« C’est fini ! »
À cet instant, le cœur du Vénérable Vimalakirti sombra à moitié. Il sentit tout son corps se glacer, comme s’il venait de traverser une grotte de glace.
Il ne connaissait pas Hong Ju.
C’était tout à fait normal. Après tout, même au sein de la Secte du Saint primordial, personne ne connaissait Hong Ju, à part les Seigneurs véritables et quelques personnes impliquées dans le Feu de la lampe renversée.
À l’époque, lorsque le Taoïste Hong Yun avait aidé Hong Ju à atteindre le royaume de l’établissement de la Fondation, au stade de la Perfection suprême, c’était précisément pour faire de lui son atout secret, afin de reprendre un jour sa position.
À quoi bon annoncer publiquement l’existence d’un atout secret ?
Il fallait naturellement le garder caché pour qu’il soit efficace.
De plus, le Vénérable Qingcheng Feixue l’avait délibérément dissimulé.
Personne n’avait donc prévu son apparition.
Tous les cultivateurs au stade avancé du royaume de l’établissement de la Fondation, même ceux au stade de la Perfection suprême, étaient surveillés.
Le moindre mouvement de quiconque suscitait une réaction correspondante de la part des différentes factions.
Hong Ju, lui, était le seul à se tenir à l’écart.
Son apparition soudaine terrifia donc le Vénérable Vimalakirti. Ces yeux brillants comme des lampes lui transpercèrent le cœur.
« Qui est donc cet homme !? »
« Dans ce monde, quel cultivateur de l’établissement de la Fondation au stade de la Perfection suprême, doté de tous ses pouvoirs divins, n’est pas connu des Seigneurs véritables de toutes les factions ? »
« Comment un tel homme a-t-il pu surgir de nulle part !? »
L’esprit du Vénérable Vimalakirti s’emballa, traversé par d’innombrables pensées. Pourtant, dans son champ de vision, une mer de flammes déchaînées jaillit soudain. Ce n’est qu’alors qu’il comprit que ses yeux avaient pris feu.
Des flammes jaillirent sans prévenir de son corps, consumant ses organes internes. Elles s’échappèrent de ses sept orifices et embrasèrent sa robe de moine.
Pendant tout ce temps, Hong Ju n’avait même pas formé de sceau manuel ni lancé de sort.
Il lui avait simplement rendu son regard, et cela avait suffi à le transformer en torche humaine !
« Aaaah !!! »
Réduit à un homme de flammes, le Vénérable Vimalakirti poussa soudain un rugissement tonitruant.
Des chants bouddhiques résonnèrent comme le tonnerre tandis qu’il ouvrait grand la bouche, libérant un art taoïste d’une profondeur inouïe.
« Technique de l’évasion par la lumière de l’esprit ! »
Là où va l’esprit, la pensée suit !
Il avait étudié cette technique de l’évasion par la lumière de l’esprit pendant des centaines d’années.
Parmi les Vénérables de la Terre pure, il était le seul à l’avoir maîtrisée à ce point, ce qui faisait de lui le plus rapide à fuir.
C’était pour cette raison que la Terre pure l’avait envoyé à Jiangbei.
Grâce à cette technique de l’évasion par la lumière de l’esprit, même face à un cultivateur de l’établissement de la Fondation au stade de la Perfection suprême, il avait encore une chance sur deux de s’échapper. Il n’était pas condamné d’avance !
L’instant d’après, le Vénérable Vimalakirti s’élança dans le ciel.
Cette tournure inattendue ralluma en lui une lueur d’espoir. Mais à peine l’espoir avait-il surgi que sa plateforme spirituelle sembla se couvrir d’une couche de poussière.
D’innombrables pensées parasites jaillirent toutes à la fois.
« Cet homme m’a tant humilié. Pourquoi ne pas lui donner une leçon avant de partir ? »
« Rien ne presse. Amusons-nous encore un peu avec lui ! »
« Moi, Vimalakirti, je n’ai jamais perdu contre personne de toute ma vie ! Même si ma cultivation est légèrement inférieure et mes pouvoirs divins un peu moins puissants, qu’ai-je à craindre de la mort ? Au pire, nous nous battrons jusqu’au bout ! »
Lorsque le Vénérable Vimalakirti parvint enfin à se libérer de ces pensées parasites, il s’aperçut que la grande main de Hong Ju s’était déjà posée doucement sur le sommet de son crâne.
Crac !
Un seul coup de paume, et son esprit céleste vola en éclats !
À cet instant, le Vénérable Vimalakirti écarquilla les yeux, incrédule.
Son Corps d’or indestructible, dont il avait toujours été si fier, se brisa comme du verre au moindre contact.
De sa chair et de son sang pulvérisés, son âme s’éleva.
Ce n’est qu’alors qu’un rayon de lumière blanche jaillit enfin du vide et enveloppa l’âme du Vénérable Vimalakirti, l’empêchant de tomber dans le cycle des réincarnations.
Sous la bénédiction de cette lumière blanche, le Vénérable Vimalakirti comprit enfin pourquoi il avait été si hébété et absolument impuissant face à Hong Ju.
Au-dessus de sa tête était apparu, sans qu’il s’en aperçoive, un livre qui se feuilletait lentement.
Une courte phrase y était clairement inscrite.
【Vimalakirti meurt de ma main】
« Je vois… » L’âme du Vénérable Vimalakirti trembla de rage.
« Un cultivateur de l’établissement de la Fondation au stade de la Perfection suprême m’a tendu une embuscade à l’aide d’un trésor porteur de destinée… Quelle conduite méprisable. »
Un cultivateur de l’établissement de la Fondation au stade de la Perfection suprême, capable de l’écraser en combat direct !
Et pourtant, il avait encore eu recours à un trésor porteur de destinée pour lui tendre un piège, le poussant à lui envoyer son sens divin comme un imbécile.
C’était une pure moquerie, voire une humiliation délibérée !
Hong Ju ne prêta toutefois aucune attention à la colère du Vénérable Vimalakirti.
« La lumière qui guide de la Terre pure. »
Il retira sa main, recula d’un pas et leva les yeux au ciel.
Là-haut, les nuages s’amoncelaient en couches successives, laissant vaguement apparaître l’image d’une tête de Bouddha.
Boum !
Des éclairs zébrèrent les nuages et explosèrent dans les yeux du Bouddha.
« … Bodhisattva, veuillez me pardonner. »
À cette vue, Hong Ju eut un rire amer.
« Moi, humble serviteur, je ne cherche qu’à survivre. Je vous implore, grand Bodhisattva, de faire preuve de magnanimité et de ne pas vous formaliser pour un homme de basse condition comme moi. »
Avant même que ses paroles ne se soient dissipées, un reniflement glacial retentit soudain.
« Moine chauve, rentre chez toi ! »
En un instant, la neige se mit à tomber sous le ciel estival.
Un vent furieux dispersa l’image nuageuse de la tête du Bouddha dans le ciel, coupant court au regard courroucé venu de la Terre pure, au-delà de Jiangbei.
La seconde suivante, toutes les apparitions s’évanouirent.
L’âme de Vimalakirti, guidée par la lumière de la Terre pure, retourna dans cette dernière.
C’était l’un des avantages d’atteindre le stade de la Perfection suprême dans la Terre pure.
Nul besoin de se réincarner.
Même après la mort, il suffisait de se reformer au sein de la Terre pure, à l’abri des souffrances du cycle des renaissances.
À cette vue, Hong Ju poussa enfin un soupir de soulagement.
Il jeta d’abord un regard en direction du Col de Zhalong.
Puis, il se retourna vers la Secte du Saint primordial.
Bientôt, une voix ténue flotta dans les airs.
« Puisque la Terre pure a agi, vous pouvez agir à votre tour. »
Quand la voix se tut, personne, dans aucune faction, ne répondit.
On aurait dit que tous approuvaient tacitement cette décision.
Voyant cela, Hong Ju n’hésita plus et se dirigea aussitôt vers le Col de Zhalong.
En un clin d’œil, il apparut dans une chambre secrète.
À l’intérieur, Lü Yang manipulait toujours la formation pour recueillir tous les sens divins du Vénérable Vimalakirti.
Presque aussitôt, Lü Yang leva la tête et regarda dans sa direction.
« … Salutations, aîné. »
Lü Yang réagit rapidement. Il s’inclina aussitôt et ajouta :
« Puis-je savoir si vous vous êtes occupé de ce moine ? Y a-t-il quelque chose que ce cadet puisse faire pour vous aider ? »
« … Vous réagissez vite. »
En regardant Lü Yang, Hong Ju prit un air quelque peu compliqué.
Après tout, peu de temps auparavant, il s’était creusé la tête pour trouver un moyen de lui ôter la vie.
Mais à présent, il devait le sauver.
« Celui qui a agi s’appelait Vimalakirti. »
Hong Ju alla droit au but :
« J’ai troublé sa plateforme spirituelle et l’ai poussé à vous envoyer plusieurs brins de sens divin. Peut-on considérer que nos différends sont réglés ? »
À ces mots, Lü Yang resta légèrement interdit.
Mais il comprit vite.
Le cultivateur de la Secte du Saint primordial au stade de la Perfection suprême qui lui en voulait… Était-ce donc lui qui avait déclenché contre lui l’intention meurtrière céleste ?
Comprenant cela, Lü Yang s’inclina précipitamment.
« Vous me flattez, aîné. »
« Ce n’étaient que des broutilles. Ce cadet n’a jamais osé vous en vouloir. Alors, que faudrait-il régler ? Je vous en prie, n’y songez plus. »
« … »
Hong Ju poussa un soupir.
Nous sommes tous deux des Vénérables de la Secte sacrée. Me prenez-vous vraiment pour un imbécile ?
Dire que vous ne m’en avez jamais voulu signifie que vous m’en voulez bel et bien.
Parler de régler les choses signifie que vous refusez de les régler !
Quel esprit mesquin !
« … Cette fois, avec l’autorisation du Vénérable, je peux vous donner un coup de main. »
Hong Ju tendit la main. Un brin de brume dorée flottait dans sa paume.
« Voici une partie du mérite et de la fortune de Vimalakirti, que j’ai extraits. »
Il sortit ensuite un livre.
« Cet objet s’appelle le Livre talismanique du destin partagé et du changement de fortune. »
« Il faut dépenser du mérite et de la fortune pour y inscrire des mots. Tout ce qui y est écrit sera poussé par le Ciel et la Terre à se réaliser. »
Après ces explications, il remit les deux objets à Lü Yang.
« Je vous les prête pour l’instant. Vous pouvez écrire dedans, mais vous êtes limité à une seule phrase. »
« Désormais, considérons notre karma comme réglé. Nous pourrions être collègues à l’avenir, alors n’insistons pas davantage. »
En matière de cultivation, il pouvait distancer Lü Yang de dix lieues.
Malheureusement, Lü Yang avait de puissants appuis.
Si Chongguang parvenait à monter sur le trône un jour, Hong Ju devrait compter sur lui pour survivre.
Dans ces conditions, offenser quelqu’un comme Lü Yang, qui était un proche favori de Chongguang… Et si Lü Yang lui cherchait des ennuis par la suite ?
Il ne lui restait qu’à dépenser sa fortune pour écarter le malheur.
De son côté, Lü Yang fixait le Livre talismanique du destin partagé et du changement de fortune, les yeux légèrement brillants.
Était-ce donc ce trésor miraculeux capable de déclencher l’intention meurtrière céleste ?
« Vraiment infaillible, vraiment infaillible ! »
« Je me demande seulement s’il s’agit d’un atout caché de Chongguang ou d’un arrangement du Vénérable Feixue… »
« Avec ça en main, assassiner ce prince Qing du Royaume de Qing ne posera plus aucun problème ! »