Chapitre 81
Comme Lu Yin ne réagissait pas à sa tirade enflammée, Long Chu poursuivit : « Votre Majesté, savez-vous qui commande l’armée du deuxième anneau ? »
Lu Yin fixa l’homme, qui continua de s’emporter : « En apparence, cette armée n’est qu’une réserve des Treize Escadrons impériaux. En réalité, c’est une machine de guerre chargée de nous surveiller. Ce sont les véritables gardiens de l’Étoile capitale, mais ils protègent celle-ci contre ses plus anciens alliés ! »
« Que voulez-vous que je fasse ? »
« Reprenez le commandement militaire de la Famille Zishan. Devenez notre chef. Nous sommes des soldats, pas des jouets pour les nobles, et certainement pas des ennemis de l’Empire ! »
Lu Yin eut un sourire amer. « Vous me placez sur un piédestal bien trop élevé, commandant Long. Vous êtes un homme intelligent ; vous devriez comprendre ma situation. Oui, je suis le Roi Zishan, mais je ne suis qu’un pion de Sa Majesté impériale, qui se sert de moi pour montrer sa bienveillance envers mes ancêtres. En me donnant ce titre, il dédommage la Famille Zishan ; reprendre le pouvoir sera difficile. »
« Comment le saurez-vous sans essayer, Votre Majesté ? Nous, les soldats, vous soutenons ! » s’écria Long Chu.
Lu Yin lui fit signe de baisser la voix. « Ce n’est pas urgent. Avez-vous autre chose à me demander, commandant Long ? »
Long Chu soupira et s’assit, l’air soucieux. « Il y a encore une chose pour laquelle j’espère obtenir votre aide, Votre Majesté. »
« Quoi donc ? »
« Le général Sigmund Mathers soutenait la Famille Zishan, mais il a été arrêté après les épreuves de la Terre. Cet homme a été piégé, c’est certain. J’espère que vous pourrez essayer de le sauver. »
Lu Yin fronça les sourcils. « Qu’est-ce qui vous rend si sûr de vous ? »
Long Chu prit un air sombre. « Sa Majesté impériale n’a laissé aucune chance au général Mathers de se défendre et a étouffé toute nouvelle dès qu’elle a appris la défection de Barudar. Quelqu’un craint manifestement que de nouveaux problèmes ne surgissent et a calomnié le général devant elle. Ils veulent lui nuire, sinon Sa Majesté impériale ne l’aurait pas condamné si vite. Votre Majesté, je vous en prie, sauvez-le. »
Lu Yin tambourina des doigts sur la table, plongé dans ses pensées, tandis que Long Chu le fixait de ses yeux injectés de sang. Cela faisait visiblement longtemps qu’il n’avait pas passé une bonne nuit. Au bout d’un long moment, Lu Yin leva les yeux vers lui. « Très bien. Je vais immédiatement voir Sa Majesté impériale et faire tout ce que je peux. »
Long Chu fut agréablement surpris. « Merci, Votre Majesté. »
Lu Yin hocha la tête et demanda à Xu San de raccompagner l’homme. Ce ne fut qu’une fois le commandant parti que son regard se glaça. « C’est la deuxième fois qu’ils osent s’en prendre à moi. Ils me prennent vraiment pour une cible facile. »
Sur la Persévérance, Silver lui avait remis une note contenant non seulement des informations sur les anciennes factions de la Famille Zishan, mais aussi sur certains transfuges. Long Chu en faisait partie et était, de surcroît, un subordonné de Sicar. Son objectif était simple : le pousser à essayer de sauver Sigmund, ce qui ne pouvait que mal tourner vu les pouvoirs dont il disposait. Non seulement il échouerait à sauver le général, mais il éveillerait aussi les soupçons de l’empereur, qui penserait qu’il cherchait à rallier de nouveau les anciens subordonnés de la Famille Zishan. Les autres se moqueraient de son ignorance, et son titre ne lui servirait à rien s’ils le jugeaient aveugle, arrogant et ignorant.
Mais refuser d’aider offenserait ceux qui se considéraient encore comme des subordonnés de la Famille Zishan. Lu Yin ignorait pourquoi Home lui avait demandé de jouer ce rôle, mais le titre était bel et bien utile, et les partisans qu’il rallierait pourraient lui servir plus tard. Les offenser ne présageait rien de bon pour la suite. Il n’y avait donc pas de bonne solution : Sicar avait bien joué son coup.
Lu Yin plissa les yeux et marmonna avec colère avant de quitter la Résidence Zishan pour se rendre au palais. La nouvelle selon laquelle le Roi Zishan plaidait pour le général Sigmund se répandit rapidement dans toute l’Étoile capitale, suscitant des sourires narquois sur d’innombrables visages.
« Vingt-sept Rois Cadavres se sont échappés, et ça ressemble bien aux méthodes de l’Alliance des Néohumains. Sa Majesté impériale sait évidemment que Sigmund est innocent, sinon elle ne serait pas revenue sur sa décision. Mais il faut un bouc émissaire, sans quoi l’Empire du Grand Yu subirait la pression de l’Innerverse. L’Alliance des Néohumains est l’ennemie de tous les domaines et représente une menace aussi grande que chacun d’eux. Sa Majesté impériale ne peut pas se le permettre, mais voilà que ce Roi Zishan veut agir à sa guise. Il ne fait que courir à sa perte ! » ricana Sicar. Retrouvez le chapitre original sur novelping.com.
Raas jubilait. « Ça ne fera que mettre Sa Majesté impériale dans l’embarras. Tant que Sigmund sera vivant, elle subira une pression énorme. Lu Yin ne comprend pas la situation et croit vraiment que les anciens subordonnés des Zishan lui sont fidèles. En réalité, la famille a perdu tout pouvoir depuis longtemps. »
Sicar secoua la tête en souriant. « Ce n’est pas qu’il ne comprenne pas la situation, c’est qu’il est incapable de la saisir. Le Roi Zishan ? Qui le reconnaîtrait ? Même le prince héritier a fait preuve d’un peu de considération envers elle pour paraître bienveillant, mais il ne tardera pas à comprendre que son arrogance causera sa propre perte. » Sicar regarda Raas, le visage assombri. « J’ai appris que tu avais perdu la course d’hier soir contre Wukai. »
Raas, stupéfait, hocha la tête avec embarras. « Ça ne se reproduira pas. »
Sicar renifla. « Qu’est-ce que tu lui as promis ? »
Raas se sentit mal à l’aise.
« Parle ! »
Raas hésita. « Que tu plaiderais pour Sigmund à la cour impériale. »
CLAC ! Le Vice-trésorier gifla son fils, qui fut projeté à plusieurs mètres. « Bon à rien ! Tu oses prendre de tels risques. La cour impériale est là pour débattre des affaires de l’Empire, et chaque décision concerne d’innombrables planètes. Comment as-tu pu en faire un jeu d’enfant ? Tu crois pouvoir expliquer ça à Sa Majesté impériale si elle l’apprend ? Va t’agenouiller dans la cour et ne bouge pas pendant trois jours. »
Raas se couvrit la bouche et s’éloigna en courant, le visage crispé. Sicar, lui, se massa les tempes, qui lui lançaient. Cette nuit-là, il ne fut pas le seul à se moquer de l’ignorance de Lu Yin.
Dans une chambre rose, la petite Peach contemplait un écran, les yeux brillants. Des en-cas étaient éparpillés partout et elle en salivait presque.
On frappa doucement à la porte, puis une voix mélodieuse annonça : « Capitaine, on m’a appris que le Roi Zishan Lu Yin allait demander la grâce du général Sigmund. »
Peach cligna des yeux. « C’est quelqu’un de bien. »
Un bref silence suivit. « Qu’est-ce que tu as dit ? »
« J’ai dit que c’était quelqu’un de bien, déclara-t-elle. Sigmund a manifestement été injustement accusé, et personne d’autre n’a osé plaider en sa faveur. Lu Yin est quelqu’un de bien, et je ne me suis pas montrée très aimable avec lui à la cour. Il faudrait que je trouve une occasion de lui présenter mes excuses. »
La personne derrière la porte resta sans voix.
Au palais, Yushan l’Immortel avait fermé les yeux. Cela faisait déjà deux heures qu’il était debout. Personne n’osait l’interrompre, mais il rouvrit soudain les yeux de lui-même. « Qu’y a-t-il ? »
La dame de compagnie qui venait d’arriver s’inclina. « Le Roi Zishan demande audience. »
« Faites-le entrer. »
Lu Yin suivit la dame de compagnie, tandis que Bronsen dut attendre dehors. Le prince Dorren et le prince Duke venaient d’arriver au moment où il entra. En voyant Lu Yin, Dorren adressa un sourire à son frère. « Pourquoi es-tu là, toi aussi, Frère impérial ? »
« Pour voir Père impérial. Et toi ? » répondit Duke d’un ton nonchalant.
« Moi aussi. »
« Alors, pourquoi n’entres-tu pas ? »
« Et toi, Frère impérial ? Pourquoi n’entres-tu pas ? »
Duke retroussa les lèvres. « Ne souris pas autant, c’est écœurant. »
Dorren soupira. « À quoi bon ? Ne te donne pas tant de mal, Frère impérial. C’est pénible. »
Le deuxième prince dressa l’oreille. « Tu ferais mieux de te le dire à toi-même. Avec moi juste derrière toi, les choses seront épuisantes, que tu le veuilles ou non. »
« Le trône compte-t-il vraiment autant pour toi ? Même en tant que ton frère aîné, je n’arrive pas à le comprendre », dit doucement Dorren.
Duke l’ignora et entra. « Allons-y. Si on traîne davantage, ce Roi Zishan va finir par faire mourir Père impérial de colère. Ce serait dommage qu’il s’effondre avant que je devienne prince héritier. »
Dorren soupira et le suivit, tandis que Bronsen, qui les observait, gardait son calme. La lutte pour un trône finissait toujours dans un bain de sang, mais l’Empire du Grand Yu faisait exception. Yushan l’Immortel avait eu cinq enfants. Le troisième et le quatrième étaient morts dans l’Innerverse ; il ne restait donc que le prince héritier Dorren, le deuxième prince Duke et la cinquième princesse Wendy. L’un des trois devait hériter du trône, mais la cinquième princesse ne s’y intéressait pas du tout. Le prince héritier et le deuxième prince s’étaient toujours disputé la place, mais ils semblaient le faire au grand jour et parlaient même de leurs affaires en public sans jamais rien entreprendre de menaçant. Bronsen s’y était habitué depuis longtemps.
……
« Lu Yin présente ses respects à son Oncle impérial. »
« Approchez, regardez. Cette plante vient d’une étrange planète et n’a pas encore de nom. » L’empereur observait une plante violette et lumineuse. Lu Yin s’approcha à son signe et l’examina ; il la trouva étrange. Cet organisme bulbeux, formé de segments, dégageait une aura indéfinissable qui l’empêchait de savoir s’il était faible ou puissant.
« Ne vous approchez pas trop, dit l’empereur avec un sourire. Elle est trop puissante pour vous, dans votre état actuel. »
Lu Yin resta perplexe. « Trop puissante ? »
« Elle peut étrangler des Explorateurs. »
Le regard de Lu Yin changea aussitôt. Il recula immédiatement, les yeux écarquillés d’admiration. « À ce point ? »
Yushan l’Immortel rit et contempla la plante violette, puis s’en approcha pas à pas. Sous le regard stupéfait de Lu Yin, il la toucha avant de se retourner. « Voulez-vous essayer ? Elle est très douce au toucher. »