Au large, à la Porte des Quatre Mers.
Après la chute du Jiao céleste, le lieu où se dressait le Palais du Dragon de l’Île orientale sombra dans le chaos. Le qi démoniaque déferlant menaçait d’engloutir tout le Palais du Dragon.
La mésaventure du Vénérable Suo Huan n’avait rien d’exceptionnel.
Depuis des années, le royaume outre-mer souffrait sous le joug du Palais du Dragon. Pour réunir des ressources, le Clan du Vrai dragon avait pillé presque tout ce qui se trouvait outre-mer, ne laissant rien d’exploitable derrière lui.
Si la situation était restée aussi stable que le mont Tai, c’était uniquement parce que le Palais du Dragon avait le Jiao céleste, un Vrai dragon au stade de Perfection suprême de la Fondation, pour tout maintenir sous sa coupe.
Mais à présent, le Jiao céleste était mort.
On ne pouvait donc reprocher à personne de se retourner contre eux. Après tout, les richesses du Clan du Vrai dragon étaient connues de tous. Qui n’aurait pas voulu profiter de la confusion pour saisir cette rare occasion de faire un gros butin ?
Au pire, il suffisait de fuir à l’intérieur des terres après le pillage.
La loi ne pouvait punir tout le monde.
Chacun se berçait d’un peu d’illusions : « Si je ne prends qu’un peu, même si le Seigneur Dragon revient, il ne m’en tiendra peut-être pas rigueur. Et si je me cache à l’intérieur des terres, je serai peut-être tiré d’affaire. »
Trésors spirituels, techniques du Dao, pouvoirs divins…
Ils s’abattirent sur le Palais du Dragon comme des vagues déferlantes, mais une immense formation s’éleva et les réduisit aussitôt tous à néant.
Au même moment, des silhouettes jaillirent du Palais du Dragon, chevauchant leurs rayons de fuite vers l’extérieur et révélant leur véritable apparence. Parmi elles se trouvaient des soldats-crevettes et des généraux-crabes, des descendants de la Lignée de vrai dragon, et même un ou deux vieux dragons au stade avancé de la Fondation. Ils présidèrent alors à la formation et s’empressèrent de stabiliser la situation pour empêcher son effondrement total.
« Qui ose s’introduire dans mon Palais du Dragon ?! »
« Vous cherchez la mort ! N’avez-vous pas peur que le Seigneur Dragon revienne et règle ses comptes avec chacun d’entre vous ?! »
« Tenez la formation ! »
Le Palais du Dragon fut plongé dans le tumulte, tandis que les trois autres puissances de la Porte des Quatre Mers gardaient leurs portes hermétiquement closes, choisissant clairement de fermer les yeux.
« Voilà donc la grande formation du Palais du Dragon. »
Au loin, Lü Yang observa les lieux avec méfiance. Après tout, cette puissance était présidée par un Seigneur véritable. Avec une telle formation pour la protéger, nul ne pouvait espérer s’y introduire.
Bien sûr, Lü Yang n’allait pas se mêler ouvertement au chaos. Il suivit plutôt la « voie secrète » dont le Vénérable Suo Huan lui avait parlé. Elle se trouvait sur une île isolée, à une dizaine de milliers de mètres du Palais du Dragon. On y avait installé un réseau de téléportation qui permettait de contourner l’entrée principale et de pénétrer directement dans le Palais du Dragon.
« Le Palais du Dragon laisse vraiment une telle voie secrète exister ? »
Voyant le doute de Lü Yang, le Vénérable Suo Huan répondit avec un sourire calme : « Votre serviteur ignore ce qu’il en est exactement, mais cette voie secrète servait à l’origine au Palais du Dragon pour sortir discrètement. »
« À son usage exclusif ? » Lü Yang haussa un sourcil.
« Exactement. »
Le Vénérable Suo Huan expliqua : « J’ignore les détails, mais j’ai découvert par hasard que c’était ici que le Palais du Dragon commerçait secrètement avec la Cour du Dao. »
Commerçait avec la Cour du Dao ?
À ces mots, Lü Yang se caressa le menton. Il ne craignait pas que le Vénérable Suo Huan le trompe. Puisqu’il était sous l’emprise de la Bannière des myriades d’esprits, il lui était impossible de mentir sans que cela se remarque.
Bientôt, Lü Yang et le Vénérable Suo Huan pénétrèrent dans la formation. Des motifs lumineux apparurent et se répandirent. Le décor devant Lü Yang se transforma ; en un clin d’œil, il se retrouva dans un palais isolé. De l’extérieur leur parvenaient, étouffés, les cris innombrables des combattants et des mourants.
« Nous sommes vraiment entrés ! »
Lü Yang n’en fut que plus stupéfait. Une voie secrète capable de contourner la formation défensive du Palais du Dragon et de mener directement à l’intérieur devait être entourée du plus grand secret.
Autrement, alors que le Palais du Dragon était plongé dans le chaos et coupé du monde extérieur, le Clan du Vrai dragon aurait dû depuis longtemps condamner cette voie.
Si elle était encore intacte, c’était bien la preuve que très peu de gens en connaissaient l’existence — peut-être seulement le Seigneur Dragon et le prince héritier, le Jiao céleste.
À cette pensée, Lü Yang tendit aussitôt la main.
L’instant d’après, un beau jeune homme aux cornes acérées apparut à ses côtés. Ce n’était autre que le Jiao céleste, que le monde extérieur croyait déjà mort !
Après tout, il avait été un Vrai dragon au stade de Perfection suprême de la Fondation.
Et puisque Lü Yang avait appris à être économe et à ne rien gaspiller au sein de la Secte sacrée, il utilisait naturellement toutes les ressources à sa disposition. Comment aurait-il pu laisser un dragon pareil se réincarner tranquillement ?
Bien sûr, il l’avait raffiné pour en faire un Esprit de bannière, lui accordant ainsi un sort des plus tordus.
« Quel est cet endroit… ? »
« Une salle secrète aménagée par mon père », répondit honnêtement le Jiao céleste, devenu Esprit de bannière. « Je venais généralement ici pour négocier avec la Cour du Dao de Jiangdong. »
« Négocier quoi ? »
« L’entrée des Vrais dragons au sein de la Cour du Dao. »
Le Jiao céleste révéla un secret fracassant : « Père a toujours souhaité retourner sur le continent. Dans ce but, il a pris contact avec la Terre pure du Jiangxi et la Cour du Dao de Jiangdong. »
« La Terre pure du Jiangxi était toutefois trop sinistre. Même Père restait évasif à son sujet. Il a fini par choisir de coopérer avec la Cour du Dao de Jiangdong. La Cour du Dao a accepté de nous laisser revenir à l’intérieur des terres en tant que totems nationaux et de reprendre le contrôle des eaux de Jiangdong. En échange, nous devions renoncer à notre statut de Nobles du Ciel, conféré par notre destin de naissance. »
Lü Yang comprit bientôt les tenants et les aboutissants.
En bref, la famille impériale Tianwu de la Cour du Dao convoitait depuis longtemps le noble destin du Clan du Vrai dragon : celui de naître avec une cultivation de la Fondation. Elle voulait se l’approprier.
Elle avait donc cherché à recruter les Vrais dragons.
Les conditions proposées par la Cour du Dao étaient généreuses : devenir des totems nationaux, partager le destin du pays et même conserver une autonomie partielle.
Les deux parties avaient même conclu un accord préliminaire.
Cent ans auparavant, le Seigneur Dragon avait secrètement envoyé un groupe de jeunes dragons à la Cour du Dao et leur avait confié la gestion des cours d’eau à titre d’essai. Les deux parties s’étaient déclarées satisfaites des résultats.
Mais les plans ne résistaient pas aux imprévus.
Une coopération plus poussée était prévue. Mais avec l’apparition de l’Oncle Chong Guang et la retraite des Seigneurs véritables du monde, l’affaire était restée en suspens.
Tandis qu’il mémorisait ces renseignements précieux, Lü Yang lança aussi un pouvoir divin pour dissimuler sa présence. Puis, guidés par le Jiao céleste, le Vénérable Suo Huan et lui avancèrent sans encombre jusqu’aux profondeurs du Palais du Dragon. Ils s’arrêtèrent enfin devant un palais en forme de dragon lové.
Le Trésor du Palais du Dragon !
La salle entière avait la forme d’un dragon lové, et sa porte représentait une tête de dragon aux yeux clos. Son immobilité silencieuse dégageait une oppression indicible.
« Cet endroit aussi a été aménagé par Père. »
Le Jiao céleste murmura : « Autrefois, au sein même du Clan du Vrai dragon, j’étais le seul à pouvoir y entrer, car mon sang était le plus pur : j’étais le deuxième fils de Père. »
« Seulement, maintenant… »
Le Jiao céleste parut embarrassé.
Pour conserver son état après la mort, il fallait entrer de son plein gré dans la bannière. Or, puisqu’il avait été tué puis raffiné de force par Lü Yang, il ne pouvait plus garder sa lignée.
« Ce n’est pas grave. »
Lü Yang sourit. Lui aussi était désormais un Vrai dragon. Le 【Livre des cent vies】 lui avait conféré un talent de lignée qui surpassait sans doute celui du Jiao céleste.
Sur cette pensée, il s’avança devant le Trésor du Palais du Dragon.
L’instant d’après, la porte en forme de tête de dragon trembla. Ses yeux hermétiquement clos s’ouvrirent brusquement et un rayon de lumière divine frappa Lü Yang.
La porte en forme de tête de dragon se mit alors à bouger.
Dans un grondement sourd, les mâchoires du dragon s’ouvrirent lentement, dévoilant un éblouissant éclat de trésors !
« Hiiiss ! »
En un instant, Lü Yang et le Vénérable Suo Huan étouffèrent à toute vitesse la lumière des trésors, veillant à ce qu’aucune lueur ne s’échappe à l’extérieur.
À moi. Tout est à moi !
À cet instant, Lü Yang n’eut qu’une pensée :
Emportons tout ! Prenons tout !
Le Clan du Vrai dragon avait toujours vénéré la lignée. À présent que le Seigneur Dragon était en retraite et que le Jiao céleste était mort, j’étais, par le sang, le véritable héritier du Seigneur Dragon !