang n’était pas digne de lui parler d’égal à égal.
Le capturer lui permettrait donc aussi de décharger sa frustration.
« Viens ici ! »
L’instant d’après, Ji Xiongying se mit en mouvement et apparut devant Lü Yang. Ses cinq doigts se tendirent vers le cou de ce dernier, tandis que l’air sifflait avec stridence au bout de ses doigts.
Lü Yang et Ji Xiongying se tenaient désormais tout près l’un de l’autre.
Lü Yang entendait même distinctement le grondement des fleuves qui semblaient couler dans le corps de Ji Xiongying : c’était son sang qui déferlait.
Les battements de son cœur ressemblaient à ceux d’un tambour céleste, signe d’un physique incroyablement puissant.
« Sans aucun doute comparable au sommet du Raffinage du qi. »
Lü Yang était stupéfait.
En force physique pure, Ji Xiongying dépassait même Lü Yang, qui ne maîtrisait que partiellement la technique du Vol du Saint.
Un véritable monstre.
« Mais on dirait qu’il n’a rien d’autre. »
Pshht !
La seconde suivante, le sang gicla.
Ji Xiongying chancela en arrière, le choc dans les yeux, et fixa Lü Yang.
Entre eux, une « ligne blanche » s’estompait peu à peu.
C’était cette « ligne blanche » qui venait de lui ouvrir la paume.
« De quel art martial s’agit-il ? »
« Talisman de qi d’épée. »
Sous le regard stupéfait de Ji Xiongying, Lü Yang sourit calmement, sortit un papier jaune couvert de gribouillis et y mit le feu.
Boum !
À l’instant même, Ji Xiongying ressentit une douleur aiguë entre les sourcils.
Le qi d’épée qui venait de lui déchirer la paume jaillit alors du talisman en flammes !
Dans l’éclat éblouissant du qi d’épée, un visage déconcerté s’illumina.
Quoi… Qu’est-ce que c’est que ça ?