Chapitre 87
Lu Yin se dirigea vers le centre de la tour et gravit l’escalier de pierre en colimaçon. Il était interdit de voler dans l’enceinte. Un jeune homme s’approcha au moment où il commençait à monter et le dévisagea avec curiosité. « Tu vas où, frangin ? »
« Gerbach est à quel étage ? » demanda Lu Yin, attirant aussitôt des regards surpris.
« Tu cherches le maître de salle ? » s’étonna le jeune homme.
« C’est lui qui me cherche. »
Tout le monde dévisagea alors Lu Yin, tandis qu’un homme de petite taille, dans la foule, lui lançait un regard noir. Il faisait partie de ceux de l’Académie Yu qui avaient participé à l’épreuve sur Terre et s’étaient fait dépouiller par Lu Yin. Il gardait un souvenir très vif du voleur et était l’un des rares à connaître son identité. Il aurait vraiment voulu lui chercher des ennuis, mais, compte tenu du statut de Roi Zishan de Lu Yin, le jeu n’en valait pas la chandelle.
« Il est au dernier étage », indiqua le jeune homme qui avait barré la route à Lu Yin en s’écartant. Lu Yin le remercia et poursuivit son ascension.
En montant, Lu Yin constata que certains étages étaient complètement vides. Plus il grimpait, moins il croisait de monde. Personne d’autre ne l’arrêta en chemin et, lorsqu’il commença à apercevoir les nuages, il ne vit plus âme qui vive. Il bondit jusqu’au dernier étage et trouva Gerbach, de dos, qui observait les vents furieux par une fenêtre de pierre. Le jeune homme se tenait droit comme un piquet et dégageait une aura disciplinée. C’était l’un des combattants les plus puissants de sa génération dans l’Empire du Grand Yu, l’un des maîtres de salle de l’Académie Yu que les gens considéraient comme un monstre.
Lu Yin songea que Gerlaine et son frère se ressemblaient beaucoup, lorsque le jeune homme se retourna brusquement et lui décocha un regard glacial, pareil à une flèche fendant le ciel.
« Tu as pris soin de ma sœur pendant l’épreuve », déclara Gerbach en fixant Lu Yin. Droit comme une flèche de la tête aux pieds, il avait l’air particulièrement imposant. Les maîtres de salle de l’Académie Yu semblaient tous très différents. Tianming était doux et poli, tandis que Gerbach était d’une férocité incroyable.
Lu Yin fronça les sourcils, mais ne recula pas. « C’est la loi du plus fort. »
Gerbach eut un sourire en coin. « Exactement. Puisque tu le sais, pourquoi l’as-tu aidée ? »
Lu Yin resta figé. L’aider ? Quand ça ? Ne l’avait-il pas dépouillée ?
Gerbach reprit d’un ton sec : « Même si l’épreuve sur Terre ne s’est pas déroulée comme prévu, Gerlaine a obtenu assez de points pour devancer Eddy. Je connais ma sœur : elle n’aurait jamais pu y arriver seule. Elle t’a aidée à dépouiller des dizaines d’étudiants pour prendre de l’avance sur tout le monde. »
Lu Yin haussa un sourcil. Apparemment, Gerlaine n’avait pas dit à son frère qu’elle s’était fait dépouiller, elle aussi. Mais c’était logique : vu son caractère, elle n’aurait jamais admis une chose aussi honteuse. Et même si Gerbach jouissait d’un statut élevé à l’Académie Yu, son influence ne s’étendait pas au-delà de cette institution ; il ne pouvait pas découvrir la vérité par ses propres moyens. Tout cela n’était qu’un glorieux malentendu. Vous lisez sur novelping point com, la source officielle.
« C’est pour ça que tu refuses de m’apprendre les vingt premières formes de la Griffe de la Bête céleste ? » demanda Lu Yin.
Gerbach tourna les yeux vers l’extérieur de la tour. « Je voulais simplement te rencontrer. Tu es peut-être le Roi Zishan, mais tu as participé aux épreuves en tant qu’indigène. En tant qu’indigène, tu as vaincu des dizaines d’étudiants, dont les meilleurs de l’Académie Yu. Ça a éveillé ma curiosité. »
Il reporta son attention sur Lu Yin. Son regard brûlait d’impatience d’en découdre. « J’aimerais en savoir plus sur ta force. On raconte que tu peux apprendre la Griffe de la Bête céleste rien qu’en affrontant quelqu’un qui l’utilise. Je n’y crois pas. »
Lu Yin sourit. « Vérifions ça, alors. »
Gerbach acquiesça d’un grognement, puis réprima son énergie stellaire jusqu’au niveau d’une Sentinelle. « Attention. Quand je me bats, je ne retiens pas mes coups. »
« Moi non plus », répondit Lu Yin. Ils se ruèrent l’un sur l’autre au même instant. Leurs poings s’entrechoquèrent et des ondes de choc fusèrent dans toutes les directions. Les deux combattants reculèrent de concert, avant de repartir aussitôt à l’attaque. Gerbach ne se retenait vraiment pas : sa Griffe de la Bête céleste était bien plus puissante que celle de Tyson. Même avec la force d’une Sentinelle, le maître de salle pouvait maîtriser des techniques de combat qui dépassaient celles de la plupart des Melders.
Lu Yin sembla hésiter et s’immobilisa, les yeux rivés sur la Griffe de la Bête céleste de Gerbach. Les cinq étoiles de son Art Cosmique formèrent leur champ de force défensif particulier, lui permettant de distinguer le moindre mouvement de l’attaque. Une, deux, trois… L’attaque comptait quinze formes et déployait une puissance terrifiante, tandis qu’un rugissement bestial retentissait dans l’air. Les environs semblèrent presque se figer, mais Lu Yin plissa les yeux et son corps se contorsionna de façon incroyable pour éviter l’attaque, qui couvrait une zone de cent mètres. Le seul résultat fut une énorme empreinte de griffe dans le sol.
« Tu as vraiment réussi à esquiver ça ? Pas mal ! » s’exclama Gerbach, ravi et stupéfait. Lu Yin, lui, fronça simplement les sourcils. Il avait atteint la neuvième variation, mais ce n’était pas suffisant. Il voulait recommencer. Le maître de salle s’exécuta et tenta de la vaincre avec son attaque, mais Lu Yin parvint à toutes les esquiver.
Ce ne fut qu’au cinquième échange que les yeux de Lu Yin s’illuminèrent : il avait compris les quinze formes. À l’instant suivant, il leva un bras, recourba les doigts et l’abattit sur Gerbach, qui en fut surpris. Celui-ci riposta avec la même attaque ; leur affrontement provoqua un grondement qui attira l’attention des gens jusque dans les étages inférieurs de la tour.
Lu Yin et Gerbach reculèrent en même temps, laissant de profondes empreintes dans le sol. Quand la poussière retomba, Gerbach s’exclama, stupéfait : « Tu peux vraiment la reproduire… non, apprendre la Griffe de la Bête céleste sur le moment. Il ne t’a fallu que cinq essais ! »
Lu Yin haletait, se massant la main endolorie. Même si le Melder avait réprimé son énergie stellaire, son corps, lui, n’avait pas changé. Si le combat continuait, il serait certainement le premier à perdre.
« Je ne pensais pas que tu étais vraiment un tel génie. La Griffe de la Bête céleste est gravée dans les murs de pierre, et même les meilleurs de l’Académie Yu mettent une éternité à l’apprendre. Certains ne parviennent jamais à maîtriser la quinzième forme de toute leur vie, et toi, tu y arrives comme ça », soupira Gerbach, admiratif.
Comme il ne décelait aucune jalousie dans les yeux du jeune homme, Lu Yin se surprit à l’apprécier encore davantage. « Je crois que cette technique de combat me convient particulièrement bien. »
Gerbach hocha la tête et soupira avec regret. « Oui, on peut apprendre très vite une technique quand elle nous convient. »
« Tu veux continuer ? » demanda Lu Yin.
Les lèvres de Gerbach s’incurvèrent. « La Griffe de la Bête céleste n’est pas ma meilleure technique. Puisque j’ai dit que je voulais t’affronter, ça ne peut pas s’arrêter aussi facilement. Attention : je vais utiliser une technique qui me convient. Alors ne viens pas te plaindre si tu meurs. »
« Vas-y », répondit Lu Yin, mais il se sentit légèrement nerveux. Gerbach était tout de même un maître de salle et se trouvait au sommet du royaume des Melders. Ses autres techniques de combat devaient être terrifiantes.
Gerbach sourit et fit apparaître dans sa main un fruit étrange, couvert de motifs semblables à des éclairs. Il ressemblait un peu à un cristal d’énergie et tonna lorsqu’il l’écrasa. Des éclairs brûlèrent le sol et firent sursauter quelques personnes qui passaient devant la fenêtre.
« Le maître de salle se bat ? Contre qui ? »
« Ce serait la personne qui vient de monter ? »
« Impossible. Ce type n’était qu’une Sentinelle. »
En voyant les éclairs violents, Lu Yin recula instinctivement de plusieurs pas. La scène lui rappela l’armure de Gerlaine, même si celle-ci avait été bien plus terrifiante. Sans attendre, il lança une Paume Tranche-Espace, le regard glacial.
Gerbach se contenta de renifler. Les éclairs jaillirent en une vague qui déchira les ondes de choc de la Paume Tranche-Espace et fonça sur Lu Yin comme une flèche. Il l’esquiva de justesse. Le mur derrière lui fut transpercé, et une onde de choc brûlante le repoussa sur le côté ; l’électricité lui engourdit le corps.
« Voici ma technique de combat : la Flèche de foudre. Voyons ce que tu sais faire ! » cria Gerbach en faisant un pas en avant. Les éclairs se transformèrent en arc et en flèche, qu’il pointa vers Lu Yin. Un frisson lui parcourut l’échine. Il ne voyait pas seulement des éclairs : une autre force approchait, quelque chose qu’il ne pouvait même pas commencer à comprendre. Le monde entier devint une mer de plasma qui s’en prenait à tout ce qui se trouvait sur son passage.
À l’extérieur de la tour, Bronsen leva les yeux vers le ciel, le visage grave. Tant que personne n’était tué intentionnellement, il ne pouvait pas intervenir dans les combats à l’Académie Yu. Il espérait que le Roi Zishan ne mourrait pas : même en réprimant leur force, les maîtres de salle étaient bien plus puissants que les Melders ordinaires.
Lu Yin fixa la force qui s’approchait au milieu des éclairs. La menace que représentait Gerbach dépassait de loin celle qu’il avait ressentie face à Qingyu. Celui-ci avait été grièvement blessé, son énergie réprimée et incapable d’utiliser la plupart de ses techniques de combat. Gerbach, lui, n’avait rien qui le retînt : il pouvait exploiter toute la puissance d’une Sentinelle. En voyant la force approcher, Lu Yin comprit qu’il ne pourrait pas l’éviter. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était lever une paume marquée de cinq étoiles et activer la Paume Cosmique.
Toute la tour trembla.