Le mois suivant, Lü Yang demeura à la Secte du Saint primordial.
Au fil des jours, il prit simplement l’habitude de passer la nuit au Pic du Raccommodage du Ciel, tantôt à discuter du Dao avec Madame Ruo Xiang, tantôt à écouter Chen Shuqian jouer du xiao. Il menait une vie fort raffinée.
Bien sûr, ce n’étaient là que des à-côtés.
Le corps de Lü Yang était d’acier et son cœur du Dao, de fer ; ces brèves aventures galantes ne pouvaient ébranler sa détermination.
La plupart du temps, il restait absorbé par l’étude du Livre du Dao inné qu’il tenait entre les mains.
« L’Édit sur la contemplation du Noyau d’or… Quel ouvrage admirable que cet Édit sur la contemplation du Noyau d’or ! »
Le Vénérable qui avait écrit ce Livre du Dao inné portait le titre de【Vénérable Ang Xiao Bi Ri】.
Il avait raffiné le Noyau d’or et atteint le【Bois de la Grande Forêt】, et pourtant, il passait pour le Vénérable le plus déshonorant de l’histoire de la Secte du Saint primordial.
Parce qu’il avait été quelqu’un de bien.
Il avait même noué des amitiés privées avec le Pavillon de l’Épée, la Cour du Dao et la Terre pure, et ses relations s’étendaient aux quatre coins du monde.
« Même si c’est difficile à croire, ce n’est pas totalement incompréhensible. »
« Après tout, quel Vénérable, n’ayant rien de mieux à faire, écrirait un ouvrage comme l’Édit sur la contemplation du Noyau d’or, qui enseigne aux autres à rechercher le Noyau d’or ? »
« Craignait-il qu’après sa réincarnation, personne ne vienne lui disputer la Position du fruit ? »
« Quand on est capable d’une telle chose, il n’est pas étonnant d’avoir été quelqu’un de bien. »
À tout le moins, Lü Yang, lui, n’aurait jamais fait une chose pareille.
Taoïste Hong Yun était un avertissement des plus éloquents : un Vénérable digne de ce nom, et pourtant, après sa réincarnation, il avait été complètement écrasé par Vénérable Chongguang, un simple junior.
Quelle frustration !
Lü Yang secoua la tête, chassa ces pensées parasites et se reconcentra.
Après un mois d’étude, cet Édit sur la contemplation du Noyau d’or lui avait été d’une aide considérable.
Il lui avait presque indiqué avec précision comment atteindre le Noyau d’or en partant de l’Établissement des fondations.
« Un gratte-ciel s’élève à partir du sol. »
« Pour rechercher le Noyau d’or, il faut poser des fondations solides dès les premiers temps de l’Établissement des fondations. »
« Sinon, la moindre erreur ne pourra plus être corrigée au stade intermédiaire. »
Dans l’Édit sur la contemplation du Noyau d’or, écrit du point de vue d’un Vénérable, l’auteur exposait ses réflexions sur les Positions du fruit du Ciel et de la Terre.
Il détaillait aussi les dix Troncs célestes et les douze Branches terrestres correspondants.
Il en avait même annoté les attributs et les avait répartis selon les cinq éléments, rendant leurs images bien plus limpides et vivantes.
« Dans cette vie, je recherche la【Terre de la Tête de la cité】. »
Qu’était-ce que la【Terre de la Tête de la cité】 ?
« Il faut prendre les Positions des Troncs célestes【Zhuo Yong】et【Tu Wei】, ainsi que celles des Branches terrestres【She Ti Ge】et【Dan Yan】. »
« Unir les quatre remèdes en un seul, atteindre le Grand Dao, et alors seulement rechercher la【Terre de la Tête de la cité】. »
C’était une connaissance courante, mais elle était d’une obscurité et d’une complexité extrêmes.
Pourtant, dans l’Édit sur la contemplation du Noyau d’or, cette affirmation était expliquée beaucoup plus clairement :
« Parmi les Troncs célestes,【Zhuo Yong】appartient à la Terre yang, et【Tu Wei】à la Terre yin. »
« Parmi les Branches terrestres,【She Ti Ge】appartient au Bois yang, et【Dan Yan】au Bois yin. »
« Quand la Terre yin et yang et le Bois yin et yang convergent, ils forment la【Terre de la Tête de la cité】. »
Le Livre du Dao inné à la main, Lü Yang avait déjà une idée du premier Tronc céleste et de la première Branche terrestre qu’il lui fallait :
« Il me faut un qi de Tronc céleste qui incarne【Zhuo Yong】. »
【Zhuo Yong】était de l’élément Terre et occupait la position yang ; on l’appelait aussi « Wu ».
On disait que ce Tronc céleste était le brouillard dans le ciel et la montagne sur terre.
Avant que le chaos de Hong Meng ne se sépare, il embrassait l’unité et gardait le centre.
Après la séparation du Ciel et de la Terre, il portait toutes choses et constituait la voie juste du Dao de la Terre.
En apparence, cela semblait simple, mais le tout recelait des mystères plus profonds.
Car les dix Troncs célestes et les douze Branches terrestres n’étaient jamais entièrement séparés.
Même un même qi de la Terre Wu changeait lorsqu’il convergait avec différentes Branches terrestres.
« Pour moi, le meilleur choix serait un qi de la Terre Wu qui fusionne avec【She Ti Ge】ou【Dan Yan】. »
« C’est la seule façon de rester fidèle à l’image de la【Terre de la Tête de la cité】. »
« Cependant, il y a aussi des tabous encore inconnus. »
« Lorsque le qi de la Terre Wu fusionne avec【She Ti Ge】, le pouvoir divin inné qui en résulte s’appelle【Bao Shou Shan】, la Montagne gardienne. »
« L’Édit sur la contemplation du Noyau d’or le décrit comme une Terre yang et un Bois yang purs, capables d’équilibrer tous les qi et de stabiliser le Ciel et la Terre. »
« En revanche, lorsque le qi de la Terre Wu fusionne avec【Dan Yan】, l’Édit sur la contemplation du Noyau d’or qualifie cette voie de suicide. »
« Le Bois yin l’emporte sur la Terre yang. Une fois le tout raffiné, autant attendre une mort violente. »
Autrement dit, tous les Troncs célestes et toutes les Branches terrestres ne pouvaient pas être raffinés.
En raffiner certains menait à la mort.
« … Bon sang, ils sont tous piégés ! »
Lü Yang referma le Livre du Dao inné et ne put s’empêcher de jurer.
Heureusement qu’un Vénérable avait rédigé ces instructions, offrant ainsi une méthode et une théorie complètes.
Sinon, qui aurait pensé à tout ça ?
Pour un cultivateur indépendant, trouver ne serait-ce qu’un Tronc céleste ou une Branche terrestre relevait déjà d’une chance inouïe.
Il s’en serait certainement emparé pour le raffiner sans hésiter.
Qui se soucierait des tabous ?
« Pas étonnant que seuls les cultivateurs au stade avancé de l’Établissement des fondations soient appelés Grands Vénérables. »
« On dirait que ceux qui atteignent le stade avancé de l’Établissement des fondations ont soit une chance extraordinaire, soit appartiennent à une lignée du Dao de premier ordre. »
Les premiers comptaient sur la chance, les seconds sur leur héritage.
« … Assez. »
Rêvasser ne servait à rien ; mieux valait agir.
Lü Yang soupira, repoussa Madame Ruo Xiang, se changea et sortit de la chambre isolée.
Trente jours s’étaient écoulés et tous les préparatifs étaient achevés.
À présent que l’Arhat Fulong avait été exécuté et que le Maître du Pic du Raccommodage du Ciel était mort subitement, il n’avait plus rien à craindre.
Il pouvait enfin suivre les signes du destin et chercher tranquillement sa chance.
Pourtant, à cet instant, Lü Yang haussa soudain les sourcils.
Il leva aussitôt les yeux et sourit légèrement :
« Qui va là, compagnon taoïste ? »
« Vous venez ici en pleine nuit et vous rôdez en cachette. Pourquoi ne pas vous montrer ? »
Sa voix retomba dans le bruissement du vent nocturne.
En voyant Lü Yang rester calme, le regard fermement fixé sur lui, l’intrus comprit que Lü Yang l’avait bel et bien repéré et qu’il ne bluffait pas.
« Hahaha, digne de Yuan Tu ! »
L’instant d’après, un rire retentit et une formation surgit de nulle part, enfermant Lü Yang et l’intrus à l’intérieur et les coupant du monde extérieur.
L’opération entière s’était déroulée sans heurt, sans la moindre faille.
À cette vue, Lü Yang plissa aussitôt les yeux.
Sans un mot, il isola immédiatement les transmissions d’informations, signe évident d’une grande expérience : ce n’était sans doute pas la première fois qu’il se retrouvait dans une telle situation.
Peu après, une silhouette apparut avec grâce.
L’homme portait une robe taoïste noire. Il avait un visage assez avenant, un air calme et un sourire bienveillant.
« Le soussigné est Wu Cang. Salutations, compagnon taoïste Yuan Tu. »
« Ainsi, c’est vous, compagnon taoïste Wu Cang. »
Lü Yang joignit les poings, tout en se remémorant rapidement ce qu’il savait de cet homme.
À l’origine, c’était un cultivateur indépendant qui avait atteint l’Établissement des fondations.
Après sa réincarnation, il avait rejoint la Secte du Saint primordial et percé au stade intermédiaire. Il avait ainsi effacé ses origines de cultivateur indépendant pour devenir un Vénérable de la secte.
« Que me vaut la visite du compagnon taoïste Wu Cang ? »
À ces mots, Wu Cang sourit :
« Pour tout vous dire, j’ai entendu dire que le compagnon taoïste avait récemment obtenu un manuscrit du Livre du Dao inné auprès d’un Vénérable de la Falaise du Feu sacré. »
« … C’est exact. »
Lü Yang comprit aussitôt où il voulait en venir et sourit :
« Le compagnon taoïste souhaiterait-il emprunter le Livre du Dao inné pour le lire ? »
« Cela ne pose aucun problème. »
« Qu’avez-vous l’intention de donner en échange ? »
« C’est précisément là le problème. »
Wu Cang conserva son sourire :
« Malheureusement, je manque de ressources en ce moment et je ne peux rien vous offrir en échange. »
« Pourtant, je souhaite quand même emprunter le Livre du Dao inné. »
« Le compagnon taoïste accepterait-il de me faire crédit ? »
À ces mots, le sourire de Lü Yang s’effaça rapidement.
Tous deux étaient des Vénérables de la secte. S’imaginait-il vraiment qu’il allait gober pareilles sornettes ?
Du crédit ? Quel parasite !
À cette pensée, le regard de Lü Yang se fit plus calme encore, mais son ton se glaça :
« Ainsi, le compagnon taoïste n’a pas l’intention de conclure une transaction en bonne et due forme ? »
Wu Cang ricana.
Il savait bien que Yuan Tu n’était pas facile à manipuler, mais seulement lorsqu’il s’agissait de karma et de calculs.
En surgissant ainsi à l’improviste, il ne laissait pas à Lü Yang le temps de tramer quoi que ce soit contre lui.
Que pouvait donc faire Lü Yang ?
« Vous n’avez qu’à vous en prendre à votre avidité. »
« Vous venez à peine d’atteindre le stade initial de l’Établissement des fondations et vous vous êtes déjà emparé du Pic du Raccommodage du Ciel. »
« Et vous osez quand même emprunter le manuscrit du Livre du Dao inné d’un Vénérable ? »
« Ce soir, je vais vous donner une leçon. »
Sur ces mots, Wu Cang fit un pas en avant.
« Un homme avisé sait s’adapter aux circonstances. Remettez-moi le Livre du Dao inné et je partirai sur-le-champ. »
En un instant, l’aura écrasante d’un cultivateur au stade intermédiaire de l’Établissement des fondations s’abattit sur Lü Yang comme le mont Tai.
« À moins que vous ne préfériez souffrir un peu avant de me le remettre ? »
Wu Cang avait pensé que Lü Yang choisirait de céder.
Pourtant, à sa grande surprise, lorsque Lü Yang sentit la pression, il sourit.
« Si je ne me trompe pas, compagnon taoïste, vous n’avez raffiné qu’un seul pouvoir divin inné, n’est-ce pas ? »
Après avoir parlé, Lü Yang observa attentivement Wu Cang.
Son regard, brûlant de désir et de convoitise, fit instinctivement froncer les sourcils à Wu Cang :
« Qu’entendez-vous par là ? »
« Je veux dire que votre cultivation est plutôt bonne, compagnon taoïste. »
Lü Yang abaissa la main et empoigna l’【Épée d’A’bi】.
« Comme il est précieux, le manuscrit du Livre du Dao inné d’un Vénérable ! »
« Puisque vous le désirez tant, pourquoi ne pas l’échanger contre votre cultivation ? »