À quel point le Clan du Vrai dragon était-il riche ?
Tout le monde savait que les Vrais dragons roulaient sur l’or : après tout, ils étaient les nobles rejetons du Ciel et de la Terre, issus d’une ancienne lignée et protégés par des Seigneurs véritables. Il leur était tout simplement impossible d’être pauvres.
Mais à quel point, exactement ?
Sur ce sujet, le Clan du Vrai dragon avait toujours gardé un silence absolu, sans jamais laisser filtrer le moindre détail… jusqu’à aujourd’hui. Lü Yang venait enfin de le voir de ses propres yeux.
À peine entré dans le trésor…
Lü Yang fut pris au dépourvu : la salle du trésor n’était pas grande du tout. Ce n’était qu’une petite pièce, avec un bureau et une bibliothèque de chaque côté.
Lü Yang resta bouche bée.
Il le vit clairement : le bureau et les bibliothèques étaient tous en bois, mais une aura que Lü Yang ne connaissait que trop bien les parcourait : le qi des Esprits immortels !
« Ce sont des Esprits immortels mort-nés ? Ils n’ont pas été menés à terme, n’ont jamais vu le jour et ont péri dans le ventre de leur mère ? Ce bureau, ces étagères… ils sont tous en Bois Jia ? C’est ça. Ils ont été façonnés à partir d’un Esprit immortel de Bois Jia mort-né ! »
Le luxe atteignait là des sommets absurdes !
Une matière spirituelle de ce rang suffisait à forger un trésor spirituel supérieur de premier ordre, voire à être directement raffinée en matière de Gang céleste ou de Démon terrestre, avec encore de la puissance en réserve !
Et pourtant, ici, elle ne servait qu’à poser des objets.
Lü Yang porta son regard sur les objets disposés sur le bureau et les étagères. Sur le bureau reposaient un texte taoïste et les quatre trésors du lettré : pinceau, encre, papier et pierre à encre.
Chacune des deux bibliothèques contenait trois objets.
Sur celle de gauche se trouvaient une théière, un sceau et une pierre de jade percée de sept orifices.
Sur celle de droite, il y avait une petite boîte, une sphère de cristal et un trait de lumière dorée éblouissante, enfermé dans un flacon émaillé et si brillant qu’il en devenait presque aveuglant.
« Putain de merde ! »
Lü Yang ne reconnaissait peut-être pas les autres objets, mais ce trait de lumière dorée dans le flacon… il le connaissait mieux que personne.
C’était une Nature du Métal !
Aussitôt, Lü Yang activa son Cœur exquis pour l’examiner.
La Nature du Métal apparut à son sens spirituel sous la forme d’un dragon Chi blanc féroce, grondant les crocs découverts, ses immenses yeux de dragon fixés sur lui d’un air menaçant.
Lü Yang forma un sceau de ses doigts et en déduisit aussitôt l’origine.
« C’est… ce Chi blanc ! »
Le fils aîné du Souverain Dragon, le précédent prince héritier du Palais du Dragon avant Jiao céleste, avait été autrefois le candidat le plus prometteur parmi les Vrais dragons pour atteindre le Noyau d’or. Les Quatre Grandes Puissances l’avaient finalement attiré hors de son repaire et tué.
« Après la mort de mon frère aîné, un Péché du Dao est apparu. Père l’a réprimé et l’a raffiné en Nature du Métal. Elle est conservée ici depuis. »
Le ton de Jiao céleste était calme.
« La coopération de Père avec la Cour du Dao ne visait pas seulement à trouver une voie de survie pour notre race : il gardait aussi l’espoir de ressusciter mon frère. »
« Ah ? »
Lü Yang haussa un sourcil. « Le Péché du Dao était déjà né ; son âme a dû se réincarner depuis longtemps, ou se dissiper complètement. Qu’est-ce que tu comptes faire d’une simple Nature du Métal pour le ressusciter ? »
« Ça, je n’en sais rien. »
Jiao céleste secoua la tête. « Je sais seulement que Père a consacré d’innombrables efforts à créer cet Art véritable de troisième rang, uniquement pour préparer le retour de mon frère. »
Lü Yang suivit son geste et regarda le texte taoïste posé sur le bureau.
« Chapitre du dragon de la Parole céleste et Flamme radieuse » !
Lü Yang le balaya de son sens spirituel et fronça aussitôt les sourcils.
C’était bel et bien un Art véritable de troisième rang, mais, à sa grande surprise, il n’était pas destiné aux Vrais dragons ni aux cultivateurs bestiaux : il avait été conçu pour des cultivateurs à forme humaine.
Et pas n’importe lesquels.
« D’après Père, rejoindre la Cour du Dao présente des avantages et des inconvénients. L’avantage, naturellement, c’est de revenir dans les Terres intérieures et de bénéficier du soutien de la Cour du Dao. Cela renforcerait considérablement le Clan du Vrai dragon. »
« L’inconvénient, en revanche, c’est qu’en nous plaçant sous l’autorité de la Cour du Dao, notre rang spirituel chuterait. D’un point de vue conceptuel, ce serait comme abaisser notre statut divin. À partir de là, les Vrais dragons ne naîtraient plus avec l’Établissement de la Fondation comme prérogative : ils ne seraient que des bêtes douées d’un talent convenable, ce qui réduirait considérablement le potentiel du clan. »
« Mais il existe un moyen d’éviter cet inconvénient. »
À ces mots, Jiao céleste baissa instinctivement la voix.
« Il faut se rebeller ! Renverser la maison royale Tian Wu et mettre le Clan du Vrai dragon à sa place ! »
À ces mots, Lü Yang se figea.
« Hein ? »
Se rebeller sous le règne de la Cour du Dao ?
C’était de la folie !
« Vous l’ignorez, maître. » Jiao céleste secoua la tête et s’expliqua : « La Cour du Dao de Jiangdong est différente des trois autres grandes factions : elle autorise les rébellions. »
« Les grands courants du monde… longtemps divisés, ils doivent s’unir ; longtemps unis, ils doivent se diviser. »
« C’est tout simplement la Loi du Ciel. »
« Avant la maison royale Tian Wu, c’était la lignée impériale Zouyu qui régnait, en possession de la Position du fruit de la Terre du Mur de la ville. Quelle arrogance ! Et pourtant, elle a fini par tomber comme les autres. »
« Le plan de Père est donc le suivant : après avoir rejoint la Cour du Dao, attendre le bon moment. Lorsque le trône impérial sera vacant, faire réincarner la Nature du Métal de mon frère, lui transmettre ce “Chapitre du dragon de la Parole céleste et Flamme radieuse” et le laisser prendre part à la lutte pour le trône, avec le soutien total du Clan du Vrai dragon. »
« Et le Seigneur du Dao ne va pas s’en mêler ? »
« Bien sûr que non ! »
Jiao céleste eut un petit rire. « Le Seigneur du Dao voit bien trop loin pour s’occuper de ce genre de choses. De plus, une fois notre clan intégré à la Cour du Dao, nous ferons partie de son système intérieur. »
« Qui plus est, Père a spécialement créé ce “Chapitre du dragon de la Parole céleste et Flamme radieuse” pour gagner l’approbation du Seigneur du Dao. »
« En tant qu’Art véritable de troisième rang, la Position du fruit qu’il vise est le Feu céleste au-dessus, l’élément Feu suprême. Jusqu’ici, personne n’a réussi à l’obtenir. »
« Si notre Clan du Vrai dragon parvient à l’obtenir et à accéder à la lignée royale de la Cour du Dao, cette Position du fruit sera intégrée à la hiérarchie officielle de la Cour. Un avantage aussi considérable… comment le Seigneur du Dao pourrait-il le refuser ? Surtout après que la Terre du Mur de la ville est tombée aux mains de la Terre pure : la Cour du Dao ne pourrait que s’en réjouir ! »
« Je vois… »
Ce n’est qu’alors que Lü Yang comprit tout le plan du Clan du Vrai dragon. Pour ce qui était de « blanchir sa réputation et se rendre respectable », il fallait reconnaître que la stratégie était particulièrement bien ficelée.
Mais ce qui l’intéressait encore davantage, c’était ceci :
« Ce “Chapitre du dragon de la Parole céleste et Flamme radieuse”… pourrait être parfait pour moi ! »
Lorsque le Souverain Dragon avait créé cette technique, il avait délibérément intégré une restriction : selon sa conception, seuls les descendants de dragon à forme humaine pouvaient la cultiver.
Et il ne suffisait pas qu’une bête prenne forme humaine et se déguise. Il fallait réellement posséder un corps humain et le noble rang de la Lignée de vrai dragon — une transformation complexe et fastidieuse. Même le Souverain Dragon aurait eu beaucoup de mal à créer un tel être.
Autrement dit, malgré son rang d’Art véritable de troisième ordre…
Personne au monde ne pouvait actuellement le cultiver. Même le premier niveau, celui de la Condensation du qi, était inaccessible, sans parler de s’en servir pour établir ses fondations.
Mais pour Lü Yang, tout cela ne posait aucun problème.
Grâce au talent doré : la Lignée de vrai dragon !
À cet instant, Lü Yang répondait à tous les critères du « descendant de dragon à forme humaine », aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Cette technique aurait tout aussi bien pu être conçue sur mesure pour lui !
À vrai dire, si la Lignée de vrai dragon ne lui avait pas été accordée par le Livre des cent vies, et si le « Chapitre du dragon de la Parole céleste et Flamme radieuse » n’avait pas clairement fait partie du plan du Souverain Dragon depuis des années, il aurait soupçonné quelqu’un de le manipuler.
Car cette coïncidence était vraiment trop troublante.
« Ne me dites pas qu’il y a encore un piège… »
À cette pensée, Lü Yang se massa les tempes, incapable de savoir quoi en penser. Il ne pouvait que remettre la question à plus tard et se tourner vers les autres objets du trésor.
Comme les quatre trésors du lettré posés sur le bureau, à l’exception du « Chapitre du dragon de la Parole céleste et Flamme radieuse ».
À première vue, ils n’avaient rien de remarquable. Mais lorsque Lü Yang activa son Cœur exquis et perça l’illusion, il en resta presque les yeux exorbités.
Pinceau : Terre Wu.
Encre : Feu Wu.
Papier : Terre Ji.
Pierre à encre : Terre Wei.
« Feu céleste au-dessus… Bon sang, ce sont les éléments de Gang céleste et de Démon terrestre qui lui correspondent ! Le Souverain Dragon avait déjà tout préparé pour son fils ! »
À cet instant, Lü Yang trembla de rage.
Alors, voilà à quoi ressemblait la vie d’un immortel de deuxième génération ?
Il se rappela toutes les épreuves qu’il avait endurées pour réunir des matériaux de Gang céleste et de Démon terrestre…
Bande de riches bâtards ! Ce monde ne cessait de sombrer dans la décadence à cause de tous ces parasites qui se reposaient sur leurs relations et brûlaient les étapes !
… Non, attends. Moi aussi, je suis un Vrai dragon maintenant.
Dans ce cas, ces biens ne m’appartiennent-ils pas, techniquement ?
Alors, tout va bien !