Pour une raison inconnue, Wu Cang sentit soudain un frisson le parcourir.
Comme si un seau d’eau glacée lui avait été versé sur le cœur, dissipant toute son agitation et éclaircissant un instant son esprit jusque-là embrumé :
« Hein ? Pourquoi suis-je venu ici ? »
À cet instant, l’intuition spirituelle d’un véritable homme de l’Établissement des fondations lança un avertissement frénétique.
Wu Cang regarda instinctivement autour de lui. Son vol nocturne avait-il été découvert ?
Jusqu’alors, Wu Cang n’avait toujours pas compris que Lü Yang représentait une menace.
Il croyait que quelqu’un avait simplement repéré ses mouvements.
Une partie de ce malentendu venait du fait que Lü Yang avait utilisé 【Montagne de l’Étreinte et de la Garde】 pour dissimuler le flux du karma, rendant toute détection difficile.
Mais Wu Cang avait aussi été influencé par le destin d’autrui.
« Que cela te serve d’avertissement. »
Lü Yang observa tout en silence, se parlant intérieurement.
S’il avait survécu jusque-là, il le devait en grande partie à son talent pour tirer les leçons de l’expérience.
Par exemple, il avait déjà décidé d’éviter autant que possible les cultivateurs bouddhistes à l’avenir.
La raison était simple : ils étaient trop éhontés.
Chacun prétendait être le « Soi » d’un Vénéré du Monde et invoquait son Seigneur du Dao au moindre désaccord.
C’était comme si un boss de niveau maximal campait dans le village des débutants pour massacrer les nouveaux joueurs !
Une folie absolue.
Sans le statut élevé du 【Livre des cent vies】, que même les Seigneurs du Dao ne pouvaient que vaguement sentir sans parvenir à influencer véritablement, il serait mort dix mille fois à l’heure qu’il était.
Cependant, à la lumière de ses expériences passées, Lü Yang conclut rapidement qu’il existait un moyen d’échapper au regard du Vénéré du Monde.
Car ce n’était pas la première fois qu’il s’autodétruisait et activait le Livre des cent vies devant un cultivateur bouddhiste.
Dans sa vie précédente, lorsqu’il avait saboté Arhat Fulong en faisant exploser les veines telluriques, il avait également utilisé le Livre des cent vies !
Alors, pourquoi le Vénéré du Monde n’était-il pas apparu à ce moment-là ?
« … À cause du Châtiment céleste ! »
Lü Yang y réfléchit et estima que c’était la seule explication possible.
Sous le Châtiment céleste, tout le mérite et le destin d’Arhat Fulong avaient été instantanément effacés.
Le Vénéré du Monde n’était donc pas descendu et ne l’avait pas remarqué.
Cela révélait que cette étrange technique de possession reposait probablement sur le mérite et le destin.
Voilà la faille dans l’emprise du Vénéré du Monde sur les cultivateurs bouddhistes.
Et là où il y avait une faille, il y avait une solution.
« Si je parviens à percer complètement ce secret et à mettre au point une méthode pour bloquer l’influence du Vénéré du Monde sur ma conscience, alors peut-être qu’un jour, je pourrai même me promener dans la Terre pure… »
Malheureusement, ce n’était encore qu’un rêve plein d’espoir, loin d’être réalisable pour l’heure.
Ravalant ses pensées, Lü Yang reporta son regard sur Wu Cang.
À cet instant, Wu Cang affichait déjà une expression impatiente.
Bien qu’il sentît vaguement que quelque chose clochait, son premier réflexe ne fut pas de s’enfuir.
Il voulut en finir au plus vite.
« Si vous refusez d’entendre raison, confrère taoïste, ne me reprochez pas de manquer de courtoisie ! »
À peine eut-il prononcé ces mots qu’un arbre gigantesque aux branches entrelacées jaillit soudain vers le ciel : la Fondation du Dao de Wu Cang venait de se manifester.
Un fruit vermillon poussa à toute vitesse dans sa cime.
À cette vue, un sourire assuré se dessina sur le visage de Wu Cang.
Ce « Feu né du bois » était le plus puissant des mystères contenus dans ses pouvoirs divins innés.
Associé à son talent 【Ne fuis pas vers le sud】, il pouvait consumer n’importe quel corps du Dharma avec une efficacité sans pareille.
Mais la seconde suivante, ses yeux s’écarquillèrent.
Face à son « Feu né du bois », Lü Yang resta impassible.
Une aura sombre s’éleva derrière lui et fondit droit sur la Fondation du Dao de Wu Cang.
Frouf frouf — !
En un clin d’œil, le feu ardent que Wu Cang venait d’allumer s’éteignit comme une bougie dans la tempête.
Toutes ses techniques divines furent instantanément interrompues !
【Montagne de l’Étreinte et de la Garde】 !
Ayant déjà combattu Wu Cang, Lü Yang ne lui laissa pas la moindre occasion de déployer ses techniques.
Il projeta directement son pouvoir divin inné, tout juste raffiné.
Le résultat fut spectaculaire.
Dans le royaume de l’Établissement des fondations, la 【Fondation du Dao de l’Arbre divin du Dragon enroulé】 de Wu Cang trembla violemment.
L’ombre d’une montagne gigantesque apparut au-dessus de sa tête. Illusoire et intangible, elle dégageait pourtant une force écrasante et oppressante, bien réelle.
Elle éteignit de force son Feu né du bois !
« … Impossible ! »
Wu Cang poussa un cri de stupeur.
Il sentit un poids écrasant s’abattre sur lui, comme si le mont Tai lui tombait dessus.
Pour s’en libérer, il lui aurait fallu maîtriser des arts divins profonds ou disposer d’une immense puissance du Dharma.
Or, il n’avait ni l’un ni l’autre.
Pris de panique, Wu Cang finit par retrouver ses esprits.
Au moment où il s’apprêtait à se retourner pour fuir, une lumière divine enveloppa les environs.
【Fixer la proximité et la distance】 !
Cette technique merveilleuse permettait de se téléporter soi-même ou ses ennemis.
Si le Feu né du bois de Wu Cang n’avait pas été réprimé, il aurait pu briser l’emprise de la technique grâce à ses flammes divines.
Mais à présent que celles-ci étaient écrasées, la plupart de ses capacités étaient neutralisées.
Il ne pouvait absolument pas résister à la téléportation de Lü Yang !
Au même moment, Lü Yang tenait une calebasse à la main.
【Calebasse de dissolution des âmes trois-neuf】 !
Lü Yang déboucha la calebasse et y insuffla son mana.
D’un léger mouvement, un nuage de brume trouble s’en échappa.
Une fumée qui dissolvait les âmes, dispersait les esprits et s’emparait des consciences !
Cette brume était puissante, mais notoirement difficile à faire toucher sa cible ; en général, elle se révélait peu pratique au combat.
Entre les mains de Lü Yang, pourtant, elle faisait merveille.
La seconde suivante, une lumière divine flamboîya.
Suspendu dans les airs, Wu Cang ne put esquiver.
Il ne put que regarder l’endroit où il se trouvait disparaître, avant de réapparaître au milieu de la brume trouble.
« Toi… ! Si tu en as le courage, affronte-moi de face ! »
La voix de Wu Cang résonna dans la fumée, chargée de haine.
Même arrivé à ce stade, Lü Yang refusait toujours de l’affronter directement.
Il avait commencé par l’écraser sous un contrôle implacable, sans lui laisser la moindre chance de renverser la situation.
Mais bientôt, la voix de Wu Cang s’éteignit.
La brume dissolvant les âmes commença à agir, embrumant de plus en plus son esprit.
Pourtant, il le savait : s’il perdait vraiment connaissance, il risquait de ne jamais se réveiller.
Cette lucidité le poussa à agir sans hésiter.
Une lueur rouge traversa ses yeux, et trois éclats brillants apparurent dans sa main : trois trésors spirituels de qualité moyenne.
« … Explosez ! »
Bien qu’il fût un cultivateur errant, Wu Cang ne manquait ni de ruse ni de cruauté.
Pour survivre dans la Secte sacrée, il fallait au moins cela.
Et lui, il était assez impitoyable !
Dans un grand fracas, les trois trésors spirituels explosèrent dans ses mains.
L’onde de choc qui en résulta pulvérisa la brume et lui ouvrit une voie de fuite.
Boum, boum, boum !
Portée par l’explosion d’énergie spirituelle, la silhouette de Wu Cang fila comme l’éclair, une traînée lumineuse dans son sillage, en direction du Pic du Raccommodage du Ciel.
La liberté l’attendait au-delà de la montagne.
L’explosion déchira également la dissimulation de la formation qui recouvrait le pic.
L’énergie spirituelle étant en plein désordre, de nombreux véritables hommes de la Secte sacrée tournèrent les yeux vers eux.
C’était l’assurance-vie de Wu Cang.
Aussi cruel que fût Lü Yang, il n’oserait sûrement pas tuer quelqu’un devant tant de témoins… pas vrai ?
Ce qu’il ignorait, c’était que Lü Yang avait observé chacun de ses mouvements.
L’« Instrument des neuf cieux » entre ses sourcils avait depuis longtemps prévu la réaction de Wu Cang.
« Unifier l’Être, garder le Centre, distinguer le Soi de l’Autre. »
Soudain, une incantation taoïste retentit à l’oreille de Wu Cang. Elle était si étrange qu’elle lui hérissa le cuir chevelu.
La marée d’énergie spirituelle déchaînée se figea brusquement !
En un clin d’œil, où était donc passée la liberté promise ?
Où étaient le ciel dégagé et l’immensité du monde ?
Une seconde plus tôt, il avait vu la lumière du jour au-delà du pic.
À présent, une paroi montagneuse d’un noir d’encre se dressait devant lui.
Et sa lumière de fuite était déjà lancée : il ne pouvait plus s’arrêter.
« Bang ! »
Dans un fracas assourdissant, Wu Cang percuta de plein fouet la 【Montagne de l’Étreinte et de la Garde】 matérialisée, sous les yeux de tous.
Il fut instantanément réduit en miettes !
De son corps du Dharma fracassé s’éleva une âme.
« Espèce de bête… »
L’âme de Wu Cang trembla de rage, alors qu’il s’apprêtait à parler.
Lü Yang s’en empara.
« Vénérable Wu Cang, vous n’avez perdu qu’un duel de sorts. Pourquoi le prendre si mal ? »
« Permettez à ce junior de préserver votre âme. »
Avant même que sa voix ne s’éteigne, Lü Yang fourra brutalement l’âme dans la Bannière des myriades d’esprits de Liu Xin.
Une fois son travail achevé, Lü Yang observa la foule stupéfaite et horrifiée qui le dévisageait.
Il leur adressa un sourire amical :
« Je vous en prie, ne vous méprenez pas. »
« Comme vous l’avez tous vu, le Vénérable Wu Cang ne l’a pas supporté et a choisi de mettre fin à ses jours en fonçant de son plein gré contre ma technique divine. »