Au-dessus du firmament, le Vénérable Huanwu fuyait dans un piteux état.
Les perles de sang qui s’étaient dispersées sur presque toute la montagne du Crâne, telles des météores enflammés, n’étaient autres que des fragments de sa fondation du Dao, le fruit de toute une vie de cultivation.
Mais, à cet instant, il n’avait pas le loisir de s’en soucier.
S’il ne fuyait pas sur-le-champ, il mourrait ici !
En un instant, son sang et son qi déferlants se changèrent en un long arc-en-ciel qui fendit le ciel en direction de l’extérieur de la montagne du Crâne.
Pourtant, au même moment, un autre rayon de lumière blanche balaya le ciel.
La seconde suivante, le Vénérable Huanwu se retrouva devant Lü Yang.
Lü Yang s’apprêtait à frapper de nouveau, mais s’immobilisa soudain.
Il remarqua que le Vénérable Huanwu affichait désormais un regard vide, les pupilles ternes, comme une coquille creuse.
Lü Yang fronça légèrement les sourcils.
Au-dessus de sa tête, dans les nuages dorés de bon augure, l’ombre lumineuse de son pouvoir divin inné brillait de plus en plus, comme si elle était sur le point de se manifester entièrement.
Mais Lü Yang finit par expirer profondément, réprimant son pouvoir divin et renonçant à poursuivre le Vénérable.
Il était certes convaincu de pouvoir le rattraper, mais cela aurait révélé son pouvoir divin inné et permis aux témoins de percer facilement ses secrets.
« Tant pis. »
Sur cette pensée, Lü Yang renonça à la poursuite et lâcha l’Épée d’A’bi.
Libérée, l’Épée d’A’bi tournoya gracieusement dans les airs.
L’instant suivant, une lueur rouge jaillit.
Une fillette de huit ou neuf ans, vêtue d’une veste ouatée rouge et les cheveux relevés en queue-de-cheval, apparut.
Elle regarda le Vénérable Huanwu et ne put s’empêcher de faire la moue.
Après tant d’années d’inactivité, elle était enfin repassée à l’action, et pourtant, elle n’avait pas réussi à tuer son adversaire.
Comment allait-elle sauver la face, avec son petit minois ?
Voyant Lü Yang plongé dans ses pensées, elle s’empressa de protester, de peur qu’il ne la sous-estime : « Si je n’avais pas été légèrement blessée et encore convalescente, j’aurais sans aucun doute tué ce Vénérable ! »
À ces mots, Lü Yang regarda de nouveau l’Épée d’A’bi.
« Tu peux devenir plus forte ? »
« Bien sûr ! »
La fillette posa les mains sur les hanches et releva fièrement la tête. « Ma spécialité, c’est de briser les fondations du Dao des cultivateurs. Et en dévorer me permet aussi d’accroître ma puissance. »
Tout en parlant, elle sembla se rappeler ses heures de gloire et se mit à gesticuler avec enthousiasme. « Il ne m’en faut pas beaucoup : donne-m’en une dizaine, même s’ils ne sont qu’au début de la Fondation, et je retrouverai trente pour cent de ma puissance et pourrai manifester un pouvoir divin. Après ça, je te garantis que tu seras invincible parmi tes pairs ! »
« Oh. »
Face aux vantardises de la fillette, Lü Yang se contenta d’acquiescer d’un air indifférent.
Puis, d’un geste de la main, il rangea dans sa manche la fillette qui voulait encore parler.
Il n’avait que faire d’être invincible parmi ses pairs.
Après tout, s’il pouvait dominer, pourquoi affronter des adversaires de son niveau ?
Bien sûr, il ne négligeait pas la puissance au combat.
Cette fois, il avait livré un combat acharné au Vénérable Huanwu et même utilisé son pouvoir divin inné pour éprouver sa propre force.
Après tout, il pouvait choisir de ne pas agir, mais pas se permettre d’être dépourvu de puissance.
Et puis, mon pouvoir divin inné… est vraiment extraordinaire !
Lü Yang fit son examen intérieur et contempla son domaine de Fondation.
Au plus profond des nuages dorés de bon augure formés par sa fondation du Dao se trouvait un char entièrement fait d’or et de jade.
Quatre dragons cornus illusoires le tiraient, exhalant des nuages et des brumes tout en poussant sans cesse des rugissements pareils au vent et au tonnerre.
Autour du char se dressaient douze grandes bannières. Derrière lui suivaient des carrosses dorés, des chars à éléphants, des chariots de labour, des voitures de cérémonie et des chars d’observation des quatre directions, entre autres véhicules d’escorte.
Le spectacle était à la fois solennel et majestueux.
Tel était le pouvoir divin inné de Lü Yang, nommé 【Char impérial et char-dragon】.
Quant à ses effets, le pouvoir divin les lui avait révélés en une phrase :
« Cultiver et prêcher le Dao, manifester le reflet du monde, pouvoir déterminer la proximité, dissiper les doutes, distinguer les différences et clarifier le juste et l’injuste ! »
Comme son nom l’indiquait, ce pouvoir divin inné comprenait quatre merveilles divines.
Il ne pouvait certes pas les utiliser simultanément, mais chacune était d’une puissance immense.
Jusque-là, Lü Yang avait utilisé 【Déterminer la proximité】.
Comme le dit le proverbe, il y a les proches et les lointains : les proches sont près, les lointains sont loin.
Cette merveille divine permettait d’évaluer la proximité entre soi et autrui, puis de modifier leur distance relative.
Qu’il s’agisse d’éloigner le Vénérable Yu Shu de la Secte du Saint primordial, d’esquiver la hache mortelle du Vénérable Huanwu ou de le blesser grièvement, tous ces déplacements arbitraires étaient dus au pouvoir de 【Déterminer la proximité】.
Cette merveille n’avait pas de pouvoir destructeur direct, mais elle rendait Lü Yang beaucoup plus agile au combat.
Elle était aussi très pratique pour fuir.
Après tout, la portée de ce pouvoir divin était inimaginablement vaste.
Dès lors qu’un lien de causalité l’unissait à quelqu’un, il pouvait le rejoindre grâce à ce pouvoir divin, quelle que soit la distance, au prix d’une dépense variable de mana.
C’est pourquoi il était convaincu de pouvoir rattraper le Vénérable Huanwu à l’instant.
Autrefois, l’Arhat Fulong était apparu précisément après avoir senti qu’il avait percé à la Fondation, sans doute parce que son pouvoir divin inné recelait des mystères semblables.
Quant aux trois autres merveilles divines, elles étaient tout aussi singulières.
【Dissiper les doutes】 régissait la causalité.
Lorsque l’issue d’événements importants était incertaine, cette merveille divine pouvait la guider de force vers le résultat souhaité.
Cette merveille divine était particulièrement efficace pour influer sur la causalité.
Plus les liens de causalité étaient complexes et pesants, plus il fallait de mana pour guider de force le résultat. En contrepartie, ce pouvoir divin pouvait éliminer toutes les variables et garantir qu’un événement souhaité se produise.
Bien sûr, cela l’enchaînait inévitablement à la causalité correspondante.
D’où 【Distinguer les différences】.
Comme son nom l’indiquait, cette méthode distinguait les différences.
Tu es toi, je suis moi ; ce que tu fais ne me concerne pas.
Elle servait précisément à rompre les liens de causalité avec autrui.
Ainsi, la causalité de l’autre ne pouvait plus le contaminer.
Par exemple, la dette de causalité portée par l’【Épée d’A’bi】.
Lü Yang estimait qu’après avoir percé au stade avancé de la Fondation, il pourrait utiliser ce pouvoir divin pour la trancher.
C’est pourquoi 【Distinguer les différences】 s’employait souvent de concert avec 【Dissiper les doutes】.
Si sa cultivation était suffisante et son mana puissant, cette merveille divine pouvait même le libérer de la causalité et des calamités, lui accordant la Grande Liberté et l’aisance absolue !
Quant à la dernière, 【Clarifier le juste et l’injuste】, elle était encore plus tyrannique.
Clarifier le juste et l’injuste ne signifiait pas décider de ce qui était généralement admis comme juste ou injuste, mais s’en remettre à son propre jugement.
Ce que je dis juste est juste ; les questions de justice et d’injustice du monde peuvent être tranchées d’un seul mot !
Pourtant, malgré son caractère tyrannique, cette merveille divine perdait beaucoup de son efficacité contre ceux qui se trouvaient au même niveau.
Sa véritable puissance se révélait lorsqu’on l’utilisait contre des cultivateurs de rang inférieur.
À son apogée, un seul mot pouvait même augmenter de dix pour cent les chances d’un cultivateur du Raffinage du qi de percer à la Fondation !
« 【Char impérial et char-dragon】… »
Lü Yang chevaucha le vent, le visage calme, et réfléchit en son for intérieur :
« Les pouvoirs divins innés ne se forment pas au hasard. »
« En général, ils prennent pour base la fondation du Dao ; l’âme en oriente l’évolution et fait naître le pouvoir inné qui lui correspond le mieux. »
« Ainsi, même avec une fondation du Dao identique, les pouvoirs innés de différents cultivateurs présentent de subtiles différences. »
« Et le mien… »
À considérer ces quatre merveilles divines — fuir, rejeter la faute sur autrui, rompre les liens —, aucune ne relevait directement du combat.
Dans une certaine mesure, elles correspondaient effectivement à sa personnalité.
« En plus, mon pouvoir divin inné compte quatre merveilles divines. »
« Comparé à moi, ce Vénérable Huanwu n’en a qu’une. »
« Est-ce là la différence entre nos fondations du Dao, ou est-ce parce que ma Fondation est parfaite ? »
À cet instant, l’approche de trois auras de qi tira soudain Lü Yang de ses pensées.
En se retournant, il aperçut les trois Vénérables de la Fondation envoyés par la Secte du Saint primordial pour l’aider à anéantir la Secte divine martiale. Ils se tenaient non loin de lui, l’air prudent.
« Salutations, camarade taoïste Yuan Tu. »
L’un des Vénérables le complimenta : « Camarade taoïste, vous avez atteint la Fondation parfaite, possédez de nombreux trésors spirituels et maîtrisez des pouvoirs divins extraordinaires. L’éradication de la Secte divine martiale semble désormais assurée. »
« Vous me flattez. »
Lü Yang lui rendit son salut.
Parmi les trois Vénérables, un homme d’âge mûr au visage carré, à la barbe flottante et à l’allure noble s’avança.
« Je suis Yu Chong. »
L’homme le salua d’abord, puis sourit. « Yu Shu est un jeune membre de ma famille. Il a offensé le Vénérable par le passé. Je suis venu exprès vous présenter mes excuses. »
Sur ces mots, il le regarda avec impatience et ajouta d’un ton pressant : « Cet endroit ne se prête pas à une conversation approfondie. »
« Camarade taoïste Yuan Tu, pourquoi ne pas entrer pour en parler ? »
Craignant que Lü Yang ne refuse, il ajouta par transmission vocale : « … Cela concerne la “Terre de la Tête de la cité” et votre future voie du Dao ! »
« Oh ? »
À ces mots, Lü Yang plissa les yeux.