Ces derniers temps, les choses n’allaient pas fort pour le Clan du Vrai dragon.
Pour être exact, c’était Tian Qiu qui traversait une mauvaise passe, tandis que les autres Vrais dragons, à l’extérieur, étaient tous dans un enthousiasme débordant, convaincus que l’ère des Vrais dragons était enfin arrivée.
Après tout, les quatre Seigneurs du Dao ne se mêlaient plus des affaires du monde et les Souverains véritables étaient en retraite. Le Clan du Vrai dragon avait donc unifié les mers au-delà du continent. Pour ce qui était de l’Établissement des fondations, il n’avait rien à envier aux quatre grandes puissances de l’intérieur des terres. Certains Vrais dragons plus radicaux s’étaient même mis à scander des slogans, clamant qu’ils profiteraient de l’occasion pour repartir à l’assaut du continent et laver l’humiliation de leur ancienne fuite outre-mer.
Tian Qiu, lui, gardait son calme.
Il réprima sans hésiter tous les discours radicaux. Il alla même jusqu’à exécuter lui-même quelques irréductibles. Après un an ou deux, il finit par stabiliser la situation.
Mais ce n’était là que la raison apparente.
La véritable cause, au fond, tenait à la sensibilité de Tian Qiu aux liens karmiques. Ces derniers jours, pendant sa cultivation, une pensée inexplicable le frappait souvent :
« Hum ! Et si j’allais faire un tour au Jiangxi ? »
La première fois que cette idée lui était venue, Tian Qiu avait failli franchir la porte. Heureusement, il se trouvait alors en retraite dans une chambre secrète que lui avait laissée le Vieux Souverain Dragon.
Au dernier moment, la puissance résiduelle du Vieux Souverain Dragon l’avait tiré de sa torpeur.
Ce n’est qu’après cela que Tian Qiu avait fouillé le Dépôt du Dao du clan et compris ce qui se passait : c’était du karma bouddhique. Ce maudit Vénéré du Monde avait dirigé ses calculs contre lui !
« Tss. »
Dans la chambre secrète, Tian Qiu soupira en examinant le rapport de renseignements envoyé du Jiangxi. On y lisait clairement que le Vénéré du Monde y avait fait descendre une manifestation de son Corps du Dharma et éclairé un Enfant du Bouddha nommé Guang Ming.
Que pouvait-il faire ?
Après mûre réflexion, Tian Qiu conclut que sa seule option était probablement d’accélérer la domination du Clan du Vrai dragon sur les mers, afin de s’emparer d’assez de ressources pour atteindre la Formation de l’or.
S’il parvenait à obtenir le premier la 【Position du fruit de l’Eau du Fleuve céleste】, il aurait peut-être encore une chance d’échapper à ce maudit karma bouddhique.
À moins que…
« … La Cour du Dao. »
Tian Qiu leva les yeux vers le Jiangdong. « Avant de partir en retraite, Père m’a dit que si les choses tournaient vraiment au désastre, nous pourrions peut-être nous tourner vers le Jiangdong. »
À l’époque, il avait trouvé cette idée absurde et l’avait rejetée sans détour. Après tout, il savait parfaitement quel genre de transactions son clan entretenait avec la Cour du Dao : ceux qu’on y envoyait n’étaient que de la chair à canon. À quoi bon se tourner vers eux ? Mais à présent, acculé, Tian Qiu se rappela une nouvelle fois les dernières paroles du Vieux Souverain Dragon.
« Ça vaut peut-être le coup d’essayer ? »
« Je me souviens de ce groupe de Vrais dragons envoyé au Jiangdong… Le chef, c’était ce garçon Duhuan, non ? Il a peut-être déjà réussi à se faire une place à la Cour du Dao. »
« Reste à savoir si sa position est assez élevée… assez pour me protéger. »
À cette pensée, Tian Qiu eut un petit rire et secoua la tête. « Qu’est-ce que je raconte ? Même si sa position était très élevée, la Cour du Dao ne s’opposerait jamais au Vénéré du Monde pour moi. »
— À moins qu’il ne s’agisse de l’Enfant céleste de la Cour du Dao.
« Enfin, si je devais mourir sous les coups d’un cultivateur bouddhiste, le Clan du Vrai dragon n’échapperait probablement pas non plus à l’anéantissement. Autant en envoyer quelques-uns en secret au Jiangdong, au moins pour préserver notre lignée. »
Tandis que Tian Qiu réfléchissait, un bruit retentit soudain derrière la porte de la chambre secrète. En sortant, il vit sa chère petite sœur Suiling, qui affichait une expression étrange. « Grand frère, des dragons du Jiangdong sont arrivés. Ils sont nombreux… mais ils ont tous l’air un peu fous. »
« … Quoi ? »
Tian Qiu pencha la tête, sans bien comprendre ce que voulait dire Suiling. Fous ? Quelle plaisanterie ! Les Vrais dragons naissaient au stade de l’Établissement des fondations ; comment pouvaient-ils devenir fous ?
« Allons voir. »
Tian Qiu prit forme humaine et sortit d’un pas tranquille. Bientôt, une voix exaspérée lui parvint de loin : « Mon oncle, deuxième oncle, grand cousin, deuxième cousin, troisième oncle, cousin… Nous ne mentons vraiment pas, la Cour du Dao appartient désormais à notre Clan des dragons ! Nous sommes venus vous ramener pour que vous profitiez de la vie ! »
Tian Qiu : « ??? »
Ils étaient vraiment devenus fous ?
Le visage de Tian Qiu se durcit. Il s’avança rapidement et observa l’homme qu’un groupe de Vrais dragons entourait. Il le reconnut aussitôt :
« Du’an ? Que se passe-t-il ? Tu me reconnais encore ? »
L’homme nommé Du’an s’illumina de joie. « Votre Altesse ! Vous voilà enfin. Le Seigneur Duhuan m’a chargé de vous remettre ceci en personne. »
Sur ces mots, il sortit un fragment.
Les pupilles de Tian Qiu se contractèrent à sa vue : il connaissait trop bien ce fragment. Ce n’était autre que la précieuse 【Conque de commandement des mers】 que le Vieux Souverain Dragon avait passé des années à raffiner !
« Alors Duhuan l’a vraiment envoyé ? »
À voir son apparence, l’homme ne semblait pas avoir subi le moindre dommage à sa conscience spirituelle. Mais ces absurdités qu’il débitait… Que voulait-il dire par « la Cour du Dao appartient à notre Clan des dragons » ?
« … Très bien. »
Tian Qiu ne paniqua pas. Après tout, il se trouvait à l’apogée de l’Établissement des fondations ! Sa cultivation de la 【Position du fruit de l’Eau du Fleuve céleste】 était une position suprême du fruit. Ses blessures avaient beau avoir diminué tout son potentiel de combat, il possédait encore une grande clairvoyance en matière de karma et de causalité. Remonter les liens de cause à effet était un jeu d’enfant.
Sur cette pensée, Tian Qiu effectua rapidement un calcul : 【Aucune anomalie détectée】
Quoi ? Ils prétendent que la Cour du Dao nous appartient, et il n’y aurait aucune anomalie ? Ça ne pouvait être qu’une protection karmique. Il devait y avoir une énorme machination derrière tout ça.
De plus en plus inquiet, Tian Qiu fit un nouveau calcul :
【Vraiment aucune anomalie.】
Bon sang ! Le ciel devait être sens dessus dessous ! J’étais un cultivateur éminent au sommet de l’Établissement des fondations, juste en dessous des Seigneurs véritables, et je n’arrivais toujours pas à déduire ces liens de cause à effet ? Je refusais d’y croire.
Recommence !
À cet instant, Tian Qiu mobilisa son pouvoir spirituel. Des pouvoirs divins déferlèrent autour de lui tandis qu’il cherchait à remonter les liens de cause à effet… pour découvrir que la direction semblait… mauvaise ?
« Pourquoi ça monte ? »
Tian Qiu leva les yeux et vit, sur la voûte céleste dépourvue d’étoiles, une lueur semblable à une flamme s’allumer soudain. Elle le fixait d’en haut comme un œil.
【Feu céleste】 ?
Ça sentait mauvais !
Le visage de Tian Qiu changea du tout au tout. Mais quelle que fût sa vitesse de réaction, il ne pouvait rivaliser avec celle d’une Position du fruit. Une traînée de feu céleste s’embrasa sur son corps et le dévora aussitôt de la tête aux pieds.
Un long moment s’écoula avant que Tian Qiu ne parvienne enfin à éteindre le feu céleste. Il n’était pas mort, mais il était noirci et couvert de cendres, ses vêtements et ses objets magiques réduits en lambeaux. Son visage était entièrement calciné… Pourtant, ses yeux brillaient d’extase :
« La faveur de la Position du fruit ! C’est la faveur de la Position du fruit ! »
En tant que prince héritier du Clan du Vrai dragon, Tian Qiu n’était pas un imbécile. Il comprit aussitôt : cette scène s’était produite parce qu’il avait touché à un interdit.
« Subir le contrecoup du 【Feu céleste】… J’ai dû calculer quelque chose au sujet de son favori. »
« Et dans le monde actuel, seul Duhuan cultive le 【Feu céleste】. »
« Mais pour recevoir une telle faveur du 【Feu céleste】, il faut être parfaitement en accord avec sa volonté… alors… cela signifie-t-il que la Cour du Dao est vraiment devenue nôtre ? »
À cette révélation, les yeux de Tian Qiu s’écarquillèrent. Il resta longtemps sans parvenir à prononcer un mot.
Bien que sa raison eût déjà déduit la logique et abouti à une conclusion irréfutable, ses émotions peinaient encore à l’accepter.
Comment avait-il réussi ?
L’instant d’après, Tian Qiu reprit soudain ses esprits : qu’importait la manière ? L’essentiel, c’était que Duhuan y était arrivé ! Lui et le Clan des dragons étaient sauvés !
« Qu’est-ce que vous attendez encore ? »
À cette pensée, Tian Qiu pivota et lança d’une voix autoritaire aux autres Vrais dragons : « Faites vos bagages. Tout de suite. Le clan entier me suivra au Jiangdong ! »
« Au Jiangdong ? »
À côté de lui, Suiling demanda avec curiosité : « Pour aller voir Duhuan ? »
« Surveille tes paroles ! »
La voix de Tian Qiu s’éleva brusquement. Le visage grave, il fixa Suiling. « Vous feriez mieux de bien vous tenir : celui que nous allons voir doit désormais être appelé 【Sa Majesté】 ! »