Chapitre 65
Qu’est-ce que ce salaud faisait là ? Raas eut l’air contrarié dès qu’il aperçut Lu Yin. Munoor, Yan Gang et quelques autres élèves partageaient son sentiment. Jenny le vit également, et sa stupéfaction se mua rapidement en rage. C’était ce salaud qui avait osé la prendre en otage !
« Oh, c’est toi, Raas ? » lança Lu Yin. « Ça ne fait pas si longtemps qu’on s’est vus. Je t’ai déjà manqué ? »
Raas tressaillit. « Tes blessures sont déjà complètement guéries ? »
« Merci de t’inquiéter pour moi, j’ai pratiquement retrouvé la forme. Alors, qu’est-ce que tu voulais me dire ? » demanda Lu Yin en levant son verre pour en boire une gorgée. Raas plissa les yeux, furieux, mais l’attention de Lu Yin fut attirée par Munoor, dont tout le corps tremblait de rage. Son visage s’éclaira. « Toi aussi, tu es là ? Désolé de m’être servi de toi comme d’un bouclier tout à l’heure. Ta Griffe de la Bête céleste est vraiment puissante. Sans toi, je n’aurais jamais pu m’occuper de Qingyu. »
« Lu. Yin ! » Munoor entra dans une colère noire et serra les poings.
« Ne te montre pas si arrogant, Lu Yin ! » lança soudain Jenny, elle aussi.
« Arrogant ? » Il la regarda d’un air perplexe. « Je ne crois pas. Au fait, j’avais une question. J’ai entendu dire que Huo Xiaoling et toi étiez rivales. Pourquoi est-elle Melder alors que tu n’es qu’une Sentinelle ? »
« Espèce de salaud ! » Jenny serra les dents, furieuse.
À ce stade, les autres élèves étaient morts de peur. Ils avaient cru que Lu Yin serait une proie facile, mais, à leur grand effroi, ils avaient provoqué un monstre. Cet homme était le cauchemar de la plupart des candidats, et il avait failli tuer le criminel. Des gens comme Raas leur semblaient inaccessibles, mais, pour lui, ils n’étaient que du butin de guerre. Certains disaient même qu’il descendait de la Famille Zishan. Comment avaient-ils pu avoir la malchance de tomber sur lui ?
Un soldat entra dans le pub et interrompit le tumulte. Il se dirigea droit vers Lu Yin et lui murmura quelque chose. Lu Yin posa son verre, sourit à Jenny, puis s’en alla. Raas et les autres fusillèrent sa silhouette des yeux, impatients de lui donner une leçon, mais ils n’osaient pas s’y risquer. Ils auraient eu des ennuis dès qu’ils l’auraient attaqué : le statut de Lu Yin était pour le moins préoccupant.
Le soldat était venu annoncer à Lu Yin qu’on avait fait venir Xu San. Ce subordonné comptait beaucoup pour lui : les personnes dotées de dons innés étaient rares, et Huo Xiaoling était la seule, parmi les candidats, à en posséder un. Bai Xue était la seule Terrienne dont on avait aussi confirmé qu’elle en avait un, tandis que Qingyu n’avait pas pu se servir du sien. Quoi qu’il en soit, les dons innés étaient le signe distinctif des prodiges dans tout l’univers.
Un groupe de soldats passa devant Lu Yin alors qu’il quittait le bar, et ses yeux s’illuminèrent lorsqu’il en reconnut un. Il prit soin de frôler ce soldat qui, au passage, lui glissa à voix basse : « La capitale souhaite que tu essaies d’intégrer le nouveau Conseil de la jeunesse de l’Empire du Grand Yu. »
Les soldats tournèrent rapidement au coin de la rue et disparurent. Les yeux de Lu Yin s’illuminèrent. Le Conseil de la jeunesse ? Ce ne serait pas facile, mais ce n’était pas impossible non plus. Son statut actuel de membre de la Famille Zishan ne lui conférait qu’un titre sans pouvoir, mais le Conseil de la jeunesse lui donnerait assurément de l’autorité. Lisez ce roman sur novelping(.)com pour en profiter au mieux.
Le corps ne pouvait utiliser des modèles de formcast qu’avant un certain âge. Les jeunes talentueux pouvaient donc accroître leur force à une vitesse ahurissante, et certains étaient de véritables monstres. Les Conseils de la jeunesse étaient des organisations habilitées à instruire, à rendre la justice et à mener des enquêtes sur la jeune génération. Dans l’Empire du Grand Yu comme ailleurs dans l’univers, ils formaient des groupes privilégiés. Contrairement au nom Zishan, qui n’avait qu’une influence limitée dans une seule monarchie, l’appartenance à un Conseil de la jeunesse était reconnue dans tout l’Outerverse et l’Innerverse.
L’Empire du Grand Yu n’avait aucune prise sur la nomination des membres du Conseil de la jeunesse. Si Lu Yin voulait y entrer, son appartenance à la Famille Zishan pourrait lui donner un léger avantage, mais il lui faudrait assurément mettre au point un véritable plan.
Peu après son retour dans ses quartiers, Xu San fut amené auprès de lui.
« Je peux enfin te revoir, patron ! » se plaignit Xu San dès qu’ils se retrouvèrent. Depuis leur séparation, il avait vécu un véritable calvaire : personne ne voulait frayer avec lui à cause de son apparence louche. Même Feng Hong et Luo Yi refusaient de lui parler ; sans son accession au Royaume de la Terre, il aurait peut-être même été expulsé du camp. Il n’était toujours pas très doué au combat, mais, heureusement, Zhou Shan s’était bien occupé de lui par égard pour Lu Yin et ne l’avait envoyé dans aucun endroit trop dangereux. Cette vie tranquille avait toutefois pris fin lorsque le Bourreau était parti pour Pékin. Chaque capitaine devait protéger une zone, et il n’avait pas échappé à la règle : il avait dû affronter tant de puissantes bêtes mutantes qu’il avait failli y laisser la vie.
La dernière vague de bêtes avait été particulièrement dangereuse. Sans l’intervention inopinée de quelques experts du Royaume du Ciel, venus sauver la place forte, il serait certainement mort. Il pensait finir ses jours à Jinlin, mais, à sa grande surprise, on l’avait soudain embarqué dans un vaisseau spatial ! Il avait été sur le qui-vive tout le trajet, terrifié à l’idée que des extraterrestres le dissèquent et l’analysent. Alors, en voyant Lu Yin, il fut si soulagé qu’il faillit fondre en larmes. Xu San s’était jusque-là méfié de lui, mais, dans cet environnement étrange, il était déterminé à s’accrocher à la seule personne qu’il connaissait.
Lu Yin éclata de rire. « Ça suffit. Tu peux rester avec moi. Je vais demander qu’on te trouve une autre chambre, alors attends ici. »
Xu San s’exclama, surpris : « Et si je partageais ta chambre, patron ? Je ne bougerai pas. »
« Non, je n’aime pas vivre avec des hommes. Allez, détends-toi. Ici, tu ne risques rien, et des gens te protégeront. J’ai pas mal d’importance dans le coin », dit Lu Yin d’un ton léger.
Xu San resta stupéfait. « Patron, c’est un vaisseau spatial extraterrestre, et tu me dis que tu as de l’importance ici ? »
Lu Yin n’avait pas le temps de tout lui expliquer. Il demanda aux soldats d’emmener Xu San et de lui trouver une chambre près de celle de Zhang Dingtian. Il y avait désormais quatre Terriens à bord du vaisseau spatial, cinq s’il se comptait lui-même. C’était beaucoup de natifs d’une planète d’épreuves qui rejoignaient le cœur de l’Empire : dans la plupart des autres épreuves, ils étaient trois au maximum et partaient combattre sur les champs de bataille. Comparés à l’élite des académies de l’Empire, les « génies » des planètes d’épreuves n’étaient que des moins que rien. La Terre faisait figure d’exception, d’autant que Liu Shaoge avait réussi à entrer dans l’Innerverse.
Un jour plus tard, Lu Yin étudiait encore les cartes stellaires lorsque la Persévérance trembla légèrement et qu’un rugissement puissant retentit du côté de la tortue. Il se rendit à la fenêtre et vit le paysage extérieur disparaître en un clin d’œil, laissant place au noir profond de l’espace. Par la vitre, il apercevait la magnifique Terre bleue, spectacle éblouissant. Ce chapitre est publié en avant-première sur novelping.com.
En voyant la sphère bleue s’éloigner à toute vitesse, il se sentit un peu troublé. Il avait vécu près de deux ans sur cette planète, qui lui avait laissé la plupart de ses souvenirs ; maintenant qu’il la quittait, il ignorait quand il y retournerait.
Ailleurs dans le vaisseau spatial, Zhang Dingtian, Bai Xue, Xu San et Seruzen contemplaient eux aussi la magnifique planète. Ils avaient quitté cette planète, leur foyer, sans savoir s’ils pourraient y revenir. Peut-être était-ce un adieu… L’univers était vaste et regorgeait de dangers en tout genre, qu’ils viennent des êtres vivants ou de l’environnement lui-même. Dans leur état actuel, ils n’étaient pas assez forts pour se protéger.
Zhang Dingtian serra son épée et s’éloigna, le regard déterminé. Bai Xue semblait préoccupée, mais nul ne pouvait deviner ce qu’elle pensait. Xu San marmonnait sans cesse dans sa barbe et paraissait réticent à partir. Il ne voulait pas quitter la Terre, mais il était assez malin pour savoir qu’il n’avait pas le choix ; c’était aussi pour cela qu’il avait gardé ses pensées pour lui. Seruzen était le plus serein de tous. Il regarda en silence la planète bleue disparaître.
Bien plus tard, alors que la Persévérance filait régulièrement dans l’espace, Lu Yin se dirigea vers le poste de commandement de Sigmund. En tant que général, l’homme était aussi le pilote principal du vaisseau. Le poste se trouvait tout en haut de l’appareil, mais l’intérieur semblait ordinaire, sans la multitude de boutons compliqués à laquelle on aurait pu s’attendre. Il n’y avait que toutes sortes de cartes stellaires affichées sur différents écrans.
Sigmund regardait dans la direction où ils se dirigeaient, les mains jointes derrière le dos. « Qu’est-ce que ça te fait de quitter la Terre ? »
« De la tristesse. Je n’ai pas envie de partir », répondit Lu Yin.
Le général se tourna vers lui. « J’ai fait enquêter sur toi, mais, à part les informations que nous avons pu recueillir à ton sujet sur Terre, nous n’avons rien trouvé. Peux-tu me dire d’où tu viens ? »
« J’ai perdu la mémoire », répondit Lu Yin en riant tandis que l’homme haussait un sourcil. « Peu importe que tu me croies ou non. Mes seuls souvenirs sont ceux de la Terre. »
Sigmund hocha la tête. « Ça ne me regarde pas. Je t’ai fait venir pour te dire quelque chose. »
« C’est au sujet de la Famille Zishan ? » demanda Lu Yin.