Chapitre 658
Une détonation retentit, et le domaine en bord de mer disparut soudain. Une barre de métal à la main, le Moine Aveugle se rua furieusement sur Xun Qianye, qui leva une paume. C’était un Hunter de haut niveau, tandis que le Moine Aveugle venait tout juste d’atteindre ce rang, à en juger par son niveau de puissance. L’écart de force était tel que l’énergie stellaire de Xun Qianye le plaqua, le forçant à reculer d’environ mille mètres.
Tout à coup, un faisceau de lumière blanche éclatante se refléta sur la pointe d’une arme acérée, qui projeta des gouttelettes de sang en fusant dans les airs. Xun Qianye recula précipitamment d’un pas, les dents serrées, et fixa la silhouette qui venait d’apparaître devant lui : Dard Fantôme.
Deux Hunters combattaient côte à côte, tandis que la Famille Xun n’en comptait qu’un seul : Xun Qianye. Le membre le plus puissant après lui n’était qu’un Cruiser.
« Lu Yin, tu ne comptes vraiment pas me le remettre ? » gronda Xun Qianye, furieux.
Lu Yin fronça les sourcils. Il sentait que quelque chose clochait : ce petit bout de papier semblait bien plus important qu’il ne l’avait d’abord imaginé. Même dans une situation aussi critique, Xue Qianye ne songeait pas à fuir ; il le menaçait, au contraire. Lu Yin avait l’impression que cette affaire cachait autre chose et que Xun Qianye ne mentait pas. « Le pistolet est un faux, mais ce qu’il contient est vrai. »
Xun Qianye continuait d’esquiver le déluge d’attaques du Moine Aveugle et de Dard Fantôme, mais les deux assaillants lui infligèrent de nombreuses blessures. Dès qu’il entendit les paroles de Lu Yin, il serra le papier dans son poing, le visage glacial. « Rends-moi le vrai pistolet ! »
Lu Yin plissa les yeux. « Ne crois pas que je ne puisse pas te tuer ! »
Sur ces mots, il fonça sans la moindre hésitation. Xun Qianye lui cria en retour : « Lu Yin, tu as choisi la mort ! Ne viens pas te plaindre quand je te l’apporterai ! » Tout en parlant, il sortit de son anneau cosmique un objet inconnu. L’énergie stellaire autour de lui se figea soudain, puis se transforma en chaînes qui forcèrent le Moine Aveugle, Dard Fantôme et même Lu Yin à reculer. L’instant suivant, Xun Qianye disparut.
Li Yin se mit aussitôt à scruter les environs, le cœur lourd. Il ne voyait plus nulle part les lignes de runes de Xun Qianye. L’homme s’était enfui.
« Capturez tous les membres de la Famille Xun ! » lança Lu Yin.
En très peu de temps, tous les membres de la Famille Xun présents sur la planète furent capturés. Ils étaient plus de soixante-dix, dont trois Cruisers et quinze Explorateurs ; les autres étaient des Limiteers.
Lu Yin les interrogea sur l’endroit où se trouvait Xun Qianye, mais aucun n’en savait quoi que ce soit. À bout de ressources, il les renvoya tous dans l’Empire du Grand Yu pour qu’ils y subissent un interrogatoire plus poussé.
Toute cette affaire sentait mauvais, et l’incident risquait de lui attirer des ennuis par la suite, mais Lu Yin s’en moquait. La Famille Xun ne faisait pas le poids face au Clan de la Nuit et du Jour. De plus, à présent que l’Outerverse était coupé du reste du Domaine humain, le pire que Xun Qianye pouvait faire était de trouver quelques Enlighters pour l’aider. Cela n’inquiétait pas Lu Yin : même si Xun Qianye parvenait à recruter des combattants dont le niveau de puissance dépassait les 300 000, l’ancien Lohar et Monsieur Mu étaient là pour le protéger. Tant que l’Outerverse resterait isolé, il n’avait rien à craindre.
Il fallait toutefois absolument retrouver Xun Qianye.
Lu Yin contacta la Mistchild Limiteer et lui ordonna de mobiliser toutes les ressources de Mafioso Planet pour retrouver Xun Qianye.
Après avoir réglé l’affaire de la Famille Xun, Lu Yin ne retourna pas immédiatement dans l’Empire du Grand Yu. Il se rendit plutôt à la station spatiale du Continent Shenwu.
Depuis qu’En Ya avait remis les trésors naturels améliorés à Ming Zhaoshu, elle n’avait plus repris contact avec Lu Yin. Il avait donc décidé qu’il valait mieux se rendre lui-même sur le continent pour voir où en était la situation.
À son arrivée à la station spatiale du Continent Shenwu, Madame Meilan vint à sa rencontre. « Je ne me suis pas trompée. La Famille Xun est bel et bien finie. »
Lu Yin eut un bref rire. « Merci beaucoup de m’avoir renseigné sur la Famille Xun. »
« Inutile de me remercier, Étudiant Lu. L’ancien Qiuyu a ordonné aux membres du Clan de la Nuit et du Jour de ne plus vous considérer comme un ennemi. En fait, nous espérons que vous ne nous chercherez pas d’ennuis en retour », répondit Madame Meilan en riant.
Lu Yin éclata de rire. « Personne dans l’univers n’ose s’en prendre au Clan de la Nuit et du Jour. En revanche, j’aurais besoin de votre aide pour une affaire. »
« Dites-moi de quoi il s’agit », répondit Madame Meilan.
« Xun Qianye s’est enfui. J’aimerais que vous m’aidiez à découvrir où il est parti », dit Lu Yin.
Madame Meilan sourit et acquiesça. « Aucun problème. Je vais contacter les membres du Clan de la Nuit et du Jour qui ont des relations dans tout l’Outerverse pour obtenir ces renseignements. Mais dites-moi, qu’est-ce que j’y gagnerai ? »
« Que désirez-vous, madame ? » demanda Lu Yin.
Madame Meilan réfléchit un instant. « Rien ne me vient à l’esprit pour le moment. J’y réfléchirai sérieusement une fois que je vous aurai aidé à découvrir où se trouve Xun Qianye. »
Lu Yin sourit et acquiesça. Peu après, avec l’aide de Huo Qingshan, il retourna sur le Continent Shenwu.
***
Dans l’Empire Shenwu, à Shanhai, Ming Zhaoshu se tenait dans son bureau, à la Résidence du Roi révéré, et s’observait dans un miroir. Il se caressa le front, puis jeta le miroir au sol. Son corps avait encore vieilli. Il avait d’abord cru que l’absorption de tous ces ingrédients rares lui rendrait assez de vitalité pour tenir une année de plus, mais il ne lui restait apparemment même pas six mois à vivre. Autrement dit, il mourrait dans six mois.
Ming Zhaoshu serra les poings, puis les desserra lentement. Il avait enfin accepté l’inéluctable.
« Père, je suis là. » La voix de Ming Yan lui parvint depuis l’extérieur du bureau.
Ming Zhaoshu répondit d’un ton sombre : « Entre. »
Un long moment plus tard, Ming Yan sortit du bureau, le visage épuisé. Depuis qu’elle avait appris que Ming Zhaoshu n’avait plus longtemps à vivre, elle s’était appliquée à apprendre et à gérer toutes les affaires administratives afin de ne pas décevoir son père. Quant à l’agonie et à la douleur qu’elle ressentait au fond d’elle, elle ne pouvait que les refouler et les garder pour elle. Pour les soulager, elle n’avait d’autre choix que de se retirer parfois dans sa chambre et d’y sangloter.
Dans ces moments-là, Lu Yin lui manquait encore davantage. Elle aurait voulu pouvoir s’appuyer sur lui, rien de plus.
« Princesse, veuillez prendre votre repas. » Une servante posa un plateau sur le bureau.
Ming Yan renvoya la servante d’un geste du poignet. Elle n’avait pas envie de manger. Le regard absent, elle contempla le ciel par la fenêtre, puis attrapa quelques documents posés sur sa coiffeuse. Elle détestait le travail administratif, mais elle n’avait pas le choix : il fallait qu’elle s’en charge.
Au moment où elle prit un document pour l’ouvrir, une main surgit devant elle et le lui arracha. « Tu dois manger avant de travailler. »
Le corps de Ming Yan tressaillit. Elle tourna la tête et aperçut une silhouette familière.
Lu Yin posa le document de côté et prit le visage de Ming Yan dans sa main. Puis il lui dit doucement : « Tu as tellement maigri en si peu de temps. »
Les yeux de Ming Yan rougirent. Elle fixa Lu Yin, le regard vide. Des larmes se mirent soudain à couler sur ses joues et elle se jeta dans ses bras en sanglotant doucement. Toute l’angoisse, l’impuissance et le désespoir qui la tourmentaient depuis quelque temps semblèrent se dissiper.
Lu Yin serra le corps souple de Ming Yan dans ses bras sans prononcer un mot. Il se contenta de la tenir silencieusement contre lui.
Ming Yan ne tarda pas à s’endormir, et Lu Yin comprit qu’elle était plongée dans un profond sommeil.
Lu Yin la coucha, lui déposa un baiser sur le front, puis sortit de la chambre. Il se dirigea sans attendre vers le bureau de Ming Zhaoshu.
En voyant Lu Yin, Tang Si s’inclina précipitamment devant lui.
Lu Yin ouvrit la porte du bureau et entra sans hésiter.
Ming Zhaoshu le fixa intensément. « Je me doutais que tu viendrais bientôt. »
Lu Yin ferma la porte et s’assit sur une chaise près du bureau. « On dirait que les choses que je t’ai envoyées n’ont pas eu l’effet escompté. »
Ming Zhaoshu eut un rire amer, teinté d’autodérision. Puis il déclara : « J’ai passé tant d’années à attendre mon heure sans avoir de fils, pour pouvoir lutter pour le pouvoir et pousser mon frère et le prince à leur perte. Et voilà comment tout se termine. L’Empire Shenwu n’a pas d’héritier ! Petit Sept, tu ne trouves pas que c’est une cruelle plaisanterie ? Ha ha ha ! »
Lu Yin observa calmement Ming Zhaoshu. « Tous les héritiers de Ming Zhaotian sont morts ? »
Ming Zhaoshu ferma les yeux et garda le silence.
Lu Yin plissa les yeux. Ming Zhaoshu était si impitoyable qu’il avait veillé à éliminer tous les héritiers potentiels de l’Empire Shenwu. Il avait d’abord voulu avoir un fils, mais il n’avait pas pu en avoir un sans éveiller les soupçons. On pouvait considérer que c’était là le prix à payer !
« Yan’er n’a pas les épaules pour hériter de l’Empire Shenwu », commenta Lu Yin.
Ming Zhaoshu ouvrit brusquement les yeux. « Et alors ? C’est la seule héritière de l’Empire Shenwu. Il n’y a personne d’autre ! Elle doit perpétuer la lignée de l’empereur Shenwu. »
« Je me moque d’un petit pays comme l’Empire Shenwu. Je veux qu’elle mène la vie qu’elle désire, pas qu’elle soit brisée par une prétendue obligation familiale. Wendy Yushan est sur le point de me remettre l’Empire du Grand Yu. Quelle raison as-tu donc de ne pas confier l’Empire Shenwu à un étranger ? » s’emporta Lu Yin, peiné par la situation de Ming Yan.
Ming Zhaoshu se leva. « Nous sommes sur le Continent Shenwu, pas dans l’univers extérieur ! Même si l’univers nous a fait découvrir sa culture ces dernières années, notre façon de penser n’a pas changé : l’Empire Shenwu doit revenir à un membre de la Famille Ming. Sinon, le chaos régnera et le peuple souffrira.
« Ce n’est qu’une excuse égoïste de ta part », ricana Lu Yin.
« Quoi qu’il en soit, Yan’er reste ma fille, et elle est aussi la seule héritière de l’Empire Shenwu. Elle doit assumer cette responsabilité », affirma fermement Ming Zhaoshu.
Les yeux de Lu Yin s’illuminèrent et il plongea son regard dans celui de Ming Zhaoshu.
« Ce serait pareil si tu me confiais l’Empire Shenwu », dit Lu Yin avec indifférence.
Ming Zhaoshu leva un doigt. « Tu comptes prendre l’Empire Shenwu par la force ? »
« Et si c’est le cas ? » répliqua froidement Lu Yin.
Ming Zhaoshu éclata d’un rire sonore. « Avant la création de la Grande Alliance de l’Est, tu aurais peut-être pu le faire. Il est vrai que la destruction du Continent Shenwu n’aurait aucune conséquence pour toi. Mais l’Empire Shenwu a déjà rejoint la Grande Alliance de l’Est. Si tu tentes de le prendre par la force, qui osera encore rejoindre ton alliance ? Petit Sept, tu dépasses les bornes ! »
« Pour Yan’er, je suis prêt à revoir ma stratégie », répondit Lu Yin sans chaleur.
Ming Zhaoshu secoua la tête. Les paroles de Lu Yin ne l’avaient pas mis en colère ; s’il éprouvait quelque chose, c’était plutôt une pointe de gratitude. « Je comprends ce que tu ressens pour Yan’er, et je suis très heureux que tu sois prêt à renoncer à la Grande Alliance de l’Est pour elle. Mais hériter de l’Empire Shenwu est son destin. Si tu le prends par la force et que tu plonges ce pays dans le chaos, des milliers de personnes mourront. Alors, crois-tu qu’elle pourra se le pardonner ? Avec le cœur qu’elle a, accepterait-elle une telle chose ? »
Lu Yin se sentit démuni et ne trouva rien à répondre.
« Petit Sept, l’homme propose et le Ciel dispose. Beaucoup disent que la sagesse humaine peut déjouer les plans du Ciel, mais pourquoi ne pas voir les choses à l’inverse ? Le Ciel nous offre une autre voie. Il se joue souvent de nous, mais ni toi ni moi ne pouvons rien y faire. J’ai fait tout ce que je pouvais, mais je suis un mourant. Tu peux conquérir et piller le monde entier, jamais tu ne réussiras à conquérir véritablement le cœur d’une autre personne. Plus tu en feras, plus Yan’er risque d’être déçue par toi ou par elle-même. Tu comprends ce que je veux dire ? » expliqua lentement Ming Zhaoshu.
Lu Yin regarda Ming Zhaoshu et demanda : « Combien de temps te reste-t-il à vivre ? »
Une lueur de douleur traversa les yeux de Ming Zhaoshu. « Six mois, tout au plus. »
Lu Yin ne savait pas quoi ressentir. Il ne souhaitait vraiment pas que Ming Yan ait tant de responsabilités à porter. Il voulait seulement qu’elle puisse mener une vie insouciante ; cela lui aurait suffi. Mais chacun avait sa propre façon de voir les choses.
Ming Zhaoshu avait vécu longtemps et toujours préparé l’avenir. Le mieux serait que Ming Yan devienne impératrice de Shenwu en épousant Lu Yin : réduite à un joli visage, elle finirait par être délaissée. L’amour était toujours doux au début, mais il fallait que les deux partenaires s’y investissent pour le faire durer ; sans rien d’autre pour le soutenir, l’amour romantique avait une durée de vie très courte.
C’est ce qu’on appelait une union assortie. Ming Zhaoshu préférait que Ming Yan subisse le poids de l’héritage impérial plutôt que de la voir souffrir d’un chagrin d’amour.
Il ne pouvait toutefois pas expliquer tout cela à Lu Yin. Ni Lu Yin ni Ming Yan n’avaient assez d’expérience en amour ou dans la vie pour comprendre ses intentions.
Lu Yin quitta la pièce, sans savoir comment faire changer d’avis Ming Zhaoshu. La détermination de l’empereur était inébranlable, et Lu Yin voulait parler à Ming Yan pour savoir ce qu’elle en pensait. Si elle ne souhaitait pas hériter de l’Empire Shenwu, il agirait comme il l’entendait, quelles que soient les intentions de Ming Zhaoshu. Il prendrait le contrôle de tout.
Ming Yan dormit toute une journée, tandis que Lu Yin restait assis à son chevet.
Quand Ming Yan ouvrit les yeux et vit Lu Yin, son cœur fondit. Les sentiments étranges qu’elle avait éprouvés pour lui autrefois avaient complètement disparu. Elle retrouvait cette proximité qu’elle avait ressentie au début.
Quand Lu Yin la vit se réveiller, il lui apporta aussitôt un bol de porridge. Il l’aida à se redresser, à demi assise, soutenue contre lui. Puis il lui dit : « Ouvre la bouche. »
Le joli visage de Ming Yan rougit et elle répondit timidement : « Grand frère Lu, je peux manger toute seule. »
« Non. Après avoir dormi si longtemps sans rien manger, tu n’as pas la force. Sois sage et laisse-moi te donner à manger. Ouvre grand. »
« D’accord. »
…